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Le Chêne à Guillotin

Le chêne des Rues Éon

Cet arbre remarquable, plusieurs fois centenaire, fut d’abord appelé « Chêne des Rues Éon » au 19e siècle avant de devenir « Chêne à Guillotin » dans les années 1970, du nom d’un prêtre réfractaire réfugié à Concoret pendant la Terreur. Ce chêne est situé aux Rues Éon en Concoret, à une centaine de mètres du château du Rox.

L’abbé Guillotin et le « chêne des Rues Éon »

Pierre Paul Guillotin est né en 1750 au hameau de « Vaubossard » en Concoret, près des « Rues Éon ». Ordonné prêtre, il est nommé à la cure de Saint-Servan en 1778, dont il est expulsé par les clercs constitutionnels en juin 1791. Il se réfugie dans son village natal et entre en clandestinité. L’abbé Guillotin commence alors la rédaction d’un Registre qui permet de le suivre pas à pas dans sa nouvelle condition. Durant presque dix ans, il y consigne de nombreux actes religieux, ainsi qu’une chronique de cette époque tourmentée.

Pourchassé à plusieurs reprises par les Républicains, l’abbé se réfugie en divers lieux, dont la lande de « Rénimel » ou un râtelier du « Vaubossard » :

Les révolutionnaires savaient que j’exerçais mon ministère en cachette et ils fouillaient très souvent les maisons du Vaubossard pour me trouver. Je me cachais particulièrement dans un râtelier à foin d’un fermier. Le cultivateur avait toujours une petite épingle sous le revers de sa veste et, lorsque les soldats voulaient pénétrer dans l’écurie, le fermier piquait ses chevaux qui, aussitôt, levaient les pattes, alors il leur disait : "Entrez si vous voulez, mais je ne réponds de rien, ils sont très méchants." Et aussitôt les patriotes partaient…

À aucun moment l’abbé Guillotin ne mentionne le chêne des « Rues Éon ». Il ne dit pas non plus s’être caché dans le creux d’un arbre 1.

Un évènement qui se déroule en 1797 est à rapprocher de la légende du chêne à Guillotin. Ange David 2, abbé de Mauron, raconte dans ses notes écrites entre 1897 et 1912 ce qui advient à un prêtre de cette même paroisse, Joachim Masson 3, qui refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé. Il émigre quelque temps mais revient dans la paroisse pour administrer les sacrements, se cachant soit dans le bourg, soit dans les villages, quelquefois dans les greniers à foin, derrière des tas de fagots, partout où il se croit le plus à l’abri des révolutionnaires. Cet évènement se déroule à quelques kilomètres du chêne des « Rues Éon » (3,8 km à vol d’oiseau), au lieu-dit « Château-Gris », dans la paroisse de Mauron.

