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1257-1803

Le prieuré Saint-Pierre de Saint-Péran

Une trève de la paroisse de Paimpont

Le prieuré Saint-Pierre de Saint-Péran dépend de l’abbaye de Montfort jusqu’au 16e siècle, avant de devenir une trève de l’abbaye Notre-Dame de Paimpont à partir de 1677. Suite à de nombreux conflits avec l’Abbaye de Paimpont, la trève devient commune pendant la Révolution. Cette trève devient également paroisse en 1803.

Un prieuré de Saint-Jacques de Montfort

La fondation du prieuré Saint-Pierre de Saint-Péran, anciennement en la paroisse de Paimpont, est attribuée aux seigneurs de Lohéac. Ce prieuré figurait probablement dans l’acte de 1257, aujourd’hui disparu, de Guillaume II de Lohéac, qui déterminait les droits d’usages des chanoines réguliers de Saint-Jacques de Montfort sur la forêt. —  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. pages 672-674 —

En 1467, Guy XIV de Montfort-Laval redéfinit les droits du prieuré dans Les Usements de Brécilien :

Ledit abbé [de Monfort], comme prieur du prieuré de Saint-Péran, situé en la dite forêt, a, dans le quartier de la forêt appelé Lohéac, un droit d’usage consistant en panage, paisson et pâturage pour tout le bétail lui appartenant qu’il entretiendra dans cette métairie […]L’abbé peut aussi prendre pour son chauffage du bois tombé (chéast) et en faire abattre s’il n’en trouve pas tombé (chaist). Quant aux constructions et réparations du prieuré et de ses clôtures, l’abbé peut faire prendre et abattre du bois convenable pour cet usage, à charge de ne l’employer qu’au prieuré, sans pouvoir en faire conduire ailleurs sous prétexte du droit d’usage ; autrement il commet un abus. Son valet demeurant au prieuré peut aussi, si bon lui semble, prendre et abattre du bois pour faire des charrettes, des charrues (charetils) et les roues (reux) pour le seul usage des labours et charrois du prieuré. S’il conduisait une charrette ailleurs pour ses besoins ou pour ceux de l’abbé, les officiers pourraient la confisquer au profit de Monseigneur et le valet serait puni d’amende 1.

COURSON, Aurélien de, Cartulaire de l’abbaye de Redon en Bretagne [832-1124], Paris, Imprimerie impériale, 1863, Voir en ligne.

Le prieuré apparaît au 15e siècle comme une mense abbatiale de Montfort dépourvue de présence monastique. Il se limite à une chapelle érigée probablement à l’emplacement de l’église paroissiale actuelle, ainsi qu’à une métairie.— Guillotin de Corson, Abbé, (1891). op. cit., p.672-674 (Voir en ligne) —

1606 : Une trève de la paroisse de Paimpont

Au 16e siècle, l’abbaye de Montfort aliène son prieuré et vend sa métairie aux Rolland de la Touche, de Talensac. L’église est très certainement reconstruite à la fin du 16e siècle comme l’atteste la pierre gravée au dessus de la porte d’entrée, portant la date de 1592, ainsi que des signes nobiliaires.

A droite un blason plein (trois olifants), à gauche un blason mi-partie. Ces blasons sont à rattacher à une belle pierre tombale de granit servant aujourd’hui de seuil mais surement autrefois dans le chœur. Ils renvoient aux Rolland de la Touche en Talensac [...] Si ces blasons furent posés en 1592, ils correspondent d’après les registres des baptêmes de Talensac, à Gilles Rolland et à sa femme Jeanne Le Houlx (de Trébulan en Guer), qui se firent probablement enterrer dans cette chapelle dont ils se considéraient alors comme seigneurs fondateurs.

BLOT, Roger, « L’Eglise Saint-Pierre de Saint-Péran », Glanes en pays pourpré, Vol. 71-72, 2003, p. 38-43. [ page39]

Olivier Macent, vicaire, prend en charge la communauté et commence à tenir les registres à partir de 1605. — Blot, Roger (2003) op. cit., p. 39 — Au début du 17e siècle, Saint-Péran connaît une forte croissance démographique et compte deux cents communiants. Les habitants sollicitent la création d’une trève en leur faveur. C’est pourquoi, le 27 février 1606, Jean du Bec, évêque de Saint-Malo en résidence à Saint-Malo de Beignon, donne à la chapelle le statut d’église succursale de Paimpont ayant fonts baptismaux et droits de sépultures et la place sous le patronage de saint Pierre-es-Lien. Les tréviens de Saint-Péran mais aussi de Coganne, sont tenus d’entretenir leur église et de doter convenablement leur subcuré, nommé par le recteur de Paimpont. Le subcuré et les habitants de Saint-Péran doivent se rendre en procession le jour de Pâques à l’église de Paimpont. — A.D.I.V. G 77 —

Le subcuré est pourvu de deux pièces de terre, valant en 1661 environ 200 livres de rente, auxquelles s’ajoute une autre rente de 120 livres et un logement convenable. Il a jouissance de l’oblation 2 mais le recteur de Paimpont garde le revenu d’enfeu en Saint Péran.— Guillotin de Corson, Abbé, (1891). op. cit., p. 216-217 (Voir en ligne) —

