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1760-1831

Mahé chanoine Joseph

Un précurseur de l’archéologie en Bretagne

Le chanoine Joseph Mahé est un pionnier dans l’étude des mégalithes en Bretagne. En 1825, il est l’auteur du premier inventaire des mégalithes du Morbihan, dans lequel il fait mention du site des « Buttes aux Tombes » en Tréhorenteuc.

Éléments Biographiques

Joseph Mahé est né en 1760 sur l’île-d’Arz, dans le golfe du Morbihan (56). À la mort de son père disparu en mer alors qu’il est encore enfant, sa mère le destine à une carrière ecclésiastique. Il devient le protégé du recteur de l’île qui le fait entrer au collège de Vannes en 1772. Après de brillantes études, il entre au séminaire en 1778 et est ordonné prêtre le 27 mars 1784. Il est alors nommé vicaire de la paroisse de Kervignac, près de Lorient (56), puis de celle de Saint-Salomon à Vannes en 1785. Il y demeure jusqu’à la suppression de cette paroisse en 1791.

L’abbé Mahé refuse de prêter serment à la Constitution civile du Clergé, puis entre en clandestinité. Arrêté le 19 juin 1792, il est remis en liberté le 1er mars 1794. Il se réfugie alors chez des âmes charitables avant d’être arrêté le 4 mai 1795 sur dénonciation. Selon certaines sources, il s’évade le 6 décembre 1795 et se réfugie à l’hôtel Rosmadec, domicile vannetais de la famille Desgrée du Loû. Il devient alors le précepteur de leurs enfants. Joseph Mahé obtient un permis de circuler en mai 1800, puis une suspension de l’ordre de l’arrêter en octobre 1801. L’abbé devient chanoine de la cathédrale de Vannes en 1802, ce qui lui permet de se consacrer entièrement à une vie d’étude. Il est enfin totalement amnistié le 9 février 1805.

En 1806, il est nommé aumônier au collège royal de Vannes ainsi que professeur suppléant. De 1806 à 1815, il assume les fonctions de conservateur de la bibliothèque municipale de Vannes ainsi que celles d’antiquaire spécialisé dans l’étude des traditions populaires. Commence alors une période où il affiche publiquement son jansénisme 1 et provoque de nombreuses polémiques, l’opposant notamment à l’abbé Gabriel Deshayes 2.

En 1825, il publie son œuvre majeure qui montre l’étendue de son érudition : goût pour les antiquités celtiques, culture grecque et latine, intérêt pour les traditions populaires et le collectage de chansons.—  MAHÉ, chanoine Joseph, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Vannes, Galles aîné, 1825, Voir en ligne. — L’année suivante, il participe à la création de la Société polymathique du Morbihan dont il devient le premier président de 1826 à 1831. Joseph Mahé s’impose alors rapidement comme le mentor de ce petit groupe. A la fin de l’été 1831, il prend froid au cours d’une sortie de la Société à l’ile d’Houat et décède le 6 septembre à l’âge de 71 ans. L’éloge funèbre est célébré par son successeur à la présidence de la Société Polymathique, Georges Monnier.—  GOURHAN, Joseph, « L’abbé Joseph Mahé, premier érudit morbihannais », in Chroniqueurs et historiens de la Bretagne du Moyen Âge au milieu du XXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p. 125-142. —

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chanoine Joseph Mahé

Un pionnier dans l’étude des mégalithes

L’ouvrage de l’abbé Mahé, publié en 1825 — Mahé, Joseph (1825). op. cit. (Voir en ligne) — est le premier inventaire à s’intéresser aux sites mégalithiques de la Bretagne intérieure. En 1821, l’abbé Mahé reçoit du préfet du Morbihan, M. le comte de Chazelle :

l’invitation de se livrer à quelques recherches touchant ces monuments qui sont parmi nous en plus grand nombre qu’en aucun lieu du monde, et qui attirent en ce moment l’attention des savants de la France et même de l’Europe. GUYOT-JOMARD, Alexandre, « Notice sur la vie et l’ouvrage de M. l’abbé Mahé », Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vol. 3, 1862, p. 51-54, Voir en ligne. page 52

