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Le menhir de Saint-Jouan

La Pierre drete en Saint-Malon

Le « Menhir de Saint-Jouan », aussi appelé « Pierre drete », situé à proximité de la chapelle Saint-Jouan en Saint-Malon-sur-Mel est un mégalithe vraisemblablement disparu. Félix Bellamy l’a mesuré et photographié en 1887. Le bloc principal était en poudingue de quartz blanc. D’autres blocs de poudingue, à même le sol à quelques pas, auraient pu faire partie du même ensemble mégalithique.

La première mention en 1858

Nous devons la première mention du menhir de Saint-Jouan 1 à l’abbé Oresve, antiquaire de la région de Montfort, qui recense trois mégalithes dans la paroisse de Saint-Malon :

1° Au nord-ouest de la chapelle Saint-Jouan, il existe un gros peulvan de trois mètres d’élévation qui fait la limite de Saint-Malon et de Muel. ORESVE, abbé Félix Louis Emmanuel, Histoire de Montfort et des environs, Montfort-sur-Meu, A. Aupetit, 1858, Voir en ligne. page 73

L’inventaire de Paul Bézier de 1883

Le menhir de Saint-Jouan apparait dans le premier inventaire mégalithique d’Ille-et-Vilaine daté de 1883 :

Sur la lande de Saint-Jouan, près de la chapelle du même nom, à 4 kilomètres à l’Ouest du bourg. Il est planté dans le sol naturel, sur le point culminant de la lande.
Hauteur : 2m 30 ; largeur : 1m 80 ; épaisseur : 0m 90. Forme d’un tronc de pyramide oblique à quatre faces, dont les plus larges regardent vers l’Est et l’Ouest. Schiste quartzeux, roche locale. Il ne parait pas avoir été fouillé et l’on ignore à quelle profondeur il s’enfonce dans la terre. BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Ch. Catel, 1883, Voir en ligne. page 235

La description de Félix Bellamy en 1896

Dans la seconde moitié du 19e siècle, Félix Bellamy donne une description du menhir de Saint-Jouan, qu’il nomme aussi la « Pierre drete » 2 :

À quatre ou cinq minutes de marche, au nord de la chapelle [Saint-Jouan], se dresse un menhir colossal planté au sommet de la lande. On l’appelle la Pierre drete (droite). Elle est sur le bord d’un fossé et fait partie du talus. Ce menhir est d’une forme inusitée. Il est large comme un pan de muraille ; une des faces regarde au nord et l’autre au sud ; l’un des côtés à l’est et l’autre au couchant ; elle est bien verticale.
Voici ses dimensions : hauteur 2m 70 au-dessus du sol ; épaisseur 1m 20 côté occident, 1m 30 côté est ; largeur 2m 90 face sud à 1m 20, 3m 40 face nord à 1m 40, au-dessus du sol.
Le sommet est tronqué obliquement, le côté orient est moins haut que l’autre ; il a environ 2 mètres. Cette pierre n’est pas dans un bloc taillé et régulier dont on puisse prendre les dimensions avec une extrême précision ; cependant, celles que je donne ne doivent pas s’écarter beaucoup de la réalité ; elles sont plutôt au-dessous qu’au-dessus. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. pages 695-696

Félix Bellamy, qui a pris une précieuse photographie du menhir, mentionne la description de Paul Bézier, différente des mesures qu’il a constatées :

Ce menhir a déjà été décrit ; les mesures que l’on en a données diffèrent notablement de celles que j’ai relevées, ce qui s’explique suffisamment par l’irrégularité des contours ; mais c’est évidemment par erreur que sa largeur n’a été évaluée qu’à 1m 80. Bellamy, Félix (1896) op. cit. p.696 (voir en ligne)

Le menhir de Saint-Jouan
Le menhir de Saint-Jouan
Photo prise par Félix Bellamy (1896)

D’autre blocs de poudingue situés à même le sol à quelques pas du menhir de Saint-Jouan pourraient faire partie du même ensemble mégalithique. C’est en tous cas ce que suggère Félix Bellamy :

Ce bloc est en poudingue de quartz blanc et de schiste rouge ; il est recouvert de cryptogrammes grisâtres ; quand on le voit de loin, pour la première fois, la largeur de ses faces le fait prendre pour une ruine : le mur en terre de quelque cabane démolie. [...] Tout près, au bord d’un chemin landier, en allant vers le couchant, on trouve gisants sur la terre un assez grand nombre de blocs fort volumineux du même poudingue. Je serais donc bien porté à penser que ce sont là les vestiges et l’emplacement d’un monument mégalithique considérable, dont le menhir de Saint-Jean n’était qu’une partieBellamy, Félix (1896) op. cit. p.696 (voir en ligne)

Félix Bellamy rapproche le « Menhir de Saint-Jouan » de deux ensembles mégalithiques situés à peu de distance : celui du « menhir de la Prise », ainsi que celui de la « Pierre Drète » lui aussi dans le bois de Comper.

