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La cane de Montfort et ses représentations disparues

L’église Saint-Nicolas de Montfort abritait plusieurs représentations du miracle de la cane. Cette légende était sculptée sur le maître-autel de l’église, représentée sur un vitrail du 16e siècle, sur une bannière et sur une statue de saint Nicolas du 18e siècle. Ces représentations nous sont connues par des descriptions partielles ou des dessins qui ont survécu à la destruction de l’église en 1798.

Un vitrail du 16e siècle

La grande verrière de l’église Saint-Nicolas de Montfort, aujourd’hui détruite, représentait l’apparition des canes. Elle avait été offerte vers le milieu du 16e siècle par Guy XVII, comte de Laval et de Montfort et Claude de Foix, sa femme. Vincent Barleuf la cite comme preuve de l’ancienneté du miracle de la cane :

L’antiquité des peintures et des figures que l’on voit sur les vitres de l’église, où la canne et les cannetons sont représentés aux pieds du saint, font foi de cette vérité. On remarque que cette vitre et ces peintures sont des ouvrages de près de deux cent ans ; ce qui fait voir que cette histoire n’est pas nouvelle. BARLEUF, abbé Vincent, Récit véritable de la venue d’une canne sauvage depuis long-temps en la ville de Montfort, comté de la province de Bretagne, et particulièrement ce qui s’est passé les dernières années sur ce sujet : par un chanoine régulier de l’abbaye de S.-Jacques, près Montfort, étant sur les lieux, Rennes, Michel Hellot, 1652, Voir en ligne.

Un détail de la grande verrière avec, aux pieds de saint Nicolas, la cane et ses canetons, est cependant connu par un dessin en couleur sur vélin conservé aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine — A.D.I.V. G 516 A —.

On peut lire en marge de ce dessin : « déposé ce jour 4 novembre 1762, par moy soubsigné, en faveur du général [de paroisse], Mouazan. » JOUON DES LONGRAIS, Frédéric, Jacques Doremet : sa vie et ses ouvrages, 1971, Slatkine Reprints, 1894, Voir en ligne. page XLI

Vitrail de Montfort - Saint Nicolas et la cane

La statue de saint Nicolas du 18e siècle

Une statue de saint Nicolas, encore visible dans l’actuelle église paroissiale de Montfort, représentait la cane et ses canetons. La statue datée du 18e siècle par les Monuments Historiques aurait été déplacée à la destruction de l’église Saint-Nicolas en 1798. Jean Côme Damien Poignand affirme l’avoir vu avec les animaux miraculeux à ses pieds, à une date qu’il ne précise pas :

[...] elle a été en sculpture, avec quatre ou cinq petits, au pied de la statue de saint Nicolas, sur le maître-autel de l’église [...] la statue du saint patronal a été transférée dans l’église de Saint-Jean ; mais la bourse qu’il avait pendue au bras, le baquet rempli de petits enfans qu’il avait à ses pieds, et la canne avec ses cannetons, se trouvent maintenant perdus. POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne. page III

La bannière

Poignand mentionne aussi avoir vu une bannière, disparue dès 1798, représentant le miracle de la cane :

[...] elle a été [...] en broderie d’or sur la bannière et sur les ornemens qui servaient dans la solennité du jour : ceci est de mémoire d’homme, et je l’ai vu moi-même. [...] Poignand, Jean Côme Damien (1820) op. cit. p.III (Voir en ligne)

L’action des génovéfains de Montfort

La paroisse Saint-Nicolas de Montfort était un prieuré dépendant de l’abbaye bénédictine de Saint-Melaine de Rennes—  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 102 —. Elle ne dépend donc pas de l’abbaye Saint-Jacques de Montfort, réformée par les génovéfains à partir de 1624. On voit pourtant le prieur génovéfain de Saint-Jacques, Vincent Barleuf, officiant à l’église Saint-Nicolas lors de la « venue de la cane » de 1649. C’est encore le prieur de Saint-Jacques qui écrit en 1652 un texte sur la cane dans lequel il rectifie la version populaire pour en donner une plus conforme à l’esprit de la Contre-Réforme.

La bannière de procession et la statue de saint Nicolas du 18e siècle concrétisent les préoccupations d’évangélisation des populations locales par les génovéfains. Sur la bannière et la statue disparues, la cane est placée sous l’autorité de saint Nicolas. La cane, inféodée au saint, devient un exemple de dévotion pour les paroissiens de Montfort.


Bibliographie

BARLEUF, abbé Vincent, Récit véritable de la venue d’une canne sauvage depuis long-temps en la ville de Montfort, comté de la province de Bretagne, et particulièrement ce qui s’est passé les dernières années sur ce sujet : par un chanoine régulier de l’abbaye de S.-Jacques, près Montfort, étant sur les lieux, Rennes, Michel Hellot, 1652, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

JOUON DES LONGRAIS, Frédéric, Jacques Doremet : sa vie et ses ouvrages, 1971, Slatkine Reprints, 1894, Voir en ligne.

POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne.