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1870

Sainte Onenna

Un conte collecté à Paimpont par Adolphe Orain

Sainte Onenna, conte collecté à Paimpont entre 1867 et 1870 par Adolphe Orain est une des trois versions de la légende de sainte Onenne.

Un conte d’Adolphe Orain

Dès 1870, en préambule de La couronne du roi Hoël III, Adolphe Orain annonce la parution du conte Sainte Onenna.

Dans une prochaine légende, nous nous occuperons de la bienheureuse Onenna et de l’église de Tréhorenteuc.

ORAIN, Adolphe, « La couronne d’Hoël III », La Semaine des enfants, Vol. 22 / 1105, 1870, p. 70-71 ; 79, Voir en ligne.

Sainte Onenna - récit de la gardeuse de vaches parait pour la première fois en 1875, dans la Revue de Bretagne et de Vendée. Adolphe Orain écrit en introduction le contexte dans lequel il l’aurait collecté.

Il existe, dans un coin isolé de la Bretagne, sur la lisière de la vieille forêt de Brocéliande, dans le département du Morbihan, une humble bourgade, presque inconnue du reste du monde. Ce village qui forme le chef-lieu de la commune de Tréhorenteuc, est sous la protection de sainte Onenna, fille d’un roi breton [...]. Ce pays est remarquable, à tous les points de vue : d’abord, comme il est extrêmement accidenté, les vallons et les coteaux qui le coupent en tous sens en font un jardin anglais naturel, avec des sinuosités et des méandres sans fin, qui l’ont fait appeler par les poètes d’autrefois : Le Val sans retour, nom qu’il porte encore aujourd’hui. Enfin, les touristes qui visitent ces lieux vont généralement se reposer de leurs fatigues à l’ouest du village, près d’un endroit appelé Néant, pour écouter le charmant murmure de jolies cascades, formées par la réunion de plusieurs ruisseaux. C’est en cet endroit que me fut racontée, l’été dernier, par une vieille femme gardant sa vache, la naïve légende qui va suivre.

ORAIN, Adolphe, « Sainte Onenna – récit de la gardeuse de vaches », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 38, 1875, p. 269-273, Voir en ligne.

Il ajoute cependant à la fin du texte Conté par Jeanne Niobé, ménagère au village du Canée en Paimpont

Adolphe Orain intègre ce conte à sa première anthologie parue en 1901.—  ORAIN, Adolphe, Contes de l’Ille-et-Vilaine, Paris, J. Maisonneuve, 1901, Voir en ligne. —

Le récit de la légende d’Onenna

Judhaël, le roi de Domnonée — plus connu dans les campagnes bretonnes sous le nom de Hoël III, le roi des bois — avait sa résidence à Gaël. Son épouse Pritelle, fille d’Ansoch, lui donna quatre garçons : Iosse, Winoc, Judicaël et Hoël, ainsi qu’une fille appelée Onenna.

Onenna n’avait pas dix ans lorsqu’un ermite de passage à la cour royale de Gaël lui annonça qu’elle ne vivrait pas longtemps. Impressionnée par cette prédiction, la petite Onenna décida de se consacrer à Dieu et fuit la demeure parentale pour réaliser ce vœu. Après avoir échangé ses vêtements contre des guenilles, elle trouva refuge dans un château où elle devint gardienne d’oies.

Chaque après-midi, de retour au château, après avoir compté, rentré et soigné les oiseaux confiés à sa garde, elle aidait les autres domestiques dans leurs travaux ordinaires ; puis, lorsqu’il lui restait un peu de temps, elle en profitait pour aller prier la Vierge Marie, dans une petite chapelle située au fond d’un superbe jardin. Lorsqu’elle s’y rendait, sans songer qu’elle faisait mal et qu’elle pouvait contrarier quelqu’un, elle cueillait sur son passage les plus belles roses du jardin pour aller les offrir à Marie.

La châtelaine, voulant savoir qui lui volait les plus belles rose de son jardin, suivit Onenna jusqu’à la chapelle et assista à un miracle. Deux anges apparurent, qui la prenant par les bras, lui permirent de recevoir un baiser de la Vierge. La châtelaine lui fit avouer le miracle ainsi que sa royale origine, puis la convainquit de retourner auprès de ses parents. Durant les années suivantes, Onenna employa toutes ses journées à secourir les malheureux et à soigner les malades.

