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1991

Le gars qui s’était perdu en forêt de Brocéliande

Une historiette d’Ernestine Lorand

Ernestine Lorand raconte ce qu’il advint d’un gars qui avait passé la nuit du dernier jour d’avril en forêt de Brocéliande.

Une anecdote rapportée par Ernestine Lorand

Ernestine Lorand a publié plusieurs articles dans la revue gallèse Le lian. En 1991, elle y écrit en gallo et en français l’histoire véridique d’un gars qui s’était perdu en forêt de Brocéliande.—  LORAND, Ernestine, « Le gars qui s’était perdu en forêt de Brocéliande (Le gas tchi s’të pêdru en forée de Broceliand) », Le lian, 1991, p. 2, Voir en ligne. —

Le gars qui s’était perdu en forêt de Brocéliande

Je vous en avais parlé l’autre fois... du gars qui ne retrouvait pas son chemin et qui avait dormi au pied du hêtre de Ponthus. C’est bien vrai cette histoire là.

Il était parti le soir du dernier jour d’avril 1990 pour une ballade en forêt. Une fois sur place, il fit deux mètres et se retourna. Plus rien ! Il ne voyait plus par où il était venu. Il marcha jusqu’au hêtre de Ponthus et là, fatigué, il s’endormit. Il n’avait rien pour se couvrir et la nuit était fraiche. Il dit qu’un faon était venu lui lécher les oreilles. Mais au point du jour, on était le premier jour de mai. Il prit ses bâtons de pélerin et, suivant le chemin qu’il avait retrouvé, arriva à la route. Il n’avait pas mangé depuis le midi.

Le matin du 1er mai un homme vint chez moi me demander si je n’avais pas vu l’un des leurs, me disant qu’il n’était pas rentré de la promenade en forêt. Toute épatée, je demandais quelques renseignements :

— Comment est il vêtu ?

On me dit : — Il a un pantalon bleu qui arrête sous le genou avec un élastique.

Cela me suffisait et, à chaque personne qui passait, j’avais l’œil, je préparais mon repas. J’étais seule ce premier jour de mai et je comptais bien me reposer l’après-midi. Même quand je suis seule, je prépare toujours pour deux ; on ne sait jamais ce qui peut arriver. J’avais vu juste. Je venais de terminer mon repas quand un bruit bizarre se fit dans la cour.

Je n’ai pas le temps de me lever de mon siège, quand deux bâtons se plantent dans l’entrée. Et dès que je m’avance, je vois le pantalon bleu qui arrive sous le genou. Mon émotion est grande, mais je vois un homme au regard hagard, les traits tirés, le visage pâle. Je n’ai qu’un cri : — C’est vous ?

— Oui, me répondit-il, j’étais perdu dans la forêt de Brocéliande. Laissez moi vous raconter ce qui m’est arrivé !

— Avant de parler lui dis-je, réconfortez vous.

Et là, après un bon repas, il put me dire et raconter la nuit du dernier jour d’avril au premier jour de mai. C’était la nuit des fées, le début du printemps celte. Cette nuit là, les fées s’affolent et brouillent les pistes de la forêt. Il faudrait pour retrouver son chemin, semer du gros sel derrière soi. Mais si vous voulez défier les fées, promenez-vous dans la forêt de Brocéliande « la nuit des fées », du dernier jour d’avril au premier jour de mai. Je vous souhaite bonne chance, et le pantalon n’y est pour rien, c’est juste un repère.

L’histoire est plus longue, mais si vous voulez connaitre la suite, vous pouvez venir me voir en buvant un café, vous saurez tout.


Bibliographie

LORAND, Ernestine, « Le gars qui s’était perdu en forêt de Brocéliande (Le gas tchi s’të pêdru en forée de Broceliand) », Le lian, 1991, p. 2, Voir en ligne.