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17e siècle

La bannière de Tréhorenteuc

Une représentation de sainte Onenne

L’église de Tréhorenteuc abrite une bannière et une croix de procession du 17e siècle, classées par les Monuments Historiques. Ces objets participent de la volonté de christianisation par les génovéfains du culte de Sainte-Onenne.

Sainte Onenne est la patronne secondaire de Tréhorenteuc. C’est Eutrope, évêque de Saintes (Charente-Maritime), qui est d’après la tradition locale le premier saint de la paroisse. Considérée comme une des sœurs du roi Judicaël, Onenne aurait eu une existence historique à la fin du 6e ou au début du 7e siècle.Son culte n’est attesté que dans la seule paroisse de Tréhorenteuc où l’église et une fontaine lui sont dédiées. Onenne possédait aussi son tombeau dans l’église, trois statues ainsi qu’une bannière portée lors de processions à la fontaine.

Une bannière du 17e siècle

L’église de Tréhorenteuc abrite une bannière de procession du 17e siècle. La bannière est en soie, avec application de broderies. Elle présente sur une face le Christ en croix sur fond rouge, entouré de la Vierge Marie et de saint Jean. L’autre face comprend une Vierge à l’enfant entre sainte Onenne et saint Eutrope agenouillés, sur un fond blanc orné de feuilles de lys. Elle est classée au titre d’objet par les Monuments Historiques depuis le 20 juin 1929.

Une tradition locale fait d’Anne de Bretagne la donatrice de cette bannière, ce qui la situerait à la fin du 15e siècle. Cependant plusieurs éléments contredisent cette datation.

Sigismond Ropartz est le premier à détailler l’image de la sainte :

Personne n’a parlé de la bannière. Elle est du XVIIe siècle, et a été fort belle. Elle représente d’un côté le crucifix, de l’autre la Vierge entre saint Eutrope et sainte Onenne agenouillés. La Vierge remet au saint une riche crosse d’or, l’Enfant Jésus bénit la sainte, vêtue d’une sorte de voile ou de coiffe blanche, d’une robe jaune et d’un manteau bleu roulé autour de la ceinture. C’est le même costume que la statue couchée ; du grec ou du romain comme en faisaient les peintres de Louis XIV. Il ne faut point omettre une cane blanche et trois canetons figurés sur la bannière entre les deux saints. ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne. pages 211

Il semble que l’abbé Gillard ait repris un document d’archives qui la daterait du début du 17e siècle :

Dom Robert Doré était sous-curé de Tréhorenteuc. Il habitait la Touche-Robert. Il acheta pour la somme de 78 livres : 4 aunes de Damas "cramouessi", 5 images et 6 "estoilles" ; et à son domicile fit exécuter le travail de couture par le tailleur de l’endroit. La bannière était finie à Noël 1606. Elle fut, ce jour là portée en procession. GILLARD, abbé Henri, Vérité et légendes : l’église de Tréhorenteuc, Josselin, abbé Roussel, 1972.

En 1994, la bannière est restaurée à l’initiative de l’Association de sauvegarde des œuvres de l’abbé Gillard et de la commune.—  EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008. [pages 143-144] —. La bannière, minutieusement examinée à cette occasion, portait les traces d’une rénovation datant du 19e siècle. Les Monuments historiques confirment qu’il s’agit bien d’un objet du 17e siècle.

L’abbé Gillard manifeste un intérêt certain pour sainte Onenne à qui il a consacré une partie des œuvres d’art de son église. L’abbé a donné une interprétation toute personnelle de la vie de la sainte et des enseignements à en tirer. Il a fait de même avec la bannière processionnelle :

La Ste-Vierge et l’Enfant-Jésus donnent à St Eutrope et à Ste Onenne une leçon de morale. Ils leur demandent conjointement de considérer le gouvernement de la mère-oie : Elle ne crie pas, elle ne frappe pas et cependant dans la famille tout marche bien. GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : Tréhorenteuc-Comper-Paimpont, Josselin, abbé Roussel, 1955. [pages 42]

La croix de procession

L’église de Tréhorenteuc abrite une croix processionnelle en cuivre argenté sur âme de bois. L’objet a lui aussi été classé Monument historique le 20 juin 1929. La croix est elle aussi datée du 17e siècle, preuve de l’intérêt de l’église catholique pour les processions à la fontaine sainte-Onenne de Tréhorenteuc.

L’abbé Gillard la nomme croix de la fille de Louis XVI sans donner plus d’explication.—  GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : symbolisme et mystique des nombres en Brocéliande, Josselin, abbé Roussel, 1955. [pages 71] —

Onenne inféodée à la Vierge

La paroisse de Tréhorenteuc était un prieuré-cure dépendant de l’abbaye Notre-Dame de Paimpont dans laquelle la réforme génovéfaine est introduite en 1649. Les génovéfains sont chargés de véhiculer l’esprit de la réforme catholique dans les paroisses qui en dépendent. La bannière de procession de Tréhorenteuc traduit ces préoccupations d’évangélisation des populations locales.

Les génovéfains cherchent à encadrer les processions à la fontaine Sainte-Onenne, coupables de syncrétisme à leurs yeux. Sur la bannière, la sainte de Tréhorenteuc est placée sous l’autorité de la Sainte Vierge et de l’enfant. Onenne, inféodée à Notre-Dame, devient un exemple de dévotion aux saints. Cette représentation d’Onenne sur la bannière en fait une simple dévote de la Vierge. Prier Onenne revient donc à célébrer Notre-Dame.


Bibliographie

EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008.

GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : Tréhorenteuc-Comper-Paimpont, Josselin, abbé Roussel, 1955.

GILLARD, abbé Henri, Le recteur de Tréhorenteuc : symbolisme et mystique des nombres en Brocéliande, Josselin, abbé Roussel, 1955.

GILLARD, abbé Henri, Vérité et légendes : l’église de Tréhorenteuc, Josselin, abbé Roussel, 1972.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne.