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Le prieuré Saint-Barthélémy de Brignac

Prieuré de l’abbaye Notre-Dame de Paimpont

Saint-Barthélémy de Brignac est un prieuré-cure de l’abbaye de Notre-Dame de Paimpont érigé en commune en 1790.

Un prieuré-cure de Notre-Dame de Paimpont

Brignac est traditionnellement lié à l’abbaye de Paimpont, qui en aurait nommé les prieurs-recteurs depuis le 13e siècle.—  LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, Laffitte, 1891. —

Cependant, nous ne possédons pas de document permettant de rattacher ce prieuré aux chanoines réguliers avant la déclaration de l’abbé François Robert faite lors de la réformation (inventaire) du domaine royal de Ploërmel le 24 avril 1679 1. Au 17e siècle, le prieuré-cure de Saint-Barthélémy de Brignac relève en outre du doyenné de Lanouée, du diocèse de Saint-Malo et de la sénéchaussée de Ploërmel.—  FICHET, Jean-Claude et DESSUS, Jean, Brignac, Saint-Léry (56), Imprimerie de Brocéliande, 1992. —

En 1728, le revenu net de la cure de Brignac est de 410 livres.—  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 721 —

Ce bénéfice était à la présentation du chapitre et de l’abbé commendataire de Paimpont, qui l’attribuait presque toujours à l’un des chanoines réguliers de leur maison.—  HERPE, Paul, Un recteur de Brocéliande au temps de la Pompadour, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1973. [page 17]

François de Laur, recteur de Brignac de 1748 à 1764

Le 1er juin 1748, le frère Joseph Charles Ambroise de Beauvais, chanoine de Paimpont se résigne de la cure de Brignac. Le 18 juin suivant, François-Sébastien de Laur, alors chanoine régulier, recteur à Paimpont, prend sa suite. Le nouveau recteur va rapidement faire parler de lui en haut lieu.

Le 2 septembre 1748, l’évêque de Saint Malo en visite ordonne qu’à Brignac :
On rendrait exactement les comptes toutes les années, et qu’à cet effet on nommerait deux trésoriers suivant l’usage ordinaire.

Ce verdict de l’évêque montre que le prédécesseur de François de Laur n’était certainement pas parti sans quelques mauvaises raisons.—  Herpe, Paul (1973). op.cit, p. 20 —

Le 3 octobre 1749, un premier incident éclate au cours de l’enterrement de la servante de ferme de Julien Hervé. De Laur réclame 3 livres 10 sous pour un service, une messe chantée, et enfin l’absoute avec toutes les prières de rigueur. Le problème est que Julien Hervé n’avait rien commandé de tout cela. Le litige est réglé par verdict de l’évêque de Saint Malo le 21 octobre 1749 qui demande aux chanoines d’appliquer strictement les honoraires sans abus de leur part.—  Herpe, Paul (1973). op.cit, p. 25 —

Le jour de Noël 1749, les carnets manuscrits de François de Laur nous apprennent que le Général de Paroisse au complet envahit le presbytère, réclamant des comptes au recteur. De Laur les met dehors puis se fait huer et insulter en allant à la messe, dans l’église ainsi que dans le cimetière. Même chose le lendemain. Les incidents se reproduisent désormais régulièrement. Toute la paroisse est en révolte contre son recteur.

L’évêque se rend en personne à Brignac le 31 août 1750. Il entend de Laur puis les plaignants. Suite aux plaintes reçues, le sieur de Laur s’engage à renoncer à sa charge et promet de résilier son bénéfice sous la condition qu’un nouveau recteur le remplace et qu’un nouveau bénéficiaire soit nommé par l’abbaye. On prend acte de sa promesse sans trancher le litige. De fait, de Laur reste en fonction.—  Herpe, Paul (1973). op.cit, p. 33 —

Les conflits du prieuré de Brignac ne réapparaissent au grand jour qu’en 1763. Le 16 juillet, le ministre Saint Florentin, chancelier et garde des Sceaux de Louis XV, charge le subdélégué général de l’Intendance de Bretagne à Rennes, d’enquêter sur l’affaire :

On me marque, Monsieur, que le sieur de Laure, prieur de Brignac et religieux de Sainte-Geneviève, est d’un emportement sans exemple et d’une avarice sordide ; qu’il refuse les sacrements aux malades qui ne veulent point tester en faveur de l’église ; qu’il assomme de coups les paysans de cette paroisse et les poursuit chez eux le pistolet à la main ; qu’il menace de casser la tête à ceux qui viennent demander la nuit, disant que ce sont des voleurs qui viennent l’assassiner chez lui ; qu’il a refusé d’enterrer un collecteur parce qu’il avait servi de témoin contre lui et qu’il a laissé manger son corps par les chiens ; que le nommé Nogues, habitant de sa paroisse, s’étant présenté pour communier, il le traîna par les cheveux et le mit en sang...Herpe, Paul (1973). op.cit, p.64

