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1903-1904

Baignade perturbée

Un souvenir d’Armand Gernigon

Baignade perturbée est le souvenir d’enfance d’une baignade interdite à l’étang de la Fenderie en Paimpont vers 1903-1904.

Une histoire rapportée par Armand Gernigon

Armand Gernigon (1893-1981) a écrit en gallo en 1980 un souvenir de son enfance daté des années 1903-1904. Cette histoire vécue qu’il a intitulée Baignade Perturbée a été enregistrée le 26 septembre 1980 et diffusée sur Radio France Armorique le 1er octobre de la même année.

Elle a été publiée en 2002, dans une version bilingue gallo-français, dans les mémoires d’Armand Gernigon.—  GERNIGON, Armand, Mémoire et souvenirs d’un garde en forêt de Paimpont, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2002. [pages 86-88] —

Une baignade perturbée

Creillez-ma ou creillez pas- j’se pas mentou. Rien que quand j’ne dis pas la vérité. J’vas don la raconter ma p’tite histoer. Ca se passa vers 1903 ou 1904. En ce temps là, j’pouvais avouère dans les dix ans ou onze pt’éte ben…

Au château « Le Pavillon » - Mr Lévesque qui l’habitait avait cinq D-elles, deux jeunes messieurs. Les D-elles avaient leur gouvernante. Les messieurs avaient yeu un précepteur, un séminariste en soutane. Souvent le précepteur avec ses deux gas, Jean et Judicaël qui s’appelaient, s’asouère sur le banc, dans la grande futaie, tout près de sé nous. Tout en surveillant les deux gas, il donnait des leçons surtout à Jean, le plus vieux.

Un beau jour Judicaël m’aperçut et vint avec ma. I’m dit : si tu veux, nous allons jouer ensemble. Pé nous v’la ( ?) à l’étang qui se trouve derrière note méson. E pis i’m dit : si on allait se baigner ? j’veux ben que j’lui répondis. E pé nous v’la déshabiller. Li Judicaël, li, il avait un slip, ma qui n’avait rin, je mis mon mouchoir de poche. Ca fa bon de même. ! e pé nous v’la dans l’aive de l’étang. e pé tout d’un coup, je vu le garde des Forges qui était sur la chaussée, é il reconnu Judicaël ! tant qui pu il couri au château, et de dire que Mr Judicaël se baignait dans l’étang de la Fenderie. Moins de dix minutes aprè v’la une voiture qui arrive, avec cheval é le coché et deux valets de chambre. Le garde li, avait disparu. Ma, j’tais couché derière une brousée de houx. Quéque jour après, j’sus que Judicaël gardait la chambre à cause d’une bronchite. Ben sur, il avait gardé son slip sous sa culote qui te tout mouillé. Après tout cela, le séminariste dut partir dé le lendemain matin.

( ?) mé, pour ma fallait bien rentré sé nous. J’alais doucement, doucement vers notre maison. Oh malédiction. J’vu le garde qui était avec mon père. E qui battait des bras en faisant des grands gestes. Be vite, je me cache derière une pile de planches. Mé quand le souère arriva. ben sur je tremblais de tous mes membres. Dans mes hannes (?) j’avais tant pou de la raclée qui m’attendais que je n’osais rentré à la maison en m’approchant sans faire du potin « Farineau », battant de la queue me regardait. Il semblait me dire : viens donc avec moe ! Je fus don tout au fond de la loge qui était le long du mure sous la fenêtre. De bonne heure, je m’endormis.

Mais, sé nous, i se demandait ou j’tais passé. E v’la tout le monde de la maison à ma recherche. Toute la nuit ou presque on me cherchi. Mes grandes sœurs qui criaient ben fort. Les fies ça (?) pour un rien. Je dormais moé, le derière de « Farineau » me servait d’oreillé. Je me reveillé quand même de bonne heure. J’entendis mon père qui commandait : j’avais plus pou que jamé, je regrettais ben. Je criais tout bas dans la loge. Mon père dit : toi Louis, la charrette avec le Pigeo (?) et va aux Forges demander un bateau. Toi Sézarin, le meunier, met le moulin en marche, après avec Farineau fait un tour par là, partout. V’la don Sarazin qui lui aussi aime bien Farineau appelle le chien qui ne sortait pas de sa loge. Sarazin vouli le prendre par son collier mé y montrait ses dents, c’était pas son habitude !

Quand tout à coup, Sarazin m’aperçut blotti de pou dans le fond de la loge. I dit : le v’la not Armand, c’été pas la peine de tant cherché en’te pas loin. Tout tremblant j’entrai dans la maison. Au lieu d’éte corrigé, tout le monde m’embrassait. Not tante Hélène qui té sé nous, dise, je savais ben que not petit Armand neté pas perdu. N.D de Paimpont – je savais ben - quelle disait sans arrêter. Tout le monde était content, e ma, cor ben pu content – de tous.


Bibliographie

GERNIGON, Armand, Mémoire et souvenirs d’un garde en forêt de Paimpont, Amis de la Bibliothèque de Paimpont, 2002.