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1122-1124

Raoul II fondateur de prieurés en forêt de Brécilien

Prieurés d’Iffendic et de Telhouët

Raoul II, seigneur de Gaël et de Montfort succède à son père, mort vers 1099. La fondation de deux prieurés lui est attribuée : le prieuré d’Iffendic, issu d’une église privée et dépendant de l’abbaye de Marmoutier près de Tours et le prieuré Saint-Samson de Telhouët en forêt de Brécilien, dépendant de l’abbaye fontevriste de Nid-Merle près de Rennes.

La fondation du prieuré d’Iffendic au 12e siècle

L’église privée d’Iffendic

En Bretagne il est fréquent que le desservant qui tenait une église à titre héréditaire s’en considérait comme le propriétaire. Elle était généralement léguée à un fils.

Au début du XIe siècle, presque toutes les églises sont possédées par des laïques, quelques-unes seulement relèvent des abbayes, moins encore des évêques. […] De même que les évêques avaient établi à l’époque mérovingienne des églises dans les agglomérations rurales les plus importantes, appelées vici, de même les propriétaires fonciers avaient construit sur leurs domaines des sanctuaires qui, avec le progrès de l’évangélisation, puis avec l’accroissement de la population, étaient devenus des centres de paroisses. CHÉDEVILLE, André et TONNERRE, Noël-Yves, La Bretagne féodale, XIe-XIIIe siècle, Rennes, Editions Ouest-France, 1987. [page 247]

Ces églises paroissiales jouent un rôle important car elles sont sources de revenus. L’historien et liturgiste Dom Edmond Martène (1654-1739) cite le cas d’une église privée à Iffendic, en Ille-et-Vilaine au 12e siècle. Il rapporte qu’en 1122, l’église d’Hilfindic (aujourd’hui église Saint-Pierre d’Iffendic) appartient à un prêtre dénommé Jacob qui en avait lui-même hérité de ses parents. Raoul, fils de Jacob, souhaiterait normaliser cette situation irrégulière contraire au nouveau droit-canon de l’église, et ce malgré les réticences de son père à se séparer d’un bien familial. Une rencontre, à l’initiative de Donoald, évêque de Saint-Malo, a lieu entre le prêtre Jacob et l’abbé de Marmoutier, alors en visite de ses prieurés en Bretagne. Le prêtre Jacob finit par accepter de s’en séparer sur l’incitation de son fils Raoul. L’église est remise à l’évêque de Saint-Malo qui en gratifie l’abbaye de Marmoutier.

L’église privée devient prieuré de l’abbaye de Marmoutier

Comme il se doit ils allèrent en aviser le propriétaire de la seigneurie :

[…] Raoul [II], seigneur de Montfort, qui eut une joie extrême d’apprendre ce nouvel établissement, car il avoit une si haute estime des religieux de Marmoutier, qu’il souhaitoit depuis longtemps d’en avoir auprès de lui, et il en cherchoit même l’occasion de les y établir. Ainsi il approuva et confirma sans peine cette fondation, et promit d’y contribuer de son côté, non-seulement par son consentement, mais encore par l’augmentation du revenu. MARTÈNE, Dom Edmond et CHEVALIER, abbé Casimir, Histoire de l’abbaye de Marmoutier, Vol. 2, Rééd. 1875, Tours, Guilland-Verger/Georget-Joubert, 1707, Voir en ligne. page 41

Le jour suivant, une cérémonie qui se déroule dans la chapelle du seigneur de Montfort rassemble une foule pour la remise par Jacob et son fils de la nouvelle église entre les mains de l’abbé de Marmoutier.

Mais le seigneur de Montfort signala surtout sa piété et sa magnificence par les grands revenus qu’il donna à ce prieuré, qui peuvent sans contredit l’en faire regarder comme le principal fondateur. Avoise son épouse, donna son consentement à tout. Martène, Dom Edmond (rééd. 1875). op. cit., vol. II, p. 42 (Voir en ligne)

Raoul II à l’origine du prieuré Saint-Samson de Telhouët

En 1124, deux ans après l’installation du prieuré d’Iffendic à l’abbaye de Marmoutier, Raoul II donne des terres à Telhouët 1, au cœur de la forêt de Brécilien, pour la fondation d’un prieuré dédié à saint Samson. Ce prieuré est établi dans la dépendance de l’abbaye de Notre-Dame du Nid-au-Merle, près de Rennes 2. L’historien Sigismond Ropartz rend compte du texte de cette donation qui proviendrait du chartrier du château de Comper :

Nous n’avons plus l’original de la charte de fondation de ce prieuré, mais seulement une traduction du 16e siècle, conservée dans le chartrier 3 de Comper, et dont rien ne laisse suspecter la fidélité. ROPARTZ, Sigismond, « Thélouet », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 39, 1876, p. 173-178, Voir en ligne. pages 174-175

Voici le texte de la fondation repris par Sigismond Ropartz :

Par laquelle salubrique considération, je, Raoul de Montfort, ému, ai disposé, donné et ordonné au Rémunérateur de tous biens, par la main des pauvres, aucunes choses de ce que je possède temporellement, pour la rédemption de mon âme, ensemble des âmes de mes épouses Havoise et Anne, de mes père et mère et aussi de mes enfants ; et si comme, par usure, je le baillais pour que par après j’en puisse recevoir multiplication au centième et la rétribution éternelle Et afin que ce puisse être plus clairement fait, j’ai esleu, pour cette manière, nobles religieuses qui se soumettent de leur propre volonté à pauvreté sous l’habit monacal, en laissant pour ce tout le leur. Et pour ce, de ma libérale volonté, et o le consentement de ma compagne épouse Anne, et de mes fils Raoul et Guillaume, ait donné aux sacrimoniales, id est aux religieuses et frères de Notre Dame de Nid-Merle, servants en l’église de Saint-Samson de Thelouet, savoir : la terre de Thelouet avec l’église de Saint-Samson et le pâturage en la forêt, et… audit lieu et même la terre de Saint-Alan et l’église, semblablement la terre de Comper et l’église avec toute la tenue Rorel, le moulin de Tranchehu et la pêcherie des anguilles, la terre Gauttier, métayer et ses frères, et le mangier de Treuoncacel qui etoit en la main de dame Anne… et soixante sols de mes mangiers de Gael, quinze sols de ceux en la terre de Saint-Malon. Et afin que cette donaison ait fermeté, je la consens par l’impression de mon sceau, et d’icelle donaison sont témoins, etc. Et fut faict en l’an de l’incarnation de Notre seigneur, mil cent vingt-quatre (1124), étant pape à Rome, Caliste second, et roi en France, Louis, fils Philippe, Conan fils Alain Fergent etant comte en Bretagne et Denoual étant évêque.Sigismond Ropartz (1876). op. cit., vol. IX, p. 174-175 (Voir en ligne)

Sigismond Ropartz n’indique pas où il s’est procuré cette copie du 16e siècle ; c’est sans doute la raison pour laquelle cette donation ne semble pas être prise en compte par la plupart des généalogistes qui ignorent Anne, cette seconde épouse, ainsi que Raoul, ce fils dont il est question dans la donation. Certains historiens vont même jusqu’à ignorer l’existence de ce prieuré, pourtant attestée jusqu’au 17e siècle. Le Dictionnaire de Bretagne d’Ogée-Marteville n’y fait aucune allusion. Une autre mention de l’existence du prieuré apparait en 1146, sous la forme latine S. Samsonis de Teloio, dans une Bulle du Pape Eugène III pour l’abbaye Saint-Sulpice dont dépend le prieuré Saint-Samson de Telhouët :

Bulle d’Eugène III. Pape adressée Mariae Abbatissae Monast. B. M. quod in sylva Nidi-Merli fictum est, ejusque sororibus regularem vitam professis, par laquelle il prend en sa protection tous les biens qui en dépendent, entr’autres ceux-ci nommés distinctement. Ecclesia S. M. in Scotia in Episc. Nannet. fitam in eodem Episc. Eccl. S. Radegundis […] In Ep. Aleth eccl. S. Samsonis de Teloio & eccl. S. Guiani cum pertinentiis earum. […] Incarnationis Domini MCXLVI. Pontificatus anno II. Tit. de Coets. MORICE, Dom Pierre-Hyacinthe, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 1, Paris, Charles Osmont, 1742, Voir en ligne. col. 597-598

Une seconde preuve en date de 1181 provient d’un acte du cartulaire de l’abbaye Saint Sulpice de Rennes dont dépendait le prieuré Saint Samson. Le nom d’Olivier de Montfort, un des fils de Raoul II y figure comme témoin :

[...] Sanctimoniales Sti Sansonis de Teloit […] tests suerunt Holiverio de Monteforti […] Anno ab incarnatione domini 1181. ANONYME, Recueil d’extraits de divers chartriers de Bretagne., Provient de l’abbaye de Saint-Melaine, Manuscrit Bibl. nat., fr. 22325, 1601-1700, Voir en ligne. Page 181


Bibliographie

ANONYME, Recueil d’extraits de divers chartriers de Bretagne., Provient de l’abbaye de Saint-Melaine, Manuscrit Bibl. nat., fr. 22325, 1601-1700, Voir en ligne.

CHÉDEVILLE, André et TONNERRE, Noël-Yves, La Bretagne féodale, XIe-XIIIe siècle, Rennes, Editions Ouest-France, 1987.

MARTÈNE, Dom Edmond et CHEVALIER, abbé Casimir, Histoire de l’abbaye de Marmoutier, Vol. 2, Rééd. 1875, Tours, Guilland-Verger/Georget-Joubert, 1707, Voir en ligne.

MORICE, Dom Pierre-Hyacinthe, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 1, Paris, Charles Osmont, 1742, Voir en ligne.

ROPARTZ, Sigismond, « Thélouet », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 39, 1876, p. 173-178, Voir en ligne.


↑ 1 • Le prieuré Saint-Samson de Telhouët, aujourd’hui disparu, est situé sur la commune de Paimpont, au lieu-dit « l’Abbaye »

↑ 2 • Cette abbaye, connue aujourd’hui sous le nom de Saint-Sulpice la Forêt, près de Rennes, relevait de l’ordre fontevriste fondé par Robert d’Arbrissel (v. 1047-v. 1117)

↑ 3 • Un chartrier désigne une collection des documents autrefois appelés chartres, conservée par les anciennes institutions seigneuriales et religieuses.