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Octobre 1939 - 17 juin 1940

L’armée polonaise à Coëtquidan

La reconstitution de l’armée polonaise dans la région de Brocéliande

Après l’invasion de la Pologne par l’armée allemande en septembre 1939, le camp de Coëtquidan devient le centre principal de l’armée polonaise. De septembre 1939 à juin 1940, des dizaines de milliers de volontaires y affluent afin d’intégrer les unités en constitution. Les installations du camp sont rapidement saturées ; les compagnies en formation cantonnent alors dans les communes environnantes.

L’armée polonaise en France

En mai 1939, le général Kasprzycki, ministre polonais des affaires militaires, négocie une convention avec la France en vue de créer une division d’infanterie de l’armée française avec les Polonais émigrés sur le sol français. Le 9 septembre 1939, l’invasion allemande de la Pologne précipite les négociations. Le 12 septembre, le camp de Coëtquidan (Morbihan) est mis à la disposition de l’armée polonaise par les autorités françaises, sous le commandement du général Ferek Bleszynski. Mille volontaires le rejoignent la première semaine.

Cependant, le gouvernement polonais en fuite est intercepté et retenu en Roumanie. Conformément à la constitution, un gouvernement provisoire est institué en France le 30 septembre 1939 avec le général Sikorski comme premier ministre. L’accord du 9 septembre 1939 prévoyant la formation d’une division d’infanterie polonaise au sein de l’armée française se révèle inadapté devant l’ampleur du contingent polonais. De très nombreux officiers, sous-officiers et soldats polonais ont en effet pu rejoindre la France en passant par la Roumanie et la Hongrie. Vers le 10 novembre, jusqu’à six à sept cents recrues arrivent chaque jour au camp de Coëtquidan. Le 4 janvier 1940, le général Sikorski signe alors une nouvelle convention avec le gouvernement français concernant la création d’une armée polonaise sur le territoire hexagonal.

Au 11 juin 1940, 88 000 hommes dont 50 000 fils d’immigrés ou immigrés et 38 000 venus de Pologne composent l’armée polonaise. Les hommes sont répartis en quatre divisions d’infanterie et trois brigades 1.

  • au Camp de Coëtquidan : la 1ère Division de Grenadiers (16 365 soldats) et la 3e Division d’Infanterie à pied (8 320 soldats) ainsi que La 10e Brigade de Cavalerie Blindée (5 305 soldats) et la 10e brigade de chasseurs,
  • à Saint-Loup, près de Parthenay (Deux-Sèvres) : la 2e Division de Chasseurs à pied (16 112 soldats) et la 4e Division d’Infanterie à pied,
  • à Beyrouth (Liban) : la brigade du Levant rejoint la Palestine pour passer sous commandement Britannique en juin 1940.

Coëtquidan devient le centre principal de cette armée, puisqu’on y retrouve ses dépôts et les écoles de formation pour ses cadres.

PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982. [page 83]

L’armée polonaise à Coëtquidan

En octobre, le général Denain, chef de la mission franco-polonaise et le général Sikorski viennent officiellement au camp de Coëtquidan. L’Illustration du 4 novembre 1939 témoigne de cette visite. Le journaliste mentionne dans cet article la présence parmi les volontaires, de l’ancien ambassadeur de Pologne à Berlin, M. Lipski. Trop candide, celui-ci avait longtemps cru aux promesses d’Hitler.—  ANONYME, « Avec les armées britanniques - La tragédie de Varsovie - Avec l’armée du Général Sikorski en France », L’illustration, journal universel, 4 novembre (n° 5044), 1939. —

L'arrivée à Coëtquidan des soldats polonais
L’arrivée à Coëtquidan des soldats polonais

Sur cette photo on reconnait l’entrée du camp, avec, flottant au mât des couleurs, un drapeau polonais.