Hélas ! la prédiction de l’ermite devait s’accomplir. La princesse fut bientôt atteinte d’hydropisie. Elle endura des souffrances atroces sans se plaindre, voyant approcher le terme de sa vie, pour ainsi dire avec joie, sachant bien que, pour elle, c’était la fin des peines, et qu’elle allait retrouver la Vierge de la chapelle, qui déjà semblait l’appeler du haut des cieux. Ainsi finit sainte Onenna, qui n’est plus connue aujourd’hui que des paysans de la commune de Tréhorenteuc.

L’analyse du conte

Sainte Onenna - récit de la gardeuse de vaches est une des trois versions de la légende de Sainte Onenne de Tréhorenteuc.

La version de l’abbé Piéderrière

En 1861, Sigismond Ropartz mentionne dans un article de la Revue de Bretagne et de Vendée une version de la légende chrétienne de sainte Onenne, tirée d’une transcription, effectuée par l’abbé Piéderrière, d’un manuscrit du 18e siècle.

M. l’abbé Piéderrière, avec une obligeance parfaite, m’a communiqué une légende de sainte Onenne rédigée par lui d’après un manuscrit du XVIIIe siècle, époque où l’hagiographie florissait peu. Il y a joint quelques notes, également inédites sur saint Utel.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne. Page 209

L’abbé remet ces notes inédites sur sainte Onenne et saint Utel (13 pages) aux archives de la Société Polymathique du Morbihan. —  MOISAN, André, « Un érudit oublié, Julien Piéderrière (1819-1886) », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, Vol. 137, 2011. [page 93] —

La version d’Adolphe Orain

La version de la légende de sainte Onenne collectée par Adolphe Orain diffère de celle de l’abbé Piéderrière en plusieurs points. Elle est plus fortement christianisée, plaçant la dévotion d’Onenne pour la Vierge au cœur de l’intrigue. Cette version est notamment expurgée de l’agression sexuelle et du rôle protecteur des oiseaux qui donnaient encore un caractère mythique à la légende. Elle se conclut enfin sur l’hydropisie d’Onenne, justifiant les pouvoirs guérisseurs de la sainte de Tréhorenetuc.

En 1879, quelques années après avoir recueilli ce conte, Adolphe Orain mentionne une statue de sainte Onenne dans l’église de Tréhorenteuc.

Sur la lisière de la forêt de Brocéliande, est une petite commune du Morbihan appelée Tréhorenteuc. J’ai vu dans l’église de ce village une énorme statue de bois, grossièrement faite, qui représente Sainte Onenna, [...] couchée sur le dos, atteinte d’hydropisie. Les personnes affectées de cette maladie, qu’on appelle l’enfle dans le pays, - viennent de très loin en pèlerinage à Sainte-Onenna

ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne. Page 295

La version de l’abbé Gillard

L’abbé Gillard, nommé curé de Tréhorenteuc en 1942, publie une nouvelle version de la légende de sainte Onenne en juin 1943. —  GILLARD, abbé Henri, « Notice sur sainte Onenne », in Le recteur de Tréhorenteuc : Documents inédits in memoriam, Rééd. 1955, Josselin, Abbé Roussel, 1943. —


Bibliographie

GILLARD, abbé Henri, « Notice sur sainte Onenne », in Le recteur de Tréhorenteuc : Documents inédits in memoriam, Rééd. 1955, Josselin, Abbé Roussel, 1943.

MOISAN, André, « Un érudit oublié, Julien Piéderrière (1819-1886) », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, Vol. 137, 2011.

ORAIN, Adolphe, « La couronne d’Hoël III », La Semaine des enfants, Vol. 22 / 1105, 1870, p. 70-71 ; 79, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe, « Sainte Onenna – récit de la gardeuse de vaches », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 38, 1875, p. 269-273, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe, Contes de l’Ille-et-Vilaine, Paris, J. Maisonneuve, 1901, Voir en ligne.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne.