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1181-1190

Le Conte du Graal

L’invention d’un « graal » par Chrétien de Troyes

Le Conte du Graal est le dernier roman arthurien de Chrétien de Troyes. C’est là qu’apparait pour la première fois un « graal » dans la littérature. En 1190, il laisse une œuvre inachevée dans laquelle il fait d’un « graal », un récipient, le symbole énigmatique d’une quête dont Perceval et Gauvain sont les héros. Au moment où le récit s’arrête brusquement, le « graal » de Chrétien garde tout son mystère. Il reste une énigme qui autorise toutes les interprétations. Il n’est pas encore l’objet d’une christianisation qui prendra forme avec les nombreux continuateurs du roman.

Le dernier roman de Chrétien de Troyes

À partir de 1170, Chrétien de Troyes, clerc champenois, écrit cinq romans sur le thème arthurien qui vont nourrir la matière de Bretagne. Les quatre premiers sont écrits entre 1170 et 1181, alors qu’il est attaché à la cour de Champagne : Erec et Enide, Cligès, le Chevalier de la Charrette et le Chevalier au Lion. Après 1181, Chrétien de Troyes quitte la cour de Champagne pour celle de Flandre. Sur la demande de son nouveau mécène, Philippe d’Alsace (1142-1191), comte de Flandre, Chrétien écrit li contes do greal comme sa dédicace le mentionne dans le prologue de son roman :

Chrétien n’aura donc pas perdu sa peine,
lui qui, sur l’ordre du comte,
s’applique et s’évertue
à rimer le meilleur conte
jamais conté en cour royale ;
c’est Le Conte du Graal
dont le comte lui a remis le livre.
Ecoutez donc comment il s’en acquitte 1. CHRÉTIEN DE TROYES, Le Conte du Graal ou le roman de Perceval, Rééd. 2009, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 1181. [Vers 60-66]

Ce roman, le Conte du Graal, met en scène deux chevaliers : Perceval doit parvenir à découvrir un graal et à poser les questions pour en connaitre les secrets. Gauvain, le neveu du roi Arthur, fait serment de trouver la lance qui saigne et pourquoi elle saigne. Le récit commence avec Perceval, les deux chevaliers faisant connaissance au vers 4414 2.

Perceval est seul durant un long moment du récit. Les deux chevaliers font connaissance au vers 4414 3. Ils vivent chacun de leur côté des aventures différentes qui ne laissent rien augurer du dénouement que Chrétien de Troyes entendait donner au roman.

Nous proposons un bref résumé qui aide à la compréhension du roman. Cette introduction permet de suivre l’évolution qu’a suivi le Graal à travers les nombreuses œuvres littéraires écrites par les continuateurs de Chrétien de Troyes.

Le Conte du Graal (1181-1190)

Chrétien de Troyes nous conte l’histoire d’un jeune Gallois qui vit avec sa mère dans un manoir au milieu d’une forêt du Pays de Galles. Un jour, le jeune homme voit apparaitre pour la première fois de sa vie des chevaliers qui viennent à sa rencontre. Fasciné par les armures étincelantes, il demande à ces chevaliers en habit de lumière, s’ils ne sont pas des anges envoyés par Dieu. Après lui avoir expliqué ce qu’ils sont, ils reprennent leur chemin. Sans perdre de temps, le jeune Gallois décide alors d’aller à la cour du roi Arthur pour devenir lui aussi chevalier. En l’apprenant, sa mère qui a perdu son mari et deux de ses fils, tous trois chevaliers, éprouve une vive douleur. Elle croyait qu’en vivant seule avec ce dernier fils dans un lieu retiré de tout elle le mettrait à l’abri de cette tentation. Mais le sort en décide autrement, le jeune homme quitte la maison malgré les mises en garde et les supplications de sa mère. Alors qu’il s’éloigne, il se retourne pour la voir s’effondrer comme morte.

