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1771-1839

Creuzé de Lesser Augustin François

Initiateur de Brocéliande en petite Bretagne

Creuzé de Lesser connait la célébrité pour La Table ronde, une réécriture de la geste arthurienne parue en 1811. Cette œuvre littéraire a conduit Blanchard de la Musse à implanter le « Val sans Retour » en Forêt de Paimpont en 1824.

Éléments biographiques

Augustin François Creuzé de Lesser est né à Paris en 1771. Il commence une carrière administrative pendant la Révolution puis devient sous-préfet durant l’Empire, avant d’être élu député en 1804. Son Voyage en Italie et en Sicile, écrit en 1806, déplaît à l’empereur et l’oblige à démissionner de ses fonctions. Creuzé de Lesser se consacre alors entièrement à la littérature et commence l’écriture de son cycle de chevalerie :

[...] composé de trois vastes poèmes épiques, censé épuiser la matière héroïque médiévale, et qui eurent leur heure de gloire à la fin de l’empire et au début de la restauration. Premier volet de cette trilogie qui met en scène ce que l’auteur appelle les trois grandes familles chevaleresques, La Table ronde, synthèse de toute la matière arthurienne telle qu’elle était connue au début du XIXe siècle, parut en 1811. Vint Amadis de Gaule deux ans plus tard, puis Rolland enfin en 1815, qui l’un et l’autre condensent et résument tout ce que l’époque lisait des romans d’Amadis et des romans de Charlemagne. WEBER, Tatiana, « La chevalerie selon Auguste Creuzé de Lesser. La réécriture de l’épopée médiévale à l’aube du romantisme », in Palimpsestes épiques : réécritures et interférences génériques, Paris, Presses Paris Sorbonne, 2006, Voir en ligne. page 147

Le retour de Louis XVIII est favorable à la carrière de Creuzé de Lesser, nommé préfet en 1814. Il favorise aussi le succès de son œuvre littéraire, qui célèbre les vieilles traditions françaises et rencontre l’idéologie de la Restauration. Le poète, alors à l’apogée de sa gloire, devient baron en 1818.

Mais dès les années 1830 L’heure de la chevalerie revue et corrigée par Creuzé de Lesser passe. L’auteur, retiré de la vie publique, réunit ses trois œuvres de chevalerie en 1839 dans une même édition.—  CREUZÉ DE LESSER, Augustin François, La chevalerie, ou Les histoires du Moyen Âge, composées de La Table Ronde, Amadis, Roland, poèmes sur les trois grandes familles de la chevalerie romanesque, Paris, F. Ponce-Lebas et compagnie, 1839, Voir en ligne.> — Il meurt à Paris le 14 août 1839.

Le roman de La Table ronde

L’œuvre qui nous intéresse ici, La Table ronde, n’est que la deuxième parution littéraire concernant le cycle arthurien depuis le 15e siècle. Voici comment Félix Bellamy présente cette réécriture en 50 000 vers de la Table ronde :

[...] ouvrage d’une marche alerte, d’un style agréable et léger, mais qui sait à l’occasion s’élever au pathétique. Ce petit livre nous procure l’inestimable avantage de nous résumer en vingt chants les interminables aventures des preux d’Arthur. C’est comme un manuel de la Table-Ronde, un doctrinal, comme on disait au moyen âge. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. page 224

Dans le chant neuvième, il fait entrer le chevalier Méliadus dans le « Val sans Retour ». Cet épisode légendaire est, pour la première fois depuis le 13e siècle, mis en scène en forêt de Brocéliande.

Dans sa préface, Creuzé de Lesser argumente en faveur de l’origine bretonne d’une partie de la littérature arthurienne :

Quelques uns pensent que la Bretagne, et par conséquent la France peut réclamer les romans de Lancelot, de Méliadus et surtout de Tristan. CREUZÉ DE LESSER, Augustin François, La Table ronde, Rééd. 1829, Paris, Amable Gobin et Cie éditeurs, 1811, Voir en ligne. page XVII

Il avance même que la forêt de Brocéliande est située en Bretagne :

[Ces savants] remarquent que c’est en Bretagne, dans la forêt de Brocéliande, près Quintin, que Merlin était censé être enseveli.Creuzé de Lesser (1812). op. cit., p. XXVIII (Voir en ligne)

Le poète reprend ici l’opinion de l’abbé de La Rue concernant la localisation de Brocéliande près de Quintin. —  LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne. page 44 —

L’influence de la Table ronde sur la localisation du Val sans Retour en forêt de Paimpont

L’œuvre de Creuzé de Lesser a influencé deux des principaux acteurs de la localisation de Brocéliande en forêt de Paimpont.

Miorcec de Kerdanet d’abord, qui en 1821, le cite à l’appui de sa thèse dans l’ouvrage où, le premier, il déclare que Brocéliande est la forêt de Paimpont :

Quelques savants pensent, dit M. de Lesser, que la Bretagne peut encore revendiquer les romans de Lancelot et de Méliadus. MIORCEC DE KERDANET, Daniel-Louis, Histoire de la langue des Gaulois et par suite de celle des Bretons, Rennes, chez Duchesne, 1821, Voir en ligne. page 57

Miorcec conclut d’ailleurs ce chapitre par le chant neuvième dans sa quasi intégralité.

Quant à Blanchard de la Musse, c’est à partir du Chant neuvième de La Table ronde — Creuzé de Lesser (1812). op. cit., p. 175 (Voir en ligne) — qu’il localise le Val sans Retour en forêt de Paimpont, en 1824 :

Une petite rivière dans cet endroit se nommait Mell-aon, rivière de Mell, c’est-à-dire du gymnaste. Elle est rendue célèbre dans le chant 9éme du poème de la Table ronde, sous le nom allégorique du vieux Meliadus, qu’il faut suivre le long du Val sans Retour, jusque vers sa source dans la forêt de Brécilien, pour trouver les tombeaux de Merlin et de son épouse Viviane, qui sont en effet au bord de la forêt sur une montagne à main droite, en remontant cette rivière du Mell, laquelle va se perdre dans le lac du Pont des Géans, aujourd’hui étang du Pont Domjan, d’où l’on arrive, comme Lancelot, par une forêt très épaisse, au très beau pavillon qu’habitait la fée Morgain, sœur du roi Arthur, c’est-à-dire au château de Compere. BLANCHARD DE LA MUSSE, François-Gabriel-Ursin, « Aperçu de la ville de Montfort-sur-le-Meu, vulgairement appelée Montfort-la-Canne », Le Lycée Armoricain, Vol. 4, 1824, p. 300-313, Voir en ligne. page 303


Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BLANCHARD DE LA MUSSE, François-Gabriel-Ursin, « Aperçu de la ville de Montfort-sur-le-Meu, vulgairement appelée Montfort-la-Canne », Le Lycée Armoricain, Vol. 4, 1824, p. 300-313, Voir en ligne.

CREUZÉ DE LESSER, Augustin François, La Table ronde, Rééd. 1829, Paris, Amable Gobin et Cie éditeurs, 1811, Voir en ligne.

CREUZÉ DE LESSER, Augustin François, La chevalerie, ou Les histoires du Moyen Âge, composées de La Table Ronde, Amadis, Roland, poèmes sur les trois grandes familles de la chevalerie romanesque, Paris, F. Ponce-Lebas et compagnie, 1839, Voir en ligne.

LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne.

MIORCEC DE KERDANET, Daniel-Louis, Histoire de la langue des Gaulois et par suite de celle des Bretons, Rennes, chez Duchesne, 1821, Voir en ligne.

WEBER, Tatiana, « La chevalerie selon Auguste Creuzé de Lesser. La réécriture de l’épopée médiévale à l’aube du romantisme », in Palimpsestes épiques : réécritures et interférences génériques, Paris, Presses Paris Sorbonne, 2006, Voir en ligne.