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1851-2010

L’abbé Guillotin : textes et articles

Bibliographies commentées du Registre de Concoret

Le registre de l’abbé Guillotin fait l’objet de plusieurs éditions et commentaires au cours du 19e et du 20e siècle.

1851 : Guillaume Le Jean

En 1851, le Manuscrit est une première fois évoqué par Guillaume Le Jean (1824-1871) 1 dans un récit de voyage intitulé, Souvenirs de voyages en Bretagne centrale.

[...] je n’ai rien vu de remarquable à Concoret qu’un vieux manuscrit déposé au presbytère et que M. le desservant de Concoret eut l’obligeance de me communiquer. Ce manuscrit est tout entier de la main de l’abbé Guillotin, ancien prêtre insermenté, caché dans le pays pendant l’orageuse époque de 93. On peut en diviser le contenu en trois catégories : notes archéologiques sur la paroisse et le village de Concoret,-registres de l’état civil, et ce qui est beaucoup plus précieux pour les amateurs de l’histoire contemporaine, on y voit un journal où se trouve consigné, jour par jour, tout ce qui s’est passé de remarquable à Concoret pendant toute la durée de la révolution française. Concoret était l’un des théâtres les plus animés de cette atroce guerre de chouannerie qui fit couler tant de sang en Bretagne : aussi ne sont-ce point les faits qui manquent à l’historien. C’est une chronique nue, froide, impartiale des faits, rien que des faits, pas le plus petit commentaire : on ne sait presque point si l’auteur est blanc ou bleu, patriote ou chouan ; il disparaît tout entier dans son œuvre. On n’a donc aucun lieu de soupçonner l’impartialité de l’auteur.et l’on peut s’abandonner sans réserve à l’impression que fait naître dans l’âme une pareille lecture. J’avouerai, pour ma part, que jamais les brillants tableaux de Thiers et de Lacretelle ne m’ont aussi vivement saisi que ces simples lignes écrites à la hâte par un bon curé de campagne, au milieu et, pour ainsi dire, en face des évènements. En lisant l’histoire de la révolution française, les triomphes de nos armées, ou les farouches ovations de la populace parisienne, m’ont généralement trouvé indifférent, et j’ai frissonné en lisant cette sanglante et funèbre page d’histoire populaire, ces sombres annales qui ont été pendant dix ans celles de la plupart de mes compatriotes. Je le répète, j’ai frissonné : l’expression ici n’est point exagérée.

Le Jean, Guillaume in LE MAOUT, Charles, Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l’ancienne province de Bretagne, Saint-Brieuc, Imprimerie de Ch. Le Maout, 1851, Voir en ligne. Pages 198-199

1853 : Sigismond Ropartz

La première publication partielle du manuscrit de l’abbé Guillotin est l’œuvre de Sigismond Ropartz en 1853.—  GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. — Cet avocat au barreau de Guingamp puis de Rennes, auteur de nombreux essais historiques sur la Bretagne séjourne fréquemment à Mauron dans la maison de sa belle-famille. Il s’explique dans la préface sur la façon dont il a découvert le manuscrit.

L’existence du manuscrit de Concoret est connue depuis plusieurs années des archéologues et des historiens bretons. Quelques-uns l’ont lu ; mais personne n’en a publié ni une analyse, ni des extraits. Il est vrai que les dépositaires de ce registre, y attachant une importance, qui n’a certes rien d’exagéré, ne permettaient d’en prendre communication qu’à Concoret même, et refusaient d’autoriser un déplacement, si court qu’il fût. Plus heureux que mes prédécesseurs, j’ai obtenu de l’obligeance de M. le recteur de Concoret la faveur d’emporter le manuscrit : j’ai pu le compulser à tête reposée, et l’étudier à loisir dans le silence du cabinet. Il n’est point entré dans l’intention de M. le recteur de Concoret que je gardasse pour moi seul les bénéfices de son amabilité : je vais donc faire connaître, avec détails, le document qui m’a été confié.

