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1991

L’Arbre d’or

L’Arbre d’or est inauguré en 1991 à l’entrée du Val sans Retour, sur la commune de Paimpont. Cette initiative de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour fait suite aux incendies qui ont ravagé plusieurs centaines d’hectares de landes et de bois en 1990. L’opération s’inscrit dans un plan de développement touristique de ce site.

La création de l’Arbre d’or

En septembre 1990 un incendie ravage pendant cinq jours landes, bois de feuillus et de résineux du Val sans Retour. Durant l’automne et l’hiver 1991-92, L’Association de Sauvegarde du Val sans Retour est à l’origine d’une opération de nouvelles plantations sur les zones dévastées. Cette opération, financée entre autres par du mécénat industriel, est assurée par des professionnels ainsi que des milliers de bénévoles. Au total, plus de 500 000 arbres (70% de feuillus et 30% de résineux) sont plantés. L’association commande alors une œuvre d’art pour représenter cet engagement et symboliser le renouveau de la forêt—  ANSELIN, Paul et ÉALET, Jacky, « Autour de l’Association pour la renaissance », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 8-9. —.

Le projet du sculpteur François Davin, présenté par François Pinault à Paul Anselin, président de l’association, est retenu. L’artiste a choisi un châtaignier calciné afin d’en recouvrir le tronc de 5000 feuilles d’or, symbolisant la renaissance du Val. Il est entouré de cinq chênes noircis. François Davin présente son œuvre à la presse en ces termes :

A la suite du catastrophique incendie de 1990, j’ai voulu dans cette œuvre, témoigner à la fois de la vigueur des puissances magiques vivant dans la forêt, du caractère sacré de l’arbre, et de la généreuse ténacité des hommes du pays pour faire revivre leur forêt, notre forêt à tous. Portant le rêve au cœur des hommes, j’espère contribuer à promouvoir une plus grande vénération de la forêt, de nos souvenirs, de notre imaginaire et de nos espoirs communs.

L'Arbre d'or
L’Arbre d’or

L’Association de Sauvegarde du Val sans Retour a prévu de créer l’évènement autour de l’Arbre d’or. La dorure du châtaignier est réalisée au Festival de Reviers (Calvados) devant un très nombreux public. L’œuvre d’art est inaugurée en grande pompe au bout de la digue du Miroir aux Fées le 10 août 1991—  ANSELIN, Paul et ÉALET, Jacky, « Il était une fois l’Arbre d’Or », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 10-11. —. Pourtant, l’Arbre d’or est loin de faire l’unanimité dans la région. Plusieurs personnalités politiques du pays dont le maire de Tréhorenteuc et le Conseiller Général du canton de Mauron estiment que les 350 000 francs nécessaires à sa réalisation auraient pu être utilisés pour servir à des projets locaux. L’opposition au projet mobilise des personnalités locales et des associations, jusqu’au Front National qui fait sceller sur une propriété privée à l’entrée du chemin menant au Val une pancarte portant l’inscription Sauvons notre pays et au dos, la dédicace, Offert gracieusement par le Front National.

Vandalisme et happening à l’Arbre d’or

Dès son installation, l’Arbre d’Or connaît des actes de vandalisme : feuilles d’or arrachées, branches cassées, l’une d’entre elles est sciée et emportée durant l’été 1993. Mais le 13 octobre de la même année, c’est l’œuvre dans son ensemble qui est vandalisée. L’Arbre d’Or et les cinq arbres calcinés qui l’entourent sont abattus. Cette dégradation connaît un certain retentissement médiatique. Un article dans le quotidien Libération dans les mois qui suivent relate ce fait divers. 235 000 francs seront nécessaires à sa remise en état et à sa réimplantation en juin 1994.

