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L’origine du toponyme Gurvant

On retrouve l’appellation « Gurvant » dans plusieurs noms de lieux de la partie occidentale de la forêt de Paimpont, dans le site duVal sans Retour : vallée, bois et landes de Gurvant, tombelles de Gurvant... Cette appellation est attestée à partir de 1629, alors que des hypothèses concernant ses origines la feraient remonter au 9e siècle.

La première mention de l’appellation Gurvant

La vallée et le bois de Gurvant font partie de la forêt de Brécilien, appartenant à la dynastie des Montfort-Laval et à leurs descendants jusqu’en 1629. Cette année-là, pressé par des besoins d’argent, le seigneur de Brécilien, Henri de la Trémoille, denier héritier de la dynastie, commence à aliéner son fief. Il vend à Benjamin de l’Aage 140 journaux 1 et les fiefs de Folle-Pensée.—  TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Monsieur d’Iray intendant des la Trémoille : année 1629-1635 », 2007, Voir en ligne. —

C’est sa femme, Marie de la Tour d’Auvergne, duchesse de la Trémoille et de Thouars qui s’occupe de la transaction avec Benjamin de l’Aage. L’acte de vente daté de 1629 est le plus ancien document connu mentionnant la montagne, vallée et rocher, appelés les taillis de Gourvant— Acte de vente par Marie de la Tour, duchesse de la Trémouille et de Thouars, épouse et procuratrice générale de Monseigneur Henry de terres en forêt de Paimpont à Benjamin Delage sieur de Ruë neuve ». Archives Municipales de Paimpont, DD6. Copie du 4 novembre 1629 —.

L’origine de l’appellation selon le comte de Busnel

Gurvant, Gurwan ou Gourvant est un prénom d’origine bretonne. La présence de ce toponyme en forêt de Brécilien est censée remonter à une bataille entre les comtes de Rennes et de Vannes pour la couronne de Bretagne au 9e siècle .

Le terme de « Gurvan » [...] renvoie à un épisode ancien de l’histoire de Bretagne. Un combat est supposé s’être déroulé en cet endroit entre Gurvan, comte de Rennes et Pasquiten, comte de Vannes, en 875. CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984. [pages 33-34]

Pourtant, la première mention de cette origine n’apparait qu’à la fin du 19e siècle dans les écrits de Félix Bellamy 2 :

Le nom de Gurwan (ou de Gurhan par altération), que porte cette contrée, la vallée, la colline sud, le bois, la lande, les tombelles, semble bien tirer son origine d’un fait historique raconté dans l’histoire de Bretagne. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. pages 200

Bellamy précise qu’il tient cette information du seigneur propriétaire des lieux, le comte de Busnel qui résidait au château de la Touche-Larcher en Campénéac :

Or, d’après une tradition dont je dois la connaissance à M. le comte de Busnel, propriétaire de ce curieux territoire de Gurwan, ce fut sur cette lande que se livra la bataille. Les Tombelles seraient les sépultures de ceux qui y trouvèrent la mort. De là le nom de Gurwan, Gurhan qui est resté à la contrée.Bellamy Félix (1896). op. cit., vol. 1, p.200 (Voir en ligne)

Le comte de Busnel est le premier à indiquer un lien entre les Tombelles de Gurvant, le bois de Gurvant et le personnage historique qui vécut au temps de Salomon de Bretagne († 874). Il est possible que, dans son désir d’associer ses terres à la figure héroïque de Gurvant, le comte de Busnel en soit l’inventeur.

L’appellation Gurvant chez le marquis de Bellevüe

Au début du 20e siècle, le toponyme « Gurvant » et la bataille de 875 sont liés comme s’il s’agissait d’une réalité historique. La toponymie des environs va s’en trouver modifiée. L’appellation Gurvant, qui jusque là désignait la montagne, vallée et rocher, appelés les taillis de Gourvant va s’étendre à d’autres sites comme Le château ou manoir de Gurvant.