Un dimanche de septembre 1797, Monsieur Masson disait la messe dans la maison des Coutard (près du presbytère) en l’absence des militaires à Mauron. Il était environ 11 heures. Les portes étaient closes. [...] un bruit sourd encore lointain se fit entendre distinctement. Il jeta l’épouvante dans l’âme des assistants. Effectivement c’était le bruit du tambour, c’était l’arrivée d’un détachement républicain, c’était des soldats transformés par ordre en tigres affamés de prêtres. [...] Monsieur Olive qui était présent, sort et va, revêtu de sa charge municipale, au devant du détachement envoyé de Ploërmel. D’abord, il le détourna de la grande route [...] pour l’éloigner de la maison des Coutard [...] Monsieur Masson eut le temps de finir sa messe et de se sauver par les grands prés avant que les soldats eussent été envoyés par le bourg à la recherche de leur logement. [...] Il était sauvé croyait-on, quand tout-à-coup l’agitation renaît, en apprenant avec consternation qu’une brebis galeuse s’est trouvée dans le troupeau et que la messe a été dénoncée. On vit en effet, un instant après les soldats courir en tumulte et se rendre dans la maison qui conservait encore les traces de la récente célébration.[...] ils ordonnèrent la chasse aux prêtres. Immédiatement les soldats se dispersèrent, une douzaine prirent la direction des grands prés [...]
Monsieur Masson avait traversé, ayant de l’eau jusqu’aux hanches, la petite rivière des Prés Bretons en se dirigeant au pas de course vers la grande métairie de Lourme. Au centre d’une des prairies de cette ferme, se trouvait un chêne gigantesque appelé le "Roi des Chênes" : il avait 8 mètres de circonférence. Il était creux et avait au pied une grande ouverture en forme de porte ogivale. Monsieur Masson s’y précipita pour s’en faire un refuge au moins jusqu’à la nuit. Mais il n’était pas facile de s’y installer à l’aise. Le prisonnier ne tarda pas à ressentir la fatigue de sa position… Il songeait à descendre et à se rendre à la ferme réclamer une cachette plus commode quand il lui sembla avoir entendu un bruit encore éloigné de voix humaines… Il écoute… Le bruit se confirme et se rapproche. Bientôt il a la certitude d’une marche précipitée de quelques soldats. Cependant a-t-il dit depuis, je priais. Je remettais ma vie entre les mains de Dieu [...] La prière lui rendit le calme et le courage. Sans faire un mouvement, il attendait et reprenait confiance. Au bout d’un instant, deux soldats passant au pied du formidable chêne, s’extasiaient sur son énorme grosseur en en faisant le tour. "Cornulier, dit l’un, il pourrait bien s’être caché dedans, il est assez gros pour en contenir cinquante ! "Mais non, il y a une toile d’araignée qui prend toute l’ouverture dit l’autre, il l’aurait brisée. Ne perdons pas de temps, camarade, et filons à la métairie, il est sûrement là." En effet, une toile d’araignée embrassant toute l’ouverture de la cavité du chêne, s’était formée en moins de deux heures et c’est à cette seule circonstance que ce pauvre et saint prêtre dut de n’être pas pris et fusillé probablement.

Archives paroissiales de Mauron

Les premières mentions du « chêne des Rues Éon »

Le « chêne des Rues Éon », contrairement à d’autres arbres remarquables de la forêt de Paimpont, comme les hêtres de « Roche-Plate », de « Ponthus » ou de « la Gelée », n’est pas mentionné dans les premiers guides touristiques de 1868 et 1921.

La première mention de ce chêne figure dans La Forêt de Bréchéliant de Félix Bellamy en 1896 :

Il y avait anciennement, en face des logis de la rue Éon, une maison dont il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges et qu’on appelait la Maison du Gros Chêne, à cause d’un chêne énorme, mais creux, qui existe encore, et près duquel elle était placée. On la nommait aussi la maison de la Chambre, parce qu’il y avait au-dessus du rez-de-chaussée une chambre pavée en tuiles rouges. Or, d’après un certain Guillotin Victor, mort à 77 ans, il y a une vingtaine d’années, et qui tenait ceci de ses parents, cette maison aurait aussi appartenu à Éon. Elle a été abattue il y a une vingtaine d’années. On dit aussi que, dans cette maison de la Chambre, étaient ménagées des cachettes qui, pendant la tourmente révolutionnaire, auraient servi à l’abbé Pierre-Paul Guillotin à sauver des ornements d’église et des objets du culte. La cavité du gros chêne voisin fut aussi employée avec succès à cet usage.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 439

Dans cette version, l’abbé Guillotin ne se cache pas dans le Gros Chêne, mais y dissimule des objets du culte.

En 1955, l’arbre remarquable n’est toujours pas appelé « chêne à Guillotin ». L’abbé Gillard le mentionne cependant en évoquant la « tradition » selon laquelle des prêtres s’y seraient cachés :

Au fond de ce village (les Rues Éon) se trouve un chêne géant qui mesure huit mètres de tour. On peut pénétrer à l’intérieur et on dit qu’à l’occasion, des prêtres s’y cachaient pendant la Révolution de 1789.

GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : Tréhorenteuc-Comper-Paimpont, Josselin, abbé Roussel, 1955.

Le « chêne des Rues Éon » devient « chêne à Guillotin »

La transposition d’un conte de Henri Thébault

Henri Thébault est l’auteur d’un recueil de contes publié en 1960. Dans le conte intitulé La toile d’araignée miraculeuse, il reprend l’histoire de l’abbé Masson de Mauron, tout en ajoutant l’intervention de Notre-Dame-de-Paimpont en conclusion.

