aller au contenu

L’église abbatiale Notre-Dame de Paimpont

L’église abbatiale Notre-Dame de Paimpont, édifiée au 13e siècle, a fait l’objet d’importants remaniements aux 15e et 17e siècles. Dès sa fondation par l’ordre des chanoines réguliers de saint Augustin, l’édifice est destiné à des usages monastiques et paroissiaux. Elle perd ses usages monastiques à la Révolution.

L’église du 13e siècle

De l’église du 13e siècle, bâtie après l’installation à Paimpont des chanoines réguliers de saint Augustin, subsistent actuellement les murs et une partie de la charpente. L’édifice, d’inspiration gothique, consistait en un vaisseau unique de 40 mètres sur 8 mètres, ouvrant par des arcades sur des chapelles carrées. Des matériaux locaux, schiste pourpre et grès armoricain, ont été utilisés pour construire les murs sur lesquels s’appuyait une voûte lambrissée en plein cintre.

Les chanoines qui disposaient déjà d’une chapelle durent prendre leur temps pour bâtir leur église abbatiale. […] Il est vraisemblable que la construction s’échelonna de 1220 environ au-delà de la moitié du XIIIe siècle. On repère d’ailleurs nettement une interruption des travaux dans le mur sud de la nef et une évolution dans la forme des fenêtres. BLOT, Roger et GOOLAERTS, Laurent, « Église Notre-Dame de Paimpont (2) », L’Église en Ille-et-Vilaine, 2012, p. 16-17.

L’acte le plus ancien se rapportant à cet édifice date de 1226 et marque peut-être la consécration de la nouvelle église abbatiale :

Les dites seigneuries de Lohéac et de Montfort ont augmenté cette maison de notables revenus, comme Guillaume de Lohéac en l’an 1180. Eudon de Lohéac, son fils, et Agnès, sa compaigne, en firent de mesme en l’an 1199. Leurs enfants, en 1226, fondèrent 20 sols de rente pour entretenir deux cierges allumés pendant le divin service. BARLEUF, abbé Vincent, « Relation de l’Abbaye de Nostre-Dame de Painpont en Bretagne, Ordre des Chanoines réguliers de la Congrégation de France », Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine 5 J 164, v. 1670.

Cependant, la mise en place de la charpente du chœur est plus récente car l’abattage a été daté des années 1230 et 1234 —  BERNARD, Vincent, « Étude dendro-chronologique des charpentes du chœur de l’église de Paimpont », Dendrotech™, 2011, Voir en ligne. —.

Les chanoines ont apporté un soin particulier à l’édification du portail occidental, en témoignent les portes et les jambages des fenêtres en granit. Certains éléments architecturaux traduisent une filiation avec l’art normand contemporain : les portes jumelées en arc trilobé, les chapiteaux à culots coudés et les fenestrages sans chapiteaux se retrouvent à Coutances et Dol vers 1220, mais aussi dans le chœur de la cathédrale de Saint-Malo —  RIOULT, Jean-Jacques, « Abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin, actuellement église paroissiale Notre-Dame, presbytère et mairie », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne. —. On retrouve également l’influence normande dans le croisillon sud, ouvert par une rose à douze lobes —  MUSSAT, André, Arts et cultures de Bretagne : un millénaire, 1995, Editions Ouest-France, 1969. [page 65] —.

Le porche occidental de l’église comprend une statue de la Vierge à l’enfant pouvant être comparée aux statues de la Vierge du croisillon sud d’Amiens et de la façade nord de Notre-Dame de Paris. Cette statue, datée de la fin du 13e siècle, est entourée d’anges orants situés dans les écoinçons du tympan, une disposition adoptée pour la tribune des reliques de la Sainte-Chapelle de Paris —  RIOULT, Jean-Jacques, « Vierge à l’enfant dite Notre-Dame de Paimpont », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne. —. Ces statues du portail ont été décapitées et mutilées pendant la Révolution, probablement en 1790 lors de la révolte d’habitants de Bruc-sur-Aff, venus détruire les archives de leur prieuré Saint-Michel qui dépendait de l’abbaye de Paimpont —  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [page 124] —. La restauration malheureuse de la tête de la Vierge, par Savary en 1907, droite et sans expression, a supprimé l’élégance du mouvement originel — Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série 7 FA. 211 —.

La façade du portail, aujourd’hui aveugle, était surmontée d’une fenêtre attestée en 1783 :

Il sera mis un carreau de verre à la fenêtre qui est au pignon au couchant et le surplus des verres sera décrassé, on pourrait la remplir de maçonnerie comme inutile et préjudiciable au pignon par l’eau qui s’y introduit, en conséquence de quoy, cette maçonnerie à faire en mortier de chaux et sable en conséquence, l’entrepreneur ne sera pas tenu d’y mettre de verre ce qui coûtera la somme de vingt huit livres. Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine. Série Q : (biens nationaux) : 1 Q 388. Procès verbal d’estimation des terres et dépendances de l’abbaye de Paimpont du 6 février 1783 par Jacques Priou, ingénieur des ponts et chaussées de Bretagne.

Cette ouverture fut finalement obturée par un petit appareil régulier de grès armoricain, encore visible aujourd’hui.

Les tombes et enfeux de l’église abbatiale

La règle des chanoines de saint Augustin leur permet de mener une vie régulière ou séculière. Un chanoine de l’abbaye fait office de recteur de la paroisse Notre-Dame de Paimpont. C’est pourquoi la nef de l’église abbatiale est divisée en deux parties : la partie haute est dévolue aux moines, la partie basse aux fonctions paroissiales. Une grille ou un jubé, aujourd’hui disparu, séparait les deux espaces. Deux niches crédences se faisant face attestent la présence des deux anciens autels paroissiaux adossés à la grille. Ils étaient consacrés à saint Nicolas et saint Sébastien. On cite aussi un autel dédié à saint Jacques.

Une extension de la partie paroissiale, construite vers 1375, communiquait avec la nef par une arcade percée sous la deuxième fenêtre du mur sud. On peut y lire une inscription en latin :

Ceci est l’oratoire où Jean Magne, seigneur de Irodoire et Jehanne de Belosac, dame de la Rivière, son épouse, ont doté une chapellenie d´une messe au jour que l´on voudrait, l´an du Seigneur 1372 et firent faire ce travail, l´an du Seigneur 1375. Traduction de l’inscription de l’arcade sous la deuxième fenêtre du mur sud de la nef 1.

Cet oratoire, nommé plus tard chapelle de Bonne-Encontre, accueille les sépultures des paroissiens, tandis que les chanoines sont enterrés dans la chapelle nord et les abbés dans le chœur. Des membres des familles nobles de la région sont enterrés dans la chapelle sud. Les Montfort et les Lohéac seigneurs fondateurs, supérieurs et dotateurs de l’abbaye de Paimpont ont leurs armes en lisière dedans et dehors, leurs tombes, enfeux et toutes autres marques de fondation et de supériorité devant l’autel Saint-André. Les chanoines doivent célébrer sur cet autel deux messes par semaine et quatre messes solennelles aux quatre fêtes principales de l’année, avec prières nominales — Déclaration du comté de Montfort en 1682 —. Des sires de Maure y possèdent aussi leurs sépultures. Ainsi, en 1306, Jean, seigneur de Maure, y fut inhumé auprès de sa mère, Raymonde de Bonaban, sa femme et de Robert, son fils.

[Jean de Maure] mourut I’an treize cents six le dixhuictiesme de Mars, & fut inhumé en l’Abbaye de Nostre Dame de Paimpont avec sa mère, sa femme Raimonde, & son fils aisné Robert mort avant luy : pour le remède de l’âme desquels & de la sienne aussi, il donna & légua à ladite Abbaye & aux Chanoines reiglez de l’ordre Sainct Augustin, Servans Dieu en icelle Eglise, douze livres de rente annuelle & perpétuelle pour la dotation & entretien d’un obit ou anniversaire, qui se dit chacun an par lesdits Chanoines pour les âmes des susnommez, ainsi que j’ay apris du Martyrologe d’icelle Abbaye, auquel est escrit ce qui s’ensuit à l’endroit de quinto decimo Calendas Aprilis (c’est le dix-huietiesme de Mars) obijt Ioannes de Maura paterdomini Roberti de Maura, qui dedit duodecim libras pro anniversario suo faciendo, & Raymunda eius vxoris, & matris sua, & dicti Roberti. DU PAZ, Auguste, Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, Paris, Chez Nicolas Buon, 1619, Voir en ligne. page 632

Un nouveau cimetière paroissial, situé sur le bord sud de l’allée des Litières, est fondé en 1610 avec la chapelle Sainte-Anne. Des Paimpontais continueront d’être enterrés dans l’oratoire jusqu’en 1709, année de sa destruction. L’arcade de communication avec la nef est alors condamnée et l’oratoire remplacé par la chapelle de la Miséricorde, aujourd’hui appelée salle des Ecrouettes.

Les travaux de l’abbé Olivier Guiho au 15e siècle

Dom Olivier Guiho, abbé de Paimpont de 1407 à 1452, est considéré comme le principal rénovateur de l’abbaye :

Oliverius Guiho, insigne personnage et 13e abbé dudict lieu, pendant l’espace de cinquante ans, qui a, de son temps, presque rebasti toute l’abbaye. Abbé Vincent Barleuf (vers 1670). op. cit.

L’église à vaisseau unique est transformée en croix latine avec carré de transept. Un voûtement en ogive, prévu sur l’ensemble de l’église, se limite finalement au chœur et au transept :

Quoique la réalisation soit exceptionnelle chez nous (seules les cathédrales furent totalement voûtées), on voit bien que ce n’est pas un travail très maîtrisé. On est vraiment très au ras des ouvertures, notamment de la rosace, et les chapiteaux par exemple, n’ont pas été achevés. Le voûtement de la nef, prévu lui aussi, tourna court. Des départs d’ogives, forcements postérieurs au carré de transept, furent mis en place. BLOT, Roger et GOOLAERTS, Laurent, « Église Notre-Dame de Paimpont (3) », L’Église en Ille-et-Vilaine, 2012, p. 16-17.

Des fresques décoratives et narratives, encore en partie visibles aujourd’hui, ornent murs et voûtes du chœur.

L’abbé fait aussi construire une nouvelle chapelle à l’appui du transept sud, qui servira d’ossuaire au 18e siècle. Elle fait aujourd’hui office de chapelle baptismale.

Pour ces travaux, l’abbé Olivier Guiho a pu bénéficier de l’appui ducal. L’abbé déclare :

qu’il ne relève prochainement que du Duc de Bretaigne, son souverain seigneur, nonobstant que, pour recognoissance des biens faicts à son abbaye par les seigneurs de Lohéac et Montfort, il ait faict mettre leur armes à la principalle et maistresse pierre de ladicte chaussée, celles du Duc étant de tout temps au lieu plus éminent de la grande vittre de l’église. Abbé Vincent Barleuf (vers 1670). op. cit.

C’est très certainement ce qui explique le renouveau du culte de saint Judicaël à Paimpont au 15e siècle, favorisé par les ducs de Bretagne. L’abbé s’est fait représenter aux pieds de la statue de Judicaël ainsi que de celle de saint Méen.

Une aiguille de clocher à la croisée du transept

On ignore l’emplacement du clocher de l’église du 13e siècle. Ce n’est qu’à partir du 15e siècle, lors des travaux de voûtement en ogive, qu’un clocher surmontant la croisée du transept aurait été construit.

Le clocher actuel n’est pourtant pas celui du 15e siècle ; une gravure de l’abbaye de Paimpont de 1670, dédiée à l’abbé Charles de Rosmadec, représente un clocher en forme d’aiguille. Un procès verbal de 1705 le confirme :

Ensuite nous avons monté dessus la nef de l’église où […] ledit Huguet nous a fait remarqué que leguille du clocher et les mouïases qui font l’enrayeure sont en partie brûlées par la foudre qui tomba sur ledit clocher, ainsi que sieurs, prieur & procureur nous l’ont assuré & fait attesté sur les lieux par personnes dignes de foy ce qui est nécessaire de rétablir, mesme le clocher et de changer les pièces cy dessus expliquées et mesme de refaire à neuf le plancher où sont les cloches, pour lequel rétablissement des poutres planchers et eguille dudit clocher, ardoizes et œuvres de mains, ledit Huguet estime qu’il appartient la somme de deux mille cinq cent livres. Archives nationales, Cote G71344 : Eaux et Forêts, Bretagne (1701-1714) : Procès-verbal du 30 mars 1705.

Les travaux recommandés en 1705 n’ont pourtant pas encore été réalisés en 1783 :

Tous les prisages du clocher seront refaits à neuf et il n’y aura que les principalles pièces qui seront conservées. Il sera terminé en impériale de dix huit pieds de haut, le tout assemblé suivant les règles de l’art, ce qui fera une somme de huit cent quatre vingt livres. La dernière enrayure sera refaite à neuf, et les principales pièces seront assemblées avec les poteaux du campanier. Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine. Série Q : (biens nationaux) : 1 Q 388. Procès verbal d’estimation des terres et dépendances de l’abbaye de Paimpont du 6 février 1783 par Jacques Priou, ingénieur des ponts et chaussées de Bretagne.

Les travaux n’ayant pas été entrepris à cause de la Révolution, le clocher menaçe ruine. Sa forme actuelle, avec le toit en impériale, lui sera donnée en 1834.— Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série O —.

Les vitraux de l’abbatiale de Paimpont

L’église de Paimpont ne possède plus aujourd’hui ses vitraux médiévaux. Nous connaissons pourtant la description de deux d’entre eux mentionnés par Vincent Barleuf vers 1670 :

L’on voit encore en l’abbaye de Paimpont deux anciennes images l’une de saint Judicaël roy de Bretagne fondateur de cette maison et l’autre de saint Augustin aux pieds desquelles est représenté un abbé religieux qui s’appelait Olivier Guyo […] Il vivait en 1440 et son habit est de la forme et manière que celuy des religieux de saint Victor de Paris ce qui se voist encore en la mesme abbaye de Paimpont en un ancien panneau de vitre proche le grand autel ou le mesme abbé est représenté mort en son tombeau vestu de ses habits pontificaux et 6 religieux qui prient au pied de ce tombeau ayant la mesme tonsure et habit que cy-dessus BRETON, Yves, « La fondation de l’abbaye Saint-Jacques de Montfort », Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, Vol. 102, 1999, p. 29-91. [page 66]

Le deuxième vitrail, mentionné par le même Barleuf, porte les armes du duc de Bretagne : celles du Duc étant de tout temps au lieu plus éminent de la grande viltre de l’église — Abbé Vincent Barleuf (vers 1670). op. cit. —.

Guillotin de Corson a vu avant 1880, sur le vitrail placé au midi du chœur de l’église, une bannière aux armes des Montmorency-Laval représentant les armes de François de Laval, abbé de Paimpont de 1530 à 1554 —  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 694 —. C’est très certainement, ce même panneau, provenant de Paimpont, que signalait Bourde de la Rogerie en 1924, au musée du vieux château de Laval.

Les orgues de l’abbaye de Paimpont

Michel le Sénéchal, abbé de Paimpont de 1473 à 1501, a doté l’église d’un orgue qui est tombé en ruine au milieu du 17e siècle. Vincent Barleuf, prieur de Montfort, offre un nouvel instrument aux chanoines réformés :

[Vincent Barleuf] voiant que le peuple se plaisoit a entendre les hymnes de piété, leurs moyena une petite orgue, faulte de moiens pour remettre la grande et ancienne orgue qui étoit dépérie, et qu’un abbé régulier, nommé Le Sénéchal, avoit faict faire, il y avoit plus de six vingt ans (il est mort en 1500), à cause qu’en ce temps le pèlerinage et la dévotion à visiter cette église étoit incroiable. Vincent Barleuf (vers 1670). op. cit.

Selon certaines sources, les orgues de Notre-Dame du Roncier à Josselin, exécutées entre 1674 et 1677 par le facteur rennais, Pierre Le Helloco, auraient été incorporées à un buffet venu de l’ancienne abbaye de Paimpont —  GRAND, Roger, Mélanges d’archéologie bretonne, Nantes, Durance, 1921. —. Celui-ci est gravé d’un double monogramme, A.P., qui signifierait « Abbaye de Paimpont ».

Aucune mention d’un orgue ou de sa tribune n’apparaît dans le procès verbal des maisons et dépendances de l’abbaye royale de Paimpont, réalisé le 6 février 1783 par l’ingénieur des ponts et chaussée de Bretagne Jacques Priou, alors même que ce dernier y décrit les moindres détails de l’église abbatiale.

L’orgue actuel, acheté en 1996 par la paroisse, a été réalisé en 1962 par le facteur d’orgue Yves Sévères, du Mans.