Les camps de Coëtquidan et de Parthenay ont laissé le souvenir d’une installation précaire, du manque total de confort élémentaire. Les témoins évoquent constamment la boue et la sensation de froid et d’humidité. Le camp de Coëtquidan était constitué de baraques qui avaient une fâcheuse tendance à s’enfumer lorsque les poêles étaient mis en service. La chaleur avait du mal à s’installer : les canalisations gelaient l’hiver et les couvertures restaient moites même pendant les jours ensoleillés. Sa mission dès son ouverture était de former les futurs cadres de l’armée polonaise. Le centre de Formation d’Infanterie regroupait trois écoles, une école d’aspirants, une école de sous-officiers et une école de formation continue. Il fut complété en janvier 1940 par le Centre de Formation d’Artillerie, comprenant lui aussi une école d’aspirants et une école de sous-officiers. Des cours plus spécialisés comme les Transmissions étaient dispensés par des officiers français et polonais. L’instruction des hommes de troupes se faisait, comme nous l’ont rappelé plusieurs témoignages, ailleurs [dans la région autour de Coëtquidan]

FREY, Yves, Polonais d’Alsace : pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2003, 598 p., Voir en ligne.Page 384

La 10e brigade blindée motorisée

La 10e brigade blindée motorisée est la seule unité à avoir fui dans sa quasi totalité la Pologne par la Hongrie puis à gagner le camp de Coëtquidan en octobre 1939.

Elle est composée de 5 300 hommes et de leur équipement. Elle se réorganise à Coëtquidan sous le commandement du général Maczeck puis quitte le camp en février 1940. Un seul détachement de 1 309 hommes participera en juin 1940 aux combats sur le front. 1 200 hommes seront tués, blessés ou disparus en quatre jours. Les survivants rejoignent les ports du sud-ouest et s’embarquent vers l’Angleterre.

La 10e brigade de chasseurs

La 10e brigade de chasseurs ou Brigade autonome de chasseurs de Podhale est formée le 9 février 1940 à Coëtquidan. Elle est constituée à partir d’effectifs prélevés sur la 1ère division d’infanterie polonaise, en cours de formation à Coëtquidan. Elle comprend 4 778 hommes répartis en deux demi-brigades de deux bataillons d’infanterie chacune, commandés par le Général Bohusz-Szyszko.

La 10e brigade de chasseurs est constituée en vue d’être envoyée en Finlande pour lutter contre l’invasion soviétique, mais elle est finalement intégrée au corps expéditionnaire français en Scandinavie et envoyée le 8 mai 1940 en Norvège. Après avoir été déposée aux îles Lofoten, elle est transférée et regroupée face à Narvik le 16 mai 1940. Elle combat auprès des troupes françaises de la 1ère DLCh commandées par le général Derien. Elle perd 300 hommes dans la bataille victorieuse du 27 mai.

La 10e brigade de chasseurs revient en France pour participer à la défense du secteur de Dol-de-Bretagne - Combourg où elle subit des pertes terribles. Le 18 juin 1940 une demi-brigade est anéantie et la seconde dissoute pour échapper au massacre.—  PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982. [page 83] —

L'armée polonaise à Coëtquidan
L’armée polonaise à Coëtquidan

La 1ère division d’infanterie polonaise

La 10e division blindée motorisée et la 10e brigade de chasseurs doivent quitter Coëtquidan en février 1940 car le camp n’est plus en mesure d’héberger la masse des 17 894 polonais volontaires.

Le 21 février, le général Denain demande au général chef d’état-major de l’Armée à l’intérieur, par un message classifié très secret, de diriger les deux brigades vers de nouvelles zones pour que le camp puisse recevoir les recrues destinées à constituer la 1ère division d’infanterie polonaise ou 1ère division de grenadiers.

Dès le mois de janvier 1939, 16 000 hommes commencent à arriver à Coëtquidan et intègrent progressivement la 1ère division d’infanterie polonaise. Elle s’organise jusqu’en avril 1940 sous les ordres du général B. Duch. Elle rejoint alors la 3e armée française et participe à la défense de la Ligne Maginot du 5 au 13 juin puis à celle du canal de la Marne au Rhin.

Elle perd quarante-cinq pour cent de ses effectifs au cours de ces combats puis est dissoute le 21 juin pour ne pas tomber aux mains de l’armée allemande.—  PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982. [page 83] —

La 3e division d’infanterie polonaise

La 3e division d’infanterie polonaise est créée au mois de mai 1940. Elle est transformée en division d’infanterie légère en raison de la pénurie d’équipement. Elle comprend 11 800 soldats dont 380 officiers. Les deux tiers des recrues sont à peine habillées au moment de l’invasion de la Bretagne. Démunie d’artillerie et de voitures, elle est inapte à la guerre.

Rennes tombe au mains des Allemands le 18 juin 1940. Le général Faury, inspecteur de l’instruction de la division, prend le commandement de toutes les troupes polonaises encore stationnées dans la région de Coëtquidan. Il donne l’ordre de se replier sur Saint-Nazaire et Nantes afin de rejoindre la Grande-Bretagne.

