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Les statues de sainte Onenne

Les statues disparues de la sainte de Tréhorenteuc

L’église de Tréhorenteuc abritait trois statues de sainte Onenne mentionnées jusqu’au début du 20e siècle, ainsi que le tombeau de la sainte définitivement détruit en 1943.

Sainte Onenne est la patronne secondaire de Tréhorenteuc. C’est Eutrope, évêque de Saintes (Charente-Maritime), qui est, d’après la tradition locale, le premier saint de la paroisse. Considérée comme une des sœurs du roi Judicaël, Onenne aurait eu une existence historique à la fin du 6e ou au début du 7e siècle. Son culte n’est attesté que dans la seule paroisse de Tréhorenteuc où l’église et une fontaine lui sont dédiées. Onenne possédait aussi son tombeau dans l’église, trois statues ainsi qu’une bannière portée lors de processions à la fontaine. Les statues de sainte Onenne, aujourd’hui détruites, sont mentionnées dans l’église de Tréhorenteuc jusqu’au début du 20e siècle.

La statue d’Onenne à la guivre

La plus ancienne statue d’Onenne, estimée du 15e siècle par Sigismond Ropartz, est aujourd’hui détruite :

Personne n’a parlé non plus d’une statuette en bois ayant tous les caractères d’une sculpture du XVe siècle et qui me paraît représenter aussi sainte Onenne, quoique le socle ne porte aucun nom, et que partout ailleurs je l’eusse prise moi-même pour une sainte Marguerite. Une sorte de diadème ceint une épaisse et longue chevelure, qui lui tombe jusqu’aux reins, et qui ne messied point trop peut-être à une princesse des temps mérovingiens. L’étroite et longue tunique qui la serre est garnie d’hermines au col et aux poignets, ce qui convient à une princesse bretonne ; car si les hermines ne signifiaient rien au XIIe siècle, elles signifiaient beaucoup au XVe, quand a été sculptée cette figurine. Enfin, on voit se tordre une horrible guibre, dont la gueule béante mâche les derniers plis de la robe de la sainte, et dont la queue squameuse enserre sa ceinture, tandis que la bienheureuse, les mains jointes, garde, dans sa prière, la paix de Dieu. Ce symbole qui est celui de la victoire de la prière sur l’enfer, peut être rendu commun à toutes les saintes, et à mon sentiment, je le répète, la statuette que je viens de décrire, est une figure de sainte Onenne, beaucoup plus ancienne, et à tous les points de vue beaucoup plus intéressante que toutes les autres. ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne. page 212

Dans cette description, il est intéressant de noter la présence de la guibre, guivre ou encore vouivre. Ce serpent-dragon lié à de multiples interprétations pré-chrétiennes est un symbole semblable à la Morigane, déesse celtique des eaux. Cette statue, mentionnée par le seul Sigismond Ropartz, semble avoir disparu de l’église de Tréhorenteuc dès la fin du 19e siècle.

La statue d’Onenne au tombeau

Sigismond Ropartz nous décrit une deuxième statue, associée au tombeau de la sainte :

Une seconde statue bizarrement placée près de la porte d’entrée est du XVIIIe siècle, elle surmontait autrefois un tombeau ; elle est aujourd’hui suspendue à un pied du sol, une pierre sous la tête, une autre sous les pieds. C’est très-certainement la Vierge de Bouchardon qui a servi de modèle à quelque sculpteur de province, pour agencer cette statue. Elle est en bois. Feu M. de Garaby, qui a consacré une notice à sainte Onenne dans sa Vie des Bienheureux et Saints de Bretagne, au 30 avril, écrit à ce propos : « L’ancienne statue la montre couchée, les mains jointes, mourant d’hydropisie. Vous avouerez, ami lecteur, que dans une église une pareille représentation, quand même ce serait un chef d’œuvre, comme la célèbre toile de Gérard Dow, serait fort drôlatique. Mais j’affirme que l’imagination a fait tous les frais de cette description, et qu’à la vue de la statue, le plus fin disciple d’Hippocrate et de Gallien serait bien empêché de dire de quelle maladie la sainte est morte.Ropartz, Sigismond (1861). op.cit., p.210 (Voir en ligne)

Adolphe Orain mentionne la même statue en 1879 :

Sur la lisière de la forêt de Brocéliande, est une petite commune du Morbihan appelée Tréhorenteuc. J’ai vu dans l’église de ce village une énorme statue de bois, grossièrement faite, qui représente Sainte Onenna, [...] couchée sur le dos, atteinte d’hydropisie. Les personnes affectées de cette maladie, qu’on appelle l’enfle dans le pays, - viennent de très loin en pèlerinage à Sainte-Onenna ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne. page 294

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La statue d’Onenne en martyre

Une statue d’Onenne en martyre était située dans l’église de Tréhorenteuc à côté de l’autel. Elle est très certainement contemporaine de la reconstruction de l’église par l’abbé Brogard en 1825. La description la plus complète provient du compte-rendu de la visite de Sigismond Ropartz à Tréhorenteuc en 1861 :

Il y a dans l’église plusieurs représentations de sainte Onenne. D’abord, la statue, du côté de l’Évangile, au maître autel ; c’est un magot qui n’a ni sexe, ni âge, fabriqué à coup de hache par un charpentier de l’endroit, il y a trente ans. On reconnaît que ce tronc à peine dégrossi a une couronne sur la tête et une palme dans la main ; je comprends jusqu’à un certain point la couronne, mais pourquoi la palme ? Il n’y a pas une seule tradition qui fasse de sainte Onenne une martyre.Ropartz, Sigismond (1861). op.cit., p.210 (Voir en ligne)

Le chanoine Garaby indique que son manteau était décoré d’hermines.—  GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne. page 445 — Quant à Félix Bellamy, il précise qu’elle tenait la palme dans la main droite, un livre dans la gauche et qu’elle était placée dans une niche à gauche de l’autel.—  BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 189 —

Cette statue, mentionnée jusque dans les années 1920, à été détruite par l’abbé Gillard en 1943.

