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1598-1674

Henri III de La Trémoille

Le dernier héritier des Laval propriétaire de la forêt de Brécilien

Henri III de La Trémoille, duc de Thouars, prince de Tarente et de Talmont, possède d’importants fiefs dans le royaume de France. Héritier des Laval en Bretagne, il devient comte de Montfort et de Quintin, baron de Vitré, vicomte de Rennes, seigneur d’Avaugour, de Bécherel, de Gaël, de Mauron et châtelain du Désert-à-Domalain.

En 1626, Henri III de La Trémoille, qui se doit d’assainir ses finances, se voit dans l’obligation d’aliéner l’ensemble du comté de Montfort en Bretagne. La vente des fiefs, juridictions et seigneuries du comté prend fin en 1653 avec celle de la forêt de Brécilien.

Éléments biographiques

Guy XX de Laval meurt en décembre 1605. Âgé de vingt ans, il n’a pas d’héritier direct. Son cousin au quatrième degré (ou quatrième génération), Henri de La Trémoille, troisième duc de Thouars (1598-1674) 1, hérite de la plus large part du comté de Laval. Tous les deux ont pour ancêtres communs Guy XVI de Laval. Cette transmission est la conséquence d’une série d’aléas 2.

Henri III de La Trémoille est le fils de Claude, seigneur de La Trémoille (†1604) 3 et de Charlotte-Brabantine de Nassau 4. Il est alors le plus proche héritier des Laval. Le 19 janvier 1619, Henri III de La Trémoille épouse Marie, fille de Henri de la Tour d’Auvergne, maréchal de Bouillon et d’Élisabeth de Nassau 5. Le contrat de mariage est passé le 19 janvier 1619 et l’union célébrée le 18 février suivant 6. Les deux époux sont tous deux de religion protestante. Durant le 17e siècle, l’attachement des La Trémoille à la Réforme va les écarter de la faveur royale.

Contexte historique

En 1590, la Bretagne connait un soulèvement contre les Royalistes et entre dans la guerre de la Ligue alors que le protestantisme lui est pratiquement étranger. Elle devient pourtant le lieu d’affrontements pour les Bretons, partagés entre le roi protestant Henri IV et le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, membre de la Ligue catholique. Le premier fait appel aux Anglais, le second aux Espagnols. À la mort du roi Henri III en 1589, Mercœur envisage de rétablir la souveraineté du duché de Bretagne et installe un Parlement indépendant à Nantes. En 1593, Henri IV se convertit au catholicisme. Pour autant, le conflit se poursuit en Bretagne. En 1598, le duc de Mercœur se soumet à Henri IV. L’édit de Nantes est promulgué la même année. Mercœur meurt de fièvre suite à ses combats en Hongrie contre les Turcs en 1602.

En 1621, le conflit éclate entre Louis XIII et les protestants. Henri III de La Trémoille, emporté par sa foi, participe au mouvement qui se manifeste au sein des églises réformées. Au mois de mars, lors de l’assemblée générale des protestants à la Rochelle, il prend part aux délibérations qui conduisent à la rupture complète avec le roi. Henri III de la Trémoille qui est contre la guerre avec Louis XIII refuse le commandement général que lui offre la rébellion huguenote. Commence alors une révolte qui va durer huit ans, jusqu’au traité d’Alès signé en 1629.

Dès le mois de mai 1621, devant le refus fait aux armées du roi d’entrer à Saint-Jean-d’Angély, Louis XIII entreprend le siège de la ville. La Trémoille choisit le camp du roi. En septembre 1628 il participe au siège de la Rochelle. Pressé d’abjurer par Richelieu, il se fit catholique sous les murs de la place.—  IMBERT, Hugues, « Notice biographique sur Henri de la Trémoille, duc de Thouars », Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, Vol. 31, 1867, p. 39-57, Voir en ligne. pages 40-42 —

L’héritage breton d’Henri de la Trémoille

Plusieurs familles prétendent à la succession de Guy XX de Laval :

  • Charlotte-Brabantine de Nassau au nom de son fils aîné Henri de la Trémoille
  • Charlotte de La Trémoille 7 qui revendique également l’héritage pour son propre fils.
  • Anne d’Alègre, veuve de Paul de Coligny (Guy XIX de Laval) et mère de Guy XX.
  • Anne de Coligny, demi-sœur de Paul de Coligny au nom de son fils Charles, en tant que descendant des Rieux.

En février 1606, le roi Henri IV fait don des rachats qui lui sont dus, par le décès de Guy XX de Laval, à Charlotte-Brabantine de Nassau. Ce don lui permet de transiger avec Anne d’Alègre et Anne de Coligny.—  TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Zacharie du Bellay, sieur du Plessis (1572-1644) », 2009, Voir en ligne. [page 14] —

Charlotte-Brabantine de Nassau reçoit l’héritage des Laval au nom d’Henri de la Trémoille, alors âgé de sept ans. Il devient héritier en Bretagne des baronnies de Vitré, de La Roche-Bernard, de La Roche-en-Nort, des comtés de Montfort et de Quintin et de la vicomté de Rennes. Anne d’Alègre 8, la mère de Guy XX, comtesse douairière de Laval perd ses espérances sur une partie de l’héritage. Elle ne reçoit de la succession qu’une moitié de la baronnie de La Roche-Bernard. Elle conserve son douaire en tant qu’ayant droit sur le comté de Montfort à titre de veuve de Paul de Coligny (Guy XIX), qu’elle garde jusqu’à sa propre mort en 1619. À partir de cette date, Henri III reçoit le comté de Montfort.

L’endettement d’Henri III de La Trémoille

Henri III de La Trémoille connait des difficultés financières qui vont l’amener à se séparer d’une partie de ses biens en Bretagne. Elles vont s’amplifier après la mort de sa mère le 19 août 1631. Le goût pour le luxe et les dépenses somptuaires de son épouse, Marie de La Tour d’Auvergne, occasionnent des dettes considérables auxquelles il doit faire face.

[…] Le vieux château de Thouars était une demeure trop modeste pour Marie de la Tour-d’Auvergne […] Elle décida le duc à jeter à terre ces ruines, dans lesquelles on manquait, disait-elle, d’air et de lumière, et s’occupa de les remplacer par un château en rapport avec son rang et sa fortune [1635]. En quelques années, un édifice grandiose, dont les sévères lignes d’architecture rappellent le palais des Tuileries, s’éleva sur l’emplacement de l’ancien logis féodal, et la châtelaine put respirer à l’aise dans les vastes salles de sa nouvelle demeure, qu’elle meubla avec la plus grande magnificence. Les portes de cette résidence princière s’ouvrirent à deux battants pour permettre aux souverains, à la noblesse de France et aux hommes illustres du Poitou d’y recevoir la somptueuse hospitalité du duc de la Trémoille.Imbert Hugues (1867) op. cit., p. 43 (Voir en ligne)

En l’absence de son mari occupé à ses fondations pieuses, Marie de La Tour d’Auvergne dépense avec une folle prodigalité les revenus du duché.

Ses voyages à Paris coûtaient plus de cinquante mille livres chaque année ; ses procès interminables dévoraient des sommes importantes ; les travaux d’embellissement qu’elle faisait exécuter partout, à son hôtel de Paris, à ses châteaux de Thouars, Laval, Vitré et Louzy, engloutissaient des millions. La construction et l’ameublement du château de Thouars avaient seuls absorbé treize cent mille livres, somme prodigieuse pour l’époque. De leur côté, les intendants ne rendaient pas fidèle compte de l’argent qu’ils touchaient. Le duc, par une négligence qui était le côté faible de son caractère, laissait s’accumuler les dettes, sans arrêter les désordres de ses agents et les dépenses inutiles d’une compagne qu’il ne contrariait jamais. Cette insouciance coûta cher à la maison la Trémoille : il fallut réaliser près de deux millions de livres, en vendant des terres patrimoniales, pour payer les créanciers les plus exigeants et avoir de quoi subvenir aux frais de représentation qu’occasionnait le duché de Thouars, dont relevaient 1700 gentilshommes.Imbert Hugues (1867) op. cit., p. 48 (Voir en ligne)

Aliénation du comté de Montfort en Bretagne

Henri III de La Trémoille se voit dans l’obligation de vendre une partie de ses biens pour assainir ses finances. En 1626, il procède à l’aliénation du comté de Montfort en Bretagne qui s’achève en 1653 avec la vente de la forêt de Brécilien 9.

Cette forêt est achetée par les familles de Farcy et d’Andigné pour y bâtir de grandes forges et devient à partir du 17e siècle un des plus importants centres métallurgiques de Bretagne.

