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13e siècle

Le château de Boutavent

Résidence des seigneurs de Montfort-Gaël

En 1998, des ruines sont mises au jour sur les hauteurs de Boutavent, entre Saint-Péran et Iffendic dans le département d’Ille-et-Vilaine. Elles révèlent la présence d’un donjon circulaire de 27 mètres de diamètre dont les murs ont une épaisseur de 2 mètres. L’enceinte de pierres, l’emplacement de tours carrées et de douves au nord et au sud sont encore perceptibles. Ces vestiges attestent l’existence d’un château, ou d’une maison forte, dont la présence est avérée par un texte de la première moitié du 13e siècle.

L’histoire du château de Boutavent

De nombreux écrits du 19e et du 20e siècle contiennent des erreurs et même des affabulations sur l’histoire de Boutavent.

Boutavent chez l’abbé Oresve et le marquis de Bellevüe

Le marquis de Bellevüe écrit notamment que :

Il fut l’une des résidences favorites du roi Judicaël « qui y tenait en 636 avec ses chevaliers joûtes et prouesses ». Il fut aussi au IXe siècle l’un des châteaux du roi Salomon. Puis le château royal devint la propriété au Xe siècle des Montfort-Gaël. Guillaume de Montfort s’y établit en 1197 après la destruction de son château de Montfort ; et ce fut là (in aula de Boutavant) qu’eut lieu en août 1199 une conférence entre le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Jean-sans-Terre, au sujet du jeune duc Arthur de Bretagne […] Il fut détruit en 1373 par les Anglais, et est dit ruiné dans les aveux de 1467 et de 1541. BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912. [pages 154-155]

Rien de ce qui est rapporté ici sur Judicaël, qui règne sur la Domnonée armoricaine au 7e siècle ou sur Salomon, roi de la Bretagne Armorique au 9e siècle, n’est attesté par une quelconque donnée historique.

À l’origine, il existe une légende chrétienne, rapportée par Pierre le Baud dans son Histoire de Bretagne. Il y est fait allusion au Meu 1 sans qu’aucun nom de lieu précis ne soit cité :

Et luy [Judicaël] advint un jour ainsi qu’il retournoit d’une expédition faite en sa ville de plaisir outre la forest, [...] s’avancèrent ses gens et vinrent jusques à un gué de chariots près le chastel sus le fleuve de Meuë. LE BAUD, Pierre, Histoire de Bretagne avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, Paris, Chez Gervais Alliot, 1638, Voir en ligne. page 87

En 1858, l’abbé Oresve, dans son Histoire de Montfort et des environs, donne une apparence de vérité à cette légende en ajoutant des lieux précis :

La ville de plaisir du saint roi était le château de Boutavant, situé au-delà de la forêt de Montfort, sur la lisière de celle de Saint-Péran, en la paroisse d’Iffendic. Cet édifice était, comme Ithaque, sur la pointe d’un rocher. Il n’en reste plus rien, les ruines sont complètes. Au premier aspect, on serait tenté de croire, aujourd’hui, que les pierres ont grandi dans son enceinte. Telle est la ville de plaisir où Judicaël tenait joûtes et prouesses avec les chevaliers. ORESVE, abbé Félix Louis Emmanuel, Histoire de Montfort et des environs, Montfort-sur-Meu, A. Aupetit, 1858, Voir en ligne. page 94

On voit donc que Bellevüe tient pour vraies les affabulations de l’abbé Oresve qui enjolivait une légende.

De quels éléments historiques dispose-t-on sur Boutavent ?

