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Les Buttes aux Tombes

L’ensemble mégalithique des landes de Néant

L’ensemble des « Buttes aux Tombes » est la plus forte concentration de sites néolithiques du massif forestier de Paimpont. Il consiste en un ensemble de tumulus, de cairns et de blocs de poudingues quartzeux, situé dans une lande à cheval sur les communes de Tréhorenteuc et de Néant-sur-Yvel.

« Les Buttes aux Tombes » ont fait l’objet de nombreuses descriptions depuis le début du 19e siècle. Une dizaine de monuments ont été mentionnés par les premiers antiquaires. Quatre d’entre eux ont reçu une dénomination : le « Jardin aux Moines », la « Butte Ronde », la « Butte aux Tombes » et le « Jardin des Tombes » probablement détruit vers 1920. L’archéologue Jacques Briard a quant à lui dénommé deux monuments supplémentaires appartenant à cet ensemble, le « Petit tertre » et le « Tertre allongé ». Une butte et trois séries de blocs ne sont pas mentionnées par l’archéologue (voir carte).

Le chanoine Mahé,1825

En 1825, le chanoine Mahé (1760-1831) fait paraitre un essai sur les antiquités du Morbihan qui mêle superstitions populaires, anecdotes historiques et indications sur les antiquités en tous genres. Il s’agit de la première tentative de recensement des menhirs, tumulus et autres monuments faussement attribués aux Celtes au 19e siècle. L’antiquaire y décrit longuement sa visite aux « Buttes aux Tombes » —  MAHÉ, chanoine Joseph, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Vannes, Galles aîné, 1825, Voir en ligne. —, livrant la première description de cet ensemble mégalithique.

Dans une tournée que je fis en cette commune, j’étois accompagné de mon fidèle Achate 1, avec qui j’avois déjà voyagé. Nous y trouvâmes un assez grand nombre de monumens, mais pas un ne se recommande ni par une masse ni par une hauteur imposante. Ce qu’ils ont de singulier, c’est qu’ils sont la plupart dressés sur des levées de terre, et qu’on a quelquefois affecté, dans le choix des pierres, un assortiment de couleurs qu’on ne voit pas ailleurs. Entrons dans le détail.Mahé, Joseph (1825) op. cit. p. 196-202 (Voir en ligne)

Le chanoine Mahé décrit alors dix « monuments celtiques » qu’il interprète au regard d’Ossian ou de références grecques et latines.

  • 1.° Sur la crête d’une montagne assez haute, nous remarquâmes trois plateaux de terre, peu éloignés les uns des autres. Ils ont la forme de cônes tronqués, une hauteur d’environ trois pieds et un diamètre de douze. Sur l’un des trois s’élève un petit Peulvan, et dans les deux autres on voit les places de ceux qui en ont été arrachés. [...]
  • 2.° Après quelques centaines de pas nous nous trouvâmes près d’une sorte de plate-bande, haute d’environ 2 pieds, et nous y comptâmes 13 pierres. Comme ce monument est appelé le jardin des tombes, et qu’il ne diffère des tombeaux précédents que par sa forme de carré long ; nous convînmes que ses douze roches sont les cippes mortuaires de douze personnages distingués.
  • 3.° Un peu plus loin est une estrade d’une élévation peu sensible, et qui n’a que huit pieds de longueur. Au milieu de quatre pierres blanches on y a planté une cinquième pierre qui est jaune et encore verticale.
  • 4.° J’aperçois encore un tombeau, dit mon jeune homme. Il parloit d’un cône tronqué qui n’a que six pieds de diamètre, et qui supporte un Peulvan roux, une pierre jaune et les fragments d’un troisième bloc. Ces trois pierres paroissent avoir été placées en triangle [...]
  • 5.° Un peu plus loin nous vîmes un Menhir jaune, qui a conservé sa situation perpendiculaire, et une pierre blanche. Il paroît que plusieurs autres masses ont été enlevées de ce lieu. [...]
  • 6.°Nous formâmes soixante-dix pas et nous rencontrâmes quatre pierres blanches, au milieu desquelles on en a placé une cinquième. Un peu au delà se trouve un groupe pareil de pierres blanches et couchées comme les précédentes.[...]
  • 7.° Des alignements de roches, hautes de quatre ou cinq pieds, nous invitèrent à les aborder. Elles sont au nombre de cinquante-cinq, les unes verticales, d’autres renversées, et elles dessinent un trapèze long de soixante-dix pieds et large de quinze, au milieu duquel on voit encore quelques pierres et les places de plusieurs autres qui en ont été enlevées.[...]
  • 8.° Non loin de cette bizarre et magique enceinte s’élève d’un demi-pied un cône tronqué, timbré de trois Menhirs, deux blancs et un rouge, disposés en triangle.[...]
  • 9.° Bientôt nous rencontrâmes une estrade élevée de trois pieds et longue de soixante-dix. Elle nous arrêta peu, parce qu’elle ne nous offrit que deux pierres assez petites, restes d’un plus grand nombre qui en ont été arrachées. Je suis convaincu que si on la fouilloit on y trouveroit des cendres.
  • 10.° Le dernier monument que nous considérâmes fut une plate-forme haute d’un pied, large de 25 pieds et longue de 120. Le flanc occidental de ce carré long a conservé des pierres, et les autres côtés conservent aussi quelques-unes de celles qui devoient autrefois l’enclore.Mahé, Joseph (1825) op. cit. p. 196-202 (Voir en ligne)