La 3e division légère ainsi qu’un groupe d’artillerie motorisé en formation, soit 12 000 hommes, atteint Saint-Nazaire après trois jours de marche, mais la ville déclarée « ville ouverte » lui refuse le passage. Le colonel Tadeudz Zieleniewski qui dirige la troupe est obligé de la dissoudre le 20 juin 1940.—  PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982. [page 84] —

L'armée polonaise à Coëtquidan
L’armée polonaise à Coëtquidan
Les soldats polonais reçoivent leurs nouveaux fusils.

Les Polonais dans la région de Brocéliande

Malgré neuf mois de présence dans la région de Coëtquidan et des effectifs montant à 22 000 soldats en mars 1940, l’armée polonaise n’a laissé que peu de traces dans la mémoire des populations locales.

Les personnes âgées se souviennent certes de leur passage mais sans pouvoir donner de précision sur cette période. Il apparait que les Polonais répartis dans toute la région de Plélan-le-Grand à Malestroit, en passant par Campénéac et Augan sont restés regroupés dans leurs cantonnements. Fermement encadrés et soumis à une rude discipline, ils ne semblent pas avoir eu le loisir d’entrer en contact avec la population.

PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982. [page 85]

À partir de la fin novembre 1939, le Camp de Coëtquidan n’est plus assez grand pour contenir les soldats polonais. Cinq brigades sont réparties dans la région.

—  CAILLARD, Jean-Charles, « L’armée polonaise à Coëtquidan : 12/09/1939 - 18/06/1940 », 2014/23/10, Voir en ligne. —

Les Polonais à Paimpont

Le 19 août 1939, un arrêté du Ministère de la Guerre stipule que le droit de réquisition est ouvert dans la commune de Paimpont. Des compagnies de l’armée polonaise s’établissent sur la commune du 8 novembre 1939 au 16 juin 1940.

Installation à Paimpont du détachement de la 3e compagnie d'ouvriers d'artillerie (15 novembre 1939)

Un tableau récapitulatif des sommes dues aux propriétaires logeurs des troupes polonaises mentionne vingt-cinq propriétaires indemnisés. La plupart n’hébergent que quelques soldats, d’autres des chevaux. Les plus gros remboursements concernent Messieurs Tual, de Clerville et Levesques pour des soldats et des chevaux ainsi que Mademoiselle Edet, propriétaire des Forges de Paimpont, pour des chevaux. Ces trois derniers habitent aux Forges où sont stationnés le gros des troupes.— Mois de mars 1940 - état récapitulatif de sommes dues (logement et cantonnement) in A.M. Paimpont 4 H 20 —

Les effectifs des soldats polonais cantonnés à Paimpont évoluent en fonction de l’incorporation de nouveaux volontaires ainsi que de la création de nouvelles unités. —  A.M. Paimpont 4 H 20 —

  • La 3e Compagnie d’ouvriers de l’artillerie ou 3e Compagnie C.R.M.A. est la première troupe de l’armée polonaise à s’établir à Paimpont à partir du 15 novembre 1939. En décembre 1939, elle compte 1 643 soldats et 124 chevaux sur la commune.
  • En janvier 1940, 81 soldats polonais du 2e escadron de la 3e Compagnie C.R.M.A. sont attestés sur la commune de Paimpont.
  • En février 1940, le 3e groupe du 1er régiment d’artillerie légère prend ses quartiers à Paimpont.
  • Du 1er au 31 janvier 1940, de 141 à 171 soldats, 3 sous-officiers et 5 officiers sont cantonnés chez Mme Le Chauve-Devigny au Pas du Houx.
  • Du 27 mars au 18 avril 1940, de 3 à 23 officiers, de 6 à 232 soldats et jusqu’à 154 chevaux sont logés à Telhouët.
  • Du 26 mai au 11 juin 1940, le parc d’artillerie de la 3e division d’artillerie des troupes polonaises est stationné à Telhouët sous le commandement du capitaine Lopinski. Le maire signale qu’aucune plainte ne lui est parvenue émanant des habitants qui ont fourni le logement et le cantonnement.— Logement et cantonnement des troupes polonaises - Certificat de bien vivre in A.M. Paimpont 4 H 20 —

Du 6 juin au 16 juin 1940, soit dans les jours précédant l’arrivée de l’armée allemande, certains logements réquisitionnés hébergent des officiers haut-gradés.— A.M. Paimpont 4 H 20 —

