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1919

La vierge de Saint-Étienne

Une légende collectée à Guer par François Cadic

La Vierge de Saint-Étienne est une légende publiée par François Cadic en 1919. Elle raconte l’origine miraculeuse du pèlerinage de la Vierge de Saint-Étienne de Guer.

La légende de la Vierge de Saint-Étienne de Guer

Une statue de la Sainte Vierge ornait l’autel de la chapelle Saint-Étienne de Guer. Selon l’abbé Le Claire, elle a de nombreuses similitudes avec celle vénérée dans l’église Notre-Dame-de-Paimpont. L’abbé Le Claire a brièvement mentionné une légende se rapportant à cette statue.

Un gentilhomme des environs ayant acheté la statue de la Vierge se mit en devoir de l’emporter comme c’était son droit, mais en passant sur le pont de Tehel, il perdit l’équilibre et la statue lui échappa des mains et retourna dans sa chapelle.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, Histoire de Guer, Rééd. 1990, Paris, Res Universis, 1915. [page 106]

La version de François Cadic

François Cadic, curé de la paroisse bretonne de Paris, a publié dans son second recueil de contes bretons paru en 1919, la légende de La Vierge de Saint-Étienne de Guer.—  CADIC, François, Contes et légendes de Bretagne, Paris, Maison du Peuple Breton, 1919. [pages 21-32] —

François Cadic ne révèle pas le nom de la personne auprès de laquelle il a collecté la légende. S’est-il inspiré de la citation de l’abbé Le Claire pour l’écrire ou l’a-t-il entendue de la bouche d’un dénommé Lecomte de Guer qu’il cite dans la préface comme étant l’un de ses actifs collaborateurs ?

Cette version a fait l’objet d’une réédition contemporaine sous le titre La Vierge miraculeuse de Saint-Étienne.—  CADIC, François, Contes et légendes de Bretagne : Les récits légendaires, Vol. 2, Terre de Brume Editions, 2001, 419 p. [page 91] —

Le récit de La Vierge de Saint-Étienne

Il y avait là, dans l’église dédiée à Monsieur Saint-Étienne, seigneur et maître du lieu, une antique statue de la Vierge à laquelle la croyance populaire attachait les plus bienfaisantes vertus et aux pieds de laquelle les fidèles, pendant des générations, déposèrent leurs hommages et leurs offrandes.

Les fidèles se sont détournés de la vénérable statue et l’église n’est plus qu’une misérable grange. Ils n’ont gardé de la tradition que cette légende.

À une époque qui doit remonter aussi loin que l’histoire de Guer, vivait dans la contrée un gentilhomme de haut lignage, riche des dons de la fortune et du coeur, aussi généreux pour les pauvres qu’il était dévot envers madame Marie. Un jour, en entrant dans l’église de Saint-Étienne, ce gentilhomme remarqua la statue et dès lors lui voua un culte assidu.

Chaque jour, durant des années, traversant le pont de Tehel qui barrait l’Oyon, puis grimpant le sentier qui menait à la chapelle, il allait prier la Vierge à Saint-Étienne. Mais les années passant, il commença à éprouver de la lassitude et une tentation lui vint. Pourquoi se rendre à la chapelle par ce chemin si ingrat, pourquoi ne pas installer la statue chez lui ?

L’idée lui parut lumineuse, et aussitôt le voilà à l’œuvre. En son castel des bords de l’Aff, il construisit un oratoire merveilleux, ouvragé comme une dentelle, avec des colonnes en marbre rare et un autel au revêtement d’or et d’argent.

Il s’entendit avec les moines de Saint-Étienne, qui dépendait de l’abbaye de Paimpont, acheta la statue et partit avec son précieux trésor dans les bras. Mais la statue, qu’un enfant aurait pu porter, devenait aussi lourde qu’une masse de plomb. Accablé de fatigue, il parvint néanmoins à atteindre le pont de Tehel.

Comme il posait le pied sur la première traverse, voila que la statue s’agitait dans ses bras. Une vertu surnaturelle animait ce bloc de bois et il n’en était plus le maître. En vain cherchait-il à avancer, la statue le repoussait en arrière. [...] Il parvint jusqu’au milieu du pont mais là, il s’arrêta net. Il lui sembla qu’un bras invisible lui barrait la route. En même temps, une lumière éclatante, semblable à celle du soleil en plein midi, l’enveloppait, éblouissant ses yeux, et la statue s’arrachant de ses bras lui échappait.

Il tomba à l’eau, manquant d’y perdre la vie. Comme il remontait difficilement sur la rive, il aperçut la statue debout devant lui qui regardait fixement en direction de la chapelle. Il comprit qu’il avait agi égoïstement et s’était opposé à la volonté de la Vierge.

Il remonta le chemin qui conduisait à la chapelle de Saint-Étienne, la replaça avec respect sur l’autel et s’employa à propager partout la nouvelle du prodige, afin d’attirer le concours du peuple. Grâce à lui, le pèlerinage fut établi. Il dura des siècles.


Bibliographie

CADIC, François, Contes et légendes de Bretagne, Paris, Maison du Peuple Breton, 1919.

CADIC, François, Contes et légendes de Bretagne : Les récits légendaires, Vol. 2, Terre de Brume Editions, 2001, 419 p.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, Histoire de Guer, Rééd. 1990, Paris, Res Universis, 1915.