On ne peut identifier les lieux tels qu’ils se présentent aujourd’hui, à l’exception du septième monument, probablement le « Jardin aux Moines ». Tous ces monuments ont-ils existé ? Le chanoine est-il venu à Tréhorenteuc ? Baron du Taya ou Félix Bellamy en doutent.

Cayot-Delandre, 1847

François-Marie Cayot-Delandre (1796-1848), secrétaire de la Société archéologique du département du Morbihan‎, décrit le site des « Buttes aux Tombes », qu’il situe en Tréhorenteuc. L’antiquaire donne une description du « Jardin aux Moines ». Il cite également un monument aujourd’hui disparu qu’il nomme le « Jardin des Tombes », trois tumulus et deux ou trois autres monuments de même nature.

Tréhorenteuc. — Les vestiges du culte druidique se retrouvent sur divers points de cette petite commune. Le plus remarquable de ces monumens est une figure trapézoïdale de 24 mètres sur 5, formée d’une soixantaine de pierres de 1 mètre 30 à 1 mètre 60 de hauteur, et dont une partie sont renversées. Sur le sommet d’un mamelon qu’on nomme Butte des Tombes, on voit les restes de trois tumulus, dont l’un est encore surmonté d’un petit menhir. A peu de distance de ce lieu est un monument nommé Jardin des Tombes ; il a la forme d’une plate-bande élevée d’environ 60 centimètres ; douze pierres l’accompagnent. Deux ou trois autres plates-formes de cette espèce se trouvent dans diverses parties de la commune ; la plus remarquable a 40 mètres de longueur sur 8 de largeur ; elle était bordée de pierres dont un certain nombre sont encore en place ; ces sortes de monumens, que j’ai déjà signalés dans d’autres communes, me paraissent être des sépultures. CAYOT-DELANDRE, François-Marie, Le Morbihan, son histoire et ses monuments, Vannes, A. Caudéran, libraire éditeur, 1847, Voir en ligne. Pages 333-334

Ses descriptions des « Buttes aux Tombes » sont approximatives. Cayot-Delandre ne s’est vraisemblablement pas rendu sur les sites de Néant et Tréhorenteuc, comme l’avait noté Félix Bellamy. Il a très certainement puisé dans les notes que l’abbé Marot lui a communiquées en juin 1847 pour écrire son inventaire.