Guillotin abbé, Ropartz Sigismond (1853). op. cit., p. i (Voir en ligne)

L’édition de 1853 est une publication partielle du Registre qui ne comprend que la chronique de Concoret durant la Révolution, divisée en neuf chapitres pour chaque année de 1791 à 1800.

Ce qui nous semble intéressant, par dessus tout, c’est le journal où il a raconté les scènes horribles de la Terreur ; ce sont les mémoires du prêtre réfractaire.

Guillotin abbé, Ropartz Sigismond (1853). op. cit., p. ii (Voir en ligne)

Cette édition est largement annotée par Sigismond Ropartz pour tout ce qui concerne les personnes et les lieux cités dans le Registre.

Je n’ai point été tenté, pour ma part, de substituer ma pensée à celle de l’écrivain que j’ai entrepris de faire connaître, et de me servir de ses mémoires comme d’un canevas sur lequel j’aurais brodé un livre plus ou moins intéressant. Je veux publier textuellement ces lignes, qui n’ont pourtant point été écrites pour le public. Je me sens seulement obligé à effacer les noms propres lorsqu’ils sont marqués d’une flétrissure ; et je me crois autorisé à supprimer quelques détails dénués d’intérêt. Je profiterai aussi des autres parties du registre pour éclairer par des notes certains passages obscurs pour tous ceux qui ne connaissent pas, par le menu, la topographie et les chroniques de Concoret. Telle est ma tâche d’éditeur.

Guillotin abbé, Ropartz Sigismond (1853). op. cit., p. iii (Voir en ligne)

Cette édition ne comprend pas la publication des actes du culte (baptêmes, mariages, actes de sépulture) ni L’Histoire religieuse et civile de Concoret. Elle se termine néanmoins par un appendice qui reproduit l’un des chapitres historiques du Registre intitulé Droit des usagers en la forêt de Brécilien, que Sigismond Ropartz a jugé intéressant de publier.

Cette première publication a fait l’objet d’une réédition en 1996.—  GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul, Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur : La Registre de Concoret, 1853, Rennes, La Découvrance, 1996, (« L’Amateur Averti »). —

Deux publications mentionnées par Félix Bellamy et l’abbé Héligon

L’abbé Julien Piéderrière, né selon ses dires à environ trois kilomètres au nord et en face de Brocéliande a connu l’abbé Guillotin par les récits que ses parents lui en ont fait. Il l’explique dans une lettre adressée à Félix Bellamy en 1868.

La note de M. Guillotin sur Ponthus est d’un homme très sérieux et fort instruit, qui a passé comme prêtre réfractaire les années de la Révolution auprès de Barenton. Il consultait beaucoup, et je me souviens avoir entendu raconter à mes vieux parents, qui le cachaient fréquemment, que ses yeux étaient devenus tout rouges à force de lire les anciens titres à la lumière d’une mauvaise chandelle.

Piéderrière abbé, in BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. Pages 756-757

L’abbé Piéderrière a annoté la page de garde du manuscrit original indiquant que toute la partie archéologique a été publiée par la Société des Antiquaires de Vannes en 1860. Nous n’avons cependant trouvé trace ni de cette société ni de cette publication.

Selon l’abbé Héligon, le comte Ernest de Bréhier, auteur actif dans la Revue de Bretagne et de Vendée, a lui aussi écrit des articles concernant l’abbé Guillotin. Néanmoins, nous n’avons pas réussi à trouver de traces bibliographiques de ces articles.

M. de Bréhier à également écrit quelques articles sur le volume en question, mais en ne leur donnant qu’une publicité restreinte.