Depuis son départ, le jeune homme fait son apprentissage de chevalier au travers d’aventures. Il revêt les habits du Chevalier Vermeil après l’avoir tué d’un coup de javelot. Le jeune Gallois décide alors d’aller retrouver sa mère qu’il revoit tomber de chagrin pour lui, devant sa porte. Sur le chemin, il fait la rencontre d’un gentilhomme, Gornemant de Goort, qui l’initie à l’équitation et au maniement des armes. Au terme de cette initiation, il est adoubé chevalier. Avant de se séparer, le gentilhomme lui fait une recommandation :

Gardez-vous aussi d’être homme
à trop parler ou à nourrir des bruits 4. Chrétien de Troyes (1181-1190). op. cit., Vers 1606-1607 — p. 132-133

Le jeune homme reprend le chemin pour retrouver sa mère mais il s’égare le long d’une rivière au milieu de laquelle une barque s’immobilise. Un des deux hommes qui sont à bord se met à pêcher. Le jeune homme en profite pour demander s’il existe un endroit pour traverser la rivière. Celui qui pêche lui répond qu’il n’y en a aucun. Le jeune homme demande alors où il peut trouver l’hospitalité pour la nuit. Le pêcheur lui propose de l’héberger. Sur ses indications il découvre dans un val sa somptueuse demeure. Aussitôt le pont-levis franchi, deux jeunes nobles le conduisent dans une grande salle parfaitement carrée. En son milieu se tient son hôte qu’une infirmité oblige à rester assis sur un lit. Devant lui brûle un grand feu ardent. Le seigneur du lieu l’invite à s’asseoir près de lui et lui offre une épée en guise de bienvenue.

Le cortège du Graal

Alors qu’ils parlent de choses et d’autres, ils sont interrompus par un étrange spectacle :

[…]
un jeune noble sortit d’une chambre,
porteur d’une lance blanche
qu’il tenait empoignée par le milieu.
[…]
Il sortait une goutte de sang
du fer, à la pointe de la lance,
et jusqu’à la main du jeune homme
coulait cette goutte vermeille.
[…]
Deux autres jeunes gens survinrent alors,
tenant dans leurs mains des candélabres
d’or pur, finement niellés.
Les jeunes gens porteurs des candélabres
étaient d’une grande beauté.
Sur chaque candélabre brûlaient
dix chandelles pour le moins.
D’un graal tenu à deux mains
était porteuse une demoiselle,
qui s’avançait avec les jeunes gens,
belle, gracieuse, élégamment parée.
Quand elle fut entrée dans la pièce,
avec le graal qu’elle tenait,
il se fit une si grande clarté
que les chandelles en perdirent
leur éclat comme les étoiles
au lever du soleil ou de la lune.
Derrière elle en venait une autre,
qui portait un tailloir en argent.
Le graal qui allait devant
était de l’or le plus pur.
Des pierres précieuses de toutes sortes
étaient serties dans le graal,
parmi les plus riches et plus rares
qui soient en terre ou en mer.
Les pierres du graal passaient
toutes les autres, à l’évidence.
Tout comme était passé la lance,
ils passèrent par-devant le lit,
pour aller d’une chambre dans une autre. 5 CHRÉTIEN DE TROYES, Le Conte du Graal ou le roman de Perceval, Rééd. 2009, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 1181. [pages 236-239]

Le Conte du Graal

Le jeune Gallois est intrigué, pourtant il se garde bien de poser les questions à propos de ce graal, se rappelant la recommandation que le gentilhomme lui a faite : se garder de trop parler. Le seigneur du lieu fait dresser sa plus belle table. Pendant qu’on découpe une hanche d’un cerf de haute graisse, relevé au poivre et qu’on leur en présente les morceaux sur une large galette, le graal passe à nouveau devant eux sans que le jeune homme ne demande qui l’on servait de ce graal. Ainsi à chaque mets servi, le cortège du graal réapparait. Malgré sa curiosité grandissante, il se dit qu’il attendra le lendemain pour interroger un jeune noble de la cour. Il se couche dans de fins draps de lin blanc. À son réveil, il n’y a plus personne. Le château est désert. Sitôt le pont-levis franchi, celui-ci se relève brutalement.

Le jeune Gallois apprend que sa mère est morte de chagrin

Alors que le jeune homme reprend son chemin, il s’arrête près d’une demoiselle qui pleure la mort de son chevalier aimé qui vient d’être enterré. Dans la conversation, il lui dit où il a dormi. La demoiselle lui apprend que son hôte était le Riche Roi Pêcheur, appelé ainsi parce qu’il est très riche. Il est mutilé suite à une bataille. Un javelot l’a blessé entre les hanches à tel point qu’il ne peut plus se soutenir. Sa seule distraction est de se faire porter dans une barque pour pêcher à l’hameçon. C’est pour cette raison qu’il est appelé le Roi Pêcheur. La jeune fille souligne le très grand honneur qu’il lui a fait en l’invitant à s’asseoir près de lui. Elle en vient à le questionner sur ce qu’il a vu au cours du repas. Elle énumère soigneusement les objets et ceux qui les tenaient ainsi que le chemin parcouru par le cortège. Le jeune homme répond à tous ces points :

Avez-vous demandé à ces gens
où ils allaient ainsi ?
Pas un mot ne sortit de ma bouche.
Par Dieu, vraiment, c’est encore pire.
Quel est votre nom, mon ami ?
Et lui qui ne savait son nom
en a l’inspiration et il dit
que Perceval le Gallois est son nom,
sans savoir s’il dit vrai ou non.
[...]
Quand elle entend son nom, elle entre dans une colère :
Ah, malheureux Perceval,
quelle triste aventure est la tienne
de n’en avoir rien demandé,
car tu aurais si bien pu guérir
le bon roi qui est infirme
qu’il eût recouvré l’entier usage
de ses membres et le maintien de ses terres.
Que de biens en seraient advenus ! 6Vers 3506 à 3514 et 3521 à 3528 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 260-263

Suite à ce sermon, la demoiselle annonce à Perceval que sa mère est morte de chagrin à cause de lui.

Sache maintenant que le malheur
va s’abattre sur toi et les autres.
C’est à cause du péché qui touche à ta mère,
apprend-le, que cela t’est arrivé,
quand elle est morte de chagrin pour toi 7.Vers 3529 à 3533 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 262-263

Pour finir, la demoiselle lui apprend qu’elle est sa cousine germaine.

Les aventures de Gauvain

Chrétien de Troyes prévient que le récit quitte Perceval pour Gauvain.

[...] Des aventures qu’il a trouvées, vous allez m’entendre parler un long moment 8.Vers 4744-4745 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 344-345

Au lendemain de festivités à la cour du roi Arthur chacun des chevaliers se préparait dans la grande salle pour partir vers de nouvelles aventures. Soudain Guinganbrésil fait irruption et s’adresse à Gauvain qu’il accuse publiquement d’avoir tué son seigneur par trahison. Les deux hommes conviennent de se retrouver devant le roi d’Escavalon pour se justifier. Sans plus tarder Gauvain se met en chemin afin de prouver que cette accusation est fausse. Après deux aventures il arrive à un château d’où sortent des gens qu’il voit emprunter une chaussée.

[...] Il y avait en tête des gens court vêtus,
c’étaient des valets de pied qui menaient les chiens,
puis c’était le tour de veneurs,
qui portaient des épieux tranchants.
Il y avait ensuite des archers et des serviteurs
qui portaient des arcs et des flèches.
Venaient après des chevaliers
et, après tous les chevaliers,
il en venait deux autres, sur leurs coursiers,
dont l’un était un adolescent,
plus que tous les autres beau et gracieux.
Il fut le seul à saluer
monseigneur Gauvain, qu’il a pris par la rêne,
en disant : "Monseigneur, je vous retiens.
Allez donc là d’où je viens,
et descendez dans mes demeures.
Il est bien temps, maintenant,
d’être hébergé, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
J’ai une sœur, qui est très courtoise.
Elle se fera une grande joie de vous avoir [...] 9.Vers 5632-5651 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 402-405

Il prie l’homme à son côté de conduire Gauvain au château et de le recommander à sa sœur dans l’attente de son retour. Lorsque Gauvain arrive sur le site, il regarde la ville que peuplaient de biens belles gens. Ce qu’il ne sait pas, c’est que tous le haïssent à mort, mais ne l’ayant jamais vu, personne ne le connait. Les comptoirs des changeurs sont couverts d’or et d’argent et de monnaies. Les places et les rues de la ville regorgent de bons artisans aux métiers très variés. On y fond l’or et l’argent. D’autres façonnent de belles pièces précieuses, des coupes, des hanaps, des écuelles, et des vases incrustés de nielle. Il y a tant de richesse que Gauvain a l’impression que c’est constamment jour de foire dans la ville. Le chevalier et Gauvain parviennent à la tour et à la chambre où se trouve la sœur du seigneur du lieu. Le chevalier lui répète les paroles de son frère, de se montrer large, généreuse et de grand cœur, puis il se retire pour rejoindre la chasse. La jeune fille le reçoit chaleureusement, suivant ainsi les conseils de son frère. Tous deux en arrivent à parler d’amour et la demoiselle ne lui oppose pas de refus quand Gauvain lui promet d’être son chevalier pour toute sa vie.

C’est à ce moment qu’entre dans la pièce un arrière-vassal qui reconnait Gauvain. Devant le bonheur affiché par le couple, sa colère explose. Il dit à la demoiselle qu’elle doit avoir honte. L’homme qui est assis là, à côté de toi, est celui qui a tué ton père, et il a tes baisers ! Il repart aussitôt sans que Gauvain ne puisse intervenir. La jeune fille se dit perdue et pense qu’elle et son compagnon vont mourir injustement. Le maire, les échevins (magistrats) et les bourgeois de la ville, prévenus de la présence de Gauvain mobilisent tous les gens de la partie basse du château. Ils sont plus de sept mille. Pour faire face à cette armée Gauvain et la jeune fille décident de s’armer eux aussi. Le maire donne l’ordre de prendre Gauvain vivant.

La seule ouverture possible de la tour est la porte d’entrée. Mais celle-ci très étroite ne permet le passage que pour un seul homme à la fois. Gauvain a ceint Escalibour, la meilleure épée qui ait existé et qui tranche le fer comme du bois. Il a pris place derrière la porte, pourfendant jusqu’aux dents ceux qui franchissent cette porte. Les manants décident alors d’abattre la tour sur eux, ils se mettent avec des pics d’acier à saper la tour, pour la faire s’écrouler.

Guinganbrésil arrive au château sans savoir que Gauvain s’y trouve et ce qui s’y passe. Dès qu’il est informé, il interdit aux hommes d’ébranler la moindre pierre, mais ses menaces sont vaines. Pour que cesse cet acharnement Guinganbrésil décide d’aller en faire part au roi qui revient de la chasse. Il lui explique ce qui se passe : que le maire et les échevins ont décidé d’abattre la tour de son château sur Gauvain et sa sœur qui sont à l’intérieur. Guinganbrésil qui avait accusé Gauvain de trahison dit au roi qu’étant donné qu’il a fait de lui son hôte, il apparait juste qu’il n’ait pas à subir de honte ni d’outrage. Le roi lui répond qu’il n’en subira aucun. Dès son retour le roi dit au maire de s’en aller et de faire cesser ces gens qui mènent grand tapage. Tous partent, personne ne reste.

Un arrière-vassal natif de la ville qui conseillait tout le pays, tant il avait l’intelligence claire explique la situation au roi. Pour lui l’hospitalité que le roi a offert à Gauvain doit être un gage de protection. Gauvain est venu parce que Guinganbrésil est allé à la cour d’Arthur l’accuser de trahison. L’arrière-vassal conseille au roi

[Gauvain] était venu à votre cour
pour s’en défendre. Mais je conseille
qu’on fasse ajournement de ce combat
d’ici à un an, et qu’il s’en aille
en quête de la Lance dont le fer
saigne toujours, qu’on ne peut si bien essuyer
qu’il n’y reste suspendue une goutte de sang !
Il devra ou bien vous rendre cette lance
ou bien se remettre à votre merci
comme le prisonnier qu’il est en cet instant 10.Vers 6036-6044 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 430-431

Le roi suit les propos de l’arrière-vassal. Ainsi le combat entre Guinganbrésil et Gauvain est remis à un an. Ce dernier est libre de s’en aller s’il s’engage à rendre la Lance au roi d’ici un an. Gauvain refuse une première fois de prononcer le serment tel qu’il est présenté, préférant souffrir et mourir dans l’honneur. L’arrière-vassal reprend en d’autres termes les conditions que Gauvain accepte. Il en fait le serment sur un très précieux reliquaire.

Chrétien de Troyes garde le suspense sur la Lance. Nous n’en saurons pas plus. L’histoire de Perceval reprend alors :

[...] De monseigneur Gauvain ne parle plus
maintenant Le Conte du Graal, qui commence ici sur Perceval. 11.Vers 6140 à 6142 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 436-437

Nous ne saurons rien de plus sur la quête que doit mener Gauvain, car Chrétien se tait à jamais.

Perceval et le saint ermite

Revenons au lendemain des festivités à la cour du roi Arthur où chacun des chevaliers se préparait dans la grande salle pour partir vers de nouvelles aventures. Avant l’apparition de Guinganbrésil, Perceval est lui aussi malmené par les propos d’une demoiselle fort vilaine qui fait irruption perchée sur une mule. Elle lui reproche d’être entré chez le Roi Pêcheur, d’avoir vu la Lance et le Graal sans rien demander ni chercher à savoir. Elle culpabilise Perceval, lui prédisant de grands désastres pour l’avenir du royaume de ce Roi. Tous ces malheurs surviendront par ta faute ! La demoiselle se retire et Perceval s’engage à aller durant sa vie quêter le Graal et la Lance qui saigne. Quelle que soit la peine, il ne renoncera pas avant !

Cinq années passent avant que Perceval rencontre un ermite auquel il se confie pour demander conseil. L’ermite écoute son histoire et lui demande son nom. Le saint homme, qui a reconnu le nom, lui dit que le mal qui l’accable vient du péché occasionné par le chagrin qui a tué sa mère lorsqu’il l’a quittée. Perceval apprend que l’ermite est son oncle. Parlant du Graal il lui dit que

Celui qu’on en sert est mon propre frère.
Ma sœur et la sienne fut ta mère.
Quant au Riche Pêcheur, crois-le,
il est le fils de ce roi
qui se fait servir avec le graal.
[…]
Le saint homme, d’une simple hostie
qu’on lui apporte dans ce graal,
soutient et fortifie sa vie.
Le Graal est chose si sainte
et lui si pur esprit
qu’il ne lui faut pas autre chose
que l’hostie qui vient dans le Graal.
Il est resté ainsi douze ans,
sans sortir de la chambre
où tu as vu entrer le Graal. 12Vers 6341 à 6345 et 6348 à 6357 — Chrétien de Troyes (1181-1190-91). op. cit., p. 448-451

Un roman inachevé

Après plus de neuf mille vers, la rédaction du Conte du Graal s’arrête brusquement en 1190, année supposée de la mort de Chrétien de Troyes.

Selon l’écrivain picard Gerbert de Montreuil, poète de la cour de Ponthieu, auteur de la Quatrième Continuation, Chrétien de Troyes aurait trouvé la mort lors de la rédaction du Conte du Graal. C’est ce qui explique la fin abrupte du roman. Le « graal » reste une énigme qui va donner lieu à plusieurs Continuations.

Après cette date et durant la première moitié du 13e siècle, de nombreux « continuateurs » clercs ou chevaliers, souvent anonymes, créent une série de romans, d’abord en vers puis en prose. Ils reprennent le monde arthurien de Chrétien pour développer de nombreux thèmes d’aventures aux multiples rebondissements qui ont pour but de mettre fin à l’énigme du Graal.


Bibliographie

CHRÉTIEN DE TROYES, Le Conte du Graal ou le roman de Perceval, Rééd. 2009, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 1181.


↑ 1 • 

Texte original :
[…] Crestïens qui entant et poine
Par lo commandemant lo comte
A arimer lo meillor conte
Qui soit contez en cort reial.
Ce est li contes do greal
Don li cuens li bailla lo livre.
Or oez commant s’an delivre.

↑ 2 • Le livre auquel nous nous référons est Le Conte du Graal ou le roman de Perceval dans la collection des Lettres gothiques.—  CHRÉTIEN DE TROYES, Le Conte du Graal ou le roman de Perceval, Rééd. 2009, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 1181. —

↑ 3 • Le livre auquel nous nous référons est Le Conte du Graal ou le roman de Perceval dans la collection des Lettres gothiques.—  CHRÉTIEN DE TROYES, Le Conte du Graal ou le roman de Perceval, Rééd. 2009, Le Livre de Poche, Lettres gothiques, 1181. —

↑ 4 • 

Texte original :
Et gardez que vos ne seiez
Trop parlanz ne trop noveliers.