1677 : acquisition de la seigneurie de Saint-Péran par l’abbaye de Paimpont

En 1677, les génovéfains de Paimpont achètent la seigneurie de Saint-Péran à René Rolland de la Touche, soit 1528 journaux 3 pour 10 000 livres. Le prieur claustral Christophe Guignace appose sa signature sur le procès-verbal. —  A.D.IV. 12 H 4 — Cette acquisition confère aux chanoines les droits de fondation, supériorité et prééminences en l’église de Saint-Péran, ainsi que haute, moyenne et basse justice. — Guillotin de Corson, Abbé, (1891). op. cit., p. 672-674 (Voir en ligne) — Désormais, les génovéfains de Paimpont cumulent les pouvoirs spirituel et seigneurial à Saint-Péran.

L’historien Yves Breton met en évidence la précipitation des religieux de Paimpont à s’engager dans une importante opération financière permettant d’acquérir la seigneurie de Saint-Péran. Ne disposant pas de fonds propres suffisants, ils empruntent une somme de 8530 livres en six contrats constitués sur des particuliers et maisons régulières des environs (dont les ursulines de Montfort et les calvairiennes de Rennes). Les religieux tiennent manifestement à acquérir ces biens qui leur assurent un pouvoir économique et fiscal sur cette partie de la paroisse. L’historien s’interroge cependant sur les motivations réelles de cette acquisition.

Volonté de remettre la main sur les temporels des bénéfices aliénés où désir de mieux contrôler une population grandissante qui risque de lui échapper et d’entrainer une baisse de ses revenus ?

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [pages 288]

Le 19 novembre 1712, le prieur Christophe Guignace rassemble ses confrères pour les informer qu’il a reçu un courrier d’un avocat rennais lui disant qu’il avoit une somme de 8725 livres 13 sol 4 deniers à colloquer en rente constituée au denier 20 . Cette somme leur permet de rembourser les acquisitions du fief de Saint-Péran, de la maison du Perray et de la métairie de Fourneaux [...] qu’ils ont faits à un trop haut denier Le chapitre donne son accord et le le 16 janvier 1714, ce nouvel emprunt est finalement remboursé.—  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [pages 289] —

1691-1721 : agrandissement de la chapelle

La chapelle de la trève étant devenue trop exiguë pour la population en croissance de Saint-Péran, les chanoines de Paimpont commencent des travaux d’agrandissement. Ceux-ci consistent en l’érection d’une tour clocher ainsi qu’en la construction de chapelles latérales.

En 1691, les tréviens assistent à la bénédiction de deux nouvelles cloches, sur lesquelles cloches sont gravées les noms des parrains et marraines et les armes de l’abbaye de Paimpont. Le premier prieur claustral d’alors, Christophe Guignace signe le procès-verbal. — Breton, Yves (2006) op. cit., p. 289 — La trève est alors desservie par un subcuré présenté par l’abbé de Paimpont, missire Yves Joubault. Le 9 novembre 1700 les chanoines s’engagent à payer sa pension.

[les habitants] promettent et consentent que sans avoir égard à l’arrest de la cour du quinzième juin 1689, ils reviendront à leur église matrice de Paimpont et s’adresseront à elle pour tous les sacrements et fonctions curiales si ce n’est le cas de nécessité ou la permission expresse des dits religieux.—  A.D.IV. 4 E 334 —

Le 16 août 1708, la première pierre du nouveau clocher de l’église tréviale est bénie par le prieur Christophe Guignace. Les travaux finissent un an plus tard par la pose de grandes pierres sculptées avec les marques seigneuriales de l’abbaye au-dessus de la porte d’entrée. La flèche est quant à elle bénie au printemps 1712.

Les procès-verbaux des travaux attestent d’une dégradation des rapports entre les chanoines de Paimpont et les tréviens de Saint-Péran. Lors de la construction de chapelles latérales en 1719 et 1721, la signature des chanoines de Paimpont n’apparaît plus.— Breton, Yves (2006) op. cit., p. 288-289 —

La pression fiscale exercée par l’abbaye de Paimpont

Les chanoines de Paimpont veillent à la perception des redevances de leur fief de Saint-Péran. La réformation de ce fief commence en 1774. Jean-Baptiste Allaire est nommé procureur fiscal en 1783 pour la faire aboutir.—  FERRIEU, Xavier, « L’abbaye de Paimpont au XVIIIe siècle », Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, Vol. n°104, 2001, p. 87-112. [ page 109] — La réformation ne se déroule pas sans conflits. De 1783 à 1787, le procureur intente cent trente-six actions en justice faisant entrer 2267 livres 10 sols 10 deniers dans les caisses de l’abbaye, dont un quart lui revient — A.D.I.V. 12 H 5 — Les chanoines et leur procureur refusent de communiquer aux intéressés les anciens registres où sont consignés les montants payés par chacun les années précédentes. Ils en profitent pour les revoir à la hausse et faire payer jusqu’à cinq fois sans raison valable des aveux. Certains paysans sont mêmes réduits à vendre un lopin de terre pour pouvoir s’acquitter de la somme demandée.— Breton, Yves (2006) op. cit., p. 633 —

