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Les Roches des Champs Morgan

Site mégalithique des Pierres-Gouffier

Les trois Roches des Champs Morgan sont un site mégalithique situé sur la commune de Mauron, en forêt de Paimpont, à peu de distance du hameau de La Saudraie. Mentionnées pour la première fois sous le nom de « Pierres-Gouffier » au milieu du 19e siècle, elles sont déplacées à Mauron en 1974 avant de reprendre place dans la lande en 1997.

La première mention des Pierres-Gouffier en 1863

L’archéologue Louis Rosenzweig est, en 1863, le premier à citer un monument mégalithique de Mauron, les « Pierres-Gouffier », qu’il classe dans la catégorie des dolmens.

Près de la Saudraie, dolmen détruit nommé Pierres-Gouffier.
ROSENZWEIG, Louis Théophile, Répertoire archéologique du département du Morbihan, Paris, Imprimerie royale, 1863, Voir en ligne. page 148

Il y fait référence à nouveau en 1868 lors d’une conférence à la Sorbonne.—  ROSENZWEIG, Louis Théophile, « Notices sur les monuments funéraires du Morbihan », in Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du Comité Impérial des travaux historiques et des Sociétés savantes, Paris, Imprimerie impériale, 1868, p. 131-142, Voir en ligne. page 140 —

Le dolmen est une dernière fois mentionné sous ce nom en 1891 :

Les Celtes ont occupé ce territoire, comme l’atteste un dolmen ruiné, nommé les Pierres-Gouffier, et situé près de la Saudraie. LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire du diocèse de Vannes, Vol. 3, Vannes, Lafolye, 1889.

La mention des mégalithes par Félix Bellamy en 1896

Félix Bellamy, qui inventorie les sites mégalithiques de la forêt de Paimpont, ne mentionne pas les « Pierres-Gouffier ». Il décrit cependant des mégalithes, situés dans le même secteur de la forêt, sous le nom de « Trois Roches » des Champs Morgan. Ces deux appellations désignent vraisemblablement le même ensemble mégalithique :

La-haut sur la lande, derrière et à droite de Folle-Pensée, auprès des Champs Morgan, vous apercevez un monument mégalithique détruit, on l’appelle les Trois-Roches. Ce sont trois grosses pierres plates de schiste rouge ; une debout, c’est la seule que l’on voit de loin, et les deux autres couchées au pied de la première ; ce dut être un dolmen. La table, dont la surface est en forme de parallélogramme très allongé, mesure environ 2m 80 dans sa plus grande longueur. Les deux autres sont moins grandes. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 175

Félix Bellamy, en quête de traces du légendaire arthurien en forêt de Paimpont, note que les Champs Morgan [...] rappellent Morgane, reine des fées et sœur d’Arthur. L’appellation « Champs Morgan » proviendrait plutôt du prénom du propriétaire du champ : Morgan Picaud.

La légende qu’il relate à propos des « Trois Roches » ne provient pas de la littérature médiévale mais de traditions populaires encore vivantes à la fin du 19e siècle :

On raconte qu’elles furent apportées dans ce lieu par une vieille femme - comprenez une fée - d’autres disent par la sainte Vierge elle même ; encore un exemple des efforts que faisaient les apôtres de la religion nouvelle pour abolir les croyances païennes ; aux fées ils substituaient la Vierge Marie. - La vieille donc portait une pierre sous chaque bras, comme un paquet de fougères, et la troisième sur le dos, comme un sac de grain. En écartant les bras, elle laissa choir à plat les deux pierres, et courbant le dos en avant, elle se déchargea de la troisième qui, tombant sur le bout, se ficha en terre comme on la voit encore. L’existence d’une telle tradition prouve, du moins, que la ruine de ce dolmen remonte à une antiquité bien reculée.Bellamy, Félix (1896), Volume premier, p.175 (Voir en ligne)

L’érudit de Brocéliande fait le lien entre cette légende et celle, presque similaire, qui est attachée aux Trois Roches de Trébran en Concoret.

Le déplacement des Roches à Mauron en 1974

Les trois blocs de schiste ont été choisis pour servir de base au « monument commémoratif » de la bataille de Mauron (1352) édifié en 1974. Le maire Henri Thébaud (1921-1986) décide de les faire transporter dans le bourg de Mauron, faisant fi de la rumeur qui prédit « la mort à ceux qui déplacent les pierres de menhir ou de dolmen ». Les braves hommes qui s’attelèrent à la tâche furent victimes de ces funestes prévisions...

Ancienne stèle commémorative de la bataille de Mauron (vers 1974)
Ancienne stèle commémorative de la bataille de Mauron (vers 1974)
Les pierres des Roches des Champs Morgan ont été utilisées pour le monument.

Les trois pierres resteront sur le monument commémoratif jusqu’en 1997. La municipalité de Mauron décide alors de le remplacer par un monument contemporain conçu par le sculpteur Dominique Le Tarnec. Les pierres sont replacées sur la lande, et disposées comme le raconte la légende 1.

Les Roches des Champs Morgan (Pierres Gouffier)

Le dolmen de la Saudraie

L’archéologue Philippe Gouezin mentionne un dolmen, détruit récemment, proche du village de la Saudraie. Il s’agit certainement des Trois Roches qui sont encore à Mauron au moment de cet inventaire :

Situé à l’ESE du village de la Saudraie, ce monument n’existe plus à l’heure actuelle. Le remembrement a eu raison des dernières reliques. GOUEZIN, Philippe, Les mégalithes du Morbihan intérieur : des landes de Lanvaux au Nord du département, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 1994. [page 77]

Les Roches des Champs Morgan (Mauron) en 2015
Les Roches des Champs Morgan (Mauron) en 2015

Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989.

GOUEZIN, Philippe, Les mégalithes du Morbihan intérieur : des landes de Lanvaux au Nord du département, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 1994.

LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire du diocèse de Vannes, Vol. 3, Vannes, Lafolye, 1889.

ROSENZWEIG, Louis Théophile, Répertoire archéologique du département du Morbihan, Paris, Imprimerie royale, 1863, Voir en ligne.

ROSENZWEIG, Louis Théophile, « Notices sur les monuments funéraires du Morbihan », in Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du Comité Impérial des travaux historiques et des Sociétés savantes, Paris, Imprimerie impériale, 1868, p. 131-142, Voir en ligne.


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