  • Le logement de Mademoiselle Marie Garnier, dans le bourg de Paimpont est réquisitionné pour le cantonnement de deux officiers, le commandant Wojtczak et le capitaine Pacewig.
  • L’hôtel Allaire (aujourd’hui Relais de Brocéliande), situé dans le bourg de Paimpont héberge des officiers d’état major polonais, le général Wieczorkiewicz et le colonel Ogorkiewicz.
Le général Waclaw Wieczorkiewicz
Le général Waclaw Wieczorkiewicz
Chef d’état-major de l’armée polonaise à Coëtquidan

Incidents et conflits

La cohabitation entre ces nombreuses troupes polonaises et les Paimpontais dont les habitations ont été réquisitionnées ne se déroulent pas toujours sans heurts. Les archives municipales de Paimpont et Plélan-le-Grand attestent des incidents et des conflits dus à la présence de l’armée polonaise.

Gaillarde en Paimpont le 18 avril 1940.Dommages causés par les troupes polonaises à Monsieur Laguillé 2 locataire d’une ferme à Gaillarde. Dommage causé par un camion automobile dans un parc près de la maison d’habitation. Entre les soussignés Madame Laguillé et Monsieur le capitaine Chomard a été convenu ce qui suit. Les dommages ont été estimés après accord pour la somme de cent cinquante francs, payés ce jour 18 avril 1940. En présence de Monsieur Ruelland, maire de Paimpont et Madame Laguillé, présente et consentante.

A.M. Paimpont 4 H 20

Un procès-verbal des réclamations permet de situer les troupes stationnées à Paimpont de décembre 1939 à février 1940 3. — Mois de décembre, Janvier et Février 1939 et 1940 - Cantonnement des troupes polonaises à Paimpont - Procès-verbal des réclamations présentés. in A.M. Paimpont 4 H 20 —

Tous ces conflits sont rapidement évalués par les autorités et les habitants ayant subi un préjudice sont indemnisés. Une commission d’évaluation des dommages causés aux propriétés privées par les troupes polonaises se rend à Paimpont en avril et donne ses conclusions le 27 mai 1940 .— A.M. Paimpont 4 H 21 —

Evaluation des dommages aux habitants

Plusieurs incendies survenus à Paimpont en janvier 1940 se sont déclarés à cause de la négligence des troupes polonaises. Les principaux sont celui de la maison de M. Chantoux à Telhouët et celui de la toiture de l’abbaye de Paimpont qui se déclare dans le bureau même du commandant de la cavalerie.

Lettre du chef de bataillon Laillet, major de cantonnement de la zone de Plélan-Paimpont au général commandant le camp de Coëtquidan Au Cannée, en Paimpont, des incidents regrettables se sont passés chez Madame Guérin, jeune femme d’un Inspecteur de police de Paris et vivant avec une fillette de 14 ans. Un pied de chaise de la salle à manger a été brisé. Le logement des lieutenants est fort mal tenu (tapis brulé par des cigarettes et huilé par des boites de sardines ; parquet sale ; émaillage des lits enlevé par le frottement des bottes...) Bien plus, les officiers au Réveillon avaient tellement bu, que l’un d’eux a dû être déshabillé ivre-mort par son ordonnance. L’hôtesse a été obligée de nettoyer, à minuit, les vomissements laissés dans l’escalier.

A.M. Plélan-le-Grand

Cependant, pour la majorité des troupes polonaises cantonnées à Paimpont, les quelques mois de présence sur la commune se passent sans conflits ni incidents avec la population. Le témoignage d’Henri Stefanski, soldat du 24e Régiment de Lanciers évoque même une atmosphère familiale.

En 1939, je suis toujours citoyen polonais, et me porte volontaire pour la durée de la guerre au bureau de recrutement à Laon. Ils voulaient m’envoyer en Afrique du Nord, j’ai refusé. Je me suis retrouvé à Coëtquidan au 1er Régiment d’infanterie. Tous les jours, des volontaires arrivaient ; on était de plus en plus compressé pour laisser la place aux nouveaux venus ; il a fallu aller sur Paimpont pour s’installer dans de vieilles maisons. On était à quatre. On y a nettoyé de très vieilles maisons. C’était l’hiver 39-40, très rigoureux. On avait froid. On a été logés avec des copains chez une meunière chez qui on travaillait pour donner le coup de main en échange. On faisait presque partie de la famille. Le matin : exercices militaires. L’après-midi : ambiance familiale.