Selon le marquis de Bellevüe, le manoir de « Rue-Neuve » à Tréhorenteuc a été nommé « Château de Gurvant » avant sa destruction et sa reconstruction au 17e siècle :

Le vieux château de Gurwan, dit depuis Rue-Neuve était situé dans le bourg même de Tréhorenteuc. Il était le siège du fief de haute justice du Pertuis-Nanti et de Folle-Pensée, et de cette seigneurie dépendaient les bois de Gurwan, de Rauco et de la Grenouillère. Ce château était fortifié et soutint plusieurs sièges, entre autres en 1592, où il fut pris et détruit par les ligueurs. A la mort en 1605 de François de Coligny, dit Guy XXI de Laval, comte de Montfort, seigneur de Brécilien et de Comper, il fut vendu par l’entremise de M. de Grimaudet de la Lande, procureur du comté de Laval, avec son fief et les bois de Gurwan et de Rauco à Benjamin de l’Age et à sa soeur Yvonne de l’Age qui firent reconstruire le vieux château de Gurwan, qu’ils appelèrent « Rue-Neuve ». C’est une curieuse construction de la Renaissance avec un beau porche. BELLEVÜE, Xavier de, Le camp de Coëtquidan, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913. [pages 201-202]

Le marquis de Bellevüe écrit que l’appellation « château de Gurwan » est antérieure à celle de Rue-Neuve et que le château fut détruit par les ligueurs en 1592. Or, à notre connaissance, aucun document ne vient étayer ces affirmations. Un acte daté de 1607 concerne bien les seigneurs de Rue-Neuve mais ne mentionne pas le manoir sous le nom de Gurwan — Archives Municipales de Paimpont, DD6. « Adveu fourni par Bertrand Doré et Guillaume Doublet à devoir de Recepte et obéissance à la seigneurie de Ruëneuve pour le pré tréboutuz et la vente sur cens à l’abbaye de Painpont sans spécifier le nombre. ». 27 juin 1607 — Ces imprécisions nous permettent de supposer que l’appellation « château de Gurwan » est née sous la plume du marquis de Bellevüe.

Validation de l’appellation Gurvant dans les années 1980

Le lien entre le toponyme « Gurvant » et la bataille de 875 n’est établi qu’en 1896 par le comte de Busnel. C’est seulement au début des années 1980, pour servir un projet touristique de valorisation du « Val sans Retour », que ce lien s’est « officialisé ».

À la même époque la Croix Lucas, située à proximité de la vallée de Gurvant, a été désignée comme marquant l’emplacement de la bataille.


Bibliographie

BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 1, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

BELLEVÜE, Xavier de, Le camp de Coëtquidan, Rééd. 1994, Rennes, La Découvrance, 1913.

CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984.

DU BOIS DE PACÉ, Brocéliande en deux journées, Guide du touriste à la forêt de Paimpont, Rennes, Typographie Alphonse Leroy fils, 1868.

ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne.

TULOT, Jean-Luc, « Correspondance de Monsieur d’Iray intendant des la Trémoille : année 1629-1635 », 2007, Voir en ligne.


↑ 1 • Le journal est une ancienne unité de mesure de surface, utilisée jusqu’à la Révolution. Définie comme la surface labourée en un jour avec une traction animale, elle varie suivant les régions. En Bretagne sa valeur approximative est d’un demi-hectare.

↑ 2 • Aucun des érudits locaux ayant écrit sur Tréhorenteuc, Baron du Taya en 1839 —  BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Brocéliande, ses chevaliers et quelques légendes, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1839, Voir en ligne. — ou Sigismond Ropartz en 1861 —  ROPARTZ, Sigismond, « Pèlerinage archéologique au tombeau de sainte Onenne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 10 / deuxième semestre, 1861, Voir en ligne. pages 196-219 — n’évoquent le souvenir de cette bataille, attachée aux landes voisines. Le guide Touristique de 1868 est lui aussi muet à ce sujet. —  DU BOIS DE PACÉ, Brocéliande en deux journées, Guide du touriste à la forêt de Paimpont, Rennes, Typographie Alphonse Leroy fils, 1868. —