La réforme de Sainte-Geneviève au 17e siècle dans l’église abbatiale

A partir de 1649, la réforme de Sainte-Geneviève, dite génovéfaine, est introduite à Paimpont. Durant une cinquantaine d’années, les chanoines réformés repensent entièrement l’intérieur de l’église abbatiale en l’adaptant à la nouvelle liturgie définie lors du concile de Trente : l’architecture gothique, murs et charpente, est conservée, mais un nouveau mobilier est installé :

A l’intérieur, la nef, les transepts et le chœur sont décorés de boiseries d’une ornementation un peu lourde, mais riche et exécutée avec un soin et un talent remarquables ; des bustes et des médaillons sculptés en chêne, des guirlandes de fleurs et de fruits, ainsi que de grosses moulures profondément fouillées annoncent le XVIIème siècle, qui a produit tant de beaux travaux en bois. BRUNE, abbé Marie-Joseph, Archéologie religieuse, 1846. [page 324]

Un premier ensemble de lambris simples est apposé sur les murs du bas de la nef, dans la partie paroissiale. Celle-ci est séparée du chœur monastique par une grille métallique, encore attestée en 1783 :

La grille de fer qui sépare la nef du chœur sera repeinte en noir et les ornements en tôle dorée, les ventaux ouvrants rajustés, la serrure sera ajustée et l’espagnolette qui monte du bas en haut sera refaite à neuf de manière que le tout se ferme solidement. Procès verbal des maisons et dépendances de l’abbaye royale de Paimpont du 6 février 1783

Le chœur monastique est composé de douze stalles se faisant face, disposées sous d’imposantes boiseries en chêne et d’une chaire monumentale en bois sculpté. Il est séparé du transept par une autre grille en métal décrite dans le même procès verbal :

La grille de fer en hauteur d’appui qui sépare le chœur de la croisée sera repeinte de deux couches de couleur noire à l’huile et les ornements en tôle seront dorés. Les ventaux ouvrants et fermants sous ladite ferrade seront rajustés et remis en place de manière qu’ils ouvrent et ferment. Procès verbal des maisons et dépendances de l’abbaye royale de Paimpont du 6 février 1783

Le chœur liturgique est lui aussi clos par des grilles décrites dans un procès-verbal de 1798 :

[...] les belles balustrades de fer du chœur de l’église de Paimpont [...] On tient qu’elles avaient été faites et placées par Benoît Viallet, maître-serrurier, demeurant au Canez, en 1674. GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne. pages 42-43

Le chœur est orné d’un maître-autel de style baroque, surmonté d’un baldaquin à six colonnes portant couronne mariale. La statue de Notre-Dame de Paimpont, objet d’une grande dévotion y est mise en valeur :

On lui ajoute un dais en bois dont les rideaux sont écartés et tenus par deux angelots et le tout est placé au sommet du tout nouveau et monumental baldaquin qui surmonte le maître autel également fraîchement installé.
Breton Yves (2006). op. cit. p. 593

Les autels Sainte-Anne et Sainte-Barbe sont adossés aux piliers du chœur.

A l’est, les deux baies médiévales des bras du transept sont obturées pour permettre l’installation de retables d’influence Lavalloise. Ils sont dédiés à sainte Geneviève et à la Vierge du Rosaire, et ornés de statues baroques.

La nef est voûtée en ogive au début du 18e siècle, comme nous le prouve un procès verbal daté de 1705 :

& de la sacristie sommes allés dans l’église de laditte abbée où les dits sieurs, prieurs & procureurs nous on dit, fait voir et remarquer que le lambry en forme de voutte d’arestre, depuis la croisée jusqu’au bas de laditte église, laquelle contient de longueur soixante seize pieds, & vingt quattre de large, lequel lambry qu’ils nous ont dit avoir fait de neuf depuis quelques temps, ce qui nous parait & qu’il a pu couster suivant les estimations faites par ledit Huguet la somme de mille livres y compris le blanchissage. Archives nationales : Procès-verbal du 30 mars 1705,Cote G71344 : Eaux et Forêts, Bretagne (1701-1714)

Ce voûtement en bois de chêne, qui avait été indûment daté du 19e siècle, est supprimé en 1962 — Blot Roger, Goolaerts Laurent (2012). op. cit. n°223  —.

Le cloître médiéval, côté nord et la chapelle de Bonne-Encontre, côté sud, contiguës aux murs de la nef, sont rasés vers 1710. Ils sont remplacés par des chapelles aux toits en appentis, qui entament les baies médiévales des murs de l’église. La chapelle construite à la place du cloître médiéval est appelée cloître nord. Celle du côté sud prend le nom de chapelle de la Miséricorde. Elle est dotée d’autels qui sont vendus à la paroisse de Saint-Malon après la Révolution.

L’église s’enrichit en outre d’une tribune au-dessus de l´entrée ouest. Un rapport de 1793 nous renseigne sur son accès :

L’escalier qui conduit à la tribune se trouve placé dans le cloître au nord, le cloître est dans le plus mauvais état possible, les voûtes en sont tombantes, il en coûterait considérablement pour le réparer, d’ailleurs il n’est d´aucune utilité, il est donc bien plus économique de placer l’escalier qui monte à la tribune dans le cloître au midi qui est l’entrée ordinaire et que nous serons obligés de réparer comme il sera dit ci-après. Pour cet effet il sera pratiqué une ouverture dans le mur collatéral et près le pignon de trois pieds de largeur et six de hauteur pour servir de passage.

[L’architecte Daniel Chevalier propose que] la porte qui conduit de la tribune dans le cloître au nord [soit] maçonnée en pierre et mortier de terre seulement dans toute l’épaisseur du mur. Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série 1 Q, Devis des réparations manquantes à l’église de Paimpont, par Daniel Chevalier, architecte rapporteur à Plélan, le 6 juillet 1793. → Voir en ligne l’annexe 3 de la notice sur l’Abbaye de Paimpont dans l’Inventaire général du patrimoine culturel...

Cette porte haute, autrefois prise sous le toit en appentis du cloître du midi, devient inutilisable par suite de travaux sur les charpentes. Elle est abandonnée au profit du seul passage restant, entre le manoir abbatial et le mur ouest de l’église.

L’église paroissiale au 19e siècle

Après la Révolution, l’église devient strictement paroissiale. De nombreux travaux sont alors réalisés — Blot Roger, Goolaerts Laurent (2012). op. cit. n° 223 — :

  • Le chœur monastique, avec ses stalles et ses grilles, est supprimé.
  • Les grilles du chœur liturgique sont vendues en 1798 :

En septembre, un maréchal de Rennes a acheté et enlevé les belles balustrades de fer du chœur de l’église de Paimpont. Guillotin, abbé Pierre-Paul et Ropartz, Sigismond (1853) : op.cit. p.42

  • Le chœur liturgique est reculé en 1806, et les autels Sainte-Anne et Sainte-Barbe sont supprimés.
  • Un tableau de saint Jean-Baptiste de facture romantique vient remplacer celui de sainte Geneviève dans le retable nord.
  • La voûte ogivale en pierre du transept nord, menaçant de s’effondrer, est remplacée par une voûte en bois en 1809.
  • Tous les plafonds sont peints vers 1860, dans le style néogothique en bleu nuit étoilé, décor qui a perduré jusqu’en 2004.
  • Les vitraux du chœur et de la rosace sont renouvelés en 1899 par l’atelier rémois Vermonet. Sur les verrières historiées du chœur figurent quatre épisodes de la vie de saint Judicaël.
  • La chapelle de la Miséricorde, aussi appelée « Cloître du midi » 2, qui est une extension de l’église abbatiale du début du 18e siècle, perd ses fonctions religieuses. Un rapport d’architecte de 1793 nous éclaire sur son utilisation :

La pluie qui s’est introduite dans le cloître au midi a considérablement endommagé la voûte en bois et en plein-cintre ; si cette église eût été placée dans un bourg, on eût pu sans inconvénient démolir ce cloître qui y deviendrait inutile, mais située à plus de demie-lieue d’habitations et la paroisse ayant une très grande étendue, plusieurs de ses habitants y apportent leur dîné, et le mangent, surtout en hiver, sous le cloître où ils sont à l’abri des injures de l’air. Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série 1 Q. : Devis des réparations manquantes à l’église de Paimpont, par Daniel Chevalier, architecte rapporteur à Plélan, le 6 juillet 1793.

Restaurations contemporaines

La fin du 20e siècle est consacrée à d’importants travaux de restauration qui ont pour but d’effacer les ajouts du 19e et de redonner à l’église son aspect médiéval et baroque.

Une première tranche de travaux a lieu à partir de 1962 au cours de laquelle la voûte en ogive de la nef, de 1700, est démontée, car on la croit du 19e siècle !

En 1966, l’église est classée Monument Historique et la toute nouvelle chapelle du Saint-Sacrement, prise sur l’ancien cloître nord, est bénite.

La restauration de la nef se poursuit en 1974 avec la suppression de la tribune ouest et le déplacement des fonds baptismaux dans l’ancien ossuaire. C’est au cours de cette année que le baldaquin du chœur est démonté, marquant la préférence des restaurateurs pour la période médiévale.

C’est ce même baldaquin qui est remis en place en 2004 pour redonner une unité décorative 17e siècle au chœur ! Son remontage est complété par la restauration et la remise en place du panneau central de l’Annonciation, qui surmontait le retable bas du maître-autel.

Les décorations peintes des retables sont restaurées avec le parti pris d’un retour à la polychromie du 17e siècle, avec maintien des apports du 19e siècle tels que les gradins sur l’autel ou les grilles basses devant les retables. Les tableaux centraux, représentant saint Jean Baptiste et la Vierge du Rosaire, sont restaurés ainsi que les statues.

La peinture néogothique des voûtes du chœur et du transept est supprimée afin de mettre en valeur les peintures du 15e siècle — Archives municipales de Paimpont —.


Bibliographie

BARLEUF, abbé Vincent, « Relation de l’Abbaye de Nostre-Dame de Painpont en Bretagne, Ordre des Chanoines réguliers de la Congrégation de France », Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine 5 J 164, v. 1670.

BERNARD, Vincent, « Étude dendro-chronologique des charpentes du chœur de l’église de Paimpont », Dendrotech™, 2011, Voir en ligne.

BLOT, Roger et GOOLAERTS, Laurent, « Église Notre-Dame de Paimpont (2) », L’Église en Ille-et-Vilaine, 2012, p. 16-17.

BLOT, Roger et GOOLAERTS, Laurent, « Église Notre-Dame de Paimpont (3) », L’Église en Ille-et-Vilaine, 2012, p. 16-17.

BRETON, Yves, « La fondation de l’abbaye Saint-Jacques de Montfort », Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, Vol. 102, 1999, p. 29-91.

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

BRUNE, abbé Marie-Joseph, Archéologie religieuse, 1846.

DU PAZ, Auguste, Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, Paris, Chez Nicolas Buon, 1619, Voir en ligne.

GRAND, Roger, Mélanges d’archéologie bretonne, Nantes, Durance, 1921.

GUILLOTIN, abbé Pierre-Paul et ROPARTZ, Sigismond, Le registre de Concoret. Mémoires d’un prêtre réfractaire pendant la Terreur, Publié pour la première fois sur le manuscrit de l’abbé Guillotin, Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur, 1853, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

MUSSAT, André, Arts et cultures de Bretagne : un millénaire, 1995, Editions Ouest-France, 1969.

RIOULT, Jean-Jacques, « Abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin, actuellement église paroissiale Notre-Dame, presbytère et mairie », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne.

RIOULT, Jean-Jacques, « Vierge à l’enfant dite Notre-Dame de Paimpont », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne.

Documents d’archives

Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série 7 FA. 211

Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, 5 J 164 : Relation de l’Abbaye de Nostre-Dame de Painpont en Bretagne, Ordre des Chanoines réguliers de la Congrégation de France, Barleuf, Abbé Vincent, vers 1670

Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série O.

Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine. Série Q : (biens nationaux) : 1 Q 388. Procès verbal d’estimation des terres et dépendances de l’abbaye de Paimpont du 6 février 1783 par Jacques Priou, ingénieur des ponts et chaussées de Bretagne.

Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine, série 1 Q, Devis des réparations manquantes à l’église de Paimpont, par Daniel Chevalier, architecte rapporteur à Plélan, le 6 juillet 1793.

Archives Municipales de Paimpont

Archives Nationales, Procès-verbal du 30 mars 1705, Cote G71344 : Eaux et Forêts, Bretagne (1701-1714)


↑ 1 • Inscription originale : HIC. EST. ORATORIV. VBI : IOHS/ MAGNEI. DNS : DE. IRIDARIA. IOHA/DE BELOVSAC : DNA : DE. RIPARIA/ EIVS. VXOR. DOTATAVERVNT. VNA/ CAPELLANIA. DE VNA : MISSA : / QVALIBET. DIE : ANNO : D : M : CCC : / LXXII : ET. FECERVT. HOC : HOP / FIERI. ANNO : DMI : M : CCC.VXXV/.

↑ 2 • Le cloître du midi est aujourd’hui appelé salle des Ecrouettes