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La cane de Montfort dans les traditions populaires

Chansons et croyances du 19e siècle

Du 15e siècle à la Révolution, le clergé a gardé le contrôle sur la légende de la cane de Montfort, imposant sa vision aux nombreux auteurs qui s’y sont intéressés. Au début du 19e siècle, l’écrit se libère de l’emprise cléricale et de nouveaux éléments apparaissent, émanant de sources populaires : chansons, croyances, versions différentes de la légende... Ce collectage réalisé au 19e siècle, croisé avec l’imposante bibliographie catholique sur le sujet, laisse entrevoir un thème mythique pré-chrétien. Ce thème se retrouve dans la légende de sainte Onenne de Tréhorenteuc.

La cane de Montfort au 19e siècle

La dernière apparition de la cane à Montfort date de 1739. L’église Saint-Nicolas, où l’oiseau miraculeux apparaissait, est vendue comme bien national en 1791 puis rasée en 1798. Dès le début du 19e siècle, des érudits locaux s’intéressent à nouveau à la légende de la cane.

Le premier d’entre eux, Poignand, est juge au tribunal de Montfort. Il fait paraitre en 1820, en tête de son premier ouvrage, un paragraphe intitulé Montfort - Canne miraculeuse.—  POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne. pages I-XII —. Poignand propose une nouvelle approche de la légende de la cane, s’éloignant des considérations catholiques qui avaient prévalu jusqu’alors. En l’absence de la version cléricale, les faits sont analysés à travers une démarche historique qui se réfère à des sources populaires 1.

Une chanson populaire sur la cane de Montfort

En 1820, Poignand publie une chanson populaire dans laquelle une jeune fille d’un bourg proche de Montfort est transformée en cane :

Une fille du bourg de Saint-Gilles
Des plus belles et des plus gentilles
Un dimanche la matinée
Par les soldats fut enlevée.

Lui ont lié si dur les veines
Qu’elle ne peut avoir son haleine,
Et l’ont malgré tous ses efforts,
Conduite au château de Montfort.

L’officier la voyant venir
De joie ne pouvait se tenir :
"Faites-là monter dans ma chambre ;
Nous dinerons tantôt ensemble."

A chaque marche qu’elle montait,
Son pauvre cœur (il) soupirait :
"C’est donc ici la belle chambre
Où il faut que mon Dieu j’offense."

Le capitaine assura bien
Que son Dieu n’offenserait point ;
Qu’il lui donnait son cœur pour gage,
Et la prendrait en mariage.

"Oh ! monsieur, permettez-moi donc
Que je fasse mon oraison."
Elle a prié Dieu, notre Dame,
Et Saint-Nicolas, d’être canne.

Quand la prière fut achevée,
En canne elle pris sa volée ;
Elle s’envola par une grille
Dans un étang plein de lentilles.

Quand le capitaine vit cela,
Tous ses soldats il appela :
Ont bien tiré cinq cents coups d’armes ;
N’ont jamais pu toucher la canne.

Le capitaine au désespoir
Ne veut rien entendre ni voir ;
Ne veut plus être capitaine ;
Dans un couvent se fera moine. Poignand, J.C. D. (1820) : op.cit. p.V-VI (Voir en ligne)

La version rapportée par Poignand est différente de celle soutenue à partir du 17e siècle par le prieur de l’abbaye de Montfort Vincent Barleuf. Dans sa version de la légende de la cane, ce dernier insiste sur le fait que la jeune fille fut miraculeusement transportée hors le château, & non pas changée en canne, comme le dit le vulgaire. —  BARLEUF, abbé Vincent, Récit véritable de la venue d’une canne sauvage depuis long-temps en la ville de Montfort, comté de la province de Bretagne, et particulièrement ce qui s’est passé les dernières années sur ce sujet : par un chanoine régulier de l’abbaye de S.-Jacques, près Montfort, étant sur les lieux, Rennes, Michel Hellot, 1652, Voir en ligne. — Par cette remarque, Barleuf fait référence à une version populaire de la légende qu’il cherche à discréditer pour la rendre conforme à l’esprit de la Contre-Réforme catholique. Pour le prieur, la jeune fille est transportée par la grâce de saint Nicolas, alors que dans la version de Poignand, elle est transformée en cane.