C’est le détail de cette vente par La Trémoille, aidé en cela par Marie de La Tour d’Auvergne, son épouse, qui fait l’objet d’un article intitulé « La vente de la forêt de Brécilien ».


Bibliographie

IMBERT, Hugues, « Notice biographique sur Henri de la Trémoille, duc de Thouars », Mémoires de la Société des antiquaires de l’Ouest, Vol. 31, 1867, p. 39-57, Voir en ligne.

TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Zacharie du Bellay, sieur du Plessis (1572-1644) », 2009, Voir en ligne.


↑ 1 • Le premier duc de Thouars est son arrière-grand-père, Louis de La Trémoille qui a vu la terre de Thouars érigée en duché en 1563 par le roi Charles IX

↑ 2 • La maison de Laval est tombée en quenouille de manière répétée depuis la mort de Guy XVI à la suite de la disparition de ses héritiers mâles dans plusieurs des lignées dont il a été l’auteur. La cassure commence avec la mort, en 1547 de son fils Guy XVII qui n’a pas eu d’enfant. Les droits à l’héritage du comté sont transmis à la lignée de Catherine de Laval, demi-sœur de Guy XVII, mariée à Claude de Rieux. Leur fille Renée-Guyonne de Rieux devient l’héritière de son oncle Guy XVII, ce qui amène son époux Louis de Sainte Maure à relever de nouveau le nom et le prénom coutumier des Laval, devenant ainsi Guy XVIII. Mais ce couple n’ayant pas eu d’enfant, le comté est transmis à un membre d’une autre lignée issue aussi de Guy XVI, Paul d’Andelot de Coligny, fils de Claudine de Rieux, sœur de Guyonne. Paul relève à son tour le nom de Laval et prend le nom de Guy XIX de Laval. Marié à Anne d’Alègre, Guy XIX a un fils François qui, à la mort de son père, prend, suivant la coutume, le nom de Guy XX de Laval. Mais le décès précoce de Guy XX, sans enfant, le 3 décembre 1605 en Hongrie, entraîne un nouveau changement de lignée en la personne du troisième duc de Thouars, Henri III de La Trémoille. Il est le descendant à la quatrième génération, de Guy XVI par une autre fille de celui-ci, Anne, qui avait épousé, en 1521, François de La Trémoille, vicomte de Thouars. De ce couple naitra Louis III de La Trémoille, premier duc de Thouars, prince de Talmont et Tarente, comte de Taillebourg, baron de Sully, Craon et Mauléon, seigneur de La Trémoille et de Mareuil, marié à Jeanne de l’illustre famille de Montmorency. Leur fils, Claude de La Trémoille ayant épousé Charlotte Brabantine de Nassau, donnera naissance, le 22 décembre 1588, à Henri III de la Trémoïlle, troisième duc de Thouars, qui se mariera avec Marie de La Tour d’Auvergne. Au décès de Guy XX, Henri ajoute à ses nombreux titres et propriétés ceux de la maison de Laval dont il hérite de la plus large part.

↑ 3 • Claude de La Trémoille est le fils de Louis III de La Trémoille et de Jeanne de Montmorency.

↑ 4 • Charlotte-Brabantine est la fille de Guillaume de Nassau et de Charlotte de Bourbon-Montpensier.

↑ 5 • Cette union concrétise le projet élaboré dès la naissance de Marie en 1601 par Charlotte-Brabantine de Nassau et Elisabeth sa sœur ainé.

↑ 6 • Étant cousins germains, Henry III et Marie n’ont pas reçu des dispenses de l’Église pour leur mariage. Louis XIII valide cette union par lettres patentes en mars 1619.

↑ 7 • Charlotte de La Trémoille est la fille de Louis de La Trémoille, duc de Thouars (1521-1577) et de Jeanne de Montmorency. Le 16 mars 1586, elle épouse Henri Ier de Bourbon-Condé, dont Éléonore et Henri II (1588-1646).

↑ 8 • En 1599, Anne d’Alègre épouse en secondes noces Guillaume de Hautemer (†1613), duc de Grancey, seigneur de Fervaques, maréchal de France, surnommé maréchal de Fervaques

↑ 9 • Aujourd’hui officiellement nommée « forêt de Paimpont », surnommée « forêt de Brocéliande » suivant une tradition littéraire.