L’intérêt des antiquaires pour les mégalithes, qu’ils considèrent être des antiquités celtiques, en est alors à ses balbutiements. Le chanoine Mahé les estime pourtant dignes d’étude :

Dès que j’eus connaissance des monuments celtiques disséminés sur notre territoire, je fus surpris que personne n’y fasse attention, et plus surpris encore que les archéologues n’eussent pas daigné s’en occuper, eux qui recherchent avec une avide curiosité les moindres restes des antiquités Romaines ou Égyptiennes.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. i (Voir en ligne)

L’abbé commence alors à collecter auprès de notables morbihannais les renseignements concernant les mégalithes et les traditions populaires qui y sont attachées :

L’abbé Mahé composa son livre [...] « à un âge où on peut encore fouiller dans une bibliothèque, mais non plus parcourir les déserts de nos landes ». Il dut recourir à des correspondants, et Dieu sait ce qu’il en retira de déboires. Un gentilhomme, maire de sa commune, eut l’impolitesse de lui faire dire : « Si vous voulez connaître les raretés de ma commune, il ne tient qu’à vous d’y aller voir. ». A tout prendre, cette réponse valait encore mieux que les renseignements erronés que des vicaires ignorants lui adressaient de divers côtés, et qu’il insérait dans son livre. CLOSMADEUC, Gustave Thomas de, « La Vénus de Quinipily », Annales de Bretagne, Vol. 22, 1906, p. 371-392, Voir en ligne. pages 371-392

Sa description des sites mégalithiques souffre de nombreuses imprécisions qui s’expliquent par sa méthode de collectage. L’abbé Mahé ne s’est pas rendu sur la plupart des lieux qu’il décrit 3.

Son ouvrage, à la fois novateur et dans le goût de l’époque, marie description des mégalithes et références aux textes grecs et romains. Il est l’objet de nombreux commentaires dont un article élogieux dans le Lycée Armoricain de 1826, ainsi que de vifs échanges dans les éditions suivantes.—  ATHÉNAS, Pierre-Louis, « Essai sur les antiquités du Morbihan par M. J. Mahé », Le Lycée Armoricain, Vol. 7, 1826, Voir en ligne. page 91 —

Première description de mégalithes en forêt de Paimpont

Les Buttes aux Tombes en Tréhorenteuc

L’abbé livre la première description d’un ensemble mégalithique, situé dans les landes du Cerisier en Tréhorenteuc et Néant-sur-Yvel, qu’il nomme les « Buttes aux Tombes ». Nous ne connaissons pas le nom du correspondant local de l’abbé à Tréhorenteuc :

Dans une tournée que je fis en cette commune, j’étois accompagné de mon fidèle Achate 4, avec qui j’avois déjà voyagé. Nous y trouvâmes un assez grand nombre de monuments, mais pas un ne se recommande ni par une masse ni par une hauteur imposante. Ce qu’ils ont de singulier, c’est qu’ils sont la plupart dressés sur des levées de terre, et qu’on a quelquefois affecté, dans le choix des pierres, un assortiment de couleurs qu’on ne voit pas ailleurs. Entrons dans le détail.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 196-202 (Voir en ligne)

Le chanoine Mahé se livre alors à la description de dix « monuments celtiques » qu’il interprète au regard d’Ossian ou de références grecques et latines. On ne parvient pas à reconnaitre dans sa description les lieux tels qu’ils se présentent aujourd’hui. L’abbé est-il venu à Tréhorenteuc ? Baron du Taya ou Félix Bellamy en doutent :

