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Le tombeau de la Duchesse d’Angoulême

Une allée couverte ruinée en forêt de Paimpont

Le « Tombeau de la Duchesse d’Angoulême », aussi appelé « Pierre des Hindrés » ou « Pierre du Hendray », est un site mégalithique du Néolithique situé sur la commune de Paimpont, à proximité du chêne des Hindrés.

La première mention du mégalithe en 1896

Le mégalithe est cité pour la première fois par Félix Bellamy :

On la nomme quelquefois la Pierre du Brulis parce qu’elle se trouve dans un lot de forêt qui a été incendié il y a quelques années. On la désigne aussi sous le nom assez étrange de Tombeau de la Duchesse d’Angoulême ; j’ignore la raison de cette dénomination. Quoi qu’il en soit, cette pierre est une dalle de schiste rouge, couchée sur le sol, et dont la surface est assez régulièrement rectangulaire. Elle a 2m 35 m de long, 1m 80 m de large, l’épaisseur est de 0m 36 à 0m 40, mesurée aux bouts. La terre a été fouillée sous l’un des bouts pour y chercher quelque trésor, on a même glissé dessous des rouleaux de bois pour la pousser plus loin, mais l’opération n’a pas réussi. Les anciens l’ont toujours vue couchée à plat sur la terre et on n’a pas ouï dire qu’elle eût été primitivement plantée debout. Néanmoins je serais bien disposé à croire que c’est un menhir renversé. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. pages 745-746

 Le tombeau de la Duchesse d'Angoulême

L’origine de l’appellation

Félix Bellamy avoue ignorer l’origine de l’appellation « Tombeau de la duchesse d’Angoulême ». Il est cependant probable que cette appellation fantaisiste date du 19e siècle et qu’elle soit empruntée au nom de la fille ainée de Louis XVI.

Le titre de duchesse d’Angoulême a en effet été porté par Marie-Thérèse-Charlotte de France (1778-1851), seul membre de la famille royale à avoir survécu à la Révolution. À sa sortie de la prison du Temple elle est échangée le 19 décembre 1795 contre cinq conventionnels détenus par l’Autriche. Elle devient duchesse d’Angoulême le 10 juin 1799 en épousant son cousin Louis de Bourbon, fils ainé du futur Charles X. Revenue en France à la faveur de la Restauration, elle reprend le chemin de l’exil à la chute de Charles X. Elle est enterrée en 1851 à Nova Gorica, aujourd’hui en Slovénie dans le monastère de Castagnavizza devenu la nécropole des derniers Bourbon.

La Pierre des Hindrés et l’archéologie contemporaine

Le site mégalithique, mentionné en 1929 —  BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 3, Rééd. 1973, Librairie Guénégaud, 1929. [page 36] —, a fait l’objet d’un examen archéologique en 1971, demeuré inédit.—  HENRY, P., Les menhirs du Nord de l’Ille-et-Vilaine, mémoire de maitrise, Université de Haute-Bretagne, 1971. [pages 183-185] —

En l’absence d’étude archéologique, il est difficile d’identifier et de dater cet ensemble mégalithique. L’archéologue Jacques Briard y voit d’abord un menhir renversé :

Si certains blocs couchés sont des menhirs comme celui proche de l’allée couverte de Saint-Méen à la Chapelle-Caro, d’autres sont plus difficiles à interpréter comme la Pierre des Hindrés à Paimpont, alias le Tombeau de la Duchesse d’Angoulême, où les Trois Grosses Dalles de Trébran à Concoret [...] BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989. [page 107]

Des fouilles clandestines des années 1980 ont mis au jour une autre dalle. Depuis, Jacques Briard classe la Pierre des Hindrés dans la catégorie des allées couvertes :

En schiste pourpré, une dalle, seule visible jusque dans les dernières années, a une longueur de 2,25 m, une largeur maximale de 1,20 m et une épaisseur maximale de 0,45 m. Deux cupules, dont une ovale, très nette (diamètre 5,5 cm et profondeur 10 cm), y sont observables. Une autre dalle a été révélée dernièrement par une fouille clandestine, de même que deux orthostates supportant ces dalles (Fig. 64). BRIARD, Jacques, LANGOUËT, Loïc et ONNÉE, Yvan, Les mégalithes du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 2004. [page 69]

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Pierre des Hindrés (plan) - Tombeau de la Duchesse d’Angoulême

La plus grande des deux cupules, formant un trou régulier sur la dalle principale, mentionnée par l’archéologue, pourrait être la trace d’un outil utilisé lors des fouilles clandestines.


Bibliographie

BANÉAT, Paul, Le Département d’Ille-et-Vilaine. Histoire, archéologie, monuments, Vol. 3, Rééd. 1973, Librairie Guénégaud, 1929.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989.

BRIARD, Jacques, LANGOUËT, Loïc et ONNÉE, Yvan, Les mégalithes du département d’Ille-et-Vilaine, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 2004.

HENRY, P., Les menhirs du Nord de l’Ille-et-Vilaine, mémoire de maitrise, Université de Haute-Bretagne, 1971.