Il est singulier que Cayot-Delandre ait signalé ce qu’on ne sait retrouver et qu’il omette de mentionner ce que tout le monde vous indique dans le pays - quand on y va. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 186

Alfred Fouquet, 1853

Des monuments celtiques et des ruines romaines dans le Morbihan d’Alfred Fouquet (1810-1875), paru en 1853, mentionne des cromlec’hs en Tréhorenteuc ainsi que les « Buttes aux Tombes ». Là encore les descriptions sont sommaires et laissent à penser qu’Alfred Fouquet ne s’est pas rendu sur les lieux. L’auteur avoue d’ailleurs avoir ajouté peu de chose à la nomenclature que Cayot Délandre a donnée des monuments druidiques, qui sont clair-semés dans cette peuplade.

Alfred Fouquet note quelques spécificités des mégalithes de la peuplade des forêts. Il reproche au chanoine Mahé de n’être point archéologue, et de voir des sites religieux là où il faut voir des cimetières celtiques.

On trouve, à Carentoir et à Tréhorenteuc, des groupes de menhirs affectant des dispositions toutes particulières, et dont on cherche en vain d’autres exemples dans le Morbihan. Au village du Gage, en Carentoir, des menhirs formés de blocs de quartz sont disposés en pattes d’oie, sur quatre rangées ; et dans Tréhorenteuc on remarque plusieurs plates-formes, dont une a jusqu’à quarante mètres de longueur sur huit de largeur, qui, toutes élevées au-dessus du sol, sont bordées de menhirs. Mais, pour être disposées ici autrement qu’ailleurs, les menhirs ne changent pas pour cela de caractère, et encore moins de destination ; toujours et partout ils marquent des tombes. Le nom de Jardin-des-Tombes donné, à Tréhorenteuc, aux plates-formes bordées de menhirs dont je parle, vient ajouter un argument de plus aux nombreux arguments que j’ai déjà fait valoir pour étayer mon opinion. FOUQUET, Alfred, Des monuments celtiques et des ruines romaines dans le Morbihan, Vannes, A. Caudéran, libraire éditeur, 1853, Voir en ligne. Page 31

Sigismond Ropartz, 1861

En 1861, Sigismond Ropartz (1824-1878) se rend dans les « landes du Cerisier ». Il donne une description du « Jardin-des-Moines » et ne mentionne pas les autres tumulus des « Buttes aux Tombes » :

[...] quand tout-à coup, au milieu même de la lande, nous nous trouvâmes en face d’un de ces monuments étranges, que nous ont légués, sans nous en transmettre la signification précise, les habitants de notre péninsule aux temps anté-historiques. C’est une enceinte elliptique, qui mesure vingt-cinq pas dans un sens et quatre ou cinq dans l’autre, formée par une cinquantaine de pierres brutes de moyenne grosseur. Cela s’appelle, parmi les pâtres qui mènent sur ces bruyères des bandes de brebis naines, le Jardin-des-Moines. C’est évidemment une sépulture. Respectées par vingt siècles, ces pierres funéraires me semblent gravement menacées aujourd’hui ; on vient de partager la lande immense ; chacun enclot déjà la parcelle qui lui est devenue propre ; quelle que soit l’infécondité de cette terre sur laquelle de gros rochers de schiste rouge montrent partout leur arrête moussue, le progrès moderne voudra la défricher, et ceux dont le poète a dit : "De la tombe d’Arthur ils feraient une borne", n’éprouveront, à coup sûr, aucun scrupule de broyer ces beaux cailloux de quartz blanc, pour macadamiser les futurs chemins vicinaux de Trehoranteuc.—  ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne. Page 206 —

Louis Rosenzweig, 1863

Louis Rosenzweig (1830-1884) dresse un inventaire des sites archéologiques du Morbihan qui reprend les descriptions de ses prédécesseurs. Il classe les monuments mégalithiques dans l’époque celtique. Sa mention des « Buttes aux Tombes » est reprise des descriptions de Cayot Delandre parues en 1843.