STEFANSKI, Henri, « M. Stefanski, 24ème Lanciers, à Montormel le 23 août 2008 », 2008, Voir en ligne.

Présence polonaise à Plélan-le-Grand

Des troupes polonaises stationnent à Plélan-le-Grand de novembre 1939 à juin 1940. Jean Macé, alors enfant, se souvient des troupes cantonnées dans le bourg.

Vers 1939, les Polonais sont venus au camp de Coëtquidan, en vue de reformer une armée pour combattre les Allemands. De ce fait, ils ont été un peu dispersés dans les environs, dont une compagnie qui s’est trouvée basée à Plélan. Avec l’accord du gouvernement français, ils réquisitionnaient des hangars, des granges, etc. dans Plélan ville et aussi dans les villages proches, pour y loger et s’installer. Pour les « besoins naturels », ils creusaient des fosses d’aisance et y posaient quelques planches dessus, le tout en plein air, dans une prairie. Quand la fosse étaient pleine, ils recouvraient le tout de terre et recreusaient une autre fosse plus loin. Ils se regroupaient tous les matins, pour faire de l’exercice et du maniement d’armes, sur le champ de foire [...] Une popote s’était mise en place dans notre quartier, derrière le café restaurant Barbu. Ils venaient s’y ravitailler. Ils se sont enfuis à l’arrivée des Allemands.

Souvenirs de Jean Macé

Plusieurs unités stationnent à Plélan durant quelques mois.

  • Des compagnies de la 2e division de chasseurs à pied stationnent dans la commune de septembre 1939 à juin 1940. —  OUEST-FRANCE, « Hommage aux combattants polonais au musée de Coëtquidan », Ouest-France, 23/10/2014, 2014, Voir en ligne. —
  • La 1ère compagnie de la 1ère division des Grenadiers de Grande Pologne y stationne de février à mai 1940.

Stanislas Niewadony, de la colonie « Fernand-Anna » à Kingersheim (Alsace), à Coëtquidan à partir du 5 décembre 1939 puis à Plélan-le-Grand en février 1940, était affecté à cette compagnie.

Pendant trois semaines, il connut l’inactivité. Après ces trois semaines, il commença à porter la tenue militaire, mais toujours de façon incomplète et dépareillée. Son séjour à Coëtquidan dura deux mois/deux mois et demi. Il y prêta serment devant le général Sikorski. Il fut incorporé dans le 1er bataillon de la 1ère compagnie de la 1ère division des Grenadiers de Grande Pologne. Il quitta alors Coëtquidan pour Plélan-le-Grand où il fut logé dans une grange. Là commença véritablement son instruction militaire, c’est-à-dire dans le courant février 1940. Après l’attaque allemande du 10 mai, sa compagnie fut transférée sur le front de Lorraine.

FREY, Yves, Polonais d’Alsace : pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2003, 598 p., Voir en ligne.Page 383
La 7ème compagnie du 2ème régiment de la 1ère DGP à Plélan-le-Grand
La 7ème compagnie du 2ème régiment de la 1ère DGP à Plélan-le-Grand
  • La 7e compagnie du 2e régiment de la 1ère DGP photographiée à Plélan le Grand
  • La compagnie de commandement de la 1ère Division d’Infanterie

Wladyslaw Imielski, né en 1915 en Silésie, appartient à cette compagnie. Il émigre avec sa famille à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) en 1920 et devient mineur comme son père et ses frères. Fin 1939, il est appelé à rejoindre l’armée polonaise en formation au camp de Coëtquidan. Après avoir été cantonné à Plélan-le-Grand de janvier à avril 1940, il est envoyé avec sa compagnie sur le front des Vosges où il est fait prisonnier par les allemands le 22 juin 1940.

J’ai arrêté de travailler le 25 novembre 1939 au lavoir des Chavannes car j’étais convoqué à l’armée polonaise en Bretagne, à Coëtquidan. J’y suis arrivé le 4 décembre 1939. Un mois plus tard, je me suis retrouvé dans la Compagnie de commandement à Plélan-le-Grand. Mon chef de peloton était le sous-lieutenant Wyganowski. A son départ 4, il a été remplacé par le lieutenant Rosywac ; le chef d’unité était le lieutenant Gzowski ; le chef de compagnie des pionniers était le lieutenant Rozycki ; le sergent chef Jackowski, l’aspirant Pacol Janoszewicz SP 30.163 mat 12323. j’ai pris ma première permission du 15 mars au 1er avril 1940. Le 20 avril 1940, je suis parti de Plélan-le-Grand et je suis arrivé à Vicherey - Vosges le 22 avril.