Héligon, abbé Joseph Judicaël, (1904) op. cit., p. 194

1904 : l’abbé Joseph Judicaël Héligon

En 1904 et 1905, l’abbé Joseph Judicaël Héligon publie le Registre de Concoret, accompagné de documents d’archives et de commentaires dans la Revue Morbihannaise.—  HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Le Registre de Concoret : Journal de l’abbé Guillotin, 1791-1800 », Revue Morbihannaise, 1904, p. 187-194 ; 250-260 ; 304-318 ; 352-360.HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Le Registre de Concoret : Journal de l’abbé Guillotin, 1791-1800 », Revue Morbihannaise, 1905, p. 50-61. —

Cette édition, tout comme celle de Sigismond Ropartz, ne comprend ni la publication des actes cultuels ni celle de L’Histoire religieuse et civile de Concoret.

[...] On peut dire que le manuscrit de Concoret demeure inédit et c’est le motif qui nous détermine à le mettre sous les yeux du public morbihannais. Puisse sa lecture redresser les jugements trop exclusifs de certains hommes en restituant selon leurs œuvres ce qui est dû aux royalistes ou aux patriotes. Les uns et les autres furent coupables ; on ne saurait en douter après l’étude des pièces originales et il reste bien difficile d’innocenter un parti au détriment de l’autre [...]

Héligon, abbé Joseph Judicaël, (1904) op. cit., p. 194

L’étude menée par l’abbé Héligon est restée inachevée. Elle s’arrête en 1794 alors que la chronique de l’abbé Guillotin se poursuit jusqu’en 1800.

L’abbé J. Héligon (1870-1931) dut faire ces travaux durant son professorat au collège Saint-François-Xavier de Vannes (1903-6). Son éloignement par la suite ne lui permit sans doute pas de continuer cette étude.

Moisan, André (2012) op. cit., p. 189

Il a cependant publié un extrait de la partie historique du Registre dans la même revue en 1904.—  GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Le siège de Comper pendant la Ligue d’après un vieux manuscrit », Revue Morbihannaise, 1904, p. 117-123. —

1980 : Michel de Genouillac

Dans les années 1980, Michel de Genouillac, châtelain du Rox en Concoret, s’intéresse au manuscrit de l’abbé Guillotin. Depuis la mort de l’abbé en 1814, le Registre est conservé au presbytère de Concoret. Lorsqu’il souhaite le consulter, M. de Genouillac le trouve en mauvais état et le fait relier à Rennes. Il transcrit alors le manuscrit à la machine à écrire et diffuse dans une publication à usage restreint tout ce qui concerne Concoret. —  GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et GENOUILLAC, Michel de, « 1791-1800, Concoret sous la Terreur », Concoret, 1980, 191 p. —

M. de Genouillac a reproduit à l’identique La chronique de Concoret durant la Révolution qu’il a intitulée Concoret sous la Terreur. La dernière partie du manuscrit, L’Histoire religieuse et civile de Concoret y est nouvellement organisée. Elle est scindée en deux parties, Histoire ecclésiastique de Concoret et Histoire des lieux et gens 2. Le document dactylographié comprend quelques ajouts sur l’histoire de Concoret 3 ainsi que deux cartes insérées par l’auteur. Les actes cultuels n’y sont pas présents.

Lors du rattachement de la paroisse de Concoret à celle de Mauron, le manuscrit original est transféré à Mauron. Le curé en charge de cette paroisse, F. Marbaud, voulant préserver le précieux document, le remet à la bibliothèque diocésaine de Vannes en 2009.

1989, 2010 et 2012 : trois articles contemporains

Le manuscrit de l’abbé Guillotin a connu un regain d’intérêt ces dernières années. Alfred Jamaux, membre de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo, a écrit en 2010 un article retraçant la biographie de l’abbé Guillotin.—  JAMAUX, Alfred, « L’Abbé Guillotin », Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Saint-Malo, 2010, p. 225-242. —

