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Les statues de « Notre-Dame de Paimpont »

Il existe plusieurs statues dites « Notre-Dame de Paimpont ». La principale se trouve à l’église abbatiale de Paimpont. Les autres sont à la basilique Saint-Melaine de Rennes, à l’église de Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Rheu et à Saint-Martin de Bazouges-sous-Hédé. Deux statues, aujourd’hui disparues, sont mentionnées à la chapelle Saint-Étienne de Guer et à l’église Toussaint de Rennes.

La statue de l’église abbatiale de Paimpont

La dévotion à Notre-Dame de Paimpont se manifeste principalement durant le pèlerinage de la semaine de Pentecôte, ainsi qu’au pardon du quinze août, jour de l’Assomption. La statue d’une Vierge à l’enfant, dite « Notre-Dame de Paimpont », située dans l’église abbatiale était vénérée lors de ces pèlerinages,

Cette statue est encore visible sous une arcade de la nef de l’église de Paimpont. La statue en bois peint polychrome est datée du 16e siècle. A l’origine, elle devait tenir un lys et porter une couronne comme l’atteste le retrait de sa chevelure. Le dais qui l’encadre, tenu par deux « putti » est un ajout du 17e siècle. Pour l’historien Yves Breton, la rénovation de la statue de Notre-Dame de Paimpont fait partie des actions engagées par les génovéfains pour relancer la dévotion de cet antique pèlerinage :

[…] de nombreux fidèles viennent se recueillir devant une statue en bois polychrome d’une vierge assise tenant dans ses bras l’enfant jésus. Les chanoines n’hésitent pas à vouloir redonner de la vigueur à cet ancien pardon probablement tombé en désuétude ou du moins délaissé en donnant une place de choix à la représentation en question. On lui ajoute un dais en bois dont les rideaux sont écartés et tenus par deux angelots et le tout est placé au sommet du tout nouveau et monumental baldaquin qui surmonte le maître autel également fraîchement installé. […] A-t-on voulu éradiquer les nombreuses pratiques cultuelles qui avaient lieu dans la forêt en officialisant un lieu de dévotion unique ? Rien ne permet de le dire. BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006. [page 594]

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Les statues de « Notre-Dame de Paimpont »
Photo Roger Blot

A partir des années 1660-1670, la statue est placée sous le monumental baldaquin du chœur :

Le maitre autel, surmonté d’un vaste baldaquin de forme plus originale que gracieuse, laisse voir entre les consoles de son couronnement une statue très vénérée de Notre-Dame qu’on couvre de vêtements précieux dans les jours de fêtes, et aux pieds de laquelle de nombreux ex-voto témoignent du grand nombre de fidèles qui en ont obtenu des grâces. GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 694

C’est là que durant des siècles se manifeste la dévotion à Notre-Dame de Paimpont. Les fidèles viennent y baiser la statue, et prier à ses pieds en se faisant évangéliser par les prêtres de la paroisse.— Guillotin de Corson, abbé Amédée (1891) : op.cit. Vol. II, p.695 (Voir en ligne) — Aussitôt après le baptême, les enfants y sont portés pour être consacrés à Notre-Dame de Paimpont.—  CHASLE, Henri, « Le culte de la Sainte Vierge dans le diocèse de Rennes pendant le XIX siècle », Revue de Bretagne, Vol. 45, février 1911, p. 65-112, Voir en ligne. page 67 —

Le baldaquin du chœur est démonté en 1974, marquant la préférence des restaurateurs pour la période médiévale. La statue est alors déplacée sous une arcade de la nef qui ouvrait sur la chapelle de Bonne-Encontre, adossée à l’église abbatiale à partir de 1375.

C’est ce même baldaquin qui est remis en place en 2004 pour redonner une unité décorative « 17e siècle » au chœur ! Son remontage est complété par la restauration et la remise en place du panneau central de l’Annonciation, qui surmontait le retable bas du maître-autel.