Le tombeau de la sainte

Sainte Onenne possédait un tombeau dans l’église de Tréhorenteuc. Nous le connaissons par la mention de l’abbé Marot de Rochefort-en-Terre, en 1835 :

Vers 1814, le recteur ou le chapelain a si bien fait disparaitre le tombeau de sainte Onène qu’on ne se rappelle pas bien l’endroit précis où il était, il s’élevait de plus d’un pied au-dessus du sol. MAROT, abbé Pierre et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Notes de l’abbé Marot », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1907, p. 275-302, Voir en ligne. page 292

Sigismond Ropartz met en doute le fait que ce tombeau soit contemporain de la mort d’Onenne au 7e siècle. — Ropartz, Sigismond (1861). op.cit., p.211 (Voir en ligne) — L’abbé Le Claire, quant à lui, évoque l’existence d’un tombeau et d’ossements découverts au début du 20e siècle :

Peu de temps après, elle mourut et son corps fut mis dans une châsse de plomb et inhumé dans l’église de Tréhorenteuc, à l’endroit où l’on voit sa statue couchée, près de la petite porte, du côté du midi. On ignore ce qu’est devenu le cercueil de plomb et les restes sacrés de la jeune vierge. Toutefois et récemment, nivelant et refaisant le dallage de l’église, on a trouvé à l’endroit du tombeau une tête que l’on croit être celle de Sainte Onenne. LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Au pays de Tréhorenteuc : découverte de ruines gallo-romaines et chrétiennes », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 39, 1927, p. 61-73, Voir en ligne. page 73

Jean Markale est le dernier à en donner une description avant que l’abbé Gillard ne la détruise :

Dans le chœur, une sorte de tombeau surmonté d’une statue de jeune fille allongée, au ventre disproportionné. L’ensemble était ahurissant. Le recteur me dit qu’il s’agissait du tombeau de sainte Onenne, la sainte du pays, patronne de la paroisse. MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977. [pages 52-53]

La destruction des statues

L’abbé Gillard est nommé à Tréhorenteuc en 1942. Dès 1943, au moins deux des trois statues de sainte Onenne sont détruites, ainsi que son tombeau :

Son tombeau ou plutôt son cénotaphe, était encore, au siècle dernier, l’objet d’une attraction formidable. Il a été déplacé en 1814, redéplacé en 1927 et enfin supprimé en 1943. Il était alors au bord de la 3e fenêtre de gauche. Il servait anciennement, ainsi que le « chanteau » et la chapelle « Notre-Dame », à repérer certaines inhumations faites à droite, à gauche, en avant ou en arrière du tombeau de sainte Onenne. GILLARD, abbé Henri, « Sainte Onenne », in Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, les Éditions du Ploërmelais, 1954. [page 35]

L’abbé Gillard, homme d’église cultivé, a des idées originales et bien arrêtées sur le christianisme. Il juge certainement ces statues trop païennes et archaïques pour pouvoir demeurer dans l’église. Il s’explique lui même à ce sujet :

Mais la mode à changé. Cette église, vétuste et encombrée d’objets hétéroclites, est devenue la plus belle et la plus riche de la région.Gillard, abbé (1955). op. cit. p. 24

Jean Markale confirme la destruction du tombeau et des statues par l’abbé Gillard :

[...] le tombeau de sainte Onenne était affreux. L’année suivante, l’abbé Gillard le fit disparaitre. « Tu comprends », me disait-il, « il n’y a que les filles et les femmes qui venaient la prier. Les femmes pour que sainte Onenne leur évite d’attraper l’hydropisie parce qu’elles boivent de trop, les filles pour ne pas avoir le gros ventre lorsqu’elle sont allées trop souvent dans les champs de genêts avec les garçons ! » Markale, Jean (1984) op. cit. p.53

L’abbé ne va cependant pas faire disparaître Onenne de Tréhorenteuc. Au contraire, il va lui consacrer une partie importante des aménagements de sa nouvelle église. Dès 1942, il commande à Edmond Delphaut deux statues en bois figurant les saints locaux, Judicaël et Onenne.


Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

GARABY, abbé Malo-Joseph de, Vie des bienheureux et des saints de Bretagne, pour tous les jours de l’année, Saint-Brieuc, 1839, Voir en ligne.

GILLARD, abbé Henri, « Sainte Onenne », in Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, les Éditions du Ploërmelais, 1954.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, « Au pays de Tréhorenteuc : découverte de ruines gallo-romaines et chrétiennes », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 39, 1927, p. 61-73, Voir en ligne.

MARKALE, Jean, La forêt de Brocéliande, Rennes, Ouest France, 1977.

MAROT, abbé Pierre et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Notes de l’abbé Marot », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1907, p. 275-302, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe, De la vie à la mort : folklore de l’Ille-et-Vilaine, Vol. 1, Paris, J. Maisonneuve, 1897, Voir en ligne.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne.