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1400-1200 av. J.-C.

Le dépôt de haches de la Ville-Roux en Gaël

Un trésor de l’Âge du Bronze Moyen

La commune de Gaël a vu la découverte de trois dépôts de l’Âge du Bronze dont celui de la Ville-Roux, daté du Bronze Moyen, vers 1900.

La découverte du dépôt vers 1900

Un dépôt de haches à talon de l’Âge du Bronze a été découvert près du manoir de « la Ville-Roux » (ou Ville-Raoul) situé à 2,5 km à l’ouest-sud-ouest du bourg de Gaël. On connaît mal les circonstances de la découverte de ce dépôt qui fut confié autrefois à l’Institut de Géologie de Rennes. Trois haches font actuellement partie des collections du Laboratoire d’Anthropologie Préhistorique de l’Université de Rennes, mais il est probable qu’il ne s’agit que d’un échantillon provenant d’un lot plus important. Les étiquettes apposées sur les haches donnent la date probable de 1902 pour leur mise au jour. —  BRIARD, Jacques et BOURHIS, Jean-Roger, « Les Dépôts de l’Âge du Bronze de Gaël (Ille-et-Vilaine) », Annales de Bretagne, Vol. 80, 1973, p. 21-33, Voir en ligne. pages 21-33 —

L’étude de Jacques Briard

En 1973, l’archéologue Jacques Briard publie un article sur les dépôts de haches du Bronze de Gaël découverts au Boriga, au Fieux et à la « Ville-Roux » :

Le dépôt de la Ville-Roux, connu incomplètement, se rattache à la production des haches à talon de type breton, abondantes à l’intérieur des terres et particulièrement de Haute-Bretagne et Loire-Atlantique, avec des centres importants au long des vallées de la Rance, de la Vilaine et au Sud de la Loire. C’est la première production métallurgique armoricaine de série.Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op.cit. p. 33 (Voir en ligne)

Deux des trois haches trouvées à la Ville-Roux appartiennent à la catégorie des haches à talon :

Les deux haches à talon sont du type à tranchant étroit rencontré en assez grande quantité en Bretagne à la fin de l’Âge du Bronze Moyen, vers 1200-1000 avant J.-C. La hache n° 2 montre un simple décor en trait vertical au milieu de la lame de l’instrument, décor breton fort classique. Par contre la hache n° 3 est plus originale avec un décor en trident d’ailleurs différent sur chaque face : d’un côté il est irrégulier, les branches du trident s’anastomosant de façon irrégulière alors que de l’autre côté le trident est dédoublé régulièrement (Fig. 2, no 3). Les motifs en trident ont été considérés comme une influence normande. On le retrouve d’ailleurs sur une des haches d’un dépôt très proche : celui de Boisgervilly.Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op.cit. p. 26 (Voir en ligne)

La troisième hache du dépôt appartient au type des haches à rebords, caractéristique de l’Âge du Bronze Moyen, aux environs de 1400-1200 avant J.-C.

La hache à rebords de la Ville-Roux est un très bel exemplaire longiligne de 167 mm de long, 58 mm de largeur au tranchant et 27 mm de largeur au sommet. Il est de meilleure facture que les haches de Boriga et mieux conservé. La sveltesse de l’instrument est peut-être due à des influences médocaines qui affectaient des types très étroits. Les rebords sont bien venus à la fonte, réguliers et aplatis au niveau du tranchant. Latéralement la trace de séparation des deux valves du moule est très nette. [...] Seule la hache à rebords a été analysée par Mr. J.-R. Maréchal, [...] Comme pour les haches à rebords de Boriga, on retrouve la faible teneur en plomb, l’arsenic et le nickel comme impuretés majeures. La seule différence notable concerne la proportion d’étain beaucoup plus forte ici. Ceci correspond tout à fait à ce que l’on sait de la métallurgie protohistorique bretonne qui montre, à la fin de l’Âge du Bronze Moyen, une tendance à augmenter considérablement les proportions d’étain dans les alliages.Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op.cit. p. 26 (Voir en ligne)

Cette association de haches à talon et à rebords existe dans d’autres dépôts bretons de l’Âge du Bronze :

Le dépôt de la Ville-Roux nous montre l’association d’une hache à rebords, plus évoluée que celle de Boriga par sa plus grande longueur, avec des haches à talon classiques. Cette association a déjà été signalée tant à Portrieux, Côtes-du-Nord, qu’à Saint-Grave, Morbihan ou Les Touches, Loire-Atlantique. Elle montre qu’il y a une évolution progressive dans la succession des différents types d’instruments.Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op.cit. p. 27-28 (Voir en ligne)

En 1989, Jacques Briard publie une dernière fois sur le dépôt de la Ville-Roux :

La hache à rebords est très longiligne (167 mm) et dénote une influence des ateliers médocains. Les deux haches à talon sont de type breton avec profil sinueux et tranchant très étroit. L’une est à décor en nervure médiane, l’autre à fin décor en trident dédoublé (Fig. 75). Seule la hache à rebords a été analysée par J.-R. Maréchal. C’est un bronze à 13.83 % d’étain et 0.125 % de plomb avec arsenic et nickel. Cette forte augmentation de l’étain est classique pour les haches à talon de la fin du Bronze moyen armoricain, vers 1300-1100 av. J.-C. BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989. [pages 113-114]

Le dépôt de haches de la Ville-Roux en Gaël

Bibliographie

BRIARD, Jacques et BOURHIS, Jean-Roger, « Les Dépôts de l’Âge du Bronze de Gaël (Ille-et-Vilaine) », Annales de Bretagne, Vol. 80, 1973, p. 21-33, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989.