NEANT. Ép. celtique. Au Jardin des Moines, chaussée et menhirs (Catal.)..[...] TRÉHORENTEUC. Ép. celtique. Monument trapézoïdal de 24 mètres sur 5 mètres, formé d’une soixantaine de pierres de 1m 30 à 1m 60 de hauteur, en partie renversées (C. D.). — Sur le sommet d’un mamelon nommé Butte des tombes, restes de 3 tumulus dont l’un surmonté d’un petit menhir (ibid.). — A peu de distance de ce lieu, monument nommé Jardin des tombes, sorte de plate-bande élevée d’environ 0m 60, accompagnée de 12 pierres (ibid.). — Deux ou trois autres monuments de la même espèce en divers points de la commune (ibid.). ROSENZWEIG, Louis Théophile, Répertoire archéologique du département du Morbihan, Paris, Imprimerie royale, 1863, Voir en ligne. Page 148

Félix Bellamy, 1896

Dans les années 1890, Félix Bellamy, docteur en chimie et homme de terrain, décrit scrupuleusement, contrairement à ses prédécesseurs, le même site des « Buttes aux Tombes ». Il mentionne tout d’abord le tumulus de la « Butte aux Tombes ». Il décrit ensuite deux autres tumulus (dont le « Petit tertre ») auxquels il donne aussi le nom de « Butte aux Tombes ».

A cent pas environ au-delà de l’origine du chemin vicinal de Néant et à cent vingt-cinq environ au-delà de la fin de la Butte aux Tombes, dans un landier triangulaire situé à notre droite et limité d’autre part par le chemin vicinal de Néant, d’autre part par celui de Tréhorenteuc, et sur le troisième côté par un bout de chemin landier qui rejoint les deux autres routes, se voit un autre monticule de moindre dimension que le premier, encore intact encore aujourd’hui et qui est dit une Butte aux Tombes [Petit tertre]. Voila donc deux Buttes aux Tombes. En revenant sur nos pas nous en trouverons peut-être une troisième ; mais cette dernière me parait au moins douteuse. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. Page184

Félix Bellamy évoque les traditions locales donnant une origine à ces tertres.

On dit que dans cette lande, au voisinage de ces petits tertres, il s’est jadis livré une bataille et que ces buttes sont les sépultures des combattants qui y perdirent la vie. On avait trouvé, parait-il, à quelque profondeur en terre, dans la lande, des débris d’armes et quelques objets précieux, une bague en or notamment. On prétend aussi qu’on y aurait déterré des fusils brisés. À cela il n’y a assurément rien d’impossible. Depuis l’usage des armes à poudre de guerre, des combats ont bien pu se livrer sur ces vastes landes. Mais l’érection des Buttes aux Tombes est d’une époque bien antérieure et tout à fait inconnue.Bellamy, Félix (1896), Volume premier, p. 184(Voir en ligne)

Il se livre alors à une description détaillée du « Jardin aux Moines » qu’il nomme aussi « Jardin aux Tombes » alors que cette dénomination s’appliquait à cette époque à un autre monument. Il analyse, compare et remet en cause les descriptions de ses prédécesseurs.

Il est certain que depuis la publication des livres de Cayot et du livre du Dr Fouquet bien des ravages ont dû être commis sur les monuments archéologiques de Tréhorenteuc. C’est pourquoi il est d’autant plus regrettable que ces auteurs n’aient pas indiqué avec plus de précision l’emplacement de ceux dont ils parlent, car ils ne ressemblent guère à ce qu’on appelle aujourd’hui le Jardin des Tombes [Buttes aux tombes] Bellamy, Félix (1896), Volume 1, p. 187 (Voir en ligne)

Il mentionne ensuite un alignement comprenant six mégalithes en poudingue, et un gros bloc de pierre. Cet alignement peut être identifié comme le monument nommé « Tertre allongé » par Jacques Briard. Ce tertre a été partiellement entamé et les blocs regroupés au sommet lors de l’élargissement du chemin (dans la seconde moitié du 20e siècle). Ce bouleversement du site rend malaisée l’identification de la description de Bellamy. En revanche, au nord du tertre se situe effectivement un gros bloc de pierre aux dimensions idoines, photographié en 1990 suite à un incendie, que nous nommons « Pierre Fichet ». Bellamy situe enfin un dernier tumulus à proximité de cet alignement, tumulus aujourd’hui introuvable.

Revenons maintenant à notre repère, c’est à dire à la maison du Pâtis des Croix, à la rencontre des deux routes. De là faisons quelques pas vers la Butte aux Tombes. Nous trouvons à notre droite un chemin landier qui est l’ancien chemin de Néant. Suivons-le sur une longueur d’environ deux-cent cinquante pas, nous rencontrons à droite et à gauche six pierres espacées à quelques mètres les unes des autres. Elles sont disposées sur une ligne droite coupant obliquement le chemin, et dont la direction tend vers le Jardin aux Tombes [Jardin aux Moines] qui n’en est qu’à deux cent pas au plus à gauche. Ces pierres sont des blocs semblables à ceux du Jardin aux Tombes, c’est à dire que ce sont des blocs de poudingue à grains blancs. Cette nature de pierre, je le répète, est étrangère au sol de la lande. On dit qu’autrefois le nombre de pierres alignées était bien plus grand. Beaucoup auraient été soit renversées, soit brisées. Sur le prolongement de cette même ligne de pierres, mais à droite, on arrive à une grande dalle de pierre mesurant 2m10 de long et 1m40 de large, et couchée à plat sur le sol de la lande. Il est vraisemblable, d’après la disposition rectiligne de ces pierres, à laquelle a présidé une intention, que ce sont les vestiges d’un monument mégalithique, et il aurait peut-être quelque affinité avec celui du Jardin aux Moines. A douze ou quinze pas de cette rangée de pierres, et à droite de l’ancien chemin de Néant, se voit une butte, bien moins saillante que la petite que j’ai mentionnée ci-dessus, à droite de la route allant à Tréhorenteuc ; au dire des gens du pays, ce serait une troisième butte sépulturale.Bellamy, Félix (1896), Volume premier, p. 187 (Voir en ligne)

Félix Bellamy mentionne enfin un second et dernier bloc de poudingue isolé dans la lande.

Après cette station à la Butte aux Tombes, reprenons notre chemin vers Tréhorenteuc. A quelques cent pas au-delà on découvre à droite de la route un gros bloc de pierre couché sur la lande ; lui aussi est en poudingue quartzeux et apporté là de quelque part des environs. Il est de forme irrégulière, mesure environ 2m10 de long et n’est pas sans analogie avec la Roche de Mauron que j’ai mentionnée ci-devant sur cette même lande.Bellamy, Félix (1896), Volume premier, p. 188 (Voir en ligne)

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L’abbé Gillard, 1955

L’abbé Gillard de Tréhorenteuc donne une description des « Buttes aux Tombes » vers 1955. Il y mentionne quatre monuments : la « Butte aux Tombes », la « Butte Ronde », un tumulus appelé le « Tertre allongé » par Jacques Briard, ainsi qu’un menhir, la Pierre de Bellamy, situé dans la « lande du Cerisier ».

En continuant la route de Tréhorenteuc, on arrive au carrefour de Néant à Paimpont, à l’entrée d’un cimetière druidique. Ce cimetière comprend un grand nombre de monuments [...] En poursuivant vers Tréhorenteuc, on trouve, au niveau de la première courbe, un petit chemin à droite. Si on s’y engage, on ne tarde pas à remarquer, à gauche, un nouveau tumulus surmonté celui là, de deux pierres de couleurs différentes. Il n’offre guère d’intérêt. Mais, sur le côté opposé du chemin, il faut voir dans la lande, sous forme de pierre blanche, un menhir abattu. GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955. [page 21]

Ce menhir en poudingue blanc, couché sur la lande a inspiré à l’abbé Gillard un paragraphe où il développe ses « théories » sur les religions antiques :

Un menhir devenu une idole - Ce menhir n’a pas été créé sur place. Il a été amené sur cette lande. Et d’abord, il fut planté en terre. Il symbolisait en cet endroit cet Être immense qu’on ne peut loger et cet Être invisible qui ne ressemble à personne ni à rien de ce qui existe. Il a été, en son temps, recouvert d’huile, de beurre ou de saindoux. Il a reçu des baisers. À ses côtés, des chandelles de résine ont brûlé, le peuple s’est rassemblé et des prières ont été dites. C’était bien ! Mais un jour, ce menhir a perdu son caractère sacré de symbole. Il est devenu dans l’esprit des gens simples, l’incarnation, ou mieux, la pétrification de Dieu. On l’a cru vivant. On a pensé pouvoir lui parler. Alors, l’Église est intervenue et elle l’a fait abattre. Peut-être est-il par terre depuis environ 1000 ans.Gillard, abbé Henri (1955) op. cit. p. 20-21

Les Buttes aux Tombes et l’archéologie contemporaine

Oubliés de tous, les tertres des « Buttes aux Tombes » sont redécouverts en 1981 par l’Association des Amis du Moulin du Châtenay. On constate alors que certaines pierres des tertres signalés autrefois ont disparu. Selon Jacques Briard, cette destruction aurait été opérée vers 1920 pour agrémenter quelques-uns des jardins et maisons du bourg proche de Néant. L’archéologue a donné une description de l’ensemble des « Buttes Aux Tombes » à l’occasion des fouilles menées en 1983 et 1984 sur l’un des tertres appelé « Jardin aux Moines ».

A l’heure actuelle, il subsiste un groupe assez important de ces tertres : le long tumulus (70 m sur 5 m environ) dit La Butte aux Tombes, le long de la route de Mauron. Il ne comprend plus qu’une ou deux pierres d’entourage. Ensuite vient le Jardin aux Moines [...] À une centaine de mètres à l’est du Jardin aux Moines se trouve un petit tertre de 5 à 6 m de long, à une dizaine de mètres de la route menant à Tréhorenteuc. Toujours au bord de cette route, à 500 m vers le sud, se situe un autre tertre de 15 m de long, 5 m de large et 2 m de haut, portant au sommet trois dalles verticales [Tertre allongé]. À 300 m au sud-ouest, la Butte Ronde, en pleine lande et difficile d’accès, est une grande butte circulaire de 20 m de diamètre environ et de 4 m de haut, composée uniquement de pierres. Elle a été explorée à une époque ancienne et montre au centre un cratère de fouille. C’est donc un ensemble de cinq tertres qui subsistent sur la dizaine que devait contenir la lande, d’après les divers renseignements anciens et l’enquête auprès des paysans que nous avons menée. BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989. [ page 42]

Selon Jacques Briard, le groupe des tertres néolithiques de Néant-sur-Yvel et Tréhorenteuc apparait comme un ensemble original :

Il révèle une concentration de monuments du même type dans une aire restreinte et l’attachement probable d’une ethnie très localisée à ce mode de sépulture. Ces tertres montrent une conservation très inégale et des structures diversifiées : cloisons internes en pierres au Jardin aux Moines, petits alignements de blocs sur le tertre allongé de la route de Tréhorenteuc, grand cairn de pierres à la Butte Ronde, qui est peut-être d’un type différent des véritables tertres allongés.Briard, Jacques (1989) op.cit. p. 105

Philippe Gouezin, dernier archéologue à avoir mentionné les « Buttes aux Tombes », ne cite que quatre tertres tumulaires dont un entièrement détruit.

Ce tertre [Le Jardin aux Moines] est l’un de ceux qui subsistent d’une série détruite. Un tertre similaire a existé à une centaine de mètres au nord et a été détruit il y a une trentaine d’années. Un autre probable est encore visible très ruiné à l’est. Un tertre de grande dimension [La Butte aux Tombes] mais sur la commune de Tréhorenteuc, se trouve proche du carrefour décrit précédemment [carrefour Tréhorenteuc-Néant]. GOUEZIN, Philippe, Les mégalithes du Morbihan intérieur : des landes de Lanvaux au Nord du département, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 1994.

Les théories celtiques de Jean Markale

Jean Markale, en digne héritier de l’abbé Gillard de Tréhorenteuc, associe le site des « Buttes aux Tombes » à la période celtique, contribuant à entretenir le mythe du druidisme en forêt de Brocéliande. Il publie pourtant ses théories plus de dix ans après les fouilles archéologiques de Jacques Briard qui a clairement classé les « Buttes aux Tombes » au Néolithique.

