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1400-1200 av. J.-C.

Le dépôt de haches du Boriga en Gaël

Un trésor de l’Âge du Bronze Moyen

Le dépôt du Boriga, daté du Bronze Moyen, a été découvert sur la commune de Gaël en 1971.

La découverte du dépôt en 1971

Un dépôt de haches à rebords de l’Âge du Bronze a été découvert à Gaël en 1971, dans une prairie située à l’entrée du village de Boriga, à 3 km au sud-est du bourg (parcelle cadastrale N° 133 D 1). Quatre haches étaient enfouies dans une fosse rectangulaire, à une quarantaine de centimètres dans le sol, placées à plat, alignées les unes à côté des autres. Aucun autre vestige n’accompagnait les bronzes, mais la nature marécageuse du terrain n’était pas favorable à la conservation de la poterie. Une des haches trouvées fut apportée à Louis Pape, chargé d’enseignement à l’Université de Haute-Bretagne, qui engagea une enquête menée à Gaël avec la collaboration de Mr. Le Goévec, conseiller municipal et Mathurin Quernez inventeur du dépôt.—  BRIARD, Jacques et BOURHIS, Jean-Roger, « Les Dépôts de l’Âge du Bronze de Gaël (Ille-et-Vilaine) », Annales de Bretagne, Vol. 80, 1973, p. 21-33, Voir en ligne. pages 21-33 —

L’étude de Jacques Briard

En 1973, l’archéologue Jacques Briard publie un article sur les dépôts de haches du Bronze de Gaël découverts au « Fieux », à « la Ville-Roux » et au « Boriga ». Il classe les objets découverts dans le type des haches à hauts rebords. Ce type est fréquent en Bretagne dans le groupe de Tréboul - du nom de la localité proche de Douarnenez dans laquelle fut découvert un important dépôt en 1948 - caractéristique de l’Âge du Bronze Moyen, aux environs de 1400-1200 avant J.-C.

Elles proviennent visiblement de moules différents. Leurs mensurations varient en longueur de 110 mm à 150 mm environ pour une largeur au tranchant de 45 mm à 55 mm et 24 à 30 mm au sommet. Ces dimensions sont quelque peu faussées par l’altération. Quelques remarques d’ordre technique découlent d’un examen attentif : traces de martelage encore visibles sur les rebords (Fig. 1, n° 4), martelage également probable pour effacer la bavure latérale de jonction des deux valves du moule, enfin (Fig. 1, n° 2) dans un cas, les deux valves du moule avaient légèrement glissé donnant une section asymétrique de l’objet.[...] Le métal était sain sous la corrosion superficielle et montrait une belle couleur bronze. Les résultats d’analyse sont relativement homogènes avec des teneurs très proches. Il pourrait s’agir d’une même coulée ou au moins de métal coulé dans les mêmes conditions, avec des matières premières et des dosages identiques. Le cuivre reste fort, l’étain est normal, le plomb n’intervient que comme impureté. Les autres impuretés majeures sont l’arsenic et le nickel, fait déjà signalé pour d’autres haches à talon bretonnes. La composition chimique obtenue ici est tout à fait typique du Bronze Moyen.Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op. cit., p. 24 (Voir en ligne)

Le caractère exceptionnel de ce dépôt tient dans sa position géographique. Il s’agit en effet de l’avancée la plus orientale de haches à rebords du type de Tréboul. Les objets découverts constitutifs du groupe de Tréboul montrent l’éveil de la métallurgie bretonne au Bronze Moyen, vers 1500-1300 av. J.-C. Un changement majeur s’opère à cette époque en Bretagne : le métal n’est plus réservé à l’élite guerrière comme au Bronze Ancien. Il touche désormais un plus grand nombre d’utilisateurs pour des fonctions allant de la guerre à l’outillage.—  GIOT, Pierre-Roland, BRIARD, Jacques et PAPE, Louis, Protohistoire de la Bretagne, Rennes, Editions Ouest-France, 1995. [V] —

Les caractères typologiques ou technologiques des haches de Boriga sont classiques. Leur intérêt principal réside surtout dans leur position géographique puisque ce dépôt vient combler un vide relatif sur la carte de répartition du groupe de Tréboul. En effet la Haute-Bretagne ne fut que lentement pénétrée par les nouvelles civilisations de l’Âge du Bronze, au contraire de l’extrême Ouest armoricain. Les cachettes les plus proches de Gaël, de nature complexe, groupant les haches aux épées de type Tréboul-Saint-Brandan et aux pointes de lance, sont celles du Lessart à la Vicomté-sur- Rance et de Châtillon-sur-Seiche. Briard, Jacques ; Bourhis, Jean-Roger (1973) op. cit., p. 24 (Voir en ligne)

Jacques Briard s’intéresse une dernière fois au dépôt du Boriga en 1989 :

Le dépôt du Boriga [...] comprenait quatre haches à rebords déposées à plat les unes à côté des autres dans une fosse rectangulaire creusée dans le sous-sol briovérien, très marécageux à cet endroit. Ce sont des haches à fort rebords, typiques du groupe de Tréboul, dont les longueurs varient de 110 à 150 mm pour une largeur au tranchant de 45 à 55 mm (Fig. 74) Du fait de leur dépôt en milieu humide (dépôt votif des marais ?) les haches sont assez corrodées mais on peut distinguer un martelage de bavures du moule et des rebords. Le métal reste sain sous la couche superficielle de corrosion. Les analyses de J. Bourhis dénotent une très grande homogénéité des compositions, suggérant une coulée homogène des quatre haches (87.6 à 88,2 % de cuivre, 10.3 à 11 % d’étain, 0.25 à 0.50 % de plomb, 0.50 à 0.80 % d’arsenic, 0.10 à 0.15 % de nickel). Cette composition est classique pour les objets du Bronze Moyen armoricain du groupe de Tréboul que l’on peut situer vers 1400 et 1300 ans av. J.-C. BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989. [page 113]

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Le dépôt de haches du Boriga en Gaël

Bibliographie

BRIARD, Jacques et BOURHIS, Jean-Roger, « Les Dépôts de l’Âge du Bronze de Gaël (Ille-et-Vilaine) », Annales de Bretagne, Vol. 80, 1973, p. 21-33, Voir en ligne.

BRIARD, Jacques, Mégalithes de Haute-Bretagne. Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais, structure, mobilier, environnement, Vol. 23, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1989.

GIOT, Pierre-Roland, BRIARD, Jacques et PAPE, Louis, Protohistoire de la Bretagne, Rennes, Editions Ouest-France, 1995.