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1207-1791

Le prieuré Sainte-Brigitte de Merdrignac

Un prieuré dépendant de l’abbaye de Paimpont

Le prieuré Sainte-Brigitte de Merdrignac a été donné en 1207 à l’abbaye Notre-Dame de Paimpont.

La fondation du prieuré en 1207

Le prieuré Sainte-Brigitte est situé en la paroisse Saint-Nicolas de Merdrignac, à un kilomètre au nord-ouest de Merdrignac.

Ce prieuré est une des toutes premières donations faites à l’abbaye Notre-Dame de Paimpont 1.

Il est mentionné dès le début du 13e siècle. Selon un acte, aujourd’hui perdu, du Livre noir de Painpont, un seigneur de Merdrignac donne la chapelle à l’abbaye de Paimpont, sous l’autorité de Pierre Giraud, évêque de Saint-Malo.

Vidimus d’une charte de P. évesque de st. Malo par laquelle il posait comme Guignan [Guenin] de Medregnac chevalier donne à l’abbaye de Paimpont pour le repos de son âme, celle de Robin son fils au consentement de Guinaman son neveu le lieu qui s’appelle st. Brigide l’an 1207.B.N.F. D.M.O. (Paris), fr.22322 Livre noir de Painpont, p. 471 (Voir en ligne)

Le document est partiellement cité dans un ouvrage du 18e siècle qui nous donne quelques compléments sur les personnes présentes en 1207 lors de la signature de la charte.

Eudes de Coetlogon est qualifié chevalier, [...] dans la donation faite l’an 1207 de la chapelle de sainte Brigite, en faveur d’un moine de l’abbaye de Paimpont, par Guiomar, seigneur de Merdrignac, Orent sa femme & Robin leur fils. Cet acte fut approuvé et autorisé par Pierre évêque de S. Malo.

SAINTE-MARIE, Anselme de et SAINTE-ROSALIE, Ange de, Histoire généalogique et chronologique de la Maison Royale de France, Vol. 8, Paris, La compagnie des libraires associés, 1733, Voir en ligne. page 717

En 1339, Robert du Pont, évêque de Saint-Malo, atteste l’authenticité de la charte du 13e siècle : Vidimus de la charte de P. Yves eps Maclou pour Ste. Brigide en 1207 passé en l’an 1339 à Ploërmel.— —B.N.F. D.M.O. (Paris), fr.22322 Livre noir de Painpont, F23, p. 421 (Voir en ligne) —

Les seigneurs fondateurs de la chapelle Sainte-Brigitte

Les seigneurs de Merdrignac appartiennent à la maison de Beaumanoir 2. Ils sont apparentés à la famille de la Hardouinaye à partir du milieu du 13e siècle. Selon le marquis de Bellevüe, le prieur de Sainte-Brigitte était à la présentation du seigneur de la Hardouinaye.—  BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912. [page 96] —
Nicolas Hyacinthe de Gaulle
La chapelle est mentionnée dans la Transaction de 1622 au sujet du partage de la succession de Jeanne du Plessis-Mauron 3 :

[...] Et oultre de ce veult et ordonne que les services des frésyres (sic) qu’elle ....... an passé, et entretient encore à présent, soient incontinant sondict, deceix advenu, dicts et célébrés aux églises de Bréhant, Mauron, Broons, Montauban, et le Sainct Esprit des Boais, et que la fondation qu’elle a faicte en la chapelle Saincte-Brigitte en Merdrignac sorte à son plein et entier effect selon sa forme et teneur

BRÉHANT, Napoléon-Charles-Bihi de (Marquis), Supplément à la généalogie de la maison de Bréhant en Bretagne, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1869, Voir en ligne. page 96

