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120-56 av. J.-C.

Le dépôt monétaire gaulois de Saint-Malo-de-Beignon

Un enfouissement riedones en territoire coriosolite

Un enfouissement monétaire d’époque celtique (120 à 56 av.- J.-C.) de 150 à 200 monnaies riedones, a été découvert en 1851 à Saint-Malo-de-Beignon.

Au IIe siècle av. J.-C. l’ensemble de la Gaule est sous domination économique et monétaire Arverne. Après la défaite arverne de 121 av. J.-C., le développement économique des Gaules permet aux peuples les plus riches et les plus puissants d’émettre leurs monnayages propres, des statères frappés à l’imitation des monnaies grecques. Dans l’Ouest armoricain, les Vénètes sont les premiers, à partir de 120 av. J.-C., à créer leur propre atelier monétaire, s’appuyant probablement sur le savoir-faire de quelques ateliers arvernes.

Les monnaies riedones de 110 à 56 av. J.-C.

Les Riedones (ou Redones), comme les Namnetes et les Osismes, ne frappent pas leur propre monnaie et se contentent, à partir de 120 av. J.-C., d’apposer une contremarque sur les statères frappés ailleurs, dans leur propre embryon d’atelier monétaire. Les Riedones seront le premier peuple armoricain à s’affranchir du quasi monopole vénète et à émettre leur propre monnaie (un statère en or de 7,9 g) dès les dernières années du IIe siècle av. J.-C.

Carte des peuples gaulois en Armorique
Carte des peuples gaulois en Armorique
bretagneweb.com

Au début du Ie siècle av. J.-C., les Riedones abandonnent l’usage de l’or, devenu rare en Armorique pour celui de l’argent 1. Ce changement d’étalon n’empêche pas la dégradation de leur alliage monétaire qui contient de plus en plus de cuivre. —  ROUANET-LIESENFELT, Anne-Marie, La civilisation des riedones, Brest, Archéologie en Bretagne, 1980, (« Archéologie en Bretagne »). —

Les monnaies riedones de Saint-Malo-de-Beignon

La découverte de 1851

Une trouvaille de monnaies riedones provenant de Saint-Malo-de-Beignon est mentionnée à la séance du 12 mars 1851 de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine par le docteur Jules Aussant (1805-1872), collectionneur rennais de monnaies antiques.

M. Aussant présente ensuite quelques pièces gauloises trouvées à Saint-Malo de Beignon ; il y en avait cent-cinquante à deux cents réunies dans un vase en terre. Ces médailles, d’un beau type et d’une remarquable conservation, offrent, du côté convexe la tête à chevelure tressée et flottante, du côté concave le cheval fantastique, surmonté d’un personnage tenant les rênes ; sous le cheval une roue.

DELABIGNE-VILLENEUVE, Paul, « Procès-verbaux (1844-1857) », Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine - Extraits des procès-verbaux, 1857, p. 147-148, Voir en ligne. Page 59

Le numismate breton Édouard Lambert (1794-1870) en donne une analyse en 1864.

Le département du Morbihan a fourni dans quelques découvertes, faites notamment à Saint-Malo-de-Beignon, des didrachmes en billon, de style armoricain, avec la tête laurée d’Apollon-Bélénus, à la chevelure développée et frisée dans un genre symétrique. Ces espèces portent au revers un cheval androcéphale lancé, le peplum et la roue perlée à quatre rayons au-dessous. Elles doivent appartenir, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment, aux Redones.

LAMBERT, Edouard, Essai sur la numismatique gauloise du nord-ouest de la France, II, Paris, Chez E. Derache, 1864, Voir en ligne. page 138

Lambert donne une reproduction de ces pièces, planche VIII, pièces 8, 9 et 11.

Monnaies riedones

Ces monnaies riedones ont depuis été classées dans les types n° III et IV,—  COLBERT DE BEAULIEU, Jean-Baptiste, « Notices de numismatique celtique », Annales de Bretagne, Vol. 44 / 1, 1957, p. 24-45, Voir en ligne. [page 30] — Colbert de Beaulieu considère que la classe IV est l’une des plus anciennes monnaies frappées par les Riedones, vers 80-75 av. J.-C., aux motifs inspirés par les statères en argent allié de leurs voisins Aulerques 2.

La classe IV de ce monnayage d’argent allié ou de billon est sûrement la plus ancienne de ce monnayage, comme le révèle l’analyse chimique. Elle est en outre la plus pesante, certains de ses éléments pouvant dépasser 7 g, et son caractère typologique différentiel est la roue à quatre rais empreinte sous le cheval.