IMIELSKI, Wladyslaw, « Le carnet de Wladyslaw Imielski », 2013, Voir en ligne.
  • Le 8e R.I.P. de la 3e Division d’Infanterie polonaise est regroupé à Plélan de janvier à juin 1940, à l’arrivée de l’armée Allemande.

Stanislaw Kawa, né en 1914 dans les Basses-Carpathes polonaises, s’engage dans l’armée en 1937. Après la défaite, il rejoint la France et l’armée polonaise en reconstitution au camp de Coëtquidan. Début 1940, il séjourne à Plélan-le-Grand, où il est intégré avec le grade de sous-lieutenant, au sein du 8e R.I.P. de la 3e Division d’Infanterie polonaise en cours de formation. Après la dissolution de sa division, le 19 juin 1940, aux environs de Saint-Nazaire, il franchit la Loire et après un long périple se fait démobiliser à Lyon le 15 novembre 1940.—  SOUFFLET, Gérard, « Stanislaw Kawa-Topor, officier de l’Armée polonaise », 2011, Voir en ligne. —

Le témoignage de Marian Wilke, Polonais engagé de force dans la Wehrmarcht, évoque aussi la présence de soldat polonais au Thélin durant l’hiver 1940.

[...] un médecin polonais, un juif, officier polonais du camp de Coëtquidan, avait sauvé la petite Yvonne Bouvier qui était mourante. Elle avait une broncho-pneumonie et à cette époque-là, en 1940, il n’y avait pas de pénicilline. Les enfants qui avaient cette maladie, il y en avaient beaucoup qui mouraient. C’était presque fatal. Et ce médecin là avait soigné cette petite fille. Il n’y avait plus de recours. Et il y avait un détachement polonais qui était au Thélin pendant l’hiver 39-40, avant la débâcle. Plusieurs officiers habitaient la maison Detoc à gauche, presque en face de l’église, dont un officier polonais qui s’appelait Marian Cotzyla, qui devait devenir le fiancé d’une cousine de madame Bouvier, Raymonde Gaspais. Ils ne savaient plus quoi faire et il avait dit : « Si vous voulez, téléphonez au camp, car le docteur de Plélan ne peut plus rien faire, celui de Guer non plus. Il n’y a plus qu’a prier pour elle ». Il disait à cette fiancée qui s’appelait Raymonde Gaspais, une petite cousine de madame Bouvier, de demander à son fiancé de téléphoner au camp pour demander au médecin polonais, c’était le Docteur Sandzer. Il est arrivé avec un side-car et son ordonnance et il avait fait une piqure. Il a eu de la chance...madame Bouvier a pu conserver sa petite fille unique, grâce à ce médecin polonais.

CHESNAIS, René, La guerre et la résistance dans le sud de l’Ille-et-Vilaine : témoignages, René Chesnais (éditeur), 1999, 391 p. [page 119]

Présence polonaise à Monterfil

Le chapitre à charge intitulé Des Polonais sans scrupules à la Clopinais dans un ouvrage sur la Seconde Guerre mondiale à Monterfil relate le témoignage de Marie Morand. Alors que les Allemands arrivent et qu’elle est sans nouvelles de son mari, téléphoniste à Coëtquidan, Marie Morand s’absente deux heures.

Quelle n’est pas ma surprise, une porte est ouverte, celle du cellier qui communique avec la maison. La peur me saisit et je pense à mon fils Léon, je rentre mais l’enfant dort, des voleurs sont passés et ont emporté tout ce qui se mange, beurre, pain, etc. Terrorisée, je me réfugie le soir avec mes enfants chez des voisins. [...] Nous apprendrons que les voleurs étaient des Polonais, basés à Coëtquidan. Ils avaient fui à travers la campagne, je leur ai pardonné depuis longtemps.

BOUCARD, Alexandre et DUVIVIER, Georges, « 1940-1944 : Monterfil sous l’Occupation », Bulletin Municipal "Vivre à Monterfil", Février 1995. [page 10]

La vierge noire de Comblessac

La 11e compagnie d’Élèves Officiers Polonais, formée à Coëtquidan, est stationnée à Comblessac, en Ille-et-Vilaine, à 4 km au sud de Guer. Cette compagnie compte dans ses rangs un peintre spécialisé dans l’art religieux, Stanislas Mikola. Il réalise pour l’église de Comblessac une reproduction de la Vierge noire de Czestokowa, de la montagne de Jasna Gora en Pologne.

