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Vers 1920

Un canular aux Buttes aux Tombes

Fouilles sauvages à Tréhorenteuc

Le site archéologique des Buttes aux Tombes a été l’objet de fouilles sauvages durant les années 1920. Un canular de quatre commerçants de Mauron est à l’origine de cet intérêt subit des habitants de Tréhorenteuc pour les trésors soit-disant enfouis dans les landes de Néant.

Un canular « archéologique »

Le site archéologique des Buttes aux Tombes a été l’objet de fouilles sauvages durant les années 1920. Un canular de quatre commerçants de Mauron est à l’origine de cet intérêt subit des habitants de Tréhorenteuc pour les trésors soit disant enfouis dans les landes de Néant. Cette histoire nous est parvenue grâce au témoignage de Joseph Boulé, qui l’a entendu de la bouche de son grand-père Joseph-Émile, de son grand-oncle Fernand Appert, de sa grande tante Mme veuve Appert et d’un autre protagoniste de cette farce, Jean Guillois.

Une histoire rapportée par Joseph Boulé

L’abbé Jacques-Marie Le Claire (1853-1930), aumônier du Couvent de l’Action de Grâces à Mauron, est un érudit à l’origine de nombreuses fouilles archéologiques sur le territoire cantonal. De santé fragile, il sait susciter des vocations de chercheurs chez de jeunes et vigoureux hommes capables de manier pelles et pioches. Leurs fouilles se multiplient au cours des années 1920. Les chercheurs mettent au jour avec succès des objets d’époque gallo-romaine : poteries, céramiques, dallages, menus objets métalliques. Fiers de leurs découvertes, ils parlent volontiers de leurs « trésors archéologiques ». Le bruit s’en répand, le mot « trésor » circule au sein de la population cantonale qui imagine que les recherches ont pour but premier la découverte de monnaies d’or et d’argent. Une telle motivation est bien plus crédible et partageable que celle d’une recherche de poteries cassées. Ferait-on tant d’efforts pour si peu ? Les agriculteurs qui savent ce que peiner à la tâche veut dire en sont les plus convaincus.

Parmi les chercheurs habituels se trouvent quatre amis, commerçants à Mauron et au Bois de La Roche : Fernand Apert, Jean Guillois, Joseph-Emile Boulé et André Lapostolle. Fernand Apert qui aime à blaguer propose un scénario à ses amis. Ils réchauffent une vieille croyance comme quoi Éon de L’Étoile avait été, comme chacun le sait, le chef de moines pillards et paillards. Sa bande avait enterré le fruit de leurs rapines bien naturellement sur le site des Buttes aux Tombes, lieu préféré de leurs débauches, proche de Tréhorenteuc.

Ils répandent le bruit du trésor des moines et l’affaire étant amorcée, les quatre compagnons choisissent un soir de beau temps qui sera égayé d’une pleine lune pour se rendre à Tréhorenteuc avec la voiture de Joseph Boulé, une torpédo décapotée mettant bien en évidence barres-à-mine, pioches et pelles. Avec des airs de conspirateurs, ils débarquent dans un café du village. Ils se mettent d’abord à chuchoter, à tapoter avec un air mystérieux des cartes d’état-major sur la table du café puis ils font mine de s’exalter, se laissent à parler plus fort. Les visites d’étrangers à la commune étant rares, les hommes du village, aimantés par leur présence, sont de plus en plus nombreux à se rassembler dans le café et à tendre l’oreille. Ils saisissent les mots « trésor », « Buttes aux Tombes »…

Le temps a passé, la nuit est tombée et la pleine lune au rendez-vous. Les complices remontent dans la voiture en bousculant bruyamment pelles et pioches. La voiture pétarade quelques minutes avant de s’arrêter à proximité des Buttes aux Tombes. Ils descendent de la torpédo avec des lampes-tempête et gagnent une des buttes sépulcrales à quelques pas. La lande est seulement couverte d’ajoncs ras. Sous une lune d’une rondeur magnifique, le site est visible à des centaines de pas. Les lampes-tempête éclairent les hommes en action au milieu du désert. Avec des han ! et des ho-hisse ! sonores, ils creusent le sol, basculent des pierres, bourrent des sacs de mystérieux matériaux. L’effet est saisissant. Au bout d’une demi-heure, les chercheurs cassés en deux portent difficilement sur leur dos le produit de leurs trouvailles, chargent la torpédo et quittent les lieux.

Les Tréhorenteucois, hardis comme ils se le doivent, ont tout observé à distance. Ils vont sur les lieux, déduisent qu’un trésor, jadis caché, avait été soustrait à la tombe. Il en reste peut-être quelque chose ? Aussi pendant quelques semaines, plusieurs consacrent de leur temps à agrandir péniblement la fosse sans rien trouver.

Mais la preuve qu’il y avait bien eu un trésor grandit avec le temps. Ces commerçants mauronnais n’avaient-ils pas connu pendant les années suivantes une réussite dans leurs affaires ? « C’était le fruit de leur mérite ? Allons donc ! Le trésor d’Éon en était la cause. Ils nous l’ont volé. Çà c’est sûr. » 

D’après Joseph Boulé, le 18 juin 2015