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La chapelle et les terres de Saint-Ahan d’Iffendic

Un fief du prieuré Saint-Samson de Telhouët

La chapelle et les terres de Saint-Ahan en Iffendic on été données par Raoul II de Gaël-Montfort en 1124 aux bénédictines de Saint-Samson de Telhouët. La chapelle qui a pris le nom de Saint-Jehan au 18e siècle est en ruine depuis la fin du 19e siécle.

Raoul II donne l’église et les terres de Saint-Ahan aux bénédictines de Telhouët

En 1124, deux ans après avoir fondé le prieuré Saint-Barthélémy d’Iffendic dépendant de l’abbaye de Marmoutier, Raoul II, seigneur de Gaël-Montfort donne des terres situées à Telhouët, en forêt de Brécilien, pour fonder un prieuré dédié à saint Samson. Ce prieuré dépend de l’abbaye de Notre-Dame du Nid-au-Merle, près de Rennes, connue aujourd’hui sous le nom de Saint-Sulpice-la-Forêt.

Nous connaissons la charte de fondation du prieuré Saint-Samson de Telhouët par une traduction du 16e siècle, conservée dans le chartrier de Comper.—  ROPARTZ, Sigismond, « Thélouet », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 39, 1876, p. 173-178, Voir en ligne. pages 174-175 —

L’acte de fondation mentionne explicitement les nombreux biens donnés par Raoul II. Il s’agit d’une donation importante comprenant trois églises et leurs terres et même la terre de Saint-Ahan et l’église.

Sigismond Ropartz, transcripteur de la copie de l’acte de fondation de 1124, écrit dans ses notes qu’il s’agit de Saint-Alan, situé en Saint-Gonlay.

M. Ropartz [...] a lu Saint-Alan et croit que cette église est celle de Saint-Gonlay. Nous ne partageons pas son sentiment, nous pensons qu’il s’agit ici de la chapelle de Saint-Ahan, ou Ehan, en Iffendic, autour de laquelle le prieuré de Thélouet avait un fief et recueillait la dîme.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. Page 347

Nous rejoignons l’avis de Guillotin de Corson, estimant qu’il s’agit de Saint-Ahan en Iffendic.

L’origine du nom

L’étymologie de la chapelle Saint-Ahan est sujette à caution. Guillotin de Corson y voit un lien avec une maladie que le saint serait censé guérir.

On y allait en pèlerinage pour être guéri de ces douleurs rhumatismales appelées ahans par les villageois.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 4, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.Page 727

Il est très tentant de rapprocher le nom de ce saint de celui de la maladie de peau ou « mal d’ahan », à l’origine du très important pèlerinage de Saint-Méen distant de quelques lieux seulement.

A quatre lieues de Montfort, non loin du monastère fondé par saint Méen, une fontaine, dédiée à ce saint, est réputée miraculeuse pour guérir le « mal d’ahan », maladie de peau dont les éruptions faisaient effectivement ressembler à des lépreux ceux qui en étaient affectés.

SIBOLD, Marcel, « La vie religieuse d’une petite ville bretonne au XVIIe siècle », Revue d’histoire de l’Église de France, Vol. 69 / 183, 1983, p. 223-257, Voir en ligne. [ Page 247]

Michel Priziac rapproche quant à lui saint Ehan de saint Tehan, obscur saint breton du haut Moyen Âge.

Ehen, dont Tihen -issu de To-ehen- est un hypocoristique 1, était un saint breton dont on ne connaît pratiquement rien. Cette localité figurait en 1427 sous l’appellation Saint-Tehan qui a donné Saint Ehan en 1506. Le toponyme vient du fait qu’on y honorait saint Tehan. Saint-Ahan (Parthenay-de-Bretagne)

PRIZIAC, Michel et MOHRT, Michel, Bretagne des saints et des croyances, Kidour, 2002. [pages 166-168]

Le fief de Saint-Ahan

La chapelle et la terre de Saint-Ahan sont situées à proximité de « l’étang de Careil » en Iffendic. Le village possède encore un manoir en schiste pourpre qui comprenait une chapelle privée. C’est vraisemblablement celle-ci qui fut donnée aux religieuses de Telhouët.

Les aveux des 16e et 17e siècles nous permettent de connaitre le détail des possessions du prieuré de Saint-Samson en Saint-Ahan, affermées au profit de la prieure de Telhouët.

Le bailliage avec droit de revanche vaut en 1600, 6 livres et une corvée. Le revenu est le même en 1643.—  ANGER, abbé Joseph, « Cartulaire de l’Abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 39 / 1, 1909, p. 1-207, Voir en ligne. Pages 182-183 —

La prieure de Telhouët possède un trait de dîme ou dixmereau 2 en Saint-Ahan.

