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Vers 1860

Icare au Rocher de Rumigny

Monsieur Maguette, ingénieur aux Forges de Paimpont

Vers 1860, un émule d’Icare a tenté de s’envoler en s’élançant du Rocher de Rumigny en Plélan le Grand. Il s’agit de Monsieur Maguette, ingénieur aux Forges de Paimpont dans les années 1830-1840.

L’envol du Rocher de Rumigny

En 1909, le dénommé Jean Du Gué 1 écrit à la revue L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, pour y faire paraitre une brève concernant un habitant de Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine). Vers 1860, un ingénieur des Forges de Paimpont à la retraite aurait tenté de voler en s’élançant du Rocher de Rumigny, proche le Thélin.

Il y a une cinquantaine d’années, M. Mayet ou Maillette, ingénieur ou sous-ingénieur aux forges de Paimpont (Ille-et-Vilaine) qui a légué au Musée de la Faculté de Science de Rennes une assez curieuse collection d’échantillons minéralogiques recueillis par lui au cours de ses explorations dans l’antique forêt de Brocéliande crut avoir résolu le problème de la navigation aérienne. Il fit construire une armature fort légère, s’adaptant par des courroies aux épaules, à la ceinture et aux jambes de l’opérateur. Sur les tissus qui reliaient les branches de l’appareil, il colla des milliers de plumes empruntées aux oies de la région. Puis, il se rendit sur la lande du Thélin et grimpa au sommet du rocher de Rumigny. Un ouvrier des forges, Pierre Robert, dit Moutinard, l’un des hommes les plus robustes que j’aie connus, l’accompagnait. Il fit monter sur ses épaules l’inventeur, muni de son appareil. « Moutinard, lâche tout, dit M. Mayet. --- Dame, me disait Moutinard, je le lâchis, il tombit, il se cassit les deux bras ». L’infortuné savant trouva l’expérience concluante et n’essaya jamais de la renouveler. Le fait m’a été confirmé par bon nombre d’habitants de Plélan et de Paimpont qui ont connu le chercheur d’aéroplanes avant et après la tentative dont il fut victime au rocher de Rumigny. DU GUÉ, Jean, « Navigation aérienne », L’Intermédiaire des chercheurs et curieux : Notes and queries français : questions et réponses, communications diverses à l’usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc., Vol. 59, 1909, p. 656-657, Voir en ligne.

Rocher de Rumigny

En 1961, un ancien ouvrier des Forges de Paimpont, reprend cette anecdote dans une petite publication locale. Le nom de l’émule d’Icare y est précisé : il s’agirait de M. Maguet, résidant au Pré-Joly, lieu-dit situé sur la commune de Plélan-le-Grand, surplombant les Forges. Si l’histoire est la même, la conclusion en est cependant plus tragique, puisque la tentative infructueuse se solde par la mort de l’ingénieur.

A cet époque vivait retiré au Pré-Joly [...] un ancien directeur des dites Forges. Pendant les loisirs que lui donnait sa retraite, ce monsieur (à qui au dire des anciens, il suffisait de porter le minerai à sa bouche, de le goûter pour connaitre sa teneur en fer) du haut de son promontoire, étudiait le vol des oiseaux. Il était arrivé à se persuader qu’en s’habillant de plumes et en exécutant avec les bras et les jambes des mouvements comme en font les oiseaux, avec leurs ailes, il pourrait voler lui aussi. Après avoir rassemblé tout ce qu’il avait pu trouver de plumes, il recruta un habitant du village de la Lande du Gué, doué d’une grande force ; puis tous les deux, l’un portant un sac de plumes et un seau de miel ; l’autre une forte corde et une paire d’ailes de sa fabrication, ils prirent la direction du Rocher de Rumigny. Arrivé en haut de cet escarpement de schiste violet, M. Maguet se fit enduire le corps de miel par son aide, puis se roula dans la plume étalée au préalable ; s’attacha une aile à chaque bras et la corde passée autour du corps, se fit descendre par son compagnon le long du rocher après lui avoir dit : « Quand je te dirai de lâcher la corde, tu lâcheras tout. » Tout en accélérant de plus en plus ses mouvements de bras et de jambes, M Maguet donnait des coups de pied sur la partie verticale du roc pour s’en écarter, cependant que son aide laissait doucement descendre la corde. Tout à coup, le cri convenu retentit : « lâche la corde. » Las ! la corde lâchée, notre homme oiseau s’écrasa au pied du rocher où il se rompit bras et jambes. On le ramena avec d’infinies précautions au Pré-Joly. Au prêtre venu l’administrer et à ses nombreux amis venus le visiter, il affirma : « Si je suis tombé, c’est de la faute de Moutinard, s’il avait lâché la corde dès que je lui ai dit, je sentais biens que j’allais m’envoler ». Il mourut quelques jours après tout aussi persuadé que son rêve pouvait se réaliser. PARLIER, Lucien et GOUNEAU, Anatole, Plélan et les Forges de Paimpont, Rennes, Imprimerie Bretonne, 1961. [pages 10-11]

Un ingénieur des Forges de Paimpont

Selon ces deux sources, l’auteur de la tentative d’envol à partir du Rocher de Rumigny serait soit M. Mayet ou Maillette, ingénieur ou sous-ingénieur aux forges de Paimpont (Ille-et-Vilaine) soit M. Maguet, [...]. Il s’agit en fait de M. Maguette, employé des Forges de Paimpont en 1834, résidant au Pré Joly proche de la Bourgoulière en Plélan le Grand. Avant sa tentative d’envol du Rocher de Rumigny, M. Maguette s’est illustré en tant qu’inventeur ainsi que conseiller technique pour la commune de Paimpont.

L’exposition de 1834

En 1834, M. Maguette présente des inventions techniques à l’exposition publique des produits de l’industrie française qui se tient Place de la Concorde 2 .

2347 (1534). Le temps a manqué à M. Maguette, aux forges de Paimpont, département d’Ille-et-Vilaine, pour rendre la sienne ce qu’il désirait qu’elle fût. Elle ne se composait en quelque sorte que de simples échantillons. — On y voyait d’abord un outil pour tourner et forer la fonte du fer ; il était, non pas en acier, mais en fonte de première fusion. L’expérience a prouvé à M, Maguette qu’en l’établissant avec cette fonte, il est plus promptement confectionné et à moindres frais, qu’il opère plus vite et dure plus longtemps. La seconde pièce de son exhibition, était une molette que l’on peut faire en acier fondu ou en fonte à petit grain, durcie sur l’extrémité, et qu’il assure être propre à donner au fond des entailles, dans les cylindres, une plus grande perfection que par le marteau ou le laminoir. - Enfin, les autres objets, qui nous portent à placer ici M. Maguette, consistaient en vingt-deux échantillons de pierres artificielles imitant des marbres, porphyres, granits, schistes, jaspes, grès, etc. ; il annonce qu’elles sont solides, et aussi capables de supporter des fardeaux que les pierres naturelles, et qu’il les offrira dans toutes les dimensions, même les plus colossales. Que d’applications ne peuvent-elles pas recevoir ! La principale, qui est indiquée par M. Maguette, et en vue de laquelle il les a nommées pierres hydrauliques, serait de les employer, avec un ciment qu’il est en état de fournir, à fonder, sous la mer, des levées qui nous donneraient des rivages fertiles, ou permettraient d’établir, sur divers points, au milieu des passes, des batteries protectrices de nos côtes et de nos mouillages. Il y a, comme on voit, de l’avenir dans cette dernière application. Quant à la molette et à l’outil en fonte de M. Maguette nous les recommandons à tous ceux qui travaillent la fonte et le fer. MOLÉON, Jean-Gabriel-Victor de, COCHAUD, A. et PAULIN-DÉSORMEAUX, A.O., Musée industriel : description complète de l’exposition des produits de l’industrie française faite en 1834, ou statistique industrielle, manufacturière et agricole de la France, Vol. 4, Paris, Bureau de la société polytechnique et du recueil industriel, 1838, Voir en ligne. page 193

Le conseiller technique de la mairie de Paimpont

Une délibération du conseil municipal de Paimpont en date du 3 août 1834 montre que M. Maguette jouit d’une certaine réputation auprès de la municipalité.

Réparations de l’église : devis de 2534 francs transmis au préfet, concernant le clocher et la chapelle du Rosaire, travaux qui pourraient être dirigés "par Mr Maguette, employé à la forge dont les talents bien connus pour ces sortes d’ouvrages..." ("directeur des travaux des forges" selon la délibération du 4 janvier 1835). TIGIER, Hervé, Des Forges de Paimpont à la Ville Danet : Les Forges, le Gué, le bourg, Trudeau et Trédéal, la Ville Danet et Gaillarde, Paimpont, 2012.

La même année, M. Maguette est à nouveau sollicité sur un projet municipal paimpontais, l’école publique des filles. Il joue là encore le rôle de conseiller technique auprès de la municipalité à laquelle il fournit une étude préparatoire à la construction de l’école.

M. Maguette conseiller technique auprès de la commune de Paimpont

Un employé des Forges de Paimpont : 1841

Un document daté de 1841 indique que Mr. Maguette est le troisième personnage dans la hiérarchie des Forges de Paimpont mais le second salaire.

Dépenses en deniers
APPOINTES :

Monsieur le Directeur : 3000
Mr Guillotin : 1500
Mr Maguette : 2000
Mr Delaporte : 600
Mr Hodebert : 600
Mr Ménager : 360
Mr Chevalier : 396
Le jardinier : 120
Perrigault, brigadier de basse forêt : 336.60
Simon, brigadier de haute forêt : 336.60
7 gardes à 266.70 : 1866.90
Legeard, brigadier de Montauban : 360
Le Gor, garde de Montauban : 330
Poulain charpentier : 1500
Petoche souffletier : 180
Morin, maréchal : 540
Le fendeur : 180
Alexis garçon d’écurie et de magasin : 240
Ecorchard, courrier : 300Compte des recettes et dépenses des Forges de Paimpont du 1er juin 1840 au 1er juin 1841 3


Bibliographie

ANONYME, Catalogue des produits de l’industrie française admis à l’exposition publique sur la place de la Concorde en 1834, Paris, Pihan-Laforest imprimeur, 1834, Voir en ligne.

DU GUÉ, Jean, « Navigation aérienne », L’Intermédiaire des chercheurs et curieux : Notes and queries français : questions et réponses, communications diverses à l’usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc., Vol. 59, 1909, p. 656-657, Voir en ligne.

MOLÉON, Jean-Gabriel-Victor de, COCHAUD, A. et PAULIN-DÉSORMEAUX, A.O., Musée industriel : description complète de l’exposition des produits de l’industrie française faite en 1834, ou statistique industrielle, manufacturière et agricole de la France, Vol. 4, Paris, Bureau de la société polytechnique et du recueil industriel, 1838, Voir en ligne.

PARLIER, Lucien et GOUNEAU, Anatole, Plélan et les Forges de Paimpont, Rennes, Imprimerie Bretonne, 1961.


↑ 1 • Les articles de L’Intermédiaire des chercheurs et curieux sont le plus souvent signés sous des pseudonymes

↑ 2 • Une autre mention bibliographique des inventions de M. Maguette présentées à cette occasion existe.

1534. Maguette, à Paimpont (Ille-et-Vilaine) : Échantillons de pierres artificielles, un outil pour la fonte et une molette pour terminer le fond des sections dans les cylindres pour le fer carré. ANONYME, Catalogue des produits de l’industrie française admis à l’exposition publique sur la place de la Concorde en 1834, Paris, Pihan-Laforest imprimeur, 1834, Voir en ligne. page 93

↑ 3 • Extraits du fonds documentaire acquis par le SIVU le 28 avril 2009 - Transcription du document d’archive par Guy Larcher