  • 1.° Sur la crête d’une montagne assez haute, nous remarquâmes trois plateaux de terre, peu éloignés les uns des autres. Ils ont la forme de cônes tronqués, une hauteur d’environ trois pieds et un diamètre de douze. Sur l’un des trois s’élève un petit Peulvan 5, et dans les deux autres on voit les places de ceux qui en ont été arrachés. [...]
  • 2.° Après quelques centaines de pas nous nous trouvâmes près d’une sorte de plate-bande, haute d’environ 2 pieds, et nous y comptâmes 13 pierres. Comme ce monument est appelé le jardin des tombes, et qu’il ne diffère des tombeaux précédents que par sa forme de carré long ; nous convînmes que ses douze roches sont les cippes mortuaires de douze personnages distingués.
  • 3.° Un peu plus loin est une estrade d’une élévation peu sensible, et qui n’a que huit pieds de longueur. Au milieu de quatre pierres blanches on y a planté une cinquième pierre qui est jaune et encore verticale.
  • 4.° J’aperçois encore un tombeau, dit mon jeune homme. Il parloit d’un cône tronqué qui n’a que six pieds de diamètre, et qui supporte un Peulvan roux, une pierre jaune et les fragments d’un troisième bloc. Ces trois pierres paroissent avoir été placées en triangle [...]
  • 5.° Un peu plus loin nous vîmes un Menhir jaune, qui a conservé sa situation perpendiculaire, et une pierre blanche. Il paroît que plusieurs autres masses ont été enlevées de ce lieu. [...]
  • 6.°Nous formâmes soixante-dix pas et nous rencontrâmes quatre pierres blanches, au milieu desquelles on en a placé une cinquième. Un peu au delà se trouve un groupe pareil de pierres blanches et couchées comme les précédentes.[...]
  • 7.° Des alignements de roches, hautes de quatre ou cinq pieds, nous invitèrent à les aborder. Elles sont au nombre de cinquante-cinq, les unes verticales, d’autres renversées, et elles dessinent un trapèze long de soixante-dix pieds et large de quinze, au milieu duquel on voit encore quelques pierres et les places de plusieurs autres qui en ont été enlevées.[...]
  • 8.° Non loin de cette bizarre et magique enceinte s’élève d’un demi-pied un cône tronqué, timbré de trois Menhirs, deux blancs et un rouge, disposés en triangle.[...]
  • 9.° Bientôt nous rencontrâmes une estrade élevée de trois pieds et longue de soixante-dix. Elle nous arrêta peu, parce qu’elle ne nous offrit que deux pierres assez petites, restes d’un plus grand nombre qui en ont été arrachées. Je suis convaincu que si on la fouilloit on y trouveroit des cendres.
  • 10.° Le dernier monument que nous considérâmes fut une plate-forme haute d’un pied, large de 25 pieds et longue de 120. Le flanc occidental de ce carré long a conservé des pierres, et les autres côtés conservent aussi quelques-unes de celles qui devoient autrefois l’enclore.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 196-202 (Voir en ligne)

Le septième monument, seul reconnaissable dans la description, est probablement le Jardin aux Moines.

Les mégalithes de Saint-Léry

Le chanoine Mahé mentionne la présence de deux tumulus sur la commune de Saint-Léry. Il a pu bénéficier des renseignements de la famille Degrée du Loû qui possédait un château à Saint-Léry 6.

Deux buttes tumulaires, voisines l’une de l’autre, et hautes d’environ 15 pieds, décorent cette commune.[...] Les habitans de Saint-Léry voient avec indifférence les deux antiques tombeaux qu’ils ont sous les yeux ; cependant ceux dont les cendres y sont déposées sont peut-être ceux qui défrichèrent les terres dont la commune jouit aujourd’hui.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 194 (Voir en ligne)

Les mégalithes d’Augan

Les mentions des mégalithes d’Augan semblent quant à elles plus dignes de confiance. Nous savons de sources certaines que l’abbé s’est rendu sur la commune. Pourtant, là encore, ses descriptions ne se rapprochent que vaguement de mégalithes pouvant être identifiés :

  • 1.° Sur une hauteur de cette commune j’ai vu un alignement de pierres plates, enfoncées en terre verticalement, auprès desquelles est une autre ligne de pierres semblables dont un bout est caché dans le sol, et dont l’autre bout s’incline pour aller toucher les pierres verticales. Elles sont toutes de la nature des pierres de cette commune et des communes environnantes, c’est-à-dire schisteuses, et elles n’ont pas hors de terre plus de trois ou quatre pieds d’élévation. (Planche I, fig. 3.) [...]
  • 2.° On voit à Augan quatre pierres plantées en terre comme dans les quatre angles d’un carré et qui inclinent révérencieusement leurs têtes les unes vers les autres, ou plutôt vers le héros dont elles foulent les cendres.
  • 3.° Cette commune possède aussi des Cist-Veans 7 qui ressemblent à ceux dont j’ai parlé à l’article de Pleucadeuc, par leur situation sur des hauteurs, par leur longueur de vingt-deux pas et par leur direction du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Le mieux conservé de tous est celui qui est dans le voisinage de Bois-du-loup.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 152 (Voir en ligne)

