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Le Miroir aux Fées

L’étang à l’entrée du Val sans Retour

Le Miroir aux Fées est le nom donné à partir de 1912 à l’étang ouvrant le Val sans Retour en forêt de Paimpont. Il est situé sur la commune de Paimpont, près de Tréhorenteuc, comme l’ensemble du Val.

La construction de l’étang au 17e siècle

La vallée et le bois de Gurvant font partie de la forêt de Brécilien appartenant aux Laval-Montfort et à leurs descendants jusqu’en 1629. Cette année là, pressé par des besoins d’argent, le seigneur de Brécilien, Henri de la Trémoille, commence à aliéner son fief. Il vend 140 journaux 1 et les fiefs de Folle-Pensée, comprenant notamment la vallée de Gurvant, à Benjamin de l’Aage.—  TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Monsieur d’Iray intendant des la Trémoille : année 1629-1635 », 2007, Voir en ligne. —

C’est son épouse, Marie de la Tour, duchesse de la Trémoille et de Thouars qui s’occupe de la transaction. L’acte de vente daté de 1629 indique l’autorisation de créer un moulin et des retenues d’eau :

avec droit et pouvoir au dit seigneur acquéreur de faire construire une chaussée, étang et moulin au bas de la dite vallée de Gourvan.« Acte de vente par Marie de la Tour, duchesse de la Trémouille et de Thouars, épouse et procuratrice générale de Monseigneur Henry de terres en forêt de Paimpont à Benjamin Delage sieur de Ruë neuve ». Archives Municipales de Paimpont, DD6. Copie du 4 novembre

Le moulin de la Vallée est construit à l’entrée de la Vallée de Gurvant, et des retenues d’eau sont créées afin de l’alimenter.

La première mention du « Miroir des Fées »

L’étang le plus proche du moulin est appelé « étang du moulin de la Vallée » jusqu’au début du 20e siècle. On trouve la première mention de cet étang sous le nom de « Miroir des Fées » dans un ouvrage du marquis de Bellevüe paru en 1913 :

Au milieu serpente un ruisseau, dont les eaux salutaires rendirent à Merlin ses esprits égarés et qui alimentait trois étangs superposés, dont un seul existe encore. Un de ces étangs « eaux vives et claires comme argent » était dit le « Miroir des Fées ». BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913. [page 52]

Le marquis de Bellevüe n’indique pas que le « Miroir des Fées » soit une localisation d’un épisode littéraire. Nous n’avons d’ailleurs pas réussi à trouver l’origine de cette appellation. Cette nouvelle dénomination ne connait pas de succès puisqu’elle est absente du guide touristique de 1919 et de sa réédition de 1926 qui le nomme « l’étang du moulin de la Vallée ».—  DELALANDE, Honoré, Guide du Touriste dans la Forêt de Paimpont. Itinéraires cyclistes, circuits automobiles, Rééd. 1926, Rennes, L. Bahon-Rault, 1919. [page 46] —

La valorisation touristique du « Miroir aux Fées »

Dès son arrivée à Tréhorenteuc, l’abbé Gillard reprend l’appellation « Miroir aux Fées » dans sa première brochure datée de juin 1943 :

Il n’y a plus qu’un étang qui soit rempli. Et-celui là, on l’appelle le "miroir aux Fées" à cause, dit-on de ses eaux "vives et claires comme de l’argent". GILLARD, abbé Henri, Guide de Tréhorenteuc, 1943.

Il fait aussi figurer l’étang à la treizième station du chemin de croix de l’église de Tréhorenteuc. Pourtant dans ses autres publications, l’appellation est quasi inexistante et il faut attendre les années cinquante pour qu’elle entre officiellement en vigueur :

Deux appellations apparaissent sur le plan de 1954. L’étang est mentionné en tant que Miroir aux Fées. D’autre part, le nom de Val sans Retour désigne la vallée, sans qu’il soit affecté à une parcelle ou à un ensemble de parcelles précises.
CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984.