Les Mauronnais affirment qu’il n’y eut pas d’araignée, mais que Notre-Dame de Paimpont qui tissa si bien les langes de l’Enfant Jésus, descend sur la terre pour se substituer à l’araignée du vieux chêne...

THÉBAULT, Henri, Contes Folkloriques de France - Bretagne, Vol. 1, Angoulême, Rachelier, 1960.

Dix ans plus tard, Henri Thébault, maire de Mauron de 1971 à 1982, fait paraitre ce conte dans un supplément au bulletin municipal. —  THÉBAULT, Henri, « Contes & légendes de Brocéliande & du Porhoët », 30 jours en Brocéliande, Supplément juillet-août, 1971. —

« Chêne à Guillotin » et le renouveau de la culture populaire

La première mention de cet arbre sous le nom de « chêne à Guillotin » apparaît dans un guide touristique de 1979. Ce guide est porteur d’une approche nouvelle qui met en avant les traditions populaires et l’histoire locale, jusqu’ici ignorées au profit de la légende arthurienne :

Après la route du Vaubossard, le chemin vicinal de gauche conduit au petit hameau de la Rue Éon. Il faut y voir le « chêne à Guillotin » où ce prêtre réfractaire se réfugiait pendant la Terreur.

COTTIN, Alain, Guide touristique et culturel de Brocéliande et annexes, 1982, Syndicats d’Initiative de Brocéliande, 1979. [page 12]

Deux ans plus tard, la première transposition de l’histoire de l’abbé Masson aux « Rues Éon » apparaît dans le bulletin de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay :

Ce fut dit-on, l’une des cachettes de l’abbé Guillotin, prêtre réfractaire réfugié à partir de 1791 dans son pays natal […] Souvent inquiété, jamais pris, on peut l’imaginer aux Rues Éon comme cet autre prêtre du pays de Mauron, traqué par l’armée républicaine. Sabre au clair, les bleus s’élancent dans les champs à la poursuite du prêtre. C’est alors que celui-ci trouve refuge dans un arbre creux. La troupe essoufflée s’arrête devant le vieil arbre, mais une toile d’araignée intacte barre l’orifice béant […] On dit que Notre-Dame de Paimpont serait descendue pour se substituer à l’araignée du vieux chêne.

EALET, Jacky, « Les seigneurs de la forêt », Le Châtenay - Journal de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay, Mai, 1984, p. 9-11.

En 1999, l’histoire du « chêne à Guillotin », restée jusqu’alors confidentielle, touche un plus large public avec la parution d’un recueil de contes populaires locaux, à l’initiative de l’association Le Carrefour de Trécélien. On y retrouve le conte de Henri Thébault, La toile d’araignée miraculeuse. La préface établit un lien entre cette fiction et l’histoire du chêne à Guillotin :

L’aventure qui arrive à l’abbé Masson n’est pas sans rappeler celle de l’abbé Guillotin de Concoret : en 1791, ce prêtre réfractaire s’était réfugié à Concoret, son pays natal. Pour échapper aux bleus (les Républicains) qui le traquaient, il s’est réfugié dans une chêne creux situé aux Rues Éon. Quand ses poursuivants passèrent devant l’arbre, une araignée, inspirée dit-on par Notre-Dame de Paimpont, avait tissé sa toile afin de masquer l’entrée de la cachette. Les troupes abandonnèrent les recherches. Depuis cet évènement, le chêne creux a pris le nom de "Chêne à Guillotin" ; il aurait près de mille ans et sa circonférence avoisine les dix mètres. Dans les années 1980, une classe de vingt-cinq enfants de neuf à dix ans s’y serait glissée tout entière. Le chêne creux de Château Gris n’existe plus tout comme d’autres arbres remarquables de la forêt...

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999. [pages 133-134]
Le Chêne à Guillotin - la toile d'araignée miraculeuse
Le Chêne à Guillotin - la toile d’araignée miraculeuse

La transposition de l’histoire de l’abbé Masson de Mauron au chêne des « Rues Éon » a mis plus d’un siècle à se réaliser. Ce processus aboutit dans les années 1970 grâce à la conjonction de deux phénomènes :

  • En 1972, quatre cantons d’Ille-et-Vilaine constituent l’Office de Tourisme de Brocéliande (O.T.B.) qui a pour but d’organiser leur politique d’aménagement sur le massif forestier. Les principaux sites historiques, légendaires et naturels de la forêt sont répertoriés et mis en valeur.
  • Des associations du massif forestier contribuent au renouveau de la culture populaire. Le « chêne à Guillotin » les intéresse à plus d’un titre puisqu’il réunit des traditions orales du pays gallo, l’histoire locale, ainsi qu’un conte populaire.