Joseph Mahé bénéficie pourtant d’un appui local de valeur en la personne de M. Le Douarain, maire d’Augan et propriétaire du domaine du Lemo. Les deux hommes se sont rencontrés à la sortie de prison de l’abbé Mahé en 1797. M. Douarain était en effet marié avec la fille de M. Degrée du Loû dont l’abbé était précepteur. Plusieurs lettres montrent que M. Douarain reprend la description des sites mégalithiques mentionnés dans l’ouvrage de l’abbé. C’est dans une lettre datée du 28 février 1826 que le maire d’Augan remet en cause les affirmations de Joseph Mahé :

— Je ne connais pas en cette commune le N°1, (Alignements de pierres), non plus que le N°2, (quatre pierres plantées en terre dans les quatre angles du quarré). Je vous prie monsieur, de bien vouloir m’indiquer leur position. Je crois qu’il y a erreur pour le N°1, vous avez vous même mesuré avec moi le cist-vean du Bois du loup, dont vous me dites ne pas avoir entendu parler. Les pierres formant la ligne du côté du midi étaient très penchées, celles du dessus le sont également. Il y a deux chambres à ce cist-vean et une grande (les habitants l’appellent la pierre du héros). Il reste des vestiges de la petite.

— Dans le bois du Lémo, il se trouve des vestiges d’un cist-vean de 12 mètres de longueur, divisé également en deux chambres. Il existe encore douze pierres debout sur deux lignes et les deux des extrémités ; elles sont en quartz ou cailloux tirés de dessous les lieux. Il est situé du levant au couchant, incliné du nord-ouest au sud-est (Voir catalog. p. 19).

— Dans le même bois il existe une belle pierre de quartz de six pieds en quarrés, à moitié renversée. C’est peut-être un menhir. A onze pieds, il y a une autre pierre renversée, ainsi elles pourraient faire les extrémités d’un cist-vean.

— Dans le même bois, gît sur le terrain une pierre en quartz de 4 pieds 1/2, qui a la forme d’une bière. Quelqu’un me disait que c’était un tombeau. Je pense que c’est un jeu de la nature.

— Dans le vallon du Binio, un menhir de 11 pieds sur 8 sert de borne entre deux courtils.

— Près les bois de la Grée, sur les landes du Binio, deux belles pierres debout forment un angle, et quelques pierres couchées ça et là annoncent un cist-vean de 54 pieds de long. Il est situé du nord au sud.

GUYOT-JOMARD, Alexandre, « L’abbé Mahé », Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vol. 34, 1891, p. 54-73, Voir en ligne. pages 64-65

Dans une lettre du 16 mars 1826 le même M. Douarain poursuit :

J’ai parcouru sans succès la commune pour retrouver les monuments N°1 et N°2. Dans mes recherches, j’ai trouvé sur la lande de Coquidan les ruines de deux kist-vean de 30 pieds de longueur chacun, bout à bout, séparés par deux pierres adossées l’une à l’autre. La petite chambre était aux extrémités opposées.

Le chanoine Mahé évoque enfin la découverte d’un trésor de l’Âge du Bronze, consistant en haches à douilles armoricaines, au Bois-du-Loup en Augan :

Il y a quelques années qu’en creusant la terre à Bois-du-loup, on y trouva un dépôt de plus de deux cents instruments dont on a peine à concevoir l’usage. J’en possède un dont voici la description : il est blanchâtre, ce qui annonce un mélange de cuivre et d’étain, et il a été visiblement coulé dans un moule. Il n’a que deux pouces de longueur, mais la cassure de ses bords annonce qu’il a dû être un peu plus prolongé. D’un côté il se termine en coin et de l’autre il offre une cavité qui s’étend presque jusqu’au tranchant du coin. A un de ses flancs est adhérent un petit anneau.(Planche III, fig. 9.) [...]Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 420 (Voir en ligne)

Nous savons grâce à une publication posthume de ses notes que c’est l’abbé Marot qui lui indiqua l’existence de cette découverte :

C’est sur le