La vierge noire de Comblessac

Voici la traduction du texte polonais écrit en 1940 par Ksawery Pruszenski au revers du tableau.

“En l’an de grâce 1939, quand la Pologne toujours fidèle à ses engagements, ses alliés et son honneur, fut broyée dans une lutte inégale par l’envahisseur allemand, en France une armée polonaise se reconstitua. Au printemps 1940, avant de partir pour le front, elle offrit à Comblessac une image de la Vierge de Czestochowa, reine et protectrice de la Pologne, peinte par l’un des siens pour témoigner aux habitants toute leur gratitude et pour que la Vierge vous garde”.

CAILLARD, Jean-Charles, « L’armée polonaise à Coëtquidan : 12/09/1939 - 18/06/1940 », 2014/23/10, Voir en ligne.

Bibliographie

ANONYME, « Avec les armées britanniques - La tragédie de Varsovie - Avec l’armée du Général Sikorski en France », L’illustration, journal universel, 4 novembre (n° 5044), 1939.

BOUCARD, Alexandre et DUVIVIER, Georges, « 1940-1944 : Monterfil sous l’Occupation », Bulletin Municipal "Vivre à Monterfil", Février 1995.

CAILLARD, Jean-Charles, « L’armée polonaise à Coëtquidan : 12/09/1939 - 18/06/1940 », 2014/23/10, Voir en ligne.

CHESNAIS, René, La guerre et la résistance dans le sud de l’Ille-et-Vilaine : témoignages, René Chesnais (éditeur), 1999, 391 p.

FREY, Yves, Polonais d’Alsace : pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2003, 598 p., Voir en ligne.

IMIELSKI, Wladyslaw, « Le carnet de Wladyslaw Imielski », 2013, Voir en ligne.

PETERS, Commandant, « Historique de Coëtquidan », Coëtquidan, Armée de Terre, 1982.

SOUFFLET, Gérard, « Stanislaw Kawa-Topor, officier de l’Armée polonaise », 2011, Voir en ligne.

STEFANSKI, Henri, « M. Stefanski, 24ème Lanciers, à Montormel le 23 août 2008 », 2008, Voir en ligne.n


↑ 1 • détail sur le site

↑ 2 • Monsieur Laguillé et Madame Laguillé hébergent 4 officiers depuis le 19 janvier 1940. Au 6 avril 1940, 58 soldats et 3 officiers.— A.M. Paimpont 4 H 20 —

↑ 3 • Liste des hébergeurs de soldats polonais stationnés à Paimpont de décembre 1939 à février 1940 :

  • À Telhouët, chez la veuve Saillard, les enfants Chantoux et Celestin Roussel,
  • À la Ville-Danet chez François Briand,
  • À la Communauté des sœurs de Saint-Louis (En décembre 1939, la Communauté des sœurs de Saint-Louis héberge 17 officiers, 15 sous-officiers et 3 ordonnances soit 35 Soldats polonais. — A.M. Paimpont 4 H 20 —), chez Louis Rigolé et la veuve Biron dans le Bourg,
  • À Gaillarde chez Armand Derbré,
  • Au Pas-du-Houx, au château de Brocéliande chez M. Veillet-Dufrêche (M. Veillet-Dufrêche héberge 3 officiers et 140 soldats au 2 décembre 1939, 70 soldats au 27 mars, 2 officiers au 1er mars 1940.— A.M. Paimpont 4 H 20 —)
  • Au Cannée, chez Henri Lecomte (Henri Lecomte héberge 5 officiers et 14 soldats au 30 mars 1940.)
  • Aux Forges, chez M. de Clerville, M. Leguales, Mme Zaepffel (Mme Zaepffel héberge 4 officiers du 26 au 31 janvier 1940 puis un cinquième ainsi que deux hommes de troupes du 1er au 20 février 1940. — A.M. Paimpont 4 H 20 —).

↑ 4 • Le sous-lieutenant de réserve de cavalerie Józef Wyganowski a ensuite été affecté commandant du peloton d’éclaireurs motocyclistes de la Brigade Autonome de Chasseurs de Podhale.