En 1592, ce menu dixmereau valait 3 mines et 1/2 de blé.— ADIV 2H2 120 —

Le dixmereau rapporte en 1602 et en 1684, 10 livres tournois. Il comprenait tous les blés, chanvres, lins et vins. — ADIV 2H2 115 —

Les guerres de religion

Près du village de « La Clopinais » et devant celui de Saint-Ahan est un endroit nommé « La fosse aux dames ». À la fin du 16e siècle des protestants y auraient massacré et enterré deux bénédictines de Saint-Georges de Rennes qui faisaient leur demeure ordinaire au presbytère du village. —  BOUCARD, Alexandre, BOUCARD, Edmond et BOUCARD, Henri, Monterfil, ses habitants, sa mémoire, Monterfil, Edmond Boucard, 2003, 396 p. [ Page 10] —

La fondation d’une chapellenie en 1610

Jean Macé et sa femme Perrine Nogues fondent une chapellenie en 1610 dans la chapelle Saint-Ahan.

Le 24 avril 1610, Jean Macé, laboureur résidant au lieu de Saint-Ehan, paroisse d’Iffendic, évesché de Saint-Malo, et Perrine Nogues, sa femme, fondent deux messes à voix basse, célébrées le lundi et le mercredi de chaque semaine dans la chapelle de cette localité, à commencer le 26 avril 1610, à 7 heures, en été et à ouict heures en hiver. Le chapelain sera tenu, avant la célébration, de sonner ou de faire sonner la cloche de la dite chapelle, pour appeler et semondre le peuple à y assister. A la fin des dites messes, le chapelain dira : le De profundis sur la fosse des dicts Macé et sa femme, au cas où ils seraient ensépultérés dans la chapelle, avec les prières pour les fondateurs. Pour la fondation, ils donnent un corps de logis, 43 seillons de terre arable et 8 seillons de pré, le tout situé près du village de Saint-Ehan. Les donateurs et fondateurs s’en réservent la jouissance pendant leur vie et promettent cependant de pourvoir à la célébration des messes. Ils nomment comme premier chapelain, missire Guillaume Ramilly, prêtre de la paroisse de Monterfil. Après leur mort, les parents de Jean Macé, à leur défaut, les parents de Perrine Nogues, et à leur défaut, les prieures de Thélouet présenteront le chapelain.

ADIV 2H2, 117 in ANGER, abbé Joseph, « Cartulaire de l’Abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 39 / 1, 1909, p. 1-207, Voir en ligne. Pages 182-183

Saint Ehan au 18e siècle

La fondation de 1718

Le 6 juillet 1718, Guillemette Pellerin, demeurant au village de Saint-Ehan, fonde par testament une messe et un catéchisme pour toutes les fêtes chômées, dans la chapelle de Saint-Jehan.

Le patronage de saint Jehan ou saint Jean est introduit dans la chapelle afin de se substituer à celui originel de saint Ahan qui n’a pas de légitimité catholique.—  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 4, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.Page 727 —

La chapelle devient frairienne

Un arrêt du conseil d’État du 15 septembre 1729 unit définitivement le prieuré de Telhouët à la mense de Saint-Sulpice. Mme Ménard de Toucheprez, dernière prieure de Saint-Samson doit quitter son prieuré en 1729, mettant fin à six siècles de présence bénédictine à Telhouët. La chapelle Saint-Ahan, définitivement abandonnée par les bénédictines de Telhouët devient alors frairienne.

L’enquête de 1766

En 1766, l’évêque de Saint-Malo ordonne une enquête au sujet des fondations de cette chapelle, soupçonnant, dit-il, qu’elle devait être ab antiquo desservie tous les dimanches et fêtes, sans préjudice des fondations modernes.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 4, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.Page 727

Bibliographie

ANGER, abbé Joseph, « Cartulaire de l’Abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, Vol. 39 / 1, 1909, p. 1-207, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 4, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

ROPARTZ, Sigismond, « Thélouet », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 39, 1876, p. 173-178, Voir en ligne.

SIBOLD, Marcel, « La vie religieuse d’une petite ville bretonne au XVIIe siècle », Revue d’histoire de l’Église de France, Vol. 69 / 183, 1983, p. 223-257, Voir en ligne.


↑ 1 • Hypocoristique (du grec ancien ὑποκοριστικός, hypokoristikós, « caressant, propre à atténuer ») est un adjectif et un nom masculin, qui sert à exprimer une intention caressante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations.

↑ 2 • La dîme ou dime ou disme ou dixmereau (du latin decima, dixième) est un impôt en nature correspondant à dix pourcent de la récolte, habituellement au bénéfice d’une œuvre chrétienne.