Avec Gaël, Montfort et Comper, Boutavent est un des châteaux édifiés par les seigneurs de Gaël-Montfort. On ignore son année de construction, mais un document témoigne de l’existence de ce château au début du 13e : il s’agit du « Titre de Montfort », une lettre de Guillaume de Montfort qui ratifie toutes les donations faites par ses prédécesseurs à l’Abbaye de Montfort, en date de 1213, signée de sa main, qui se termine ainsi :

Acta fuit haec confirmatio a me in aula 2 de Boutavant anno gratiae MCCXIII 3. MORICE, Dom Pierre-Hyacinthe, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 1, Paris, Charles Osmont, 1742, Voir en ligne. col. 821-822

Différents auteurs mentionnent que les seigneurs de Montfort ont résidé au château de Boutavent jusqu’à la reconstruction de celui de Montfort par Raoul VIII vers 1376. Or, on sait que le château de Montfort a été détruit lors de l’intervention des troupes de Richard Cœur de Lion en Bretagne en 1196, et c’est donc probablement dès cette époque que Boutavent a été choisi comme résidence seigneuriale.

Le « Boutavent » de Château-Gaillard

Le marquis de Bellevüe cité plus haut localise à Boutavent, près de Montfort, une conférence entre le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Jean-sans-Terre, au sujet du jeune duc Arthur de Bretagne. Si cette rencontre, qui intervient en plein conflit entre Capétiens et Plantagenêts, a bien eu lieu, le Boutavent en question n’est pas celui en Iffendic, mais celui de Château-Gaillard, construit par Richard Cœur de Lion sur les rives de la Seine, entre Bouafles et Tosny.

La rencontre entre Jean-sans-Terre et Philippe Auguste au Boutavent de Château-Gaillard

La mort de Richard Cœur de Lion en 1199 laisse l’empire Plantagenet sans successeur et sans testament. Bien que le jeune Arthur I, duc de Bretagne et petit-fils d’Henri II, ait la primauté comme héritier légitime, c’est son oncle Jean-sans-Terre, quatrième fils d’Henri II, qui s’empare de la couronne d’Angleterre. Tous les vassaux de l’empire ne s’accordent pas pour le reconnaitre : le droit à la succession tourne au conflit. Arthur est d’abord soutenu par Philippe Auguste mais la mauvaise situation politique dans laquelle se trouve ce dernier va le contraindre à s’allier avec Jean-sans-Terre.

Un événement va donner l’occasion aux deux rois de se rencontrer dès le début de janvier 1200 et d’établir une paix passagère. Il s’agit du mariage de Blanche de Castille, nièce de Jean-sans-Terre, avec le fils de Philippe Auguste, le futur roi Louis VIII. Ce mariage est propice à Jean qui cherche à retourner à son profit l’alliance politique de Philippe Auguste avec Arthur de Bretagne.

A cette époque, l’empire Plantagenêt et le royaume de France se font face des deux côtés de la Seine (près des Andelys) : sur une des rives se dresse, côté normand, Château-Gaillard dont « Boutavent » est un fort de protection avancée. Sur l’autre rive, côté français, Philippe-Auguste occupe le château du Goulet, près de Vernon.
Au terme de cette journée du 22 mai 1200 est signé le traité de paix de Vernon (ou du Goulet) concrétisant l’alliance entre les deux rois. Jean-sans-Terre cède le Vexin, le comté d’Evreux et le Berry à Philippe Auguste. En contrepartie ce dernier abandonne au Plantagenêt ses droits sur la Bretagne. Arthur devient en conséquence vassal de Jean. En outre, il doit renoncer à ses prétentions sur l’Anjou, la Touraine et le Maine.
La bonne entente entre les deux rois ne dure pas longtemps. Guillaume le Breton, chapelain de Philippe Auguste, témoin direct des événements, rapporte qu’en 1202, Jean-sans-Terre s’était engagé à remettre à Philippe Auguste les deux châteaux de Boutavent et de Tillières (Eure). Jean n’ayant pas tenu parole, le roi français met le siège pendant trois semaines devant les châteaux :

il les attaqua avec une grande vigueur ; puis il les détruisit, renversa les murailles et les rasa. LE BRETON, Guillaume, « La Philippide », in Collection des Mémoires relatifs à l’histoire de France depuis la fondation de la monarchie française jusqu’au XIIIe siècle, Vol. 12, 1825 - Guizot, François, Paris, J.-L.-J. Brière, 1220, Voir en ligne. page 159