Jean-Baptiste Allaire est malgré tout congédié par les chanoines sous prétexte qu’il ne faisait pas au gré de l’abbaye des poursuites assez vives contre les vassaux et qu’il ne voulait pas mettre en usage toute l’ardeur de son zèle, pour écraser les tenanciers des rôles de Paimpont. Il est remplacé par un parent, Charles-François Allaire.— Breton, Yves (2006) op. cit., p. 633 —

À la veille de la Révolution, le « livre rentier » de l’abbaye indique pour la trève de Saint-Péran un revenu total de 1093 livres 4 sols 5 deniers 4, outre 36 demeaux 5 de seigle, 35 de blé noir et autant d’avoine, prix du bail de la métairie de Fourneau et diverses redevances provenant des autres fermes. Cette somme se décompose ainsi :

  • fief de Saint-Péran, 131 livres 4 sols, 5 deniers.
  • hôtellerie de Saint-Péran, 170 livres
  • métairie du Perray et dîme de Saint-Péran, 600 livres.
  • pièce de Trévignon, 30 livres
  • pièce d’Isière et de la Petite-Bastille, 50 livres.
  • pièce du Boulay, 12 livres.— A.D.I.V. H, Fonds de l’abbaye de Paimpont, Livre rentier de l’abbaye, p.7 —

Le sieur Noël Lemée subcuré de Saint-Péran

Le 20 juillet 1788, le « général de paroisse » de Saint-Péran adresse une requête à l’évêque de Saint-Malo pour que soit nommé un second prêtre desservant. La trève fort étendue compte alors plus de cinq cents communiants et l’église ne peut accueillir toute la population qui a alors recours aux chapelles frairiennes de Coganne ou de Francquemont.

La grande messe ne pouvant servir au desservice de cette trève contenant plus de 500 communiants, éloignée de lieux de l’église matrice, les habitants étant obligés ou d’aller chercher une messe du matin à une lieue ou plus, ou de la prendre à la chapelle de Francquemont, qui ne contient pas la cinquième partie du peuple qui s’y rend ; les messieurs chanoines réguliers étant les seuls décimateurs de cette trève, de plus propriétaires des fondations qui étaient patrimoine du desservant de la chapelle de Saint-Perran avant son érection en succursale, nous voulons que nos trésoriers en charge fassent une requête adressée à S.G.N.S. l’évêque de Saint-Malo pour le supplier d’ordonner que les messieurs religieux de Paimpont, seuls décimateurs et possesseurs des fondations de l’ancienne chapelle de Saint-Perran, stipendient un second prêtre nécessaire, tant pour aider notre curé dans le desservice d’une trève aussi considérable que pour y célébrer une messe du matin.

A.D.I.V. G Registre des délibérations du Général de Saint-Peran [1749-1791] folio 25 v°

Les chanoines de Paimpont s’opposent fortement à cette requête soutenue par le curé qui a rejoint le parti de ses ouailles. Selon Yves Breton, la demande d’un second prêtre sous-entend en effet l’érection de leur trève en paroisse autonome.

Pourtant, les chanoines ne remplissent plus les devoirs de leur charge. C’est à peine s’ils se déplacent lorsque le curé desservant est absent ou malade. Le subcuré Lemée subit toutes les tracasseries possibles et parfois violentes de la part des chanoines réguliers. Il est même expulsé de la chapelle de Coganne par le prieur de Paimpont qui lui interdit toute fonction curiale dans l’étendue de sa trève.— Breton, Yves (2006) op. cit., p. 632-633 —

Le 25 novembre 1788, le prieur de Paimpont, Guy-Adélaïde du Boys, se rend devant le notaire du regaire 6 de Brécilien pour y dénoncer l’attitude du sieur Lemée, desservant de Saint-Péran.

[Le sieur Lemée] se serait ingéré depuis peu de recevoir des promesses de mariage… exercer autres fonctions sacerdotales quoique le village de Coganne soit dépendant de l’église matrice de Paimpont et que de tous temps immémoriaux il s’y est toujours adressé, que les procédés nouveaux du sieur Lemée n’annoncent que le désir d’une usurpation d’autant plus à craindre qu’elle influe sur la validité des actes les plus essentiels .

Breton, Yves (2006) op. cit., p. 289.

Accompagné d’un homme de loi, le prieur se rend chez Noël Lemée qui refuse de signer le réquisitoire. Les habitants de Saint-Péran et leur subcuré ne cèdent pas aux menaces des chanoines et exigent la transformation de leur trève en paroisse. Le prieur de Paimpont et les supérieurs majeurs des chanoines réguliers, patrons et collateurs, ont de nombreuses raisons de s’opposer à l’érection non seulement du côté spirituel mais aussi du temporel. Le passage du statut de trève à celui de paroisse entraine en effet l’obligation pour les religieux de pourvoir à l’entretien de l’église et surtout d’augmenter la portion congrue de Noël Lemée et de son vicaire, soit 1050 livres par an.— Breton, Yves (2006) op. cit., p. 289 —

Le 29 novembre 1788, les avocats Boisleve, Lanjuinais et Du Breil Le Breton adressent une consultation au « général de paroisse ». Le 1er mars 1789, une nouvelle délibération détermine les limites que l’on désirait voir donner à la nouvelle paroisse et argumente en faveur de ce changement de statut.