La statue est classée Monument Historique depuis 1954.—  RIOULT, Jean-Jacques, « Vierge à l’enfant dite Notre-Dame de Paimpont », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne. —

La statue de la basilique Saint-Melaine de Rennes

La statue dite « Notre-Dame de Paimpont » de la basilique Saint-Melaine de Rennes est datée du 17e siècle. Elle est en bois polychrome et représente une Vierge à l’enfant ; sur son socle, on peut lire : « N.-D. de Paimpont ». L’absence de documents historiques permettant d’expliquer sa présence à Rennes a suscité les hypothèses les plus fantaisistes.

L’abbé Héry avance que :

La statue primitive avait été transportée à Saint-Melaine de Rennes au temps des pillages normands, elle ne fut jamais rendue, c’est pourquoi l’on voit encore une Notre-Dame de Paimpont à Rennes. HÉRY, abbé François, Notice sur l’abbaye de Paimpont, Paimpont, 1937. [page 7]

Selon Guillotin de Corson :

[...] la première statue miraculeuse de Notre-Dame se trouve depuis plusieurs siècles dans l’ancienne église abbatiale de Saint-Melaine à Rennes ; celle qu’on honore présentement à Paimpont l’aurait remplacée [...] On prétend que pendant la guerre de la Ligue, [...] les religieux de Paimpont confièrent, crainte d’accident, leur statue de N.D. aux bénédictins de Saint-Melaine ; on ajoute que ceux-ci refusèrent de la rendre après la pacification.Guillotin de Corson, abbé Amédée (1891) : op.cit. Vol. II, p.694 (Voir en ligne)

Pour le marquis de Bellevüe :

La statue miraculeuse de Notre-Dame de Paimpont avait été enlevée pendant les guerres de la Ligue vers 1580 ; elle est depuis en l’église de l’ancienne abbaye Saint-Melaine à Rennes. BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913. [page 75]

L’abbé Gillard, quant à lui, prétend que la statue authentique de Notre Dame de Paimpont est à Notre-Dame de Rennes—  GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955. [page 53] —

Pourtant, deux hypothèses nous éclairent sur la présence d’une statue de ce nom à Saint-Melaine. Dom François Plaine parle d’une translation de la statue de Paimpont à Rennes, antérieure au 11e siècle ; pour lui, l’extension du culte de Notre-Dame de Paimpont a pu être favorisée par le fait que le prieuré de Paimpont et l’abbaye de Saint-Melaine relevaient tous deux de l’Ordre de saint Benoît : Bien que l’antique statue ait été reportée plus tard à son oratoire primitif le culte aurait perduré à Saint-Melaine où une statue aurait été maintenue.—  GERVY, abbé Louis, « Un grand pèlerinage et un charmant pays (1) », Revue de Bretagne, Vol. 37, 1907, p. 344-370, Voir en ligne. page 362 —

Laissons la conclusion de cette histoire à l’abbé Gervy, qui développe l’hypothèse qui nous semble la plus crédible. Dans la cathédrale de Rennes, un autel fut consacré à Notre-Dame de Paimpont, où les chanoines prébendés du prieuré Saint-Martin dépendant de Paimpont disaient ordinairement la messe. Par dévotion, ces chanoines y installèrent une statue de N.D de Paimpont. Celle-ci aurait été transférée à Saint-Melaine à l’époque où cette église devint cathédrale, l’originale n’ayant jamais quitté Paimpont.—  Gervy, abbé Louis (1907) : op.cit. Vol.XXXVII, p. 362 (Voir en ligne) —

La statue de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Rheu

Dans l’église du Rheu, une statue d’une vierge à l’enfant est dite de « Notre-Dame de Paimpont ». Il s’agit d’une sculpture en calcaire, datée du début du 16e siècle. Elle figure une Vierge debout présentant l’Enfant à un chanoine régulier de saint Augustin.

