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11 frimaire an IV (2 décembre 1795)

Le combat du Fresne en Néant-sur-Yvel

Un épisode de la seconde chouannerie

Le 2 décembre 1795, Pierre Robinault de Saint-Régent, chef de la division de Saint-Méen, réunit une centaine de chouans pour délivrer un de ses hommes, Ambroise Alix, de Concoret. Une embuscade est tendue à la colonne républicaine près de la maison du Fresne en Néant-sur-Yvel. Alix est libéré et une quinzaine de grenadiers sont tués.

Un épisode de la seconde chouannerie

Le combat du Fresne en Néant-sur-Yvel est un épisode local de la seconde chouannerie (Mai 1795-Juin 1796). Après l’échec du débarquement de Quiberon et la défaite de Coëtlogon (Juillet 1795) à laquelle la division de Saint-Méen a pris une part active, les forces républicaines menées par le général Hoche commencent la répression. On assiste à une recrudescence de la violence. Face aux actions de l’armée républicaine, les chouans répondent par le harcèlement des républicains et de ceux qui les soutiennent.

Le 1er frimaire an IV (22 novembre 1795), le directoire du Morbihan, approuvé par le représentant du peuple Louis Urbain Brue 1, prend des mesures pour que cesse la terreur imposée par les chouans de Robinault de Saint-Régent 2 dans la région de Mauron.—  MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993. [ Page 397] —

Considérant qu’il était notoire que plusieurs individus sont passés chez les rebelles, que la terreur qu’ils ont répandue avec leurs complices dans le canton de Mauron est si grande qu’aucun citoyen n’a encore osé en faire la dénonciation, et qu’il soit juste que les revenus de l’État fussent employés à alimenter ses ennemis, déclare que soient inscrits sur la liste des émigrés :

  • Isidore Bigorne, fermier du Botel en Néant
  • Ambroise Alix, du moulin de la chapelle en Mauron
  • Mathurin Thiennot fils Jean, fermier de la métairie des Cliotz en Mauron
  • Joachim Théaud, de la Barre en Mauron
  • Julien Bouchard fils, de la Touche es Bouvier en Mauron
  • Folando dit Belamour, ci-devant soldat de Mauron

Que leurs propriétés et celles de leurs pères et mères qui n’auraient pas été saisies soient mises sous la main de la Nation. Tous ci-dessus nommés étant prévenus passés chez les rebelles et pris part à des rassemblements.

A.D.M. L 234

La garnison républicaine de Mauron intervient et arrête les chouans mentionnés sur la liste.

L’embuscade menée par Saint-Régent

Pierre Robinault de Saint-Régent, chef chouan de la division de Saint-Méen, ne peut tolérer cette attaque contre ses soldats. Il réunit une centaine d’hommes et conçoit une embuscade pour libérer l’un des siens.

Saint-Régent apprit qu’une compagnie de grenadiers, en garnison à Mauron, venait de surprendre un de ses soldats nommé Ambroise Alix, de la paroisse de Concoret, et qu’on devait le conduire le lendemain à Ploërmel. Il résolut d’essayer de le délivrer, mais les troupes étaient dispersées et il ne put réunir qu’environ cent hommes, avec lesquels il alla s’embusquer près de la maison du Fresne en Néant. Les grenadiers qui conduisaient Alix ne tardèrent pas à paraître au nombre de soixante-dix, commandés par un capitaine et vinrent tomber dans l’embuscade. Saint-Régent avait donné l’ordre à la moitié de sa troupe de faire feu à vingt pas, ce qui fut exécuté. Au même instant, il sauta dans la grande route avec le reste et se trouva corps à corps avec les grenadiers, qui effrayés de cette attaque imprévue et des pertes qu’ils avaient ne firent pas longue résistance et prirent bientôt la fuite. Ils furent poursuivis si vivement qu’il ne s’en sauva que dix à Mauron, dont deux mortellement blessés qui moururent le lendemain. Alix fut délivré.

DU BREIL DE PONTBRIAND, Toussaint, Mémoires du colonel de Pontbriand sur les guerres de la chouannerie, Paris, Plon, 1897.

L’abbé Guillotin, en chroniqueur des évènements, relate ce combat dans son Registre.

Le premier dimanche de l’Avent, 29 novembre [1795], combat proche le Frêne de Néant, environ l’heure de midi, entre les royalistes et les républicains, à l’occasion d’Ambroise Alis de Concoret, que les républicains conduisent en prison à Ploërmel. Les royalistes, postés dans un champ, font une décharge sur les républicains, qui perdent une quinzaine des leurs. Un royaliste de Saint-Gouëlo est tué.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. Page 31

Selon les documents d’archives, onze grenadiers ont trouvé la mort durant ce combat.

[...] Et le Directoire requit le citoyen Salmon d’aller traiter un grenadier dangereusement blessé à la malheureuse affaire du 11 frimaire sur la route de Ploërmel où 11 grenadiers périrent.

A.D.M. L 1232

Au cours des suites de ce combat, Mathurin Louis Guyomard de Comper, chef chouan du canton de Concoret est blessé.

Guyomart, chef de canton, et quelques hommes à cheval s’attachèrent à la poursuite des fuyards et furent cause qu’il en échappa si peu. Cet officier, arrivé près de Mauron, somma un grenadier de se rendre ; mais celui-ci se retourna et lui tira un coup de pistolet.

Du Breil de Pontbriand, Toussaint (1897) op. cit.

La riposte à l’embuscade

Les forces républicaines, alertées de l’embuscade menée par les chouans, réagissent et se dirigent en toute hâte vers le Fresne.

Saint-Régent se retira aussitôt, emportant les fusils, gibernes et cartouches des grenadiers. Une heure après son départ, toute la garnison de Mauron arriva au Fresne, mais elle ne trouva que les cadavres et se vengea sur un pauvre marchand de toile qui venait de Ploërmel et suivait la grande route. Il fut tué ainsi que trois paysans de la paroisse de Néant, dont un nommé Simon, qui travaillait aux champs. La maison du Fresne, qui appartenait à M. Pomereul et où les royalistes n’étaient même pas entrés, fut aussi pillée par les républicains.

Du Breil de Pontbriand, Toussaint (1897) op. cit.

Les documents officiels confirment que le 12 frimaire (3 décembre 1795) Pierre Simon âgé de 25 ans et Joseph Simon âgé de 23 ans, fils de Jan Simon et Julienne Legault de la métairie du Haut Lemée, ont été tués par la troupe auprès de l’Hôpital en Néant.—  MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993. [ Page 397] —


Bibliographie

DU BREIL DE PONTBRIAND, Toussaint, Mémoires du colonel de Pontbriand sur les guerres de la chouannerie, Paris, Plon, 1897.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993.


↑ 1 • Louis Urbain Brue (1762-1820) est un colonel et député français de la Révolution et de l’Empire.

↑ 2 • On trouve Saint-Régent également orthographié Saint-Régeant