Alain de Montauban, possesseur de Boutavent jusqu’en 1285

La seigneurie de Gaël et de Montfort a été partagée en deux après la mort de Geoffroy I en 1181 : l’ainé de ses enfants, Raoul IV (†1239), reçoit Gaël et le cadet, Guillaume II, Montfort. Le château de Montfort n’étant pas reconstruit, celui de Boutavent apparait désormais comme la résidence principale de Guillaume II. À sa mort, sa fille unique, Mahaud (ou Mathilde), est la seule héritière de la seigneurie de Montfort. Elle reçoit Montfort dont le château de Boutavent.

Mahaud contracte trois mariages successifs 4. Son troisième époux, Alain de Montauban, hérite du domaine de Boutavent. — Morice, Hyacinthe (Dom) (1742). op. cit., col. 1074-1075 (Voir en ligne)  —

À la mort de Mahaud en 1279, les deux-tiers de l’héritage de Montfort reviennent à son cousin Raoul V 5, seigneur de Gaël. Héritier de la branche aînée, il conteste la part d’héritage acquise par Alain de Montauban. Six ans après la mort de Mahaud, les deux hommes paraissent devant un arbitrage à la cour ducale de Ploërmel qui ordonne :

  • que Raoul laisse à Alain de Montauban et à ses enfants tous ses biens en la paroisse de la Chapelle Saint-Ouën (aujourd’hui Saint-Onen) de la donation qu’il reçut de Guillaume de Lohéac.
  • que Alain laisse à Raoul le château de Boutavent

que le dit Raoul quitte et délaisse à toujoursmés audit Alain de Montauban & à ses hoirs tout ce que celuy Alain tenoit en la paroisse de la chapelle S. Ouën par la raison de la dite donaison qui luy fut faite du dit seigneur de Lohéac. Et le dit Alain laisse au dit Raoul le Chatel de Boutavant qu’il tenoit à raison de la dite donaison & ainsi il ne pourroit plus rien demander en la terre de Monfort. Ce fut fait & passé par notre dite Cour de Ploermel le Lundy après l’Ascension de notre Seigneur l’an de grace 1285.Morice, Hyacinthe (Dom) (1742). op. cit., col. 1074-1075 (Voir en ligne)

Boutavent devient propriété de Guy de Montfort

Un des fils de Raoul VI seigneur de Montfort-Gaël, Raoul, se marie à Julienne Tournemine de la Hunaudaye. Il meurt en 1314. Julienne épouse en seconde noces Olivier de Montauban 6. Un « Titre de Guémené » daté de 1318 rapporte qu’Olivier est Seignour de Montauban & de Monfort d’une partie.— Morice, Hyacinthe (Dom) (1742). op. cit., col. 1279 (Voir en ligne)  —

Un acte de partage daté de 1325 témoigne en effet que Julienne, de par son douaire, est en possession du domaine de Boutavent et que son fils Guy de Montfort en deviendra l’héritier à sa mort 7.

Descendance de Guy de Montfort

Amaury de la Pinsonnais, dans un article sur la famille du Fou 8, présente Guy de Montfort comme seigneur de La Chèze en Lanrelas (Côtes-d’Armor). En secondes noces, Guy se marie avec une demoiselle de Jarzé (Maine-et-Loire), dont il a une fille nommée Mahaud 9, qui épouse en 1389, Jean II, seigneur du Fou. —  DE LA PINSONNAIS, Amaury, « Fou (du) », 2006, Voir en ligne. —

Jean II du Fou et Mahaud ont deux enfants : Guillaume et Jeanne. Guillaume est l’époux de Jeanne de la Houssaye, fille d’Alain de la Houssaye et de Marguerite de Montauban. Jeanne du Fou est l’épouse de Thibault le Sénéchal, seigneur de Carcado (Kercado). Un acte de 1414 révèle un accord entre les enfants, concernant le partage des biens. Cet acte précise

[...] que comme en qualité de fils aîné de gens Nobles, Guillaume du Fou devoit avoir les deux tiers des biens qui avoient appartenu à Jean du Fou, tant au Maine qu’en Anjou & en Bretagne, il prendroit pour lui la Châtelenie de Pilmil avec la Terre de Noyant-sur Sartre &c. & que Thébaud le Séneschal auroit la Châtelenie de Courcelles avec la Terre de la Plesse-Chamaillart ».D’Hozier Antoine Marie (1762). op. cit., p. 981 (Voir en ligne)

L’héritage de Boutavent revient donc à Mahaud et à son mari Jean II du Fou. Nous ne savons pas ce que devient le château par la suite. Dans un Extraict des registres de la Chambre etablie par le Roy pour la reformation de la Noblesse du pays et duché de Bretagne…, le Comte de Rosmorduc rapporte dans sa généalogie que

[...] Guillaume du Fou et Jeanne de la Houssaye eurent pour fils unique messire Even du Fou 10 ROSMORDUC, Georges Le Gentil comte de, La noblesse de Bretagne devant la chambre de la réformation, 1668-1671 : arrêts de maintenue de noblesse, Vol. 1, Saint-Brieuc, M. le Comte de Rosmorduc, 1896, Voir en ligne. page 115

Le château de Boutavent victime de la Guerre de Succession ?

La Guerre de Succession de Bretagne, survenue de 1341 à 1364, est imbriquée dans la guerre de Cent ans. Certains chroniqueurs prétendent que le château de Boutavent aurait été détruit par les Anglais, sinon par Bertrand Du Guesclin lors de sa campagne militaire de 1373 en Bretagne.

  • Le marquis de Bellevüe rapporte que

    [les] châteaux de Montfort, de Gaël, de Comper, de Mauron, de Boutavent, furent pris et détruits par les troupes françaises en 1373 [...] BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912. [page 122]

  • Un autre chroniqueur, Paul Banéat, écrit concernant Boutavent :

    Les Anglais le détruisirent en 1372. BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 2, Rééd. 1973, Paris, Librairie Guénégaud, 1928. [page 203]

Aucun argument n’étaye ces affirmations. Le château de Montfort n’est plus en état d’être habité depuis l’intervention des troupes de Richard Cœur de Lion en 1196 ; quant aux autres châteaux de Comper, de Boutavent et de Gaël, l’histoire ne dit pas ce qu’ils sont devenus.

  • L’imposant Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne d’Ogée-Marteville rapporte en parlant de Guillaume de Montfort :

    C’est dans ce château, en ruines complètes, qu’il confirma en 1213 toutes les donations qui avaient été faites par ses prédécesseurs à l’abbaye de Saint-Jacques de Montfort OGÉE, Jean-Baptiste, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, dédié à la nation bretonne : M-Z, Vol. 2, Réédition par A. Marteville et P. Varin, 1845, Rennes, Molliex, Libraire-éditeur, 1780, Voir en ligne. page 50

Selon Ogée et Marteville, le château de Boutavent était déjà ruiné lorsque Guillaume de Montfort rédige son acte en 1213, ce qui paraît inconcevable. Une autre incohérence apparait chez ces auteurs lors du passage de Du Guesclin à Montfort et Gaël. Ils prennent à témoin un extrait de Guyard de Berville :

L’armée vint, selon Berville, pour camper à Montfort ; mais, trouvant la place en mauvais état, elle s’avança jusqu’à Gaël, château fort qui appartenait à Raoul 11. La garnison qui était dedans tenait pour le duc. Duguesclin en fit le siège en 1372, le prit et le rasa ; il en fit autant à celui de Mauron. Ogée, Jean-Baptiste ; Marteville, A. ; Varin, P. (1815). op. cit., vol. 2, p. 50 (Voir en ligne)

Cependant, nous ne retrouvons pas les mêmes propos dans les écrits de Guyard de Berville :

Dès qu’il [du Guesclin,] eut mis le pied sur les terres de Bretagne, le vicomte de Rohan, le sire de Rieux, les seigneurs de Beaumanoir & de Beaumont vinrent le joindre : il s’empara d’abord de Fougères, ensuite chemin faisant & sans s’arrêter, de Basouges & de Saint-Aubin du Cormier, & vint se loger dans les faubourgs de Rennes ; le comte de Laval, qui s’en étoit rendu maître, le reçut dans la ville, pour la conservation de laquelle le connétable y laissa quelques troupes, & sans s’arrêter marcha droit à Gaël, château considérable & très-fortifïé, appartenant au comte de Montfort, surnommé par sobriquet Montfort-la-Canne. Le connétable s’en empara & y mit garnison. DE BERVILLE, Guyard, Histoire de Bertrand du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France, Vol. 2, Paris, Librairie Belin, 1807, Voir en ligne. pages 397-398

  • Dans son livre Histoire de Montfort et ses environs, publié en 1858, l’abbé Oresve écrit que les châteaux de la seigneurie de Montfort-Gaël sont occupés par les Anglais, sans pour autant faire allusion à Boutavent et sans citer les sources de ses propos :

    Duguesclin, qui haïssait le duc, fut nommé connétable de France, le 2 octobre 1370, et reçut ordre de mener les troupes françaises faire la guerre à son pays. Il vint pour camper à Montfort, mais la place était délabrée. De là, il s’avança jusqu’à Gaël, place bien fortifiée et possédant une garnison qui tenait pour le duc. Duguesclin en fit le siège et, après une vigoureuse résistance, la prit et la démantela. Il alla ensuite mettre le siège devant le château de Mauron qui subit le même sort : les bâtiments étaient au lieu de Brembili. Le château de Comper fut aussi considérablement endommagé. […] En 1375, la France et l’Angleterre signèrent une trêve d’un an, et Raoul profita de ce moment de calme pour rebâtir et fortifier ses châteaux de Montfort et de Comper. Ayant besoin de la permission de l’abbé de Saint-Mélaine pour imposer ses vassaux, il la demanda et l’obtint. ORESVE, abbé Félix Louis Emmanuel, Histoire de Montfort et des environs, Montfort-sur-Meu, A. Aupetit, 1858, Voir en ligne. pages 137-138

Rien de ce qui est rapporté précédemment ne prouve que le château de Boutavent ait subi des destructions dues à la guerre. Les historiens du 19e siècle présentent la campagne militaire de Du Guesclin comme destructrice, mais cette thèse est remise en question par des médiévistes modernes qui indiquent au contraire qu’il ne rencontre aucune résistance de la part des Bretons :

Du Guesclin reprend alors le chemin de l’Armorique, concentre ses forces à Angers en mars 1373, accueille dans les rangs de son expédition des révoltés et pénètre dans le duché où il accomplit davantage une promenade militaire qu’une véritable campagne. Les villes et les châteaux n’offrent aucune résistance ; les bourgeois envoient des délégations au devant de l’ost 12 (Nantes) ou désarment les garnisons. A Hennebont, les gens du commun se retirent dans leurs maisons et attendent le dénouement. Le duc [de Bretagne] abandonné de tous, isolé, n’osant même plus se réfugier dans une ville, juge prudent de s’embarquer pour l’Angleterre (fin avril 1373) où il reste pendant six années d’exil, entrecoupées d’expéditions sur le continent. Ses alliés et ses derniers fidèles ne possèdent plus en Bretagne que Brest, Bécherel (jusqu’en 1374), Auray et Derval. Leguay Jean-Pierre ; Martin Hervé (1982). op. cit., p. 125

Il est probable que le château de Boutavent ait été abandonné et se soit dégradé au cours du temps. Le dernier témoignage que nous avons est l’aveu de Brécilien en 1541, où Guy XVII de Laval cite les châteaux ruinés qui existaient à la Courbe, à Boutavant et à Isaugouët.

En icelle forest, il y a forteresses actuellement en ruines, tant par fait de guerre que par caducité ; l’une est appelée le château d’Isaugoët et les autres, les châteaux de Boutavant et de la Courbe.Archives départementales de Loire-Atlantique, Inventaire série B-T.2, sénéchaussée de Ploërmel, B 1955

On trouve un autre témoignage sur Boutavent dans la déclaration et dénombrement du comté de Montfort du 20 avril 1682. Boutavent est alors propriété de Pélage d’Andigné, seigneur de la Châsse :

De plus, possède le même seigneur de la Châsse les fiefs, juridictions et bailliages de la Verrie d’Iffendic et de Saint Gonlay, de Boutavant ayant cours en la paroisse d’Iffendic et de Saint-Gonlay, avec les droits de supérioté et de fondation en la dite église d’Iffendic, et tous droits honorifiques, bancs, enfeus et autres qui ci-devant dépendaient de la dite seigneurie de Montfort […]AN P1715 Rennes (Ille-et-Vilaine, Bretagne, France) (1676 -1682) p. 355 (Voir en ligne)

Les ruines de Boutavent aux 18e et 19e siècles

Jean Côme Damien Poignand donne une description des ruines de Boutavent qu’il a connues à deux époques différentes.—  POIGNAND, Jean Côme Damien, Karrek et Boutavam., Rennes, Duchesne Libraire, 1835. [pages 17-29] —

Poignand, 1768

Vers 1768, étant en pension chez le curé de Saint -Péran, nous allions souvent dans nos promenades visiter les ruines du vieux château de Boutavam, dont la tradition s’occupait encore beaucoup. Je me rappelle que l’on y voyait subsister les emplacements de plusieurs tours et tourelles, conservant une hauteur de quinze ou vingt pieds. La cour était couverte d’une belle pelouse, parfaitement unie, entourée de douves qui déjà commençaient à se combler, mais encore larges et médiocrement profondes. Elles formaient une enceinte complète en se joignant à l’étang qui bordait un des côtés de ce château. [...]

Poignand, 1835

[...] Tout y a bien changé depuis cette époque ; les murs, les bastions , les tourelles ont été achevées de démolir pour emporter autre part les meilleures pierres ; leurs débris ont achevé de combler les douves, la terre et le gravier, tellement qu’elles ont surbaissé le sommet du promontoire sur lequel avait été bâti le château, et mis à nu les crêtes de rochers qui ont fait disparaître le bel aspect qu’offrait cette cour verte.

Bellamy, 1896

Du château il ne reste guère traces aujourd’hui, car les fondements de deux murailles sont tout ce qu’on en voit. [...] On les suit encore sur une longueur d’environ soixante pas chacun. [...] Deux ravins descendant à l’étang limitent l’emplacement du château à droite et à gauche, et lui servaient de défense. A droite, à la chute de l’étang, un moulin, le moulin de Boutavant ; à gauche, la forêt à perte de vue. L’emplacement du château forme actuellement une pelouse naturelle ou proéminent çà et là des blocs de rochers rougeâtres BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 739


Bibliographie

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BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 2, Rééd. 1973, Paris, Librairie Guénégaud, 1928.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

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LE BRETON, Guillaume, « La Philippide », in Collection des Mémoires relatifs à l’histoire de France depuis la fondation de la monarchie française jusqu’au XIIIe siècle, Vol. 12, 1825 - Guizot, François, Paris, J.-L.-J. Brière, 1220, Voir en ligne.