Bellamy évoque aussi la persistance d’un culte autour de ce menhir voisin de la chapelle Saint-Jean, consistant en une procession le premier dimanche de mai.
Il indique qu’un homme de 78 ans du village voisin du « Buisson » en Paimpont nommait ce menhir la pierre des Lolos, et que bien avant la venue de Jésus-Christ, les gaulois s’y réunissaient pour l’adorer. — Bellamy, Félix (1896) op. cit. p.696 (voir en ligne) —

Le menhir de Saint-Jouan et l’archéologie contemporaine

Le menhir de Saint-Jouan, mentionné en 1929 —  BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 4, Rééd. 1973, Librairie Guénégaud, 1929. [page 13] —, a fait l’objet d’un examen archéologique publié en 1931, remettant en cause l’idée d’un alignement :

Menhir de la lande de Saint-Jouan. Il est situé à 3 km. 500 à l’Ouest-Nord-Ouest et à vol d’oiseau du clocher de Saint-Malon, sur la lande de Saint-Jouan, et à 200 mètres au Nord-Ouest de la chapelle du même nom, près de la cote 113. C’est un gros bloc de pierre ayant à peu près la forme d’un tronc de prisme dont la plus grande arête a 2 m 50 de hauteur, sa largeur est de 2 mètres et son épaisseur de 1 m 50 . À mon avis c’est la base d’un menhir brisé qui devait être certainement plus élevé. Ses grandes faces sont aspectées Nord-Est-Sud-Ouest et par conséquent sa direction est Nord-Ouest-Sud-Est. Il est en « brèche de Montfort ». Les morceaux de quartz qui entrent ici dans la composition de cette brèche sont assez volumineux et plusieurs d’entre eux atteignent 10 centimètres de longueur. Lorsque la brèche de Montfort contient des morceaux de cette taille, elle est particulièrement belle. Cette roche affleure à l’Est et au Sud-Est du menhir et c’est elle qui forme la pente qui fait faille au Nord-Est en bordure de la plaine de Rennes. La pierre qui a servi à faire ce menhir a donc été prise sur place, il n’y a donc eu que le travail d’extraction, peut-être le travail de taille qui, ici, était simplifié, puisque cette brèche de Montfort se trouve en bancs parallèles, mais il n’y a certainement pas eu de transport. Le menhir de Saint-Jouan étant au point culminant de la crête, domine la plaine de Rennes ainsi que les vallées du Meu et de ses affluents. De nombreux blocs épars de petite taille se montrent alignés dans les environs de ce menhir, mais ne sont pas des menhirs, ce sont simplement des fragments restés sur place des bancs de la brèche de Montfort qui, à cet endroit, ont une direction Nord-Ouest-Sud-Est. COLLIN, Léon, « Quelques monuments mégalithiques de l’Ouest de l’Ille-et-Vilaine », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 57, 1931, p. 9-41, Voir en ligne. page 31

Le menhir mentionné dans un inventaire archéologique inédit de 1971—  HENRY, P., Les menhirs du Nord de l’Ille-et-Vilaine, mémoire de maitrise, Université de Haute-Bretagne, 1971. [page 211-213] —, a été décrit par Jacques Briard :

Menhir détruit (Pierre Drette). Saint-Jouan. En poudingue pourpré local, il avait la forme d’un tronc de pyramide à quatre faces (fig. 111). Ses grandes faces étaient orientées à l’est et à l’ouest (h=2,50 m, l=2,70 m, e= 0,90m). Il a été détruit en 1935 BRIARD, Jacques, LANGOUËT, Loïc et ONNÉE, Yvan, Les mégalithes du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 2004. [page 107]


Bibliographie

BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 4, Rééd. 1973, Librairie Guénégaud, 1929.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BÉZIER, Paul, Inventaire des monuments mégalithiques du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Ch. Catel, 1883, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, LANGOUËT, Loïc et ONNÉE, Yvan, Les mégalithes du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 2004.

COLLIN, Léon, « Quelques monuments mégalithiques de l’Ouest de l’Ille-et-Vilaine », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 57, 1931, p. 9-41, Voir en ligne.

HENRY, P., Les menhirs du Nord de l’Ille-et-Vilaine, mémoire de maitrise, Université de Haute-Bretagne, 1971.

ORESVE, abbé Félix Louis Emmanuel, Histoire de Montfort et des environs, Montfort-sur-Meu, A. Aupetit, 1858, Voir en ligne.


↑ 1 • Ce site est situé sur une propriété privée

↑ 2 • À ne pas confondre avec la Pierre Drète, menhir lui aussi décrit par Félix Bellamy, situé à quelques kilomètres dans les bois de Comper