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1815-1895

Hersart de la Villemarqué Théodore

Un acteur de la localisation de Brocéliande en forêt de Paimpont

Hersart de la Villemarqué se rend en forêt de Paimpont en 1837. Il publie ses impressions de voyage dans Visite au Tombeau de Merlin, article dans lequel il situe la tombe de l’enchanteur à la fontaine de Barenton.

La jeunesse de La Villemarqué à Paris

Né à Quimperlé en 1815, il fait ses études à Paris où, à partir de 1834, il se lie d’amitié avec un groupe de Bretons celtisants, regroupés autour de la figure de Le Gonidec 1. Il y retrouve Brizeux, Souvestre, Aurélien de Courson, Alfred et Paul de Courcy pour déclamer des poèmes, parler breton et s’exalter autour de la patrie lointaine. En 1836, Brizeux, marqué par son voyage en Bretagne, leur apprend que la tombe de Merlin se situe à la fontaine de Barenton, en forêt de Paimpont.

Visite au Tombeau de Merlin

En 1837, âgé de 22 ans, La Villemarqué se rend à son tour en forêt de Paimpont, et fait paraître un article dans la Revue de Paris intitulé Visite au Tombeau de Merlin :

J’avais tant de fois, dans mon enfance, entendu parler de Merlin, et lu, dans nos romans de chevalerie bretonne, de si merveilleuses choses sur son tombeau, la forêt de Brécilien, la fontaine de Barenton et la vallée de Concoret que je fus pris du désir de visiter ces lieux, et qu’un beau matin je partis. HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Visite au Tombeau de Merlin », Revue de Paris, Vol. 40, 1837, p. 45-62, Voir en ligne. page 46

Il y situe la tombe de l’enchanteur, en lieu et place du perron de la Fontaine de Barenton. Le personnage de Merlin, qu’il associe à la fontaine, lui permet de relier le druidisme renaissant et ses rituels à sa connaissance approfondie de la littérature arthurienne. L’auteur n’utilise pas le terme « Brocéliande », mais ceux de « Brécilien » et « Brecheliant » qu’il appelle la forêt de la puissance druidique.

Si sa localisation du Tombeau de Merlin n’a pas de postérité durable, sa description de la Fontaine réactive la légende arthurienne en forêt de Brocéliande, peuplée désormais de Merlin et Viviane, mais aussi d’Owein ou Lancelot. Felix Bellamy écrit d’ailleurs à son propos :

M. de La Villemarqué a exhumé la fontaine de Bérenton ; et on est forcé de reconnaître que sur cette lande de Lanbrun, maigre terre de labour, mais riche de souvenirs et de poésie, il n’a laissé à ceux qui sont venus après lui que de rares et chétives pailles à glaner. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. pages 210

L’article qu’il fait paraître dans La Revue de Paris est repris dans de nombreuses publications comme Le Magasin Pittoresque —  CHARTON, Edouard, « Le tombeau de Merlin », Le Magasin Pittoresque, Vol. 14, 1846, p. 87-88, Voir en ligne. pages 87-88 — en 1846, favorisant l’implantation de « Brocéliande » en forêt de Paimpont.

La Villemarqué et la matière de Bretagne

La Villemarqué a travaillé toute sa vie sur l’origine de la matière de Bretagne. Elle était considérée, au début de ses études, comme issue des romanciers français médiévaux. Reprenant la thèse de l’abbé de La Rue —  LA RUE, abbé Gervais de, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, Rééd. 1834, Caen, Chez Mancel, 1812, Voir en ligne. pages 43-88LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne. page 44 — il est chargé par son maître d’étude, M. de Salvandy, de se rendre en 1838 dans la vraie patrie de Merlin, au Pays de Galles et en Écosse, pour y étudier les principaux manuscrits des anciens Bretons. Initié au néodruidisme, il y est intronisé barde par les Gallois du Gorsedd des bardes de l’île de Bretagne à Abergavenny, aux côtés de Brizeux, Louis de Carné de Marcelin et Auguste du Marhallac’h. Au cours de ses voyages outre-manche, il défend la localisation de la forêt de Brocéliande près de Concoret en Armorique :

entendant les Celtes d’Écosse disputer le tombeau de l’enchanteur aux Celtes d’Armorique, et tenir la Calédonie pour la forêt de Brocéliande, Drum-Melziar pour le perron de Merlin et la vallée de la Tweed pour notre vallée de Concoret, le jeune voyageur voulut explorer aussi la patrie de Walter Scott… HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Myrdhin ou l’enchanteur Merlin, Rééd. 2001, Paris, Terre de Brume Editions, 1862, Voir en ligne. pages v-vi

En 1839 il connaît, à 24 ans, un extraordinaire succès mondain et littéraire en faisant paraître le Barzaz Breiz, recueil de chants populaires de Bretagne. —  HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Barzaz Breiz ». Chants populaires de la Bretagne, recueillis et publiés avec une traduction française, des éclaircissements, des notes et les mélodies originales, Paris, Charpentier, 1839. 2 vol. —

En 1841 il publie : —  HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Poèmes gallois de la Table Ronde, Rééd. 1860, Paris, Didier et Cie libraires, 1841, Voir en ligne. — et en 1842 : —  HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Contes Populaires des anciens Bretons, Paris, Coquebert éditeur, 1842, Voir en ligne. — par lesquels il prouve l’origine bretonne du cycle arthurien.