En 1826, François Rever 2 affirme connaitre l’air de la chanson publiée par Poignand. Il ajoute pouvoir rectifier la version de l’antiquaire montfortais qu’il juge défectueuse, sans pour autant le faire.—  REVER, Marie François, « Sur Montfort. A M. l’éditeur du Lycée Armoricain », Le Lycée Armoricain, Vol. 8, 1826, p. 113-120, Voir en ligne. pages 120 —

En 1897, Paul Sébillot 3, folkloriste, collecteur de traditions et contes populaires en Haute Bretagne, remarque l’intérêt de la chanson collectée par Poignand : outre le fait qu’elle situe l’action de la légende à Montfort même, c’est la [...] seule chanson populaire, qui [...], se rattache à la légende dorée de la Haute-Bretagne. —  SÉBILLOT, Paul, Petite légende dorée de Haute-Bretagne, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1847, Voir en ligne. pages 119-121 —

Chateaubriand et la cane de Montfort

François René de Chateaubriand évoque la légende de la cane de Montfort dans ses Mémoires d’outre-tombe. On y apprend, dans un chapitre daté de 1821, que sa mère, qui était née au château de Bédée, lui chantait dans sa jeunesse un couplet de la cane de Montfort qui reprend à peu de choses près l’un des couplets publiés par Poignand :

Elle avoit une longue complainte sur le Récit véritable d’une Cane sauvage, en la ville de Montfort-la-Cane-lez-Saint-Malo 4 [...] Mais madame de Chateaubriand suivoit une fausse tradition : dans sa complainte, la fille renfermée à Montfort étoit une princesse, laquelle obtint d’être changée en cane, pour échapper à la violence de son vainqueur. Je n’ai retenu que ces vers d’un couplet de la romance de ma mère

Cane la belle est devenue,
Cane la belle est devenue.
Et s’envola, par une grille,
Dans un étang plein de lentilles. CHATEAUBRIAND, François-René de, Mémoires d’Outre-tombe, Vol. 1, Bruxelles, Deros et Comp. éditeurs, 1852, Voir en ligne. page 101

Le collectage du docteur Roulin

Le docteur Roulin est dans les années 1850, l’un des premiers collecteurs de chansons de Haute Bretagne. Il exerce la médecine en pays Gallo, profitant de sa profession pour collecter les paroles d’une dizaine de chansons. Il a recueilli deux versions de la chanson de la cane. —  ROULIN, docteur, « Poésie populaires de la France », Bulletin du Comité de la langue, de l’histoire et des arts de la France, Vol. 1, 1853, Voir en ligne. pages 229 —

La voilà, la fille du Maine !
Voilà que les soldats l’emmènent.
Comme sa mère la peignait.
Ils sont venus pour l’emmener.

Oll’ n’était pas toute peignée
Que les soldats l’ont emmenée.
Oll’ dit en les regardant doux :

— Soldats, où donc me menez-vous ?
— Et à qui veux- tu qu’on te mène,
Sinon à notre capitaine ?
Du plus loin qu’il la vit venir.
De rire ne se put tenir.

— La voilà donc enfin, la belle
Qui me fut si longtemps rebelle !
— Oui , capitaine , la voilà ;
Faites-en ce qu’il vous plaira.

— Faites-la monter dans ma chambre ;
Tantôt nous causerons ensemble. »
A chaque marche Oll’ montait,
A chaque marche Oll’ soupirait.

Quand Oll’ est seule dans la chambre ,
A prié Dieu de la défendre,
A prié Dieu et Notre Dame
Qu’Olie fut changée de femme en cane.

La prier’ fut pas terminée
Qu’on la vit prendre sa volée ,
Voler en haut, voler en bas
De la grand’ tour Saint-Nicolas,

Le capitaine, voyant ça,
Ne voulut plus être soldat,
Être soldat ni capitaine ;
Dans un couvent se rendit moine.