Que les obstacles pour se rendre à l’église matrice, formés par la difficulté des chemins, des débordements des eaux, qui ont motivé l’érection en 1606 de la chapelle de Saint-Perran en succursale sont encore aujourd’hui les mêmes, de manière qu’il arrive souvent, principalement en hiver, que les habitants ne peuvent se rendre à Paimpont ni avoir connaissance de ce qui s’y publie, inconvénient qui a causé en plusieurs occasions les plus graves préjudices aux habitants de la trève ; qu’on a vu la trève sans curé, tant à cause de la modicité du revenu que par les maladies survenues au curé, et par là dépourvu de tous les secours spirituels ; que si, dans ces temps, des religieux sont venus le dimanche pour y faire l’office, c’était pour repartir aussitôt ; que les recteurs de Paimpont n’ont presque jamais fait de visite, que pour recueillir les revenus, sans faire les aumônes qu’on avait droit d’en attendre, comme possesseur en cette trève d’environ 2000 l. de revenus tant en dîmes qu’en fondations fiefs et domaines ; que si on les a demandés pour les sacrements, ils ont souvent refusé et que, quand ils sont venus sans connaitre l’état des malades, ils apportaient le Saint-Sacrement, quelquefois même sans fanal ni clochette, de peur de revenir une seconde fois ; qu’aussitôt que les curés ont osé prendre le parti des tréviens contre les religieux seigneurs recteurs, ceux-ci les ont tracassés et même expulsés ignominieusement à la face du public assemblé pour entendre l’office divin ; enfin qu’à peine le curé actuel a-t-il voulu faire valoir les droits de cette église de Saint-Perran sur les habitants de Coganne, le prieur, en termes injurieux et entré aux fins de sommations notarisées, lui a interdit toute fonction sacerdotale dans l’étendue du village de Coganne, ce qui a mis et mets les habitants d’icelui dans la plus grande difficulté de se procurer les secours spirituels.

A.D.I.V. G Registre des délibérations du Général de Saint-Peran [1749-1791] folio 29 v°

Dans sa défense du 13 mars 1789, le procureur du prieur de Paimpont indique les raisons de l’opposition des chanoines à céder à la requête des tréviens. Elles sont avant tout d’ordre financier : le changement de statut en paroisse entrainerait un surcoût pour les pensions qui deviendraient des portions congrues 7, soit 700 livres pour le nouveau recteur et 350 pour son vicaire. Les religieux perdraient ainsi une partie du casuel 8.

Cette affaire nous renseigne sur la façon dont sont perçus les chanoines de Paimpont : des gens soucieux de préserver leurs intérêts financiers, jaloux de leurs prérogatives et incapables d’assurer les services spirituels sur une grande paroisse, obligés qu’ils sont de recourir à des séculiers.

Breton, Yves (2006) op. cit., p. 633

Les cahiers de doléances de Saint-Péran

Le dimanche 5 avril 1789, les habitants de Saint-Péran se réunissent dans l’église tréviale sous l’autorité de leur procureur fiscal pour y écrire leurs doléances afin qu’elles soient portées à l’Assemblée du Tiers-Etat qui se tient à Rennes deux jours plus tard. Devant le refus du procureur de noter leurs doléances, les habitants se réunissent dans une maison particulière du bourg pour les rédiger à leur convenance. Les plaintes des tréviens à l’encontre de l’abbaye ressortent des Cahiers de doléances où de nombreux articles lui sont consacrés.—  SÉE, Henri et LESORT, André, Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes pour les États généraux de 1789, Vol. 3, Rennes, Imprimerie Oberthur, 1909. 4 vol., Voir en ligne.Page 424 —

[3°] Nous nous plaignons [...] des vexations de nos seigneurs décimateurs qui, jusqu’à présent ont exercé sur nous l’empire le plus tyrannique [...]

[8°] de ce que les chanoines réguliers, nos seigneurs recteurs, possédant dans notre trève plus de 2000 livres de revenus tant en dîmes que fondations fiefs et domaines n’y aient pourtant autre charges que les 250 livres, insuffisante pension de notre pauvre curé et n’y fassent aucune aumône. 9

[9°] De ce que nos recteurs de leur propre autorité, aient démembré plus de la moitié de notre trève, en retranchant le canton de Coganne, canton jugé, par arrêt du Parlement en 1689, de notre succursale, et n’y laisse à notre curé que la peine de le desservir. […] 10

[10°] De ce que, notre église étant éloignée d’environ deux lieues de l’église de Paimpont, ayant plus de six cents habitants, les décimateurs ne nous payent qu’un seul prêtre et prennent tous les moyens pour empêcher qu’elle ne soit érigée en mère paroisse. […]

[15°] De ce que les religieux de Paimpont ont vendu ou échangé à ces Messieurs (propriétaires des Forges) des terrains qui nous appartiennent, sans notre participation.

Trois articles (11°-12°-13°) portent sur les abus fiscaux exercés par les chanoines et leurs procureurs fiscaux Jean-Baptiste et Charles-François Allaire. Les doléances sont suivies de cinquante réclamations de particuliers qui énoncent par le détail les fraudes dont ils ont été l’objet ainsi que la cupidité des religieux et de leurs procureurs.— Breton, Yves (2006). op.cit., p. 287-290 —

Par une délibération du 26 juillet, le « général de paroisse » assure à son curé, le sieur Lemée, de tout son attachement et lui donne plein pouvoir pour agir en son nom et gérer toutes les affaires temporelles de la paroisse.— A.D.I.V. G Registre des délibération du Général de Saint-Peran [1749-1791] folio 31 v° —

De temps immémorial ainsi que nous le tenons de nos ancêtres nos seigneurs prieurs et recteurs de Paimpont ont tracassé tous les curés de Saint-Péran, souvent les ont expulsés au grand regret des tréviens, quelquefois même ignominieusement (sic) à la face du peuple assemblé pour entendre le service divin sans pour l’ordinaire d’autres raisons que celles de n’avoir pas le bonheur de leur plaire et de se rendre trop chers aux tréviens par les services qu’ils leurs rendaient.

Le sieur Lemée fonde la milice de Saint-Péran

Au cours de l’automne 1789, les gros bourgs de Haute-Bretagne (Plélan, Bécherel, Liffré, Janzé, etc.) fondent une milice nationale pour défendre l’ordre bourgeois dans le contexte insécuritaire des débuts de la Révolution. Saint-Péran est l’une des très rares petites paroisses à suivre le mouvement, puisque dès novembre 1789, une milice se constitue sous l’influence du sieur Lemée.
—  DUPUY, Roger, La Garde Nationale et les débuts de la Révolution en Ille-et-Vilaine (1789 - mars 1793), Paris, Librairie C. Klincsieck, 1972, (« Institut armoricain de recherches historiques de Rennes »). [Page 115] —

Le registre qu’elle consacre aux délibérations de sa milice commence le 15 novembre 1789. Le « général de paroisse » assemblé en corps politique dans la sacristie du dit lieu décide de former une milice nationale et d’envoyer une supplique à la municipalité de Rennes pour solliciter une affiliation à la milice de la capitale bretonne. Le 8 décembre la milice constituée comprend cinquante-trois volontaires y compris les officiers. Un conseil d’administration est désigné, sur le modèle rennais, avec le subcuré Lemée comme président. Le 14 décembre 1789, le registre mentionne une excursion de la milice à l’abbaye de Paimpont.— Dupuy Roger (1972) op. cit., p. 116 —

En l’absence de M. Lemée, nous avons prié Toussaint Eon dans roller joseph rallé pour notre secrétaire. La Milice Bourgeoise (sic) de Saint-Péran ayant jugé à propos d’aller à l’abbie de Paimpont pour plusieurs affaires et baptiste rallé, colonel, ayant des raisons qui l’empêche di aller a de son consantement choisi pierre moraud pour les y conduire. À Saint-Péran le 14 décembre mille sept cent quatre vingt neuf.

A.D.I.V. G 564, fol r°et v°

Le prieur de Paimpont dut se plaindre au comité provisoire de Rennes de la tentative d’intimidation de la milice de Saint-Péran, car le registre porte en date du 26 décembre 1789 un plaidoyer assez singulier expédié par le subcuré Lemée au comité de Rennes.

[...] nous croyons que dans un temps où au milieu des plus affreuses ténèbres de l’injustice, nous croyons, dis-je, pouvoir avec confiance réclamer des biens qu’on nous a si humainement enlevés, non pas tant pour notre avantage particulier que pour nous mettre en état de concourir avec les autres citoyens à la délivrance de notre patrie. C’est pourquoi nous avons résolu d’arrêter et arrêtons par la présente.
1° qu’il sera fait par notre secrétaire et signé de lui et de deux capitaines de notre milice trois extraits tant de la présente que de notre cahier de doléance contenant ce qui regarde les vexations exercées sur nous par nos cy-devant seigneurs et leur procureur fiscal dont l’un sera renvoyé à messieurs les officiers de la milice de Rennes, les deux autres remis tant au seigneur qu’à leur procureur fiscal par les deux sergents de notre milice qui nous assigneront sous leur seing s’être acquittés de cette commission.
2° qu’il sera proposé, comme en effet nous proposerons, à nos cy-devant seigneurs et à leur procureur fiscal de nommer trois anciens avocats aux vis à vis de trois autres que nous nommerons pour examiner les vexations dont nous nous plaignons et en passer par leurs avis, si myeux vraiment sans rapporter au jugement du comité provisoire de Rennes [...]

