aller au contenu

Le prieuré de Tréhorenteuc

Un prieuré dépendant de l’abbaye de Paimpont

La paroisse de Tréhorenteuc était un prieuré-cure dépendant de l’abbaye Notre-Dame de Paimpont.

Le prieuré du 13e au 14e siècle

La paroisse de Tréhorenteuc appartenait au diocèse de Saint-Malo. Elle est, selon la tradition, érigée en prieuré-cure de Notre-Dame de Paimpont au début du 13e siècle, peu après l’arrivée des chanoines réguliers de saint Augustin à Paimpont. L’édification de la nouvelle abbaye et la réforme de la paroisse contribuent au contrôle de la population de la forêt de Brécilien et de ses ermites, dont la présence est attestée aux 12e et 13e siècles. Le double statut des chanoines réguliers leur permet de mener une vie conventuelle à l’intérieur de leur monastère, tout en assumant la direction des fidèles à travers des charges paroissiales.

Le plus ancien document associant Tréhorenteuc à l’abbaye de Paimpont est daté de 1348. Selon un acte du Livre noir de Painpont aujourd’hui perdu, le seigneur du « Bois-de-la-Roche », dont dépend Tréhorenteuc, donne les dîmes de la paroisse à son prieur Thomas de Montauban :

Accord fait entre Regnaud de Montauban chevalier seigneur du Bois de la Roche et dom Thomas de Montauban prieur des prieurés de st. Barthélémy et de Trohorenteuc pour raison des dixmes du d. lieu de Trohorenteuc.

B.N.F. D.M.O. (Paris), fr.22322 Livre noir de Painpont, p. 478 (Voir en ligne)

En 1361, le même Regnaud de Montauban confirme ses donations de Tréhorenteuc à l’abbaye de Paimpont :

Regnaud de Montauban seigneur de Br. confirme les donations qu’il avait cy devant fait à l’abbaye de Paimpont. B.N.F. D.M.O. (Paris), fr.22322 Livre noir de Painpont, p. 474 (Voir en ligne)

En 1367, l’évêque de Saint Malo, Guillaume Poulart (1359-1374), approuve la donation d’une seconde rente au prieuré de Tréhorenteuc.

Charte de G. Evesque de st. Malo par laquelle il [paroit] comme Jean Le Taillandier [chanoine] de Guérande donne au prieuré de Trohorenteuc 7 livres de rentes de l’an 1367 1. B.N.F. D.M.O. (Paris), fr.22322 Livre noir de Painpont, p. 471 (Voir en ligne)

La paroisse de Tréhorenteuc du 15e au 17e siècle

La fin du 15e siècle est marquée par l’intérêt ducal pour la paroisse de Tréhorenteuc. D’octobre 1489 à la fin de l’année 1490, la duchesse Anne de Bretagne décide de prendre certaines paroisses sous protection spéciale afin de les soustraire aux exactions des gens de guerre. Il est à noter que le chancelier de la duchesse Anne est alors Philippe de Montauban, seigneur du Bois-de-la-Roche.

1489 - 27 octobre. Mandement s’adressant au Séneschal Allaire, alloué et procureur de Ploërmel, de prohiber et deffendre, de par la duchesse, au capitaine Nouel du Han, à présent estant au chasteau de Comper, de non contraindre les paroessiens contributiffs à fouaige des paroesses de Néant et Troherenteuc de non leur porter vivres sans les poier raisonnablement et auxdiz subgectz de non le faire, sur paine d’estre rebelles et désobéissans à la Duchesse et comme telz estre pugniz. Daté le XXVIIe jour d’octobre (signé) Salmon. Scellé à Rennes le 27e jour d’octobre 1489.