La seconde, ne différant que partiellement de la première, a été publiée dans une anthologie de chansons populaires de Lucien Decombe 5.—  DECOMBE, Lucien, Chansons populaires recueillies dans le département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Hyacinthe Caillière, éditeur, 1884, 369 p., Voir en ligne. pages 364 —

Ces chansons sur le thème de la cane présentent des variantes, mais restent proches de celle publiée par Poignand en 1820. Elles possèdent toutes la même trame, qui les différencient des versions catholiques de d’Argentré 6 et Barleuf : un capitaine fait enlever une fille par ses soldats afin de pouvoir abuser d’elle. Mais la jeune fille, transformée en cane par l’intercession de Notre-Dame et de saint Nicolas, parvient à s’envoler dans l’étang voisin du château où elle était enfermée. Les soldats lui tirent dessus au fusil sans cependant pouvoir l’atteindre. Le capitaine, par dépit, préfère devenir moine.

Le conte de la cane par Ludovic de Vaux

La légende de la cane de Montfort trouve avec Chateaubriand un écho important, inspirant à d’autres auteurs, comme Ludovic de Vaux, l’écriture d’un conte publié en 1886.—  VAUX, Ludovic de (Étienne-Ludovic Le Grand, Bon de), Légende de Montfort-la-cane, racontée par le Bon Lud. de Vaux et dessinée par Paul Chardin, Paris, E. Leroux Ed., 1886, Voir en ligne. —

La griffe de la cane

Selon une croyance populaire mentionnée par Poignand, la jeune fille métamorphosée en cane aurait laissée une trace de griffe dans une pièce du château de Montfort, aujourd’hui détruit :

Cependant, il entrait dans la relation du miracle que la canne, voltigeant autour de l’appartement où elle était enfermée, y aurait gravé sur une pierre l’empreinte de ses pattes. Ce que l’on faisait passer pour empreinte des pattes de la canne miraculeuse étaient, selon toute apparence, des griffes d’un certain animal employé en torsade, pour ornement, sur la tablette de cheminée de la chambre du premier étage de la grande tour. Je n’y en ai du moins jamais vu d’autre depuis plus de quarante-cinq ans que j’y suis entré pour la première fois, et c’est le seul monument relatif à cette histoire qu’il soit aujourd’hui possible d’examiner.Poignand, J.C. D. (1820) : op. cit. p. XII (Voir en ligne)

Une légende christianisée

Au 17e siècle, Sébastien Roulliard est le premier à avoir pressenti le caractère mythique de la légende de la cane, qu’il rapproche d’un épisode mythologique grec emprunté à Aristote. —  ROULLIARD, Sébastien, Anti-patronage, pour les doyen, chanoines et chapitre de S. Brieuc, curés primitifs de la paroisse de S. Michel audit lieu, ayant pris fait et cause pour M. François Bourel, leur vicaire perpétuel, défendeurs, contre messire Jean de Brehant, sieur du Bois-Bouexel, demandeur en complainte., Paroisse Saint-Michel, 1620. — A la fin du 19e siècle, Paul Sébillot insère ses commentaires sur la cane de Montfort dans un chapitre consacré à La cane de Sainte Brigitte, sainte d’origine celtique. Le folkloriste a perçu le fond mythologique que ces légendes partagent.— Sébillot, Paul (1897). op.cit. p.115-121 (Voir en ligne) —

Il faut cependant attendre le 21e siècle pour qu’une analyse explore les liens que la légende entretient avec la mythologie irlandaise.

Il semble bien que la variante dont elle dérive se rapprochait des histoires irlandaises où la femme-cygne exerçait une attirance moins platonique que sainte Onenne sur le héros qu’elle rencontrait. Pourtant, il ne faudrait pas prendre pour preuve le fait que la cane soit accompagnée de ses canetons. Ceux-ci représentent probablement l’équivalent des suivantes de la fille d’Etal Anbual. ROBREAU, Bernard, « Yvain et les fées de Brocéliande », in Brocéliande ou le génie du lieu, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 147-148. [pages 148]

Bernard Robreau décèle un thème pré-chrétien dans la légende de la cane de Montfort, qu’il rapproche de celle de sainte Onenne de Tréhorenteuc. Selon l’universitaire, la structure de ce mythe est partout la même : des femmes d’origine royale, poursuivies par un violeur ou un incestueux, défendent leur virginité en se transformant en oiseaux, la plupart du temps en canes, oies ou cygnes. Elles sont des émanations de la figure d’Ana, déesse celtique ou pré-celtique. Ces déesses comme Ana, Morgana, Viviana ou Onenna sont associées à la symbolique de l’eau et au culte des fontaines.