Statue Notre Dame de Paimpont au Rheu

Guillotin de Corson apporte peu d’éléments sur la présence de cette statue au Rheu : elle provient de la chapelle priorale d’Apigné qui dépendait de l’abbaye de Rillé, près de Fougères ; elle y était honorée avant d’être apportée au Rheu pendant la Révolution, Notre-Dame de Paimpont n’a été solennellement inaugurée qu’en 1849.—  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 5, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne. page 678 —

D’autres auteurs ont écrit que cette statue aurait été apportée à Apigné par des chanoines de Paimpont durant la Révolution. Dans les faits, cette statue dite de « Notre-Dame de Paimpont » ne figure sur aucun inventaire de l’abbaye de Paimpont, du 17e siècle à la Révolution. On peut avancer l’hypothèse que la popularité du culte de Notre-Dame de Paimpont a certainement entraîné la création de lieux à sa dévotion et à sa représentation, sur les chemins de pèlerinage menant à Paimpont.

Cette statue, déplacée d’Apigné au Rheu durant la Révolution, a été solennellement inaugurée lors de l’épidémie de choléra de 1849 et exposée à la vénération des fidèles. Pie IX a accordé l’attribution d’indulgences plénières à ses dévots pèlerins à la Pentecôte et à l’Assomption. Elle est classée monument historique depuis le 25 octobre 1919.—  Guillotin de Corson, abbé Amédée (1891) : op.cit. Vol. V, p.678 (Voir en ligne) —

La statue de l’église Saint-Martin de Bazouges-sous-Hédé

L’église de Bazouges-sous-Hédé abrite également une statue de « Notre Dame de Paimpont ». Avant la Révolution, cette paroisse était administrée par les bénédictins de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes. Ces derniers ont entretenu des liens avec l’abbaye de Paimpont et ont probablement contribué à la diffusion de ce culte.

La statue de la chapelle Saint-Étienne de Guer

Une statue de la Sainte Vierge ornait l’autel de la chapelle Saint-Étienne. Selon l’abbé Le Claire, elle a beaucoup de rapports avec celle qui est vénérée dans l’église de Paimpont. À cette statue se rapporte la légende qui suit :

Un gentilhomme des environs ayant acheté la statue de la Vierge se mit en devoir de l’emporter comme c’était son droit, mais en passant sur le pont de Tehel, il perdit l’équilibre et la statue lui échappa des mains et retourna dans sa chapelle. LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, Histoire de Guer, Rééd. 1990, Paris, Res Universis, 1915. [page 106]

La statue de l’église Toussaint de Rennes

Guillotin de Corson mentionne l’existence d’une statue de Notre-Dame de Paimpont à l’église Toussaint de Rennes en 1664 :

Il est aussi fait mention en 1664, de deux chandeliers armoriés que l’on plaçait alors des deux côtés « de l’autel de Nostre-Dame-de-Paimpol. » Il devait s’agir probablement ici d’une statue de Notre-Dame-de-Paimpont, très vénérée jadis dans notre contrée, comme nous l’avons déjà vu. GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Mélanges historiques sur la Bretagne et les Bretons, Rennes, Imprimerie H. Vatar, 1888, Voir en ligne. page 215


Bibliographie

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913.

BRETON, Yves, Les génovéfains en Haute-Bretagne, en Anjou et dans le Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions Hérault, 2006.

CHASLE, Henri, « Le culte de la Sainte Vierge dans le diocèse de Rennes pendant le XIX siècle », Revue de Bretagne, Vol. 45, février 1911, p. 65-112, Voir en ligne.

GERVY, abbé Louis, « Un grand pèlerinage et un charmant pays (1) », Revue de Bretagne, Vol. 37, 1907, p. 344-370, Voir en ligne.

GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Mélanges historiques sur la Bretagne et les Bretons, Rennes, Imprimerie H. Vatar, 1888, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 2, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé Historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 5, Rennes, Fougeray éditeur, 1891, Voir en ligne.

HÉRY, abbé François, Notice sur l’abbaye de Paimpont, Paimpont, 1937.

LE CLAIRE, abbé Jacques-Marie, Histoire de Guer, Rééd. 1990, Paris, Res Universis, 1915.

RIOULT, Jean-Jacques, « Vierge à l’enfant dite Notre-Dame de Paimpont », Rennes, Association pour l’Inventaire Bretagne, 2002, Voir en ligne.