[...] On peut découvrir sur ce plateau de nombreuses mottes de terre qui, à première vue, paraissent des excroissances du terrain, mais qui se révèlent à l’analyse être des tertres artificiels datant de l’Age du Fer. Ce sont donc des tumuli celtiques, et l’un d’eux affecte la forme ronde caractéristique de ce que les archéologues anglo-saxons nomment des rounds-barrows [La Butte Ronde].

MARKALE, Jean, Guide spirituel de la forêt de Brocéliande, Monaco, Éditions du Rocher, 1996. [Pages 21-22]

On cherche en vain les documents archéologiques sur lesquels Jean Markale s’appuie pour prouver une présence celtique sur le site des « Buttes aux Tombes » !

Tertre et blocs de poudingue inédits

Un tertre et plusieurs blocs de poudingue épars dans la lande sont absents de toutes les descriptions du site publiées jusqu’à présent.

  • Le « Tertre aux fosses »

La butte que nous proposons d’appeler « Tertre aux fosses » est située face à la Butte aux Tombes de l’autre côté de la route de Mauron à Tréhorenteuc (voir carte).

D’orientation NE-SO, elle mesure 22 m de long sur 10 m dans sa plus grande largeur. Elle est percée de trois fosses, une circulaire au centre encadrée de deux rectangulaires aux extrémités. La fosse circulaire mesure 1,40 m de diamètre. Les deux fosses rectangulaires mesurent 2,30 m x 0,80 m, la plus à l’ouest dans l’axe du tertre, la plus à l’est perpendiculaire à celui-ci.

Tertre aux fosses
Tertre aux fosses
  • Les séries de blocs de poudingue

— « Série de l’ancien chemin de Néant »

Situés sur l’ancien chemin de Néant-sur-Yvel à La Saudraie, sur le bord nord de celui-ci, trois blocs de poudingue sont très peu apparents. Ils forment un alignement oblique par rapport au chemin. Sur le bord opposé de celui-ci se trouve une faible butte, évoquant la possibilité d’un ensemble mégalithique tronqué par le chemin.

— « Blocs de l’affleurement »

À cent mètres au NE de la « Butte Ronde », deux blocs, l’un en schiste (0,90 m x 0,75 m), l’autre en poudingue (1 m x 0,6 m) sont posés près du sommet d’un affleurement de schiste.

Blocs de l'affleurement
Blocs de l’affleurement

— « Blocs de la mare »

À 180 mètres au NE de la « Butte Ronde », quatre blocs en poudingue sont posés dans la lande, non loin d’un trou d’eau, probablement ancienne zone d’extraction de schiste.

Blocs de la mare
Blocs de la mare

Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989.

CAYOT-DELANDRE, François-Marie, Le Morbihan, son histoire et ses monuments, Vannes, A. Caudéran, libraire éditeur, 1847, Voir en ligne.

FOUQUET, Alfred, Des monuments celtiques et des ruines romaines dans le Morbihan, Vannes, A. Caudéran, libraire éditeur, 1853, Voir en ligne.

GOUEZIN, Philippe, Les mégalithes du Morbihan intérieur : des landes de Lanvaux au Nord du département, Rennes, Institut Culturel de Bretagne - Skol-uhel ar vro - Laboratoire d’anthropologie - Préhistoire (U.P.R. 403 C.N.R.S.) Université de Rennes I, 1994.

GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955.

MARKALE, Jean, Guide spirituel de la forêt de Brocéliande, Monaco, Éditions du Rocher, 1996.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne.

ROSENZWEIG, Louis Théophile, Répertoire archéologique du département du Morbihan, Paris, Imprimerie royale, 1863, Voir en ligne.


↑ 1 • Achate est l’ami et écuyer d’Énée dans l’Énéide de Virgile. Fidèle compagnon dans ces périlleux voyages de son chef, il est devenu le symbole de l’ami fidèle.