MORICE, Dom Pierre-Hyacinthe, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 1, Paris, Charles Osmont, 1742, Voir en ligne.

OGÉE, Jean-Baptiste, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, dédié à la nation bretonne : M-Z, Vol. 2, Réédition par A. Marteville et P. Varin, 1845, Rennes, Molliex, Libraire-éditeur, 1780, Voir en ligne.

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QUENOUILLÈRE, Adeline et GUILMAIN, Estelle, Boutavent, Montfort-sur-Meu, Ecomusée du Pays de Montfort, 2007.

ROSMORDUC, Georges Le Gentil comte de, La noblesse de Bretagne devant la chambre de la réformation, 1668-1671 : arrêts de maintenue de noblesse, Vol. 1, Saint-Brieuc, M. le Comte de Rosmorduc, 1896, Voir en ligne.


↑ 1 • Le Meu est une rivière d’une longueur de 85 km qui prend sa source dans les Côtes-d’Armor, à Saint-Vran pour se jeter dans la Vilaine au château de Blossac en Goven. Elle passe à Gaël et à Montfort.

↑ 2 • La aula est une importante salle de réunion dans l’enceinte du château. C’est le lieu où le seigneur recevait ses invités de marque.

↑ 3 • Cette confirmation me fut donnée dans la aula de Boutavant en l’an de grâce 1213

↑ 4 • Son premier époux, Josselin de Rohan, meurt sans postérité en 1251. Elle épouse en secondes noces Josselin de la Roche-Bernard, veuf et père de nombreux enfants. A sa mort, Mahaud n’ayant pas d’enfant, c’est Alain II, l’aîné de la Roche-Bernard, qui hérite d’un tiers de la seigneurie de Montfort. Alain II de la Roche-Bernard et Guillaume II de Lohéac procèdent à un échange de biens, dont la date et la teneur nous sont inconnues. Guillaume de Lohéac cède par la suite la moitié des « choses échangées », dont le château de Boutavent, à Alain de Montauban, troisième mari de Mahaud. La logique de ces « échanges » entre les Montauban, les Lohéac et les Montfort trouve son explication dans les alliances matrimoniales entre les trois familles. En effet, Olivier II de Montauban a trois enfants : Olivier III, Alain et Aliette. Olivier III épouse une Louise qui serait la sœur de Guillaume II de Lohéac. C’est donc de son beau-frère, Guillaume II de Lohéac, qu’Alain I de Montauban reçoit la moitié des « choses échangées » dont Boutavent fait partie.

↑ 5 • Raoul V est marié à deux reprises 1) Michelle (Mathe) de Rostrenen 2) Denise de Chemillé. Lui succède Geoffroy (deuxième du nom)

↑ 6 • IV dans notre généalogie

↑ 7 • 

Monsieur Geoffroy de Montfort, chevalier, et Raoullet son fils, et monsieur Guy de Montfort, frère juveigneur du dit monsieur Geoffroy, prétendant part aux successions de feux Foulques et Geoffroy de Montfort oncles d’eux. Monsieur Geoffroy et monsieur Guy ont 40 livres de rente sur les fiefs et immeubles de ceux décédés & la paroisse de saint Gonlay & de plus promirent baillir à ceux père et fils au dit monsieur Guy après le décès de Dame Julienne, dame de Montauban cent livres de rente annuelle sur les choses qu’elle et le seigneur de Montauban son mari ont et tiennent pour raison du douaire d’icelle dame, de la terre de Montfort et de Gaël et des appartenances diverses. Les dits 100 livres de rente à tenir en bienfait sa vie durant pour tout ce qu’il peut prétendre au dit douaire, et aura le dit monsieur Guy, le manoir et ??? de Boutavant avec les vergers et le nez de l’étang et le fief appartenant au dit manoir et 300 livres de rente annuel à tenir comme bienfait et par titre de bienfait à condition que lorsqu’il en jouira, il rendra tout ce qu’il tenait par quelque manière que ce fut en bienfait en Plumaugat, en la Haye de Gaël et ailleurs. Acte de partage 1325 ANONYME, « Du cartulaire de la seigneurie de Montfort », in Recueil d’extraits de divers chartriers de Bretagne, Manuscrit, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 22325, 1601, Voir en ligne. page 401