L’intendance de Bretagne confie l’enquête au subdélégué de Montauban qui dans son compte-rendu du 20 septembre 1763, confirme que toutes les accusations portées contre le recteur de Brignac sont fondées, lui ajoutant même celle de concubinage.—  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [pages 523-525] —

De Laur sentant que les événements se précipitent, vend ses meubles, dissimule son argent en lieu sûr et se procure un certificat. Le 22 février 1764, après avoir célébré son dernier mariage à Brignac, il est démis de sa cure par deux notaires royaux et apostoliques de Ploërmel :

Lequel s’est par les présentes volontairement démis et de fait se démet purement et simplement, sans restriction ni révocation, de son titre de prieur-recteur de la paroisse de Saint-Barthélémy de Brignac [...]Herpe, Paul (1973). op.cit, p. 140

1764 : Charles François Deloynes nouveau recteur de Brignac

Le 20 août 1764, l’abbaye de Paimpont fait valoir son droit en nommant recteur de Brignac Charles-François Deloynes, chanoine régulier qui officiait à l’abbaye de Paimpont depuis des années. La paroisse retrouve le calme, mais en 1785, une nouvelle affaire met en cause le recteur. Le cadavre d’un bébé est retiré du puits du presbytère. Le chirurgien commis pour l’examen du corps conclut que l’enfant fut jeté, mort, environ un mois avant,enveloppé d’un mouchoir bleu, marqué de la lettre M, le tout dans une poche à farine.—  Herpe, Paul (1973). op.cit, p. 152  — Rien ne put être prouvé et l’affaire en resta là.

1789 : les cahiers de doléances

Au début du mois d’avril 1789, les habitants des paroisses de Haute-Bretagne se réunissent pour écrire leurs doléances afin qu’elles soient portées à l’Assemblée du Tiers-Etat qui se tient à Rennes le 7 avril en vue de l’ouverture des États généraux le 5 mai 1789.

Les nombreux conflits entre les paroissiens et les génovéfains de Paimpont apparaissent dans plusieurs doléances du cahier de Brignac. Le « général de paroisse » qui rédige le cahier de doléances demande notamment à ce que les cures desservies par des moines soient supprimées et que ces derniers soient remplacés par des ecclésiastiques séculiers. Les habitants de Brignac déplorent aussi l’absentéisme des recteurs et aimeraient qu’on les obligeât à la résidence sans s’absenter plus de quinze jours dans une année.—  Breton, Yves (2006). op.cit, p. 642 — Ils proposent aussi des solutions pour permettre d’éviter les abus des ecclésiastiques, petits ou grands.

[Le général de paroisse] désire que le Roi se porte :

  • à supprimer les abbayes des titulaires et faire verser les revenus aux mêmes besoins.
  • à interdire l’accumulation des bénéfices.
  • à supprimer les cures desservies par des moines qui, presque tous, sont des sujets du plus grand scandale et cherchent à thésauriser au détriment de leurs paroisse, et à accorder ces cures à des ecclésiastiques séculiers.
  • à diminuer le nombre de couvents et maisons de moines et de religieux, où l’on ne voit dans plusieurs qu’un ou deux individus jouir de revenus considérables ; réunir les moines et religieux dans un certain nombre de leurs maisons, leur fixer à chacun une pension et appliquer le surplus des biens et revenus aux besoins de l’État
  • à défendre aux moines religieux et religieuses d’admettre les sujets des deux sexes qui s’y présenteront à la profession avant l’age de 25 ans.
  • à ordonner la résidence des évêques dans leurs diocèses et des recteurs dans leurs paroisses, sans pouvoir s’en absenter plus de quinze jours dans toute une année pour de vrais besoins, sous peine d’une diminution du quart de leur temporel applicable encore aux besoins de l’État, sauf aux évêques à se tourner vers le Roi et les recteurs vers leurs évêques pour des raisons justes et vérifiées et avoir une permission de plus longue absence.
  • à ordonner l’augmentation des portions congrues des recteurs jusqu’à la somme de douze cent livres, les pensions des curés ou vicaire jusqu’à six cent livres.
    Cahier de doléances de Brignac in MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993. [page 132]