↑ 5 • 

Texte original :
[…]
Atant dui autre vallet vinrent,
Qui chandeliers en lor mains tindrent
De fin or, ovrez a neel.
Li vallet estoient molt bel
Qui les chandeliers aportoient.
En chascun chandelier ardoient
Dis chandoilles a tot lo meins.
Un graal entre ses .II. meins
Une damoisele tenoit,
Qui aviau les vallez venoit,
Et bele et gente et bien senee,
Quant ele fu leianz antree
Atot lo graal qu’ele tint,
Une si grant clartez i vint
Qu’ausin perdirent les chandoilles
Lor clarté comme les estoilles
Qant li solaux luist o la lune.
Après celi en revint une
Qui tint un tailleor d’argent.
Li graaus qui aloit devant
De fin or esmeré estoit,
Pierres precïeuses avoit
El graal de maintes menieres,
Des plus riches et des plus chieres
Qui an mer ne an terre soient.
Totes autres pierres passoient
Celes do graal sanz dotance.
Ensin comme passa la lance
Par devant le lit s’en passerent
En une chanbre aillors entrerent.

↑ 6 • 

Texte original :
Demandastes vos a la gent
Quel part il aloient ensin ?
Ainz de ma boche n’en issi.
Si m’aïst Dex, de tant valt pis.
Commant avez vos non, amis ?
Et cil qui son non ne savoit
Devine et dit que il avoit
Percevaus li Gualois a non,
[...]
Ha ! Percevaus, malaürous,
Com iés or mal aventurous
Qant tu tot ce n’as demandé,
Que tant aüsses amandé
Lo bon roi qui est mehaigniez
Que toz aüst rehaitiez
Les manbres et terre tenist,
Et que molt granz biens en venist !

↑ 7 • 

Texte original :
Mais or saiches que grant anui
En avenra toi et autrui.
Por lo pechié, ce saches tu,
De ta mere t’est avenu,
Qui est morte de doel de toi [...]

↑ 8 • 

Texte original : [...] Des aventures qu’il trova
M’orroiz conter molt longuemant [...]

↑ 9 • 

Texte original :Devant avoit gent escorciee,
Garçons a pié qui chiens menoient,
Et veneors après venoient,
Qui portoient espiez tranchanz.
Aprés ot archierz ne sai quanz,
Qui arz et saietes portoient,
Et après chevaliers venoient,
Et aprés toz les chevaliers
En vinrent dui sor lor destriers,
Don li uns estoit jovenciax,
Sor toz les autres li plus biax,
Et cil seus mon seignor Gauvain
Salua et prist par lo frain
Et dit : "Sire, je vos retaig.
Alez vos an la don je vaig,
Si descendez an mes maisons.
Il est huimais tans et saisons
De esbergier, s’or ne vos poisse.
J’ai une seror molt cortoisse,
Qui de vos grant joie fera,[...]

↑ 10 • 

Texte original :
[...]Un respit de cette bataille
Jusqu’à un an, et si s’an aille
Querre la lance don li fers
Seigne toz jors, ja n’iert si ters
C’une gote de sanc n’i pende.
Ou il cele lance vos rande,
Ou il se remete en merci
En tel prison cum je voi ci.

↑ 11 • 

Texte original : [...] De mon seignor Gauvain se taist
Atant li contes dou Graal,
Si commence de Perceval.

↑ 12 • 

Texte original :
Cil cui l’an en sert est mes frere,
Ma suer et soe fu ta mere,
Et del Riche Pescheor croi
Que il est filz a celui roi
Qui del graal servir se fet.
[…]
D’une sole hoiste li sainz hom,
Que l’an en cel graal li porte,
Savie sostient et conforte.
Tant sainte chose est li Graals
Et il, qui est esperitax,
C’autre chose ne li covient
Que l’oiste qui el graal vient.
.XII.anz i a esté ainsi
Que fors de la chambre n’isi
Ou le Graal veïs antrer.