Ouest-France du 13/10/1993
Ouest-France du 13/10/1993

En août 1994, quatre hommes arrivent à l’Arbre d’Or au petit matin. Ils le recouvrent d’une toile noire et y pendent un mannequin vêtu de noir portant une pancarte annotée : L’homme à pendu l’arbre. L’arbre a pendu l’homme. Signé Mon art inconcevable vous salue. Sur les arbres et les rochers du Val, ils déposent de nombreux tracts : Le dernier chaos vous a surpris, moi je l’attendais. ou encore L’or n’a jamais ressuscité un arbre. Après avoir entouré l’ensemble de fils de fer barbelés ils attendent les touristes en jouant des timbales au pied de l’arbre. Jean Haberey, auteur de cette mise en scène, déclare : Mon happening est un droit de réponse à « Libération » ; c’est aussi un droit de réponse à l’artiste qui a fait ça.

Ouest-France du 14/08/1994
Ouest-France du 14/08/1994

En septembre 1994, la brigade de Gendarmerie de Plélan-le-Grand arrête Jean Haberey pour dégradation d’un bien privé. On découvre alors que le vandale et l’auteur du happening ne font qu’un. L’homme, âgé d’une cinquantaine d’années, habitué des coups d’éclats médiatiques, se présente comme un écrivain et un professeur d’art martiaux.

Jugé en correctionnelle à Rennes, il offre un recueil de poèmes sur Brocéliande à la présidente du tribunal, déclarant notamment qu’il s’agit d’un arbre d’or monétaire, symbole de la stérilité, fixé sur un socle de béton. Une œuvre dégradante pour la forêt. Le tribunal le condamne à payer 91 182,85 francs de dédommagement à l’Association de Sauvegarde du Val Sans Retour.

En 1999, l’Arbre d’or, dont une des branches principales a encore été sciée, est restauré par des bénévoles de l’association. Ce nouvel acte de vandalisme les a décidés à effectuer des travaux pour assurer une meilleure protection du site.

Création de la légende de l’Arbre d’or

L’Arbre d’or est devenu une des principales attractions touristiques de la forêt de Paimpont.

L’Office de Tourisme du Pays de Mauron est à l’origine d’un concours d’écriture sur l’Arbre d’or. Les œuvres retenues sont publiées en 1999 et participent à la naissance d’une nouvelle légende popularisée par les nombreux visiteurs.—  CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999. —

Un conte pour enfants sur l’origine de l’arbre d’or a été publié en 2001.—  POUGET-TOLU, Anne et LERMENIER, Wilfrid, L’arbre d’or : Ar Wezenn aour, L’Harmattan, 2001, (« Conte des quatre vents »). —

L'Arbre d'or : un conte pour enfants
L’Arbre d’or : un conte pour enfants
—  POUGET-TOLU, Anne et LERMENIER, Wilfrid, L’arbre d’or : Ar Wezenn aour, L’Harmattan, 2001, (« Conte des quatre vents »). —

Un nouveau lieu de dévotion populaire

Depuis quelques années, de nouveaux lieux de dévotions naissent en forêt de Brocéliande. Au Tombeau de Merlin, à la Fontaine de Jouvence et à l’Arbre d’Or, on remarque de petits morceaux de papier déposés par des visiteurs parfois lointains, sur lesquels sont écrites des demandes très diverses.

La plupart viennent y « puiser de l’énergie », ou demander assistance pour qu’une difficulté se résolve... Pour cela, certains n’hésitent pas à franchir le grillage censé protéger l’or de Brocéliande pour le toucher et déposer de petits morceaux de papiers, des médailles, des croix de bois... entre les petits menhirs de schiste rouge qui tapissent le sol autour de l’arbre. Une façon de faire qui n’est pas du goût des « autorités locales » qui s’empressent d’effacer les traces laissées par ces nouveaux dévots.

CAMUS, Dominique, Dévotions populaires et tombes guérisseuses en Bretagne, Rennes, Ouest-France, 2011, 127 p. [page 20]

Bibliographie

ANSELIN, Paul et ÉALET, Jacky, « Autour de l’Association pour la renaissance », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 8-9.

ANSELIN, Paul et ÉALET, Jacky, « Il était une fois l’Arbre d’Or », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 10-11.

CAMUS, Dominique, Dévotions populaires et tombes guérisseuses en Bretagne, Rennes, Ouest-France, 2011, 127 p.

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999.

POUGET-TOLU, Anne et LERMENIER, Wilfrid, L’arbre d’or : Ar Wezenn aour, L’Harmattan, 2001, (« Conte des quatre vents »).