La réforme génovéfaine à Sainte-Brigitte de Merdrignac

En 1649, la réforme génovéfaine est introduite à l’abbaye Notre-Dame de Paimpont. Des pourparlers sont menés entre l’évêque de Saint-Malo, l’abbé de Paimpont Bernard de Sariac, les génovéfains et les trois derniers chanoines non réformés. Les négociations qui conditionnent l’avenir de ces Anciens n’aboutissent que difficilement. Jean Le Breton, prieur de Sainte-Brigitte de Merdrignac, est l’un d’eux. Il obtient de garder son logement avec un cellier, le bois de chauffage nécessaire, une pâture, un jardin et une pension de 200 livres. Il se voit attribuer trois pipes de cidre en supplément. Le prieur n’est pas obligé d’assister aux offices quotidiens du chœur des génovéfains de Paimpont. Il remet aux réformés les titres de fondations dont il avait la charge. Ces accords examinés à l’abbaye mère de Sainte-Geneviève de Paris entrent en vigueur à partir du 14 septembre 1649.—  BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [pages 83-84] —

En 1650, le prieur claustral de Notre-Dame de Paimpont, le père Asseline, envoie ses comptes à Sainte-Geneviève. On peut y lire que le prieuré simple de Sainte-Brigitte est affermé 129 livres — Breton, Yves (2006). op.cit., p. 141 —, ce qui est courant dans les petits prieurés de campagne. Le prieur de Sainte-Brigitte loue sa charge à des fermiers à qui il revient de rétribuer un chapelain, afin que la chapelle soit desservie. Après 1719, tous les prieurs de Sainte-Brigitte sont des génovéfains.

La chapelle Sainte-Brigitte

La chapelle Sainte-Brigitte de Merdrignac est un petit oratoire rectangulaire avec chevet à pans coupés, qui tombe en ruine au 19e siècle. Elle est reconstruite en 1872 et bénite le 23 juillet de cette même année. Elle abrite une statue de sainte Brigitte de Kildare en bois polychrome du 18e siècle.

Croyances populaires de Sainte-Brigitte de Merdrignac

Sainte Brigitte est invoquée pour les femmes en couches en basse Bretagne et les nourrices en haute Bretagne.

D’une sainte qui a prouvé sa puissance par la production du lait. — Sainte Brigitte vierge et abbesse du VIe siècle, est invoquée à Merdrignac (Haute-Bretagne) par les nourrices désireuses de lait. Ces pauvres femmes ont pensé qu’elle pouvait faire pour elles ce qu’elle avait fait pour des vaches. On rapporte en effet que des évêques, accompagnés d’une nombreuse suite, étant venus lui demander l’hospitalité, elle n’avait pas de quoi les nourrir. Dans cette pénurie, après avoir prié, elle fit traire trois fois une seule vache, qui lui donna autant de lait que trois bonnes vaches ont l’habitude d’en produire.

SAINTYVES, Pierre, « Les saints protecteurs des nourrices et les guérisseurs des maladies des seins », Revue des traditions populaires, Vol. 31 / 3-4, 1916, Voir en ligne.page 83

Paul Sébillot, folkloriste et collecteur de traditions et contes populaires en haute Bretagne, mentionne une légende localisée à Sainte-Brigitte de Merdrignac.

Sainte Brigitte de Merdrignac est invoquée par les nourrices pour avoir du lait. Près de sa chapelle est aussi une fontaine. On raconte à Laurenan qu’un homme du village de l’Erignac, qui se rendait au marché, ayant entendu les lamentations d’une femme qui suppliait la sainte de lui donner du lait, entra dans la chapelle et se mit à se moquer d’elle. Mal lui en pris, car à peine fut-il sorti qu’il lui sembla qu’on lui tenaillait les seins, et quand il rentra chez lui, il était plus gonflé qu’une vache laitière.

SÉBILLOT, Paul, Petite légende dorée de Haute-Bretagne, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1847, Voir en ligne. page 118

Près de la chapelle, une fontaine a été restaurée en 1931.