LA BORDERIE, Arthur le Moyne de, « Choix de documents inédits sur le règne de la Duchesse Anne (1488-1491) », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 4, 1866, p. 265, Voir en ligne. page 265

L’église paroissiale, reconstruite à partir de 1516,—  EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008. [page 48] — contenait en son chœur les enfeux des prêtres et des seigneurs du Bois-de-la-Roche et de Rue-Neuve.—  BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912. [page 95] —

La paroisse de Tréhorenteuc est parmi les premières de la région à tenir un registre paroissial, en quoi elle précède l’Ordonnance de Blois de 1579, dont l’article 181 impose la tenue d’un registre de mariage. La présence des chanoines de Paimpont n’y est sans doute pas étrangère :

[...] on trouve d’autre part les sépultures [...] à Tréhorenteuc depuis 1573, ces dernières paroisses ayant toutes appartenu au diocèse de Saint-Malo. Il en résulte que, dans une dizaine de localités du Morbihan, on a encore devancé l’ordonnance de Blois, en ce qui regarde l’inscription des mariages et des décès. ROSENZWEIG, Louis Théophile, Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Morbihan : Série E, supplément. 1. partie. n°. 1 à 807 : Arrondissement de Lorient, arrondissement de Ploërmel, Archives départementales du Morbihan, Impr. et librairie Galles, 1881, Voir en ligne. page XII

De 1567 à 1631, les prieurs de Tréhorenteuc produisent des aveux et dénombrements de temporel devant la barre de Ploërmel —  MAÎTRE, Léon Auguste, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Loire-Inférieure : archives civiles : série B, chambre des comptes de Bretagne, Nantes, Archives Départementales de Loire-Atlantique, 1902, Voir en ligne. [page 205] —

Tréhorenteuc et la réforme génovéfaine

En 1649, la réforme génovéfaine est introduite à l’abbaye Notre-Dame de Paimpont. Des pourparlers sont menés entre l’évêque de Saint-Malo, l’abbé de Paimpont Bernard de Sariac, les génovéfains et les trois derniers chanoines non réformés. Les négociations, qui conditionnent l’avenir de ces « anciens », aboutissent difficilement. Jean Le Breton, prieur de Tréhorenteuc est l’un d’eux. Il obtient de garder son logement avec un cellier, le bois de chauffage nécessaire, une pâture, un jardin et une pension de 200 livres. Il se voit attribuer trois pipes de cidre en supplément. Le prieur, qui n’est pas obligé d’assister à l’office du chœur des génovéfains, remet aux réformés les titres de fondations dont il avait la charge. Ces accords examinés à l’abbaye mère de Sainte-Geneviève de Paris entrent en vigueur à partir du 14 septembre 1649.—  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [pages 83-84] —

Dans les petits prieurés de campagne comme Tréhorenteuc, le temporel est presque toujours affermé : c’est aux fermiers que revient la charge de rétribuer un chapelain, afin que la chapelle soit desservie. En 1650, le prieur claustral de Notre-Dame de Paimpont, le père Asseline, envoie ses comptes à l’abbaye-mère de Sainte-Geneviève. On peut y lire que le prieuré-cure de Tréhorenteuc est affermé 300 livres. —  Breton, Yves (2006). op. cit., p. 141 —

Le prieuré apparait sur la Déclaration et dénombrement par le menu du Comté de Montfort appartenant à très-haut, très-puissant et très-illustre prince Charles, duc de la Trémoille, de Thouars, etc., déclaration qui fut présentée le 10 janvier 1676 aux commissaires nommés pour la réformation (inventaire) du domaine de la couronne dans le comté de Rennes.

Dans ladite forêt [Brécilien] il y a plusieurs paroisses, abbayes, prieurés et chapellenies de la dotation, fondation et mouvance du comté de Montfort, spécialement : [...] L’église et paroisse de Tréhorenteuc, située en ladite forêt et évêché.

La métairie de la Touche Robert, propriété de l’abbaye de Paimpont, est aliénée en 1679 avec de nombreuses autres possessions. —  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 689 —

Le revenu net du prieuré est évalué à 420 livres en 1730.—  LE MENÉ, Joseph-Marie, Prieurés du diocèse de Vannes, Vannes, Lafolye, 1904. [page 527] —

La Révolution à Tréhorenteuc

Le dernier prieur, Noël-Joseph Chesnel prête serment à la Constitution en 1791. — Le Mené (1904) op. cit., p. 527 —

La métairie de la Touche-Robert est mise en vente aux enchères avec les biens ecclésiastiques de la cure :

Quantité de terres labourables au Courtieux-Gautier et une autre dans le champ de la fontaine, la lande du Grétay, le Pré d’en haut, le Prés d’en bas, le tout adjugé à Mathurin Guillotin de Folle Pensée pour 1000 livres payables en douze annuités avec intérêtsEalet Jacky ( 2008) op. cit., p. 70

