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1904

La princesse Yvonne

Un conte collecté à Paimpont par Adolphe Orain

La Princesse Yvonne est un conte collecté à Paimpont par Adolphe Orain.

Un conte d’Adolphe Orain

La Princesse Yvonne est publié pour la première fois en 1904. Adolphe Orain l’intègre à la première partie de son recueil, intitulée Cycle Mythologique : Les Fées, les Géants, les Magiciens, les Animaux parlants, les Métamorphoses, les Aventures merveilleuses.—  ORAIN, Adolphe, Contes du pays Gallo, Rennes, Honoré Champion, 1904, Voir en ligne. Pages  —

Adolphe Orain donne peu d’informations sur le contexte de son collectage. Comme la plupart des autres contes collectés à Paimpont, il a été recueilli auprès de la famille Niobé.

Conté par Julien Niobé du village du Canné en Paimpont

Le récit de La Princesse Yvonne

Un roi et une reine habitaient, jadis, un château dont on voit encore les traces au village du Gué, dans la commune de Plélan. Ils eurent une fille, un amour d’enfant, mais si chétive que les médecins jugèrent nécessaire de la confier à une nourrice des bords de la mer.

Les parents choisirent une vigoureuse nourrice du bourg de Saint-Briac, du nom de Jeanne Hervochon. Au fil des ans, Yvonne devint une belle jeune fille et par un jour brûlant d’été, Jeanne eut l’idée d’emmener Yvonne faire une promenade en mer. Elles furent surprises par une soudaine tempête. Jeanne, affolée, tomba de la barque et disparut dans l’abîme. Yvonne dormait au fond du bateau et ne s’aperçut de rien.

À son réveil, elle vit une vieille femme d’une taille gigantesque, assise à ses côtés, qui l’examinait attentivement.

Pauvre petite ! elle n’a pas eu de chance de venir échouer dans cette île, où l’ogre, mon mari, voudra sans doute s’offrir un mets aussi délicat. Mais je saurai bien lui conserver la vie, afin de l’unir à notre fils lorsqu’elle sera en âge de se marier. Nous ferions inutilement le tour du monde pour lui trouver une femme plus jolie.

Au retour de son mari, la femme de l’ogre lui interdit de manger la petite Yvonne, mais ayant peu confiance en lui, préféra dès le lendemain la confier à une de ses amies qui habitait une île voisine.

Pendant ce temps-là, le roi et la reine pleuraient la perte de leur enfant. Ils la faisaient rechercher inutilement dans toute la Bretagne, mais les années s’écoulaient sans qu’ils entendissent parler d’elle.

En l’absence d’Yvonne, leur neveu devait hériter du trône. Le jeune prince avait si souvent entendu parler de sa cousine, qu’il en était devenu amoureux sans la connaître. Un jour il demanda au roi : Sire, permettez-moi d’aller à la recherche de la princesse votre fille, j’ai le pressentiment que je la découvrirai.

Le prince partit immédiatement, parcourut le pays dans tous les sens sans découvrir la moindre trace de sa cousine. Il ne lui restait plus qu’à visiter l’île déserte où Yvonne était retenue prisonnière. Au premier regard, il sut qu’il s’agissait d’Yvonne.

Yvonne, alors âgée de quinze ans, devait épouser dans quelques jours le fils de l’ogre et son retour, chez ses futurs parents, était décidé pour le soir même.

La nuit suivante, la jeune fille attendit impatiemment que la vieille, qui était aussi une fée, fût endormie pour aller rejoindre son cousin. Elle se rendit dans la chambre de la femme de l’ogre et lui subtilisa sa baguette magique. À cette nouvelle, la vieille, ivre de colère, réveilla son mari pour qu’il rattrape la jeune fille. Il prit ses bottes de sept lieues et se mit à sa poursuite.

Lorsque Yvonne aperçut l’ogre qui les pourchassait, elle changea, d’un coup de baguette, le prince en un grand rosier et elle-même en une rose. L’ogre fatigué de ses recherches s’endormit sous le rosier puis revint dépité chez lui. Sa femme comprit le subterfuge et renvoya son mari sur leur piste.

Yvonne apercevant l’ogre, transforma le prince en bateau, se changea en paysanne, et s’en alla à la rame. Lassée de la bêtise de son mari, l’ogresse, dès le lendemain se lança elle-même à la recherche d’Yvonne et du prince. La jeune fille métamorphosa aussitôt son cousin en oranger et se changea en abeille.

L’ogresse avait été bernée mais Yvonne avait perdu la baguette. Le malheur était irréparable, les deux jeunes gens ne pouvaient reprendre leur forme naturelle.

Le roi de Plélan aimait passionnément la chasse, et s’en allait souvent poursuivre les sangliers dans la forêt de Brocéliande. Connaissant parfaitement le pays et les essences d’arbres qu’on y rencontre, il fut un jour bien surpris de trouver un oranger chargé de dix oranges. Il en cueillit une, et son étonnement devint de la stupeur en voyant la branche saigner, à l’endroit où le fruit venait d’être détaché.

Le roi fit quérir Merlin qui habitait la forêt. L’enchanteur toucha l’oranger et fit réapparaitre le prince puis Yvonne.

Comme on le pense bien, la chasse en resta là. On retourna promptement au Gué de Plélan, où le mariage des deux jeunes gens ne tarda pas à être célébré. Le roi céda sa couronne à son neveu qui, pendant de longues années, fit le bonheur de son peuple.

Rééditions contemporaines

Ce conte a été l’objet de plusieurs rééditions parmi lesquelles :

  • —  CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999. [pages 64-75] —
  • —  ORAIN, Adolphe et EUDES, Olivier, Trésor des contes du Pays gallo, Terres de Brume, 2000, 432 p., (« Bibliothèque celte »). [pages 145-156] —

Bibliographie

CARREFOUR DE TRÉCÉLIEN, Contes et légendes de Brocéliande, Terre de Brume, 1999.

ORAIN, Adolphe, Contes du pays Gallo, Rennes, Honoré Champion, 1904, Voir en ligne.

ORAIN, Adolphe et EUDES, Olivier, Trésor des contes du Pays gallo, Terres de Brume, 2000, 432 p., (« Bibliothèque celte »).