A.D.I.V. G 564, fol 5 v°

L’historien Roger Dupuy interprète cette lettre au comité provisoire de Rennes comme la preuve que Noël Lemée n’a organisé la milice de Saint-Péran que dans l’espoir d’obtenir l’appui officiel des patriotes de Rennes dans sa lutte contre le prieur-recteur de l’abbaye de Paimpont.— Dupuy Roger (1972) op. cit., p. 116 —

D’autres raisons ont cependant pu contribuer à la formation de cette milice. Des détrousseurs de grands chemins et des voleurs de chevaux profitent de la désorganisation de la maréchaussée pour s’installer dans certains cantons près de Saint-Péran. Le registre de la milice indique à la date du 15 novembre 1789 une des raisons de sa formation :

[...] dans les lieux qui les environnent se trouvent plusieurs échappés de prison qui n’ayant aucune autorité à redouter dans le canton, continuent de commettre impunément et sans crainte les mêmes délits pour lesquels ils avaient été cy-devant arrêtés et renfermés.

A.D.I.V. G 564

Les révoltes agraires de janvier 1790

Les émeutes agraires de janvier-février 1790 touchent les paroisses de Haute-Bretagne situées dans le triangle Ploërmel, Montfort, Redon, notamment celles de Plélan, Paimpont, et leurs trèves de Treffendel et de Saint-Péran.—  SÉE, Henri et RÉBILLON, Armand, « Les troubles agraires en Haute-Bretagne (1790 et 1791) », Bulletin d’Histoire économique de la Révolution, 1920-1921, p. 231-370. [Page 232] — Des groupes de paysans attaquent les châteaux de la région pour y détruire les chartes et fondations seigneuriales symboles de l’Ancien Régime. Les milices nationales jouent alors un rôle modérateur afin d’empêcher ces émeutes agraires de dégénérer vers une remise en cause de l’ordre bourgeois porté par la Révolution.

Lors de l’attaque du château de Tréguil en Iffendic par des paysans insurgés, le 1er février 1790, le jardinier du château, Joseph Lord, reconnait deux membres de la milice de Saint-Péran.

Il assista au pillage, vit plusieurs émeutiers qui attisaient le feu. Il reconnut Joseph Morand armé d’un fusil qui est du bourg de Saint-Péran et colonel de la milice de Saint-Péran.

SÉE, Henri et RÉBILLON, Armand, « Les troubles agraires en Haute-Bretagne (1790 et 1791) », Bulletin d’Histoire économique de la Révolution, 1920-1921, p. 231-370. [ page 294]

La présence du colonel de la milice nationale de Saint-Péran dans cette épisode insurrectionnel confirme donc le sentiment de Roger Dupuy : elle a été constituée pour lutter contre l’ordre seigneurial et régler le conflit des habitants avec le prieur recteur de Paimpont. Elle se différencie donc de celles des gros bourgs qui défendent les intérêts des notables qui profitent de la Révolution.

Le 7 février 1790 les pérannais ainsi que de nombreux volontaires de Coganne se réunissent dans l’église pour se constituer en commune. Noël Lemée est élu maire de la commune de Saint-Péran, rattachée au canton de Plélan-le-Grand. L’élection qui a lieu dans l’église est conclue par un Te Deum d’action de grâces.— Blot, Roger (2003) op. cit., p. 41 —

Noël Lemée continue d’assumer sa charge de subcuré de Saint-Péran, secondé par Pierre Hazard de Paimpont, ordonné vicaire en septembre 1789.

L’harmonie semblait régner entre l’idéal républicain et l’idéal évangélique, à tel point que le dimanche matin, la milice faisait le tour des cabarets pour ramener tout le monde à l’église.

Blot, Roger (2003) op. cit., p. 41

Mais les lois révolutionnaires rompent cet équilibre. Sommés de prêter serment à la Constitution civile du clergé, le subcuré et son vicaire se rétractent le 22 mai 1791 et entrent en clandestinité 11.

La vente des biens nationaux à la Révolution

Les actions de la milice nationale de Saint-Péran contre l’abbaye de Paimpont n’ont, semble-t-il, pas été efficaces. Les décrets de l’Assemblée constituante vont quant à eux exaucer une partie des doléances des pérannais. Le décret du 2 novembre 1789 met les biens de l’Église, dont les biens des congrégations, à la disposition de la Nation. Le décret du 13 février 1790 interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers. La communauté monastique de l’abbaye de Paimpont n’existe plus.

Les terres et les biens ecclésiastiques de la commune de Paimpont deviennent biens nationaux et sont mis en vente par adjudication le 7 novembre 1791. Ils sont répartis en 23 lots dont 7 lots pour Saint-Péran pour un total de 16 960 livres.

  • 12° L’auberge de Saint-Péran et dépendances : 840 l.
  • 13° La métairie des Roublais : 1056 l.
  • 14° La pièce de terre de Trévignon : 1100 l.
  • 15° La pièce de terre de Boulay : 264 l.
  • 18° La métairie de Fourneaux : 6000 l.
  • 19° La pièce de terre de la Petite-Bastille 1100 l.
  • 20° La métairie du Perray : 6600 l.

Les biens mis en vente n’ayant pas trouvé preneurs, ils sont vendus définitivement le 30 mai 1792, par une nouvelle adjudication du tribunal de Montfort.—  A.D.I.V. Vol.1 Q, n°341. N° 188 du vol. —

Commune depuis 1790, la trève devient également paroisse en 1803.

Les subcurés de Saint-Péran

Le prieur recteur de la paroisse de Paimpont a la charge de l’église de Saint-Péran. Lorsque celle-ci obtient le statut d’église tréviale le 27 février 1606, un subcuré ou vicaire est nommé afin de la desservir. Nous avons identifié trois d’entre eux.

  • Olivier Macent : il tient les registres de Saint-Péran à partir de 1605.
  • Yves Joubault (1664-1734) : subcuré de 1690 à 1734 12.
  • Noël Lemée : nommé à Saint Péran en avril 1788. Il aurait été exécuté en 1796 par la milice de Gaillarde (Paimpont) 13.

Bibliographie

BLOT, Roger, « L’Eglise Saint-Pierre de Saint-Péran », Glanes en pays pourpré, Vol. 71-72, 2003, p. 38-43.

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

COURSON, Aurélien de, Cartulaire de l’abbaye de Redon en Bretagne [832-1124], Paris, Imprimerie impériale, 1863, Voir en ligne.

DUPUY, Roger, La Garde Nationale et les débuts de la Révolution en Ille-et-Vilaine (1789 - mars 1793), Paris, Librairie C. Klincsieck, 1972, (« Institut armoricain de recherches historiques de Rennes »).

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

FERRIEU, Xavier, « L’abbaye de Paimpont au XVIIIe siècle », Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, Vol. n°104, 2001, p. 87-112.

LARCHER, Guy, « Articles 3, 8, 9, 15 », in Cahiers de doléances en Brocéliande, 1989, 1789.

POTIER DE LA GERMONDAYE, Henri François, Introduction au gouvernement des paroisses : suivant la jurisprudence du Parlement de Bretagne, Rennes, Chez la veuve François Vatar & de Bruté de Remur, 1788, Voir en ligne.

PUTON, Alfred, « Usages, anciennes coutumes et administrations de la forêt de Brécilien. De ceux qui ont droit d’usage et droit de prendre du bois dans cette forêt pour leurs besoins nécessaires. », in Coutume de Brécilien. Titres, jugements et arrêts concernant les usages de Paimpont et Saint-Péran, Nancy, Imprimerie E. Réau, 1879, p. 1-30, Voir en ligne.

SÉE, Henri et LESORT, André, Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes pour les États généraux de 1789, Vol. 3, Rennes, Imprimerie Oberthur, 1909. 4 vol., Voir en ligne.

SÉE, Henri et RÉBILLON, Armand, « Les troubles agraires en Haute-Bretagne (1790 et 1791) », Bulletin d’Histoire économique de la Révolution, 1920-1921, p. 231-370.

SÉVESTRE, Emile, « Le clergé breton en 1801 d’après les enquêtes préfectorales de l’an IX et l’an X conservées aux archives nationales », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 27, 1912, p. 280-291.

TRESVAUX DU FRAVAL, François-Marie, Histoire de la persécution révolutionnaire en Bretagne à la fin du dix-huitième siècle, Vol. 2, Paris, Librairie d’Adrien Le Clere et Cie, 1845, Voir en ligne.


↑ 1 • Il s’agit d’une traduction du texte original en français moderne par Alfred Puton, qui indique :

A raison de la publication faite par le savant bibliothécaire du Louvre et de sa conformité avec les textes, il nous a paru inutile de publier ce curieux document dans son langage ancien et d’en donner une nouvelle reproduction littérale. Il nous a semblé plus intéressant et plus utile d’en donner, ci-après, une sorte de traduction où le langage actuel permet de saisir le véritable sens de l’institution coutumière. De cette manière, la forme ancienne n’arrête jamais l’esprit du lecteur et les mots originaux mis entre parenthèse lui permettent de vérifier le sens que nous donnons au texte dans ces parties les plus délicates. On pourra d’ailleurs toujours recourir soit aux copies anciennes, soit au texte de M. de Courson pour juger l’exactitude et le sens de notre proposition.

PUTON, Alfred, « Usages, anciennes coutumes et administrations de la forêt de Brécilien. De ceux qui ont droit d’usage et droit de prendre du bois dans cette forêt pour leurs besoins nécessaires. », in Coutume de Brécilien. Titres, jugements et arrêts concernant les usages de Paimpont et Saint-Péran, Nancy, Imprimerie E. Réau, 1879, p. 1-30, Voir en ligne.

↑ 2 • L’oblation est une offrande faite au clergé par les fidèles ayant recours au ministère d’un représentant de Dieu et consistant soit en dons en nature, soit en produits de quêtes ou de taxes.

↑ 3 • Le journal est une ancienne unité de mesure de surface, utilisée jusqu’à la Révolution. Définie comme la surface labourée en un jour avec une traction animale, elle varie suivant les régions. En Bretagne sa valeur approximative est d’un demi-hectare.

