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1751-1835

de La Rue abbé Gervais

Un précurseur de la localisation de Brocéliande en Bretagne

L’abbé de La Rue, savant normand du début du 19e siècle, a été l’un des premiers à étudier l’origine de la matière de Bretagne. Son œuvre pionnière aura une grande postérité et servira de référence à de nombreux auteurs qui s’intéresseront à la localisation de Brocéliande en Armorique. Lui-même situait la forêt de « Bréchéliant » près de Quintin.

Éléments biographiques

Gervais de La Rue est né à Caen le 7 septembre 1751, sur la paroisse de Saint-Sauveur.

Il est de tradition que sa mère tenait une petite échoppe de marchande de fruits, et les registres de naissances de la paroisse de St.Sauveur nous font connaître que son père, Guillaume De La Rue, était ouvrier tisserand. Le jeune Gervais était l’aîné de deux autres frères. VAULTIER, Marie Claude Frédéric E., Notice sur la vie et les travaux littéraires de feu M. l’abbé de La Rue, Caen, Mancel Librairie, 1844, Voir en ligne. page XXXVI

Après ses études universitaires, il est ordonné prêtre en 1775. En 1780, il est nommé second chapelain du couvent de la Charité à Caen. En 1786, il devient professeur royal d’histoire au collège du Bois.

Dès le commencement de sa carrière, nous voyons M. De La Rue figurer d’abord, et tout à la fois dans les doubles fonctions d’ecclésiastique et de professeur. C’était alors une chose des plus habituelles. L’université ne se recrutait guère que des sujets que lui fournissait le clergé. Vaultier, M. C. F. E. (1844). op. cit., p. V (Voir en ligne)

Pendant la Révolution, il est condamné à la déportation pour refus de serment à la constitution civile du clergé et s’embarque au Havre pour l’Angleterre le 7 septembre 1792. Il y séjournera jusqu’en 1797. — Vaultier, M. C. F. E. (1844). op. cit., p. XII (Voir en ligne) —

À son retour en France, et pendant plusieurs années, il éprouve des difficultés pour retrouver un emploi dans l’enseignement. C’est à l’occasion de la restructuration de l’enseignement universitaire qu’il est nommé professeur d’histoire à l’Académie 1 de Caen en 1809 et en deviendra le doyen à vie en 1821. Par ailleurs il devient chanoine honoraire de la cathédrale de Bayeux en 1810.

Savant de renommée internationale, il collabore à de nombreuses sociétés : il est directeur de la Société des Antiquaires de Normandie, mais aussi correspondant de l’Académie Celtique de Paris, membre des sociétés des Antiquaires de Londres, d’Écosse et de France, correspondant et ensuite membre libre de l’Institut de France.

Il meurt le 24 septembre 1835 au château (aujourd’hui disparu) de Cambes, sur la commune actuelle de Cambes-la-Plaine (Calvados).

Une localisation de la forêt de Bréchéliant

L’abbé de La Rue est un spécialiste du Moyen Âge. Ses recherches dans les bibliothèques anglaises pendant son exil l’amènent à la découverte des poètes médiévaux. Il écrit en 1812 un ouvrage dans lequel il évoque l’œuvre de Wace —  LA RUE, abbé Gervais de, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, Rééd. 1834, Caen, Chez Mancel, 1812, Voir en ligne. pages 43-88 — et y souligne l’origine armoricaine de la matière de Bretagne.

Dans les Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, lues en 1814 à la classe d’histoire et de littérature ancienne de l’Institut de Caen, l’abbé de La Rue consacre un chapitre à la forêt de « Bréchéliant ». Il y mentionne tous les auteurs ayant cité la forêt légendaire en Armorique : Wace, Chrétien de Troyes, Hugues (Huon) de Méry etc. pour lancer le débat sur sa localisation réelle :

Si nous en croyons les auteurs des XIIe et XIIIe siècles, les Fées bretonnes résidaient alors dans la forêt de Brecheliant près Quintin. LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne. pages 44

L’abbé ne s’est jamais expliqué sur cette localisation. On peut cependant en trouver la source dans un recueil de fabliaux et contes des XIIe et XIIIe siècles, écrit par Le Grand d’Aussy en 1779. 2

La forêt de Lorge, près de Quintin, étant celle de Bréchéliant, l’abbé en déduit qu’elle abrite la Fontaine de Barenton et le Tombeau de Merlin.

Postérité de l’œuvre de l’abbé de La Rue

Son œuvre pionnière aura une grande postérité et servira de référence à de nombreux auteurs : Hersart de la Villemarqué, de Marchangy ou Baron du Taya. Ce dernier s’en réclame dans l’avant propos de son ouvrage Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes :

Je dois un souvenir de reconnaissance […] surtout à leur savant doyen, feu M. l’abbé de La Rue, qui a si bien mérité de l’Armorique. Son encouragement honorable m’a vivement touché. BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne. pages III


Bibliographie

BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne.

LA RUE, abbé Gervais de, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, Rééd. 1834, Caen, Chez Mancel, 1812, Voir en ligne.

LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne.

LE GRAND D’AUSSY, Pierre-Jean-Baptiste, Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe siècle, Vol. 1, Troisième édition, 1829, Paris, Jules Renouard libraire, 1779, Voir en ligne.

VAULTIER, Marie Claude Frédéric E., Notice sur la vie et les travaux littéraires de feu M. l’abbé de La Rue, Caen, Mancel Librairie, 1844, Voir en ligne.


↑ 1 • nouveau nom pour la Faculté de Lettres

↑ 2 • Une de ses notes, visant à expliquer pourquoi Lanval était un chevalier breton, situe Brocéliande près de Quintin : La forêt où Merlin fut enchanté par Viviane et qu’habitaient les fées est Brocéliande près de Quintin. —  LE GRAND D’AUSSY, Pierre-Jean-Baptiste, Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe siècle, Vol. 1, Troisième édition, 1829, Paris, Jules Renouard libraire, 1779, Voir en ligne. page 176 —