Charles Deloyne recteur assermenté

Charles Deloyne prête serment à la Constitution civile du clergé en 1791. Il est élu à la cure voisine de Beignon qu’il refuse. Malgré l’hostilité d’une partie de la population, il continue à baptiser, à marier et à dire des messes d’enterrement. Le 10 mai 1794, son presbytère est investi et pillé par des chouans qui l’emmènent sur le pont enjambant l’Yvel, près du moulin de Kervry, sur la commune d’Illifaut. Il est exécuté de cinq coups de fusil. L’abbé Guillotin mentionne ce meurtre dans son Registre de Concoret :

Du 10 au 15 mai, il s’est formé à Illifaut un rassemblement de quatre ou cinq cents hommes, demandant la religion et un roi. Ils se sont emparés de deux cents fusils et de munitions de guerre déposés à Merdrignac. M. de Loynes, chanoine régulier, curé sermenteur de Brignac, et Rissel, fermier de Grénédan, ont été tués dans cette émeute. GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. page 21

L’acte de décès est dressé à Brignac par le maire en exercice, Jean Baptiste Ménagé qui signa « Officier public » le 24 floréal de l’an II (13 mai 1794). La tradition orale à gardé la mémoire de ce prêtre qui a inspiré une chanson retraçant ses derniers moments.—  Breton, Yves (2006). op.cit, p. 717 —

Érigée en commune en 1790, Brignac est rattachée au canton de Mauron. La paroisse intégre le diocèse de Vannes en 1801.

Chansons des curés de Brignac

Les recteurs de Brignac ont inspiré des chansons satiriques à leurs paroissiens dits des « vêpres de Brignac » :

Le recteur de Brigna a un baou p’tit chua gris.
Si’n tait pas mort, i’ s’rait cor en vie !
Il est chai dans la carrieure de la Riyae
Si tu n’veux pas cruere va-t-en vaille !
Je n ’ v’lis pas creure, je fus vaille !
Je ‘l pris par la quou, me v’la chaille !

Le recteur de Brigna nous avait fé un seurmon
En nous disant que fallait pas prendre le ben des aoutes :
« Chacun le sien, qu’i dit, c’est pas de trop. »
Il avait eune bonne maie d’fagots pas ben loin de cé lu ;
En s n’allant d’la messe, chatchun prit son fagot :
Pisque l’reucteu avait dit : « Chacun le sien, qu’i dit, c’est pas de trop. » !
Herpe, Paul (1973). op.cit, p.158  —

L’recteur de Brignac est un bon prêtre
Il emporte les échaliers des bonn’ femmes
pour fair’ des crêpes
S’il ne peut pas les emporter, il les fagotte
Et les emporte ô sa vieill’ biroque

Le recteur de Brignac aveu un biau p’tit couté à ressort
S’il l’aveu pas perdu il l’aureu cor...

T’chi qu’a foui ci t’chi qu’a foui là
C’est les pourciaw au recteur de Brignac
Fichet, Jean-Claude ; Dessus, Jean : op.cit

Prieurs de Saint-Barthélémy de Brignac

  • Boüettin Pierre-François-Joachim, prieur-curé de Brignac du 22 février au 23 juillet 1740.—  PETIT, Nicolas, Prosopographie génovéfaine, École Nationale des Chartes, 2008, Voir en ligne. page 69 —
  • Beauvais Joseph-Charles-Ambroise, prend possession le 22 février 1740, se résigne le 1er juin 1748.— Petit, Nicolas (2008). op.cit., p.49 (Voir en ligne)
     —
  • Laur François-Sébastien de , chanoine régulier, recteur à Paimpont, prend possession le 18 juin 1748. Démis de sa cure le 22 février 1764.— Petit, Nicolas (2008). op.cit. p.221 (Voir en ligne) —
  • Deloynes Charles-François, chanoine régulier qui officiait à l’abbaye de Paimpont depuis des années, prend possession le 20 août 1764. Prête serment à la constitution civile en 1791. Il est assassiné par des chouans le 10 mai 1794.—  PETIT, Nicolas, Prosopographie génovéfaine, École Nationale des Chartes, 2008, Voir en ligne. page 264 —

Bibliographie

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

FICHET, Jean-Claude et DESSUS, Jean, Brignac, Saint-Léry (56), Imprimerie de Brocéliande, 1992.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

HERPE, Paul, Un recteur de Brocéliande au temps de la Pompadour, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1973.

LE MENÉ, Joseph-Marie, Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, Laffitte, 1891.

PETIT, Nicolas, Prosopographie génovéfaine, École Nationale des Chartes, 2008, Voir en ligne.


↑ 1 • A.D.L.A., B 1999. Déclaration de l’abbé François Robert lors de la réformation du Domaine Royal de Ploërmel au 24 avril 1679