Enfin, André Moisan, conservateur de la Bibliothèque et des Archives diocésaines de Vannes, a consacré deux essais à l’œuvre de l’abbé Guillotin. Le premier est une transcription du préambule du Registre et de ses notes sur les années 1792-1800. —  MOISAN, André, Eglise et Révolution dans le Morbihan. Etudes et documents publiés sous la direction d’André Moisan, Vannes, 1989. [ Pages 318-361] — Le second est un article sur l’histoire et le contenu du Registre de Concoret .—  MOISAN, André, « Un document exceptionnel, le Registre de Concoret de l’abbé Guillotin », Bulletin et mémoires de la Société polymathique du Morbihan, Vol. 138, 2012, p. 187-211. —


Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et GENOUILLAC, Michel de, « 1791-1800, Concoret sous la Terreur », Concoret, 1980, 191 p.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Le siège de Comper pendant la Ligue d’après un vieux manuscrit », Revue Morbihannaise, 1904, p. 117-123.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul, Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur : La Registre de Concoret, 1853, Rennes, La Découvrance, 1996, (« L’Amateur Averti »).

HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Le Registre de Concoret : Journal de l’abbé Guillotin, 1791-1800 », Revue Morbihannaise, 1904, p. 187-194 ; 250-260 ; 304-318 ; 352-360.

JAMAUX, Alfred, « L’Abbé Guillotin », Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Saint-Malo, 2010, p. 225-242.

LE MAOUT, Charles, Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l’ancienne province de Bretagne, Saint-Brieuc, Imprimerie de Ch. Le Maout, 1851, Voir en ligne.

MOISAN, André, « Un document exceptionnel, le Registre de Concoret de l’abbé Guillotin », Bulletin et mémoires de la Société polymathique du Morbihan, Vol. 138, 2012, p. 187-211.

MOISAN, André, Eglise et Révolution dans le Morbihan. Etudes et documents publiés sous la direction d’André Moisan, Vannes, 1989.

TAILLANDIER, Dom Charles, Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 2, Paris, Imprimerie Delaguette, 1756, Voir en ligne.


↑ 1 • Guillaume Le Jean qui signe cet article G. L. J. (voir en ligne) est un géographe et explorateur breton. À partir de 1848, il collabore au journal Le Pays. C’est dans Souvenirs de voyages en Bretagne centrale, paru en 1851, qu’il se détache de la linguistique et de la littérature d’imagination pour trouver sa voie dans le récit de voyages, la description de paysages et l’évocation de souvenirs historiques. Ses premiers voyages hors des frontières hexagonales ont lieu dans les Balkans, puis dans la région du Haut-Nil où la maladie l’oblige à rebrousser chemin. En 1862, il exécute une mission diplomatique auprès de l’empereur d’Abyssinie. Les années suivantes, il explore l’Inde et se rend dans le Cachemire. Il poursuit ses voyages entre 1867 et 1869 dans les provinces européennes de la Turquie.

↑ 2 • Nouvelle organisation de L’Histoire religieuse et civile de Concoret par M. de Genouillac.

Histoire ecclésiastique de Concoret

  • Origines de la paroisse
  • Les registres paroissiaux
  • Confréries de l’église
  • Fondations et chapellenies
  • Chronologie des recteurs
  • Liste des prêtres originaires de Concoret
  • Notes sur quelques prêtres non issus de Concoret
  • Chapelles et oratoires
  • Monuments de piété
  • Processions des usagers de Paimpont.

Histoire des lieux et gens :

  • Origines des châteaux et maisons fortes
  • Droits des usagers en la forêt de Brécilien
  • Notes sur quelques familles de Concoret
  • Notes sur la famille de l’abbé Guillotin

↑ 3 • M. de Genouillac n’a pas reproduit dans sa publication le chapitre de l’abbé Guillotin intitulé Siège et prise de Comper, préférant transcrire par photocopie les deux versions qu’en donne Dom Taillandier—  TAILLANDIER, Dom Charles, Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Vol. 2, Paris, Imprimerie Delaguette, 1756, Voir en ligne. —. La version de l’abbé Guillotin est selon André Moisan plus étoffée et plus précise.— Moisan, André (2012) op. cit., p. 208 —