Le premier guide touristique à le mentionner est publié par le Syndicat d’Initiative du Canton de Mauron en 1968 :

On y accède [au Val sans Retour] soit par le bois de Gautro (départ près du manoir), soit par le chemin du moulin de la vallée. Un peu plus loin, le Miroir aux fées, le fauteuil de Merlin, l’enchevêtrement des vallées profondes et encaissées, tout cela est émerveillement. SYNDICAT D’INITIATIVE DE MAURON, Au pays de la table ronde. Station verte du pays de Mauron., 1968.

Jean Markale, qui se revendique héritier de l’abbé Gillard, utilise et diffuse l’appellation dans de nombreuses publications destinées au grand public à partir de 1977.—  MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977. [page 25] —

À partir de 1979, l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour engage une politique de développement touristique du Val. Elle travaille de concert avec des étudiants de la Station Biologique de Paimpont (Université de Rennes 1) qui travaillent sur les possibilités de valorisation du site. —  MONFORT, Christiane, « Pré-étude écologique du Val sans Retour. », Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de son Environnement, 1980. - CABARET, Michel, Le Val sans retour : Étude et propositions de gestion des ressources humaines, Mémoire de Maîtrise MST AMVR, Université de Rennes 1, 1982. — Ce travail débouchera sur la restauration de la digue du Miroir aux Fées durant l’automne 1981 puis sur la création de l’Arbre d’or en 1991, faisant du site une des principales attractions touristiques de la forêt de Paimpont.—  ANSELIN, Paul (Dir. Publ.) et ÉALET, Jacky, « Trente ans de vie de l’Association », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 4-5. —

Contes et légendes du Miroir aux Fées

Devenu un site touristique de la forêt de Brocéliande, le « Miroir aux Fées » va progressivement intégrer l’espace imaginaire des œuvres littéraires et des contes. Une pièce de théâtre de Jean Markale, intitulée Le Miroir aux Fées, y est donnée durant l’été 1982, à l’occasion de la restauration de la digue. Ce spectacle, organisé à l’initiative de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour est interprété par une troupe de comédiens de Ploërmel, « L’art de la Lune ». Critiquée par certains, elle ne rencontre pas le succès escompté.

La conteuse Ernestine Lorand y fait allusion dans La gueurnouille et le péchou—  LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. page 104 —

La première publication d’un conte en lien avec le site du Miroir aux Fées provient d’un ouvrage publié en 1999. Il s’agit des Sept Fées du Miroir aux Fées, initialement écrit par les enfants de l’école de Concoret et librement adapté par Xavier Lesèche.—  CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999. [pages 21-25] —


Bibliographie

ANSELIN, Paul (Dir. Publ.) et ÉALET, Jacky, « Trente ans de vie de l’Association », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2011, p. 4-5.

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913.

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999.

CABARET, Michel, Le Val sans retour : Étude et propositions de gestion des ressources humaines, Mémoire de Maîtrise MST AMVR, Université de Rennes 1, 1982.

CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984.

DELALANDE, Honoré, Guide du Touriste dans la Forêt de Paimpont. Itinéraires cyclistes, circuits automobiles, Rééd. 1926, Rennes, L. Bahon-Rault, 1919.

GILLARD, abbé Henri, Guide de Tréhorenteuc, 1943.

LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne.

MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977.

MONFORT, Christiane, « Pré-étude écologique du Val sans Retour. », Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de son Environnement, 1980.

SYNDICAT D’INITIATIVE DE MAURON, Au pays de la table ronde. Station verte du pays de Mauron., 1968.

TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Monsieur d’Iray intendant des la Trémoille : année 1629-1635 », 2007, Voir en ligne.


↑ 1 • Le journal est une ancienne unité de mesure de surface, utilisée jusqu’à la Révolution. Définie comme la surface labourée en un jour avec une traction animale, elle varie suivant les régions. En Bretagne sa valeur approximative est d’un demi-hectare.