COLBERT DE BEAULIEU, Jean-Baptiste, « Notices de numismatique celtique armoricaine. [Aulerques et Redons : méthodologie, classement, histoire] », Annales de Bretagne, Vol. 66 / 1, 1959, p. 39-63, Voir en ligne.

Des monnaies riedones en territoire coriosolite

La présence de ce trésor monétaire riedones à Saint-Malo-de-Beignon pose question. La partie sud du massif forestier de Paimpont est censée appartenir au territoire des Coriosolites, limité au sud par l’Oust. Colbert de Beaulieu a montré que la présence de trouvailles riedones en territoire coriosolite n’était pas rare. Six trouvailles de monnaies coriosolites contiennent des monnaies riedones. —  COLBERT DE BEAULIEU, Jean-Baptiste, « Notices de numismatique celtique armoricaine (XII) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 68 / 1, 1961, p. 41-87, Voir en ligne. — Cependant, les cas d’enfouissements constitués uniquement de monnaies riedones en territoire coriosolite sont exceptionnels. Un seul autre cas d’enfouissement monétaire riedones à l’ouest de leur territoire existe.

Le manuscrit Kerviler du numismate Pascal Louis Lemière (1818-1887) 3 mentionne un statère en billon des Riedones de la classe IV trouvé à Ploërmel (provenance inconnue ?, Morbihan). Il est à noter qu’Édouard Lambert signale une trouvaille de monnaies des Riedones en 1845, à Ploërmel ou dans les environs, tout en précisant le manque d’informations sur cette dernière. — Lambert, Édouard (1864) op. cit., page 138 —


Bibliographie

ABOLLIVIER, Philippe et COATIVY, Yves, « Un manuscrit inédit de Pascal-Louis Lemière (1818-1887) pionnier de la numismatique gauloise armoricaine », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 110 / 2, 2003, p. 7-42, Voir en ligne.

COLBERT DE BEAULIEU, Jean-Baptiste, « Notices de numismatique celtique », Annales de Bretagne, Vol. 44 / 1, 1957, p. 24-45, Voir en ligne.

COLBERT DE BEAULIEU, Jean-Baptiste, « Monnaies coriosolites et autres monnaies gauloises », Annales de Bretagne, Vol. 72 / 1, 1965, p. 209-222, Voir en ligne.

GIOT, Pierre-Roland, BRIARD, Jacques et PAPE, Louis, Protohistoire de la Bretagne, Rennes, Editions Ouest-France, 1995.

GRUEL, Katherine et WIDEMANN, François, « Activation neutronique de monnaies coriosolites du trésor de Trébry. Variation d’aloi. Impuretés », Revue d’Archéométrie, Vol. 1 / 1, 1977, p. 15-34, Voir en ligne.

GRUEL, Katherine, « Les monnaies gauloises d’Armorique », Dalc’homp sonj !, Vol. 20, 1987, p. 2-5.

LAMBERT, Edouard, Essai sur la numismatique gauloise du nord-ouest de la France, II, Paris, Chez E. Derache, 1864, Voir en ligne.

PROVOST, Alain et LEROUX, Gilles, Carte archéologique de la Gaule : 35. Ille-et-Vilaine, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1990, 304 p.

LA COMBE DE VILLERS, Louis, « Procès-verbaux (1892) », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 22, 1893, p. I-XXXIX, Voir en ligne.


↑ 1 • Les Vénètes sont les premiers à avoir abandonné l’or au profit de l’argent. Ils ont été suivis de peu par les Riedones. Les Osismes sont le seul peuple armoricain à conserver l’étalon or jusqu’en 56 av. J.-C.

↑ 2 • Les Aulerques (Aulerci en latin) sont un ensemble de quatre peuples gaulois établis entre la rive gauche de la Seine et la Loire.

↑ 3 • Pascal Louis Lemière travaillait sur une suite à son Essai sur les monnaies gauloises de la Bretagne armoricaine, constituée de nombreux documents inédits, illustrés de 14 planches numérotées de IV à XVII représentant au moins 250 figures, le Manuscrit de Kerviler, du nom de l’archéologue et numismate René Kerviler qui l’a possédé. Ce manuscrit a été retrouvé aux Archives Départementales des Côtes-d’Armor dans le fonds 133 J 2 par Philippe Abollivier et Yves Coativy. —  ABOLLIVIER, Philippe et COATIVY, Yves, « Un manuscrit inédit de Pascal-Louis Lemière (1818-1887) pionnier de la numismatique gauloise armoricaine », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 110 / 2, 2003, p. 7-42, Voir en ligne. —