Le presbytère est conservé par la nouvelle municipalité pour être utilisé en école. — Ealet Jacky ( 2008) op. cit., p. 70 —

Le lendemain de Noël, le 26 décembre 1791, la commune de Tréhorenteuc, assemblée à l’accoutumée à l’issue des vêpres, procède à l’élection de son premier conseil municipal. Le recteur Chesnel est élu président du bureau à la pluralité des voix. André René Motte devient le premier maire de Tréhorenteuc. Il fait abattre le calvaire paroissial et fait expédier à la fonderie les cloches de Tréhorenteuc, à la demande du gouvernement, pour fabriquer des canons.— Ealet Jacky ( 2008) op. cit., p. 67 —

Les prieurs de Tréhorenteuc

  • Thomas de Montauban prieur de Tréhorenteuc en 1348 2. —  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 680 —
  • Dom Jean Hamon mort vers 1579 est recteur de Tréhorenteuc 3 — Guillotin de Corson, Abbé (1891) op. cit., p. 711 (Voir en ligne) —
  • Missire Julien Conu, prêtre de la paroisse de Tréhorenteuc en 1622 — Arch. Dep. du Morbihan, E, Suppl 642 (Voir en ligne) —
  • Jean Lebreton prieur curé de Tréhorenteuc en 1650 4.—  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [page 83] —
  • Dom René Foulon mort en 1738 5 —  BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912. [pages 94-95] —
  • Noël-Joseph Chesnel prête serment en 1791 — Le Mené (1904) op. cit., p. 527 —

Bibliographie

ROSENZWEIG, Louis Théophile, Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Morbihan : Série E, supplément. 1. partie. n°. 1 à 807 : Arrondissement de Lorient, arrondissement de Ploërmel, Archives départementales du Morbihan, Impr. et librairie Galles, 1881, Voir en ligne.

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912.

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

EALET, Jacky, Tréhorenteuc en Brocéliande, Les oiseaux de papier, 2008.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

LA BORDERIE, Arthur le Moyne de, « Choix de documents inédits sur le règne de la Duchesse Anne (1488-1491) », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 4, 1866, p. 265, Voir en ligne.

LE MENÉ, Joseph-Marie, Prieurés du diocèse de Vannes, Vannes, Lafolye, 1904.

LUCO, abbé Jean-François, « Organisation de l’ancien personnel ecclésiastique du diocèse », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1874, p. 165, Voir en ligne.

MAÎTRE, Léon Auguste, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Loire-Inférieure : archives civiles : série B, chambre des comptes de Bretagne, Nantes, Archives Départementales de Loire-Atlantique, 1902, Voir en ligne.


↑ 1 • S’agit-il de Jean Le Taillandier, chanoine de Vannes, de Tréguier et de Guérande, et recteur de Sérent, qui résigne avant 1388 et vit encore en 1393—  LUCO, abbé Jean-François, « Organisation de l’ancien personnel ecclésiastique du diocèse », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1874, p. 165, Voir en ligne. page 165 —

↑ 2 • Il fut aussi prieur de Saint-Barthélémy des Bois en Paimpont, ainsi qu’abbé de Notre-Dame de Paimpont élu en 1356.

↑ 3 • 13 mars 1579. Inhumation dans l’église paroissiale, « au-devant le grand-aultier, » de missire Jean Hamon, recteur de Tréhorenteuc.—  ROSENZWEIG, Louis Théophile, Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Morbihan : Série E, supplément. 1. partie. n°. 1 à 807 : Arrondissement de Lorient, arrondissement de Ploërmel, Archives départementales du Morbihan, Impr. et librairie Galles, 1881, Voir en ligne. page 229 —

↑ 4 • Il fait partie des trois derniers chanoines présents à l’abbaye de Paimpont au moment de la réforme génovéfaine. Il est aussi prieur de Sainte-Brigitte de Merdrignac en 1650.

↑ 5 • Le 27 janvier 1738 inhumation dans l’église de Missire René Foulon, prieur-recteur de Tréhorenteuc, vice-official de Saint-Malo-de-Beignon. — Archives Départementales du Morbihan op. cit., p. 230 (voir en ligne) —