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1995

La Gueurnouille et le péchou

Un conte d’Ernestine Lorand

La Gueurnouille et le péchou est un conte d’Ernestine Lorand dans lequel une grenouille piégée par un pêcheur le sauve d’un sortilège et devient son ami.

Une fable d’Ernestine Lorand

La Gueurnouille ë l’péchou est une fable d’Ernestine Lorand écrite pour la revue Le lian.

Même constat chez Ernestine Lorand notamment avec ses deux versions de La gueurnouille ë le pechou (La grenouille et le pêcheur) dont la première version dite en famille et écrite par la suite pour une revue [Le lian] est en fait une fable dont l’un des critères caractéristiques est sa valeur d’exemplarité, de morale qui prétend au moins instruire sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour bien vivre

LERAY, Christian et GONDOLLE, Sophie, « Du récit de vie au conte », actes du colloque international des 9-10 et 11 Décembre 2003, Université d’Alger, 2004, p. 531-542.

Eune gueurnouille, au ras de l’iaù
S’eurgromë, tant tchi-o pouë
Le péchoù, à piat seu l’beurdiàu
Chongë, coùment la bignë
Es y dit, tchi qu’tu chonge
Mon paùv péchoû
Crëy tu que j’va t’saùtë au cou
J’eume cor mieux saùtë dans l’iaù
E piouf ! la v’la chèite de haùt
Le péchoû toujous seu l’beurdaù
S’eurtouni seu l’dos d’un coup
Print sa gaùle ë son ëpie au bout
E que j’të jeute dans la mârre o y eune motte
Ben ras d’eune grosse ribote
d’la fieur tchi të au bout pitchée
N’en fit qu’eune goulée
Mins l’ëpié, l’avë eurcro-chée
Si ben que pou coéssë
Ol avë ben du dë
Es dit au paùv péchoû
Rend ma ma liberté mëzë
Que j’të saùte au cou
La gueurnouille en fut bignée
A caùse de sava vantée.

LORAND, Ernestine, « La geurnouille e l’péchou », Le lian, sans date.

Ernestine Lorand, cantinière pour l’école de Concoret, contait cette fable aux enfants qui la lui demandaient dans une version mimée.—  LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. [page 309] —

[Ernestine] renoue avec la tradition de la fable, qui met le plus souvent en scène des sociétés fictives, dont les principaux protagonistes sont des animaux. Mais contrairement au conte, il n’y a pas en principe de merveilleux. C’est bien en effet ce que nous constatons en lisant la fable « La Gueurnouille et le péchou » transcrite par Ernestine pour la revue « Le Lian » : la grenouille est attrapée par un hameçon, et on n’assiste, par la suite, à aucune transformation ; par contre, comme toutes les fables, elle se termine par une morale qui prétend nous instruire sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour bien vivre.

LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. [pages 103-104]

Le conte d’Ernestine Lorand

La Gueurnouille ë l’péchou a par la suite été modifié en conte et interprété par Ernestine Lorand à la Bogue de Redon.

Je suis allée conter à la fête de la Bogue à Redon et le soir, en attendant les diplômes j’ai conté « La Gueurnouille et le péchou » que j’avons allongé.

LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. [page 309]

Le conte a été publié en 1995 dans ses deux versions, gallo et française. La version française de la publication est une transcription du conte en gallo intitulé La Gueurnouille ë l’péchou —  LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. [pages 310-312]  —

[...] dans sa seconde version, elle s’appuie sur les éléments de la fable en y ajoutant ensuite des éléments merveilleux et légendaires comme : « eune encraùdouse » : la sorcière du « Moulin des Quatre vents » qui transforme la grenouille en une petite fille comparée à « Alice au Pays des Merveilles. » Ernestine fait des allusions à Merlin, au « Miroir des Fées » qui est un étang de la forêt de Brocéliande. La fin se termine par une union, comme c’est souvent le cas dans les contes merveilleux. Il y a donc reproduction d’un savoir composite qui se remodèle à chaque récit [...].

LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne. [page 104]

Le récit intégral de La gueurnouille ë l’péchou

Une grenouille, au ras de l’eau, relevait fièrement la tête aussi haut qu’elle pouvait. Le pêcheur, à plat ventre, réfléchissait à ce qu’il fallait faire pour l’attraper. Elle lui dit :

— A quoi penses-tu ? Crois tu que je vais te sauter au cou ? Je préfère sauter dans l’eau.

Et plouf ! La voilà qui saute. Le pêcheur toujours sur le ventre, se retourna sur le dos, prit sa gaule, et mit un hameçon au bout. Et il la lança dans la mare avec une motte de terre au ras d’un gros nénuphar où elle s’était cachée. Elle ne fit qu’une bouchée de l’appât. Mais l’hameçon l’avait accroché si bien qu’elle avait du mal à coasser. Elle dit au pêcheur :

Rends-moi la liberté, maintenant, pour que je te saute au cou.

Pour s’être vantée, la grenouille en fut bien attrapée. Mais le pêcheur n’étant pas mauvais gars, il retroussa son pantalon et regarda dans la mare :

—Ma pauvre grenouille, pourquoi étais-tu aussi vantarde, je ne voulais pas te faire de mal ; viens avec moi maintenant !

Il s’assirent au ras de l’eau et là que virent-ils passer ? Un gros crapaud qui leur dit : « Regardez moi bien ! » Il avait des difficultés pour sauter. Cela mit la puce à l’oreille du pêcheur :

Si c’était une sorcière qui aurait enlevé ses vêtements et se serait transformée en crapaud !

Eh bien, c’était une sorcière, c’était la sorcière des « Quatre vents » qui leur cria : Abracadavent ! et aussitôt les voilà enlevés dans un tourbillon du côté de Tréhorenteuc, juste à l’endroit où il y a un ruisseau qui chante dans la forêt de l’enchanteur Merlin, tout près du « Miroir aux Fées ».

Le pêcheur fut pétrifié par Morgane. De peur, la grenouille tomba dans l’eau. Elle se dit : « si je n’avais pas été si vantarde ! » Elle fila sur l’eau pour retourner se cacher dans le ruisseau. Mais sa peau s’était transformée et elle était devenue une petite fille. Étonnée, elle regardait les fleurs et écoutait les petits oiseaux ; elle était émerveillée comme Alice au Pays des Merveilles. Elle n’en croyait pas ses yeux de voir des fleurs. Tandis qu’elle était dans ses rêves, elle entendit du bruit. Elle courut jusqu’au buisson où elle tomba ; elle ferma les yeux pour une éternité.

Mais quand elle les rouvrit, que d’eau autour d’elle, que d’eau elle voyait. Elle était redevenue une grenouille comme avant qu’elle n’entende « Abracadavent ». Une petite grenouille qui pensait à son pêcheur, bien honteuse. Elle nagea pour voir s’il était encore là. Elle cria si fort que le pêcheur tomba dans l’eau !

Les voila partis bras dessus, bras dessous ; ils s’en allèrent bien loin, je crois bien, si vous êtes de mon avis, c’est pour le restant de la vie.


Bibliographie

LERAY, Christian et LORAND, Ernestine, Dynamique interculturelle et autoformation : une histoire de vie en Pays gallo, Paris, L’Harmattan, 1995, Voir en ligne.

LERAY, Christian et GONDOLLE, Sophie, « Du récit de vie au conte », actes du colloque international des 9-10 et 11 Décembre 2003, Université d’Alger, 2004, p. 531-542.