La Villemarqué y fait paraître une traduction des Mabinogion gallois 2 de Lady Guest, à la suite du roman d’Yvain. On y trouve une étude intitulée Yvain et la dame de Brécilien ainsi qu’une annexe, La forêt de Brécilien et la fontaine de Baranton, dans laquelle il reprend le dossier littéraire de la fontaine, évoquant Wace, Chrétien de Troyes, Guillaume le Breton, Huon de Méry—  HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Les romans de la Table Ronde et les contes des anciens bretons, Troisième édition, Paris, Didier et Cie libraires-éditeurs, 1860, Voir en ligne. page 231 —

Notant l’importance du travail exécuté par La Villemarqué, Félix Bellamy écrit :

[il] a rassemblé ce que l’on sait de plus intéressant sur la Fontaine, ainsi que les passages des écrivains qui en ont parlé. Bellamy, Félix (1896). op. cit., tome second, p. 210

Considéré comme un des savants les plus éminents en matière de traditions populaires, il correspond avec ses pairs européens durant toute sa vie.

Dans sa préface de Myrdhin ou l’enchanteur Merlin — Hersart de la Villemarqué, Théodore (1862 ). op. cit. (Voir en ligne) — il rappelle son voyage de jeunesse à Concoret, contribuant par son autorité à localiser « Brocéliande » à Paimpont.

Brocéliande au congrès de l’Association Bretonne en 1880

Enfin, en 1880, il intervient au Congrès de l’Association Bretonne qui se déroule à Quintin. Dans un texte intitulé Brocéliande où il mentionne la Fontaine de Barenton et la Charte des Usements, il situe la forêt merveilleuse à Paimpont :

Le témoignage le plus authentique, peut-être le plus ancien, quoique le style soit du bas Moyen Âge, concernant la forêt de Brocéliande et la fontaine de Barenton, paroisse de Concoret est celui de Maître Lorence, chapelain du Comte de Laval, seigneur de Montfort et propriétaire de la forêt. Dans des ordonnances qu’il renouvela par son ordre en date du 30 août 1467, sous le titre d’ « Usemens et coustumes de Brécilien », on remarque un chapitre particulier, De la décoration de la dicte forêt et des mervoilles estans ycelle. On le voit, cette mère forêt était encore très respectable au Moyen Âge par son étendue et ses prodiges. HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « La forêt de Brocéliande », Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1881, p. 244-264, Voir en ligne. pages 244-264


Bibliographie

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

CHARTON, Edouard, « Le tombeau de Merlin », Le Magasin Pittoresque, Vol. 14, 1846, p. 87-88, Voir en ligne.

LA RUE, abbé Gervais de, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, Rééd. 1834, Caen, Chez Mancel, 1812, Voir en ligne.

LA RUE, abbé Gervais de, Recherches sur les ouvrages des bardes de la Bretagne armoricaine dans le Moyen Âge, Caen, Imprimerie de Poisson, 1815, Voir en ligne.

Œuvres

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Visite au Tombeau de Merlin », Revue de Paris, Vol. 40, 1837, p. 45-62, Voir en ligne.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Barzaz Breiz ». Chants populaires de la Bretagne, recueillis et publiés avec une traduction française, des éclaircissements, des notes et les mélodies originales, Paris, Charpentier, 1839. 2 vol.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Contes Populaires des anciens Bretons, Paris, Coquebert éditeur, 1842, Voir en ligne.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Poèmes gallois de la Table Ronde, Rééd. 1860, Paris, Didier et Cie libraires, 1841, Voir en ligne.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Les romans de la Table Ronde et les contes des anciens bretons, Troisième édition, Paris, Didier et Cie libraires-éditeurs, 1860, Voir en ligne.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, Myrdhin ou l’enchanteur Merlin, Rééd. 2001, Paris, Terre de Brume Editions, 1862, Voir en ligne.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « La forêt de Brocéliande », Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1881, p. 244-264, Voir en ligne.


↑ 1 • Jean-François Le Gonidec de Kerdaniel (1775 - 1838) est un grammairien breton, linguiste de la langue bretonne, premier unificateur de l’orthographe de la langue bretonne. Il fut aussi un celtomane.

↑ 2 • Les Mabinogion ou les Quatre Branches du Mabinogi sont quatre récits médiévaux, écrits en moyen gallois (gallois du XIIe siècle au XVIe siècle), qui font référence à la mythologie celtique de l’Antiquité.