[...] Nous pouvons constater que le thème, bien que rarissime, a été conservé à deux exemplaires sur les confins de la forêt de Paimpont. La première fois, il concerne sainte Onenne [...] Le second cas [..] est localisé à Montfort-sur-Meu. Bien qu’en lien avec saint Nicolas, il n’a pas été affecté à une sainte et il a heureusement préservé plus de consistance.[...] On remarque à nouveau le cas de la jeune fille menacée de perdre sa virginité. Mais nous sommes en présence ici d’une version expurgée par le clergé. Car Chateaubriand connaissait aussi la légende populaire laquelle faisait s’échapper la fille par une métamorphose complète : Cane la belle est devenue et s’envola, par une grille dans un étang plein de lentilles. La version populaire est nettement moins christianisée, pas assez toutefois pour avoir pu être affectée à une sainte. Robreau, Bernard (2002) op.cit. p. 147-148

La christianisation de la légende de la cane se matérialise à travers le pèlerinage de Saint-Nicolas de Montfort. Selon Bernard Robreau, la date de la translation des reliques de saint Nicolas, le 9 mai, trouve son origine dans la mythologie celtique :

Le pèlerinage est tardif et forcément postérieur à la Translation de saint Nicolas à Bari en 1087, mais le choix de la date du 9 mai, début de la moitié claire de l’année celtique, marque bien la continuité avec la division de l’année en deux par le mouvement giratoire des oiseaux. [...] La fille de Montfort finit par prier Notre-Dame en sus de saint Nicolas [...] Cette neuvaine du début du mois de mai qui délie la folie, s’oppose clairement à la neuvaine qui, six mois plus tard, au début de la saison sombre, liait en Irlande les guerriers Ulates. Robreau, Bernard (2002) op.cit. p. 148


Bibliographie

BARLEUF, abbé Vincent, Récit véritable de la venue d’une canne sauvage depuis long-temps en la ville de Montfort, comté de la province de Bretagne, et particulièrement ce qui s’est passé les dernières années sur ce sujet : par un chanoine régulier de l’abbaye de S.-Jacques, près Montfort, étant sur les lieux, Rennes, Michel Hellot, 1652, Voir en ligne.

BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Monnaies celtiques armoricaines trouvées près d’Amanlis, en 1835. Cane de Montfort, Brocéliande, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1835, Voir en ligne.

CHATEAUBRIAND, François-René de, Mémoires d’Outre-tombe, Vol. 1, Bruxelles, Deros et Comp. éditeurs, 1852, Voir en ligne.

DECOMBE, Lucien, Chansons populaires recueillies dans le département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Hyacinthe Caillière, éditeur, 1884, 369 p., Voir en ligne.

LE GRAND, Albert et MIORCEC DE KERDANET, Daniel-Louis, Les vies des saints de la Bretagne-Armorique par Fr. Albert Le Grand, Brest-Paris, Anner, 1837, Voir en ligne.

POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne.

REVER, Marie François, « Sur Montfort. A M. l’éditeur du Lycée Armoricain », Le Lycée Armoricain, Vol. 8, 1826, p. 113-120, Voir en ligne.

ROBREAU, Bernard, « Yvain et les fées de Brocéliande », in Brocéliande ou le génie du lieu, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 147-148.

ROULIN, docteur, « Poésie populaires de la France », Bulletin du Comité de la langue, de l’histoire et des arts de la France, Vol. 1, 1853, Voir en ligne.

ROULLIARD, Sébastien, Anti-patronage, pour les doyen, chanoines et chapitre de S. Brieuc, curés primitifs de la paroisse de S. Michel audit lieu, ayant pris fait et cause pour M. François Bourel, leur vicaire perpétuel, défendeurs, contre messire Jean de Brehant, sieur du Bois-Bouexel, demandeur en complainte., Paroisse Saint-Michel, 1620.