↑ 8 • La seigneurie du Fou (Faou) est une très ancienne vicomté de l’évêché de Cornouaille en Basse-Bretagne

↑ 9 • Pour compléter notre généalogie, ce titre de 1392, rapporté par Antoine Marie d’Hozier qui écrit :

Mahaut de Montfort mere de Jeanne du Fou, étoit fille d’un Gui de MONTFORT, qui est rappellé dans l’acte avec Monsour Jehan de Montfort son frère, & que Dom Morice juge être un puîné de Raoul de MONTFORT, VII. du Nom, Sire de Montfort, de Gael, de Lohéac, de la Roche-Bernard &c. D’HOZIER DE SERIGNY, Antoine Marie, Armorial général, ou Registres de la noblesse de France, Vol. 2 (seconde partie), Paris, Prault Père, 1762, Voir en ligne. page 981

↑ 10 • Le Comte de Rosmorduc donne quelques indications sur le partage de la famille du Fou, sans toutefois entrer dans le détail.

Cinq pieces : La premiere, du 12e jour de Fevrier 1414, est le partage noble de la succession avantageuse de feu Jean du Fou, donné par Guillaume du Fou, fils ainé dudit Jean, à dame Jeanne du Fou, sa sœur, femme de feu messire Thebaud le Senechal, seigneur de Kercado, par lequel il paroit que ledit Guillaume du Fou donna en partage à sa dite sœur un tiers en tiers des terres nobles de ladite succession avantageuse de leur pere, assise dans les provinces d’Anjou, du Mayne et de Bretagne, et en retint pour lui les deux tiers, suivant les anciennes coutumes desdites provinces.
Les deux et troisiemes, des 5e Octobre 1427 et 17e jour de Decembre 1449, font plegemens dudit Guillaume du Fou, en qualité de fils heritier tant de ladite dame Mehault de Montfort que dudit Jean du Fou, y qualifié noble ecuyer, ses pere et mere.
La quatrieme du mardy d’avant la Conception Notre Dame de l’an 1392, par laquelle il se voit que ladite Mehault de Montfort etoit la fille de Monsieur Jean, comte de Montfort. Et la cinquieme, du 3e jour de Septembre 1453, est une pattente ou arret du duc de Bretagne, Pierre, second du nom, qui qualifie ledit Guillaume du Fou ecuyer.
Cinq autres pièces : La première, du 24e de Septembre 1444, est un acte au commencement duquel Even du Fou est reconnu fils dudit Guillaume du Fou, y qualifié noble et ecuyer, à fin de premeffe fur certains fiefs de la succession de deffunte dame Marguerite de Montauban, femme d’Allain de la Houssaye.
La troisième (On a omis dans cet arrêt la deuxième pièce), du 2e jour de Juillet 1451, est un renuoy iudiciel par lequel ledit Even du Fou est qualifié fils dudit Guillaume, fon père. La quatrième, du 17e jour de Novembre 1466, est la composition faite audit Even du Fou, y qualifié noble ecuyer, du rachat par lui du au duc de Bretagne, fous la barre de Ploermel, par le deces dudit Guillaume du Fou, fon père, aussi y qualifié noble ecuyer.Rosmorduc, Georges Le Gentil (comte de) (1896-1905). op. cit., p. 123-124 (Voir en ligne)

↑ 11 • A cette période la seigneurie était en deux parties, Guillaume III avait Montfort et Raoul V avait Gaël

↑ 12 • Armée au Moyen Âge