Sainte Brigitte est invoquée dans une seconde paroisse de Haute-Bretagne, au Guildo (commune de Saint Cast-le Guildo, Côtes-d’Armor). Les légendes qui y ont été collectées par Paul Sébillot sont à rapprocher de la légende de la Cane de Montfort. — Sébillot, Paul (1847) op.cit. p. 115-121 —

Les prieurs de Sainte-Brigitte

  • Jean Lebreton est prieur de sainte Brigitte en 1649 4.— Breton, Yves (2006). op.cit., p. 83-84 —

À partir de 1719, les prieurs de Sainte-Brigitte de Merdrignac sont des génovéfains.

  • Jean Bertrand de Saint Pern est titulaire du prieuré simple de Sainte-Brigitte en Merdrignac, dépendant de Notre-Dame de Paimpont, le 30 décécembre 1719.
    —  PETIT, Nicolas, Prosopographie génovéfaine, École Nationale des Chartes, 2008, Voir en ligne.Page 338 —
  • Nicolas Hyacinthe de Gaulle est titulaire du prieuré simple de Sainte-Brigitte, le 11 août 1763 5. Il est alors sous-diacre et demeure à Sainte-Geneviève de Paris. — Petit, Nicolas (2008). op.cit., p.168 (Voir en ligne)  —
  • Gabriel Pergaud est titulaire de la chapelle de Sainte-Brigitte, de 1778 à 1781, années durant lesquelles il est procureur et demeure à Notre-Dame de Paimpont. — Petit, Nicolas (2008). op.cit., p.299 (Voir en ligne)  —

Bibliographie

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1980, Marseille, Lafitte Reprints, 1912.

BRÉHANT, Napoléon-Charles-Bihi de (Marquis), Supplément à la généalogie de la maison de Bréhant en Bretagne, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1869, Voir en ligne.

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

PETIT, Nicolas, Prosopographie génovéfaine, École Nationale des Chartes, 2008, Voir en ligne.

SAINTE-MARIE, Anselme de et SAINTE-ROSALIE, Ange de, Histoire généalogique et chronologique de la Maison Royale de France, Vol. 8, Paris, La compagnie des libraires associés, 1733, Voir en ligne.

SAINTYVES, Pierre, « Les saints protecteurs des nourrices et les guérisseurs des maladies des seins », Revue des traditions populaires, Vol. 31 / 3-4, 1916, Voir en ligne.

SÉBILLOT, Paul, Petite légende dorée de Haute-Bretagne, Nantes, Société des bibliophiles bretons, 1847, Voir en ligne.


↑ 1 • Cette donation est contemporaine de la transformation du prieuré bénédictin de Penpont en abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin. La date du changement d’ordre est comprise entre 1199 et 1211. La présence de l’évêque de Saint-Malo, Pierre Giraud, acteur de cette réforme, et fervent défenseur des augustiniens, est un indice fort de l’existence de chanoines à Paimpont dès 1207.

↑ 2 • Robert, vicomte de Merdrignac épouse Denise Goyon de Matignon vers 1245. Elle meurt sans postérité en 1284, et on peut penser que Guinaman de Merdrignac qui se retrouve à la tête de la terre de la Hardouinaye était son neveu. La fille de Guinaman, Jeanne de Merdrignac, est pourvue de la vicomté de Merdrignac et de la baronnie de la Hardouinaye. Elle épouse Jean Ier de Beaumanoir, vers 1294.

↑ 3 • Jeanne du Plessis-Mauron, dame héritière du Plessis-Mauron, morte en 1621, épouse Jean de Bréhant le 27 mai 1572. Elle fait entrer la maison de Bréhant dans celle des Plessis-Mauron.

↑ 4 • Jean Lebreton fait partie des trois derniers chanoines non réformés présents à Notre-dame de Paimpont en 1649. Il est aussi prieur-curé de Tréhorenteuc

↑ 5 • Nicolas Hyacinthe de Gaulle est présenté à Sainte-Brigitte le 11 août 1763 sous couvert d’une attestation d’orthodoxie prouvant qu’il n’est pas janséniste, par le secrétaire de l’archevêque de Paris, Monseigneur de Beaumont, confirmant qu’il s’est bien soumis aux exigences de Rome.— Breton, Yves (2006). op.cit., p.582-583 —