SÉBILLOT, Paul, Petite légende dorée de Haute-Bretagne, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1847, Voir en ligne.

VAUX, Ludovic de (Étienne-Ludovic Le Grand, Bon de), Légende de Montfort-la-cane, racontée par le Bon Lud. de Vaux et dessinée par Paul Chardin, Paris, E. Leroux Ed., 1886, Voir en ligne.


↑ 1 • Le texte de Poignand sera suivi par ceux de Baron du Taya en 1836—  BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Monnaies celtiques armoricaines trouvées près d’Amanlis, en 1835. Cane de Montfort, Brocéliande, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1835, Voir en ligne. pages 45-80 — et de Miorcec de Kerdanet en 1837.—  LE GRAND, Albert et MIORCEC DE KERDANET, Daniel-Louis, Les vies des saints de la Bretagne-Armorique par Fr. Albert Le Grand, Brest-Paris, Anner, 1837, Voir en ligne. page 331 —

↑ 2 • François, Gilles, Marie Rever (1753-1828) est un homme d’église, homme politique, archéologue et historien.

↑ 3 • Paul Sébillot (Matignon, Côtes-du-Nord, 6 février 1843 - Paris, le 23 avril 1918) est un ethnologue, écrivain et peintre français, originaire de Bretagne.

↑ 4 • Certain seigneur avoit renfermé une jeune fille d’une grande beauté dans le château de Montfort, à dessein de lui ravir l’honneur. A travers une lucarne, elle apercevoit l’église de Saint-Nicolas ; elle pria le saint avec des yeux pleins de larmes, et elle fut miraculeusement transportée hors du château ; mais elle tomba entre les mains des serviteurs du félon, qui voulurent en user avec elle comme ils supposoient qu’en avoit fait leur maitre. La pauvre fille éperdue regardant de tous côtés pour chercher quelque secours, n’aperçut que des canes sauvages sur l’étang du château. Renouvelant sa prière à saint Nicolas, elle le supplia de permettre à ces animaux d’être témoins de son innocence, afin que si elle devoit perdre la vie, et qu’elle ne pût accomplir les vœux qu’elle avoit faits à saint Nicolas, les oiseaux les remplissent eux-mêmes à leur façon, en son nom et pour sa personne.

La fille mourut dans l’année : voici qu’à la translation des os de saint Nicolas, le 9 mai, une cane sauvage, accompagnée de ses petits canetons, vint à l’église de Saint-Nicolas. Elle y entra et voltigea devant l’image du bienheureux libérateur, pour lui applaudir par le battement de ses ailes ; après quoi, elle retourna à l’étang, ayant laissé un de ses petits en offrande. Quelque temps après, le caneton s’en retourna sans qu’on s’en aperçût. Pendant deux cents ans et plus, la cane, toujours la même cane, est revenue, à jour fixe, avec sa couvée, dans l’église du grand saint Nicolas, à Montfort. L’histoire en a été écrite et imprimée en 1652 : l’auteur remarque fort justement : « que c’est une chose peu considérable devant les yeux de Dieu, qu’une chétive cane sauvage ; que néanmoins elle tient sa partie pour rendre hommage à sa grandeur ; que la cigale de saint Francois étoit encore moins prisable, et que pourtant ses fredons charmoient le cœur d’un séraphin ». CHATEAUBRIAND, François-René de, Mémoires d’Outre-tombe, Vol. 1, Bruxelles, Deros et Comp. éditeurs, 1852, Voir en ligne. page 101

↑ 5 • Lucien Decombe (1834-1905) est un ami du docteur Roulin. Membre de la Société Archéologique d’Ille-et-Vilaine, il a rassemblé, en quelques mois, les chansons et les mélodies de son volume Chansons populaires d’Ille-et-Vilaine, paru en 1884

↑ 6 • Bertrand d’Argentré est un juriste et historien breton, né à Vitré le 19 mai 1519 et mort à Thorigné le 13 février 1590.