Le chêne creux du « Château-Gris » de l’abbé Masson n’existe plus à cette époque. L’histoire de l’abbé réfractaire de Concoret, jusqu’ici orphelin d’un site, peut désormais se fixer au « Chêne à Guillotin ».

Le trésor caché d’Éon de l’Étoile

Les « Rues Éon » sont réputées avoir été le lieu de résidence de l’hérétique Éon de l’étoile au 12e siècle. Son prieuré est censé être situé à 800 mètres environ au nord-ouest du château du Rox en Concoret, au bord de l’ancien chemin allant de Mauron à Concoret. L’abbé Guillotin mentionne cette tradition dans son registre :

[…] un lieu que l’on nomme Moinet, et où l’on a trouvé des ruines de murailles et plusieurs pierres tombales. M. Guillotin pense que là était située la communauté d’ermites dont le fameux Éon de l’Étoile fut membre. On sait qu’un village de Concoret a conservé le nom de Rue Éon, et que les habitants n’ont pas perdu après huit siècles, leur titre de sorciers.

Guillotin Abbé, Ropartz Sigismond (1853). op. cit., p.18 (Voir en ligne)

Une tradition orale rattache le chêne remarquable à ce personnage historique. Éon y aurait caché un trésor constitué de deux barriques d’or provenant de ses rapines. Selon certains, l’ouverture du chêne, récente, aurait été pratiquée à la fin du 19e siècle par des chercheurs de trésor. —   —

Un lieu de dévotion populaire

Le recours aux arbres guérisseurs est une pratique ancienne et marginale. Elle connait un regain d’intérêt depuis quelques années en raison du caractère naturiste de certains aspects de la vogue « New-age ». Comme d’autres arbres remarquables de la région de Brocéliande, le chêne à Guillotin est devenu un lieu de dévotion populaire.

Comme bon nombre des ses congénères craqués ou fendus, les souffrants y déposent des vêtements ou s’y faufilent malgré le dispositif qui a été érigé pour empêcher d’y pénétrer. Comme sa circonférence de près de 9,5 mètres atteste de sa vigueur exceptionnelle, depuis une vingtaine d’années des personnes viennent ici se « recharger ». Des souffrants qui espèrent aller mieux en passant la main sur son écorce rugueuse et craquelée, mais aussi des guérisseurs qui tentent ainsi d’y puiser l’énergie salvatrice qu’ils transmettent à leurs patients.

CAMUS, Dominique, Dévotions populaires et tombes guérisseuses en Bretagne, Rennes, Ouest-France, 2011, 127 p. [page 22]

Le « chêne à Guillotin » et le tourisme contemporain

Depuis sa nouvelle valorisation cette légende a été remaniée à plusieurs reprises. Le chêne plusieurs fois centenaire est devenu plus que millénaire :

Âgé de plus de mille ans, ce chêne creux a 20 mètres de hauteur, dix de circonférence, a fière allure. Des trésors auraient été enfouis en dessous par Éon de l’étoile et ses compagnons.

FERDINAND, Sylvie, Petites histoires de Brocéliande, Terre de brume, 2010. [page 78]

Le chêne est acquis par la commune de Concoret en 2000. Peu après l’acquisition Marc Benredjem, technicien de l’O.N.F., intervient sur l’arbre dans un souci de conservation du patrimoine historique local. Il pratique une cure de rajeunissement à l’aide d’écorce synthétique et construit une passerelle afin d’éviter le piétinement à la base de l’arbre. Un parking est aménagé et l’arbre définitivement intégré aux circuits touristiques. Marc Benredjem est aussi l’auteur d’un texte, figurant sur un panneau placé près de l’arbre, dans lequel il retrace l’histoire millénaire du chêne racontée par l’arbre. Ce texte à vocation touristique puise son inspiration dans les traditions locales, et prend des libertés avec l’Histoire 4.—  BENREDJEM, Marc, « Au cœur de la Bretagne, le chêne à Guillotin », Arborescences, Avril, 2001, p. 26-28. [pages 26-28] —

Le Chêne à Guillotin « aménagé »

Depuis 2002, l’histoire du « chêne à Guillotin » s’est enrichie d’un nouvel apport. Dans une nouvelle, l’écrivain Franck Berthoux imagine le récit de sa plantation par une châtelaine du Rox en 1145 :

Pour honorer la nature, donc, Catherine de Rox planta un chêne [...]. Et pour qu’il soit respecté et respectable, elle fit arracher les buissons et les arbustes alentour pour qu’il soit bien visible par tous. L’arbre fut baptisé le chêne au loup.
Ensuite, elle fit construire, non loin de là, un bâtiment, une sorte de monastère, pour loger une confrérie de dix personnes chargées de garder, protéger et entretenir l’arbre au loup.
En 1190, Jocelin Andréa, père supérieur de l’abbaye de Saint Méen, consigna toute l’histoire dans un ouvrage mi-religieux, mi-historique, ouvrage conservé à la Petite Bibliothèque de l’évêché de Rennes. Ce religieux, grand-maître des Doyens déchaux des Ermitages de l’Enfance abandonnée et sacerdotale, date précisément la plantation du chêne au loup le 21 septembre 1145. [...] il aura 857 ans dans quelques mois.

BERTHOUX, Franck, « Le fabuleux destin du chêne à Guillotin », Gazette des Jardins, Vol. 15 mai - 15 juillet / 43, 2002.

Un arbre remarquable

Si l’intérêt pour les arbres est ancien, la notion « d’arbre remarquable » n’apparait qu’à partir des années 1990. Le premier essai d’inventaire des arbres remarquables du Morbihan date de 1999. Le chêne à Guillotin y est mentionné comme l’arbre le plus impressionnant du département.

On est frappé d’emblée par sa stature et son tronc haut, pratiquement droit mais boursouflé comme s’il n’était qu’une superposition de cicatrices, souvenir de toutes les branches perdues. Les unes, en s’arrachant ont laissé des trous béants dans le tronc creux où l’on peut tenir à plusieurs. Les autres ont laissé des plaies que l’aubier a recouvert comme la cire d’une bougie. De fait, aucune des branches actuelles ne semble aussi âgée que le tronc. Aussi grosses soient-elles, elles ont l’air de jeunes rejets fringants et verts sur ce corps meurtri.

CONSEIL GÉNÉRAL DU MORBIHAN, Arbres remarquables en Morbihan, Conseil Général du Morbihan, 2000, 56 p. [pages 49]

L’âge présumé et la taille de l’arbre figurent dans ce premier inventaire.
— Hauteur : 18/20 mètres ;
— Circonférence : 9,30 mètres ;
— Diamètre à la houppe : 16 mètres ;
— Âge : plus de 500 ans, peut-être mille...
— Conseil Général du Morbihan (2000) op.cit., p. 50 —

Il est à nouveau mentionné dans l’inventaire départemental de 2002 avec les mêmes mensurations.—  CONSEIL GÉNÉRAL DU MORBIHAN, Arbres remarquables en Morbihan, 3e édition, Conseil général du Morbihan, 2002. [page 55] —

Dans l’inventaire de 2014 la taille est légèrement différente et l’âge passablement revu à la baisse.
— Hauteur : 16 mètres ;
— Houppier : 20 mètres ;
— Circonférence : 9.60 mètres ;
— Âge : environ 500 ans
—  KEMPA, Daniel et BERTHIER, Emmanuel, Les arbres remarquables du Morbihan, Département du Morbihan, 2014. [pages 112-113] —

Le dernier inventaire, réalisé par la région Bretagne en 2015, reprend les données de l’inventaire de 2014. —  JÉZÉGOU, Mickaël et MAISON DE LA CONSOMMATION ET DE L’ENVIRONNEMENT, Arbres remarquables en Bretagne, Mèze, Biotope, 2015, (« Les cahiers naturalistes de Bretagne »). — Il est enfin mentionné sur le site Arbres remarquables en Bretagne. —  MAISON DE LA CONSOMMATION ET DE L’ENVIRONNEMENT, « Arbres remarquables en Bretagne », 2017, Voir en ligne. Chêne à Guillotin —

Le Chêne à Guillotin (octobre 2015)

Ronan Coignard, maire de Concoret, a inscrit « le chêne à Guillotin » au concours de l’« Arbre de l’année 2016 ». Il a été retenu par le jury pour représenter la Bretagne et a terminé à la troisième place au niveau national. C’est à cette occasion que Georges Feterman, président de l’association ARBRES, a découvert le chêne et a proposé l’attribution du label « Arbre remarquable de France » 5. Le label a officiellement été remis au maire de Concoret le samedi 1er juillet 2017.—  LOHO, Amélie, « Patrimoine forestier. Le chêne à Guillotin nommé arbre remarquable de France à Concoret », Le Ploërmelais, 20 juillet, Ploërmel, 2017, Voir en ligne. —


Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BENREDJEM, Marc, « Au cœur de la Bretagne, le chêne à Guillotin », Arborescences, Avril, 2001, p. 26-28.

BERTHOUX, Franck, « Le fabuleux destin du chêne à Guillotin », Gazette des Jardins, Vol. 15 mai - 15 juillet / 43, 2002.

CAMUS, Dominique, Dévotions populaires et tombes guérisseuses en Bretagne, Rennes, Ouest-France, 2011, 127 p.

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999.

CONSEIL GÉNÉRAL DU MORBIHAN, Arbres remarquables en Morbihan, Conseil Général du Morbihan, 2000, 56 p.

COTTIN, Alain, Guide touristique et culturel de Brocéliande et annexes, 1982, Syndicats d’Initiative de Brocéliande, 1979.

EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008.

FERDINAND, Sylvie, Petites histoires de Brocéliande, Terre de brume, 2010.

GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : Tréhorenteuc-Comper-Paimpont, Josselin, abbé Roussel, 1955.

LOHO, Amélie, « Patrimoine forestier. Le chêne à Guillotin nommé arbre remarquable de France à Concoret », Le Ploërmelais, 20 juillet, Ploërmel, 2017, Voir en ligne.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

JÉZÉGOU, Mickaël et MAISON DE LA CONSOMMATION ET DE L’ENVIRONNEMENT, Arbres remarquables en Bretagne, Mèze, Biotope, 2015, (« Les cahiers naturalistes de Bretagne »).

KEMPA, Daniel et BERTHIER, Emmanuel, Les arbres remarquables du Morbihan, Département du Morbihan, 2014.

MAUNY, chanoine Henry, Notes d’un ancien de Concoret en 1880, inédit, 1956, Voir en ligne.

THÉBAULT, Henri, Contes Folkloriques de France - Bretagne, Vol. 1, Angoulême, Rachelier, 1960.

THÉBAULT, Henri, « Contes & légendes de Brocéliande & du Porhoët », 30 jours en Brocéliande, Supplément juillet-août, 1971.

Documents d’archives

Archives paroissiales de Mauron


↑ 1 • Peut-être le chêne a-t-il été baptisé ultérieurement « chêne à Guillotin », pour symboliser la pérennité de la religion catholique par opposition aux « chênes de la Liberté » plantés à Concoret par les révolutionnaires.

[Une troupe] fit déraciner un chêne dans le semis du Rox, le planta dans le cimetière pour chêne de la liberté et fit une danse alentour.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. page 20

↑ 2 • Ange David est né à Questembert le 18/10/1864. Aumônier des Sœurs Augustines de Malestroit à la fin de sa vie, il meurt le 04/03/1926.

↑ 3 • Joachim Masson (1753-1825), né à Cataha, village de la commune de Mauron

↑ 4 • Texte de présentation du « Chêne à Guillotin » écrit par Marc Benredjem :
"Ce majestueux chêne d’une époque bien révolue pour les visiteurs d’aujourd’hui, sa vieille écorce marquée par les stigmates du temps qui s’écoule lentement, inlassablement il pourrait conter tant de choses merveilleuses à l’âme qui saurait l’écouter. Il nous raconte son incroyable histoire à travers le temps. J’ai vu le jour en l’an de grâce 1144 par une belle journée de printemps alors que dans le ciel Breton passait la comète de "Halley". En ce temps-là régnait sur le royaume de France Louis VII dit le "jeune", époux de la duchesse Aliénor d’Aquitaine. Si le XIIe siècle français fut un grand siècle, le règne de Louis VII fut terne et souvent maladroit, parfois même funeste pour le royaume de l’Europe occidentale dans son ensemble évita de conduire le pays à la catastrophe. A l’horizon, la deuxième croisade voyait le jour le 1er décembre 1145 par une bulle du Pape Eugène III. Je me souviens aussi de toi Éon de l’Étoile, ermite, tu t’es réfugié ici en forêt de Brocéliande, près de la fontaine de Barenton, meurtri par la dure solitude, vivant de rapine et de pillage, tu es alors devenu bandit des grands chemins. Soudainement, la folie t’a pris, nul ne sait pourquoi, prétendant égaler Dieu. Tu as lancé ta horde de gueux contre le pouvoir et l’autorité pour assouvir tes désirs. Oh pauvre fou ! Ne sachant comment tu t’es retrouvé à Reims, tu fus condamné à pourrir dans un cachot seul au milieu des rats en 1148. Je pense souvent à toi cher ami de mon enfance, maintenant que la solitude pèse sur mes vieilles branches, que mon tronc petit à petit se creuse et m’affaiblit chaque jour. La bataille de Mauron : ce combat fratricide entre Bretons s’est déroulé le 14 août 1352. D’un côté 3000 combattants du comte de Walter Bentley, lieutenant du Roi d’Angleterre Édouard III, en face 5000 soldats de Guy de Nesle Maréchal de France, le choc fut très dur entre les deux frères ce jour là. Torride cet été 1364 ! Le jeune Jean de Montfort aidé par des capitaines Anglais, vint assiéger Auray place forte d’une grande importance stratégique et qui commandait une grande partie de la Bretagne méridionale. Charles de Blois et du Guesclin accourent pour sauver la place. Leur défaite fut cuisante. Charles de Blois trouva la mort ainsi que bon nombre de chevaliers, du Guesclin fut prisonnier. Charles V dut reconnaitre les droits de la maison de Montfort sur le Duché par le traité de Guérande le 12 avril 1365. Jean de Monfort fut investi du Duché de Bretagne. Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois, n’obtient que la gestion de la cession du comté de Penthièvre et l’usufruit de la vicomté de Limoges. L’année 1370 reste gravée dans mon esprit pour ces évènements. Juste nommé Connétable de France par Charles V, voilà notre Bertrand du Guesclin à la tête d’une puissante armée devant les remparts du château de Comper qu’il mit à feu et à sang. 1598 : notre bon Roi Henri IV foule le sol avec son armée pour démanteler le château de Comper, qui servait de place forte pendant les troubles de la Ligue : deux tours furent démolies. Bien des siècles après, la France s’est de nouveau embrasée et ce fut la Révolution. Un jour, toi GUILLOTIN curé de CONCORET, tu es revenu dans ton fief, fidèle à tes convictions. En 1791 tu as persuadé tes paroissiens de braver les "Sans-Culottes" venus imposer les idées de la République. Tu fus pourchassé et tu vins te réfugier au cœur de mes entrailles. J’ai prié si fort pour toi que Dieu m’a entendu et te sauva. Et la légende dit : Traqué par l’armée Républicaine, sabre au clair, les Bleus s’élancent dans les champs à ta poursuite. Alors que tu étais apeuré et essoufflé au creux de mon tronc, à mes pieds, les soldats de la République étaient sur le point de t’attraper. Mais une énorme toile d’araignée obstrua le passage le rendant ainsi invisible. On dit que Notre-Dame de Paimpont se serait transformée en araignée pour te sauver. A l’aube du nouveau millénaire, je suis toujours là, bien accroché à cette terre qui m’a vu naître un jour. Si Dieu me prête vie, un peu de soin et beaucoup de respect de votre part mes chers amis, j’espère vivre quelques siècles encore.
Je vous remercie de votre attention et bonne visite. Marc Benredjem"

↑ 5 • Le label « Arbre remarquable de France » décerné par l’association ARBRES, comprend quatre critères. L’arbre doit être très vieux, très gros, avoir une forme particulière et enfin être lié à l’histoire de France ou aux légendes. Ce label qui existe depuis une vingtaine d’années vise à la protection du patrimoine forestier, sa valorisation et sa connaissance.