↑ 4 • En 1790, le revenu total de l’abbaye de Paimpont est de 25103 livres. Cette somme provient principalement des dîmes mais aussi des fiefs et divers rentes.

↑ 5 • Le demel (pluriel demeaux) est une mesure pour les matières sèches valant un demi-boisseau (environ six litres).

↑ 6 • Un régaire est une juridiction temporelle des évêchés de Bretagne (ex. régaires de l’évêché de Dol).

↑ 7 • La portion congrue est une partie de la dîme prélevée par le recteur pour son entretien.

↑ 8 • Le casuel est une rétribution accordée au cas par cas au clergé pour l’exercice de certains ministères (baptêmes, bénédictions, funérailles, mariages).

↑ 9 • En 1790, le livre rentier de l’abbaye de Paimpont ne mentionne en effet aucune dépense pour aumônes. Il contient seulement la dépense de 200 livres pour la pension congrue du recteur de Saint-Péran.— A.D.I.V. H, Fonds de l’abbaye de Paimpont, Livre rentier de l’abbaye, p.81 —

↑ 10 • La dime de Coganne en la paroisse de Paimpont était affermée, depuis l’année 1771, à raison de 310 livres par an. Le nouveau bail contracté en 1780 reproduisait les conditions de l’ancien.— A.D.I.V. H, Fonds de l’abbaye de Paimpont, Livre rentier de l’abbaye, p.81 —

↑ 11 • Le 17 mars 1796, Pierre Hazard est capturé à Saint-Maugan et exécuté sans jugement.

↑ 12 • 

Missire Yves Joubault (1664-1734) n’avait guère que 25 ans quand il fut nommé, par l’évêque de Saint-Malo et sur présentation de l’abbé de Paimpont, subcuré de la trève de Saint-Péran. Il y resta 44 ans jusqu’à la fin de sa vie, qui survint le 21 avril 1734. Dès le lendemain, il fut inhumé dans le chœur de l’église « en présence d’un grand concours d’ecclésiastiques et de peuple... »

BLOT, Roger, « L’Eglise Saint-Pierre de Saint-Péran », Glanes en pays pourpré, Vol. 71-72, 2003, p. 38-43. [Page 39]

↑ 13 • Noël Lemée est né à La Rivière en Plélan. d’abord nommé à Maxent, il devient subcuré de Saint-Péran en avril 1788. Selon l’abbé Guillotin, il est fusillé en 1796.

À la longue listes des massacres commis par la garnison de Gaillarde, il faut ajouter, d’après le registre des décès : M. Lemée, curé de Saint Péran, massacré le 13 janvier 1796 ; Jean Hervot, de Concoret ; Dubourg et Le Gel, du Bois de la Roche, fusillés le 27 février à Gaël ; M. Hazard, prêtre de Paimpont, tué à Saint-Maugan le 17 mars ; Mathurin Louis Guyomar, âgé de 26 ans, capitaine des chouans du canton, et Mathurin Morice, tués tous les deux auprès de Gaël le 19 avril.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. Page 37

Selon l’abbé Tresvaux, Noël Lemée aurait été exécuté alors qu’il se rendait au chevet d’un malade.

La garnison de Plelan mit aussi à mort M. Le Mée, recteur de Saint-Péran, ou plutôt vicaire, car ce n’était qu’une trève dépendante de Paimpont. Elle le saisit au village de la Touche, dans la paroisse de Treffendel. On prétend qu’il avait été attiré dans ce village, sous le prétexte de lui faire confesser un malade. Lorsque les soldats l’eurent arrêté, ils l’obligèrent à porter un assez grand nombre de fusils jusqu’au lieu où ils le fusillèrent, sans aucune forme de procès. Ils firent périr en même temps, et de la même manière, un habitant de Treffendel, et l’on enterra dans ce lieu M. Le Mée. Les habitants de Saint-Péran ne voulurent pas laisser là le corps de leur pasteur ; ils l’exhumèrent pendant la nuit, afin de le transporter dans le cimetière de leur paroisse. Le temps était très-obscur ; on assure qu’une clarté remarquable parut autour des travailleurs, dès qu’ils ouvrirent la fosse, et qu’elle les accompagna jusqu’au cimetière, c’est-à-dire l’espace de plus d’une demi-lieue.

TRESVAUX DU FRAVAL, François-Marie, Histoire de la persécution révolutionnaire en Bretagne à la fin du dix-huitième siècle, Vol. 2, Paris, Librairie d’Adrien Le Clere et Cie, 1845, Voir en ligne.Page 48

Cependant, Roger Dupuy remet en cause cette version, tenant pour preuve l’enquête sur le clergé breton de 1801 qui affirme qu’il s’est tenu caché, qu’il n’a fait ni serment, ni soumission et a de bonne moeurs.—  SÉVESTRE, Emile, « Le clergé breton en 1801 d’après les enquêtes préfectorales de l’an IX et l’an X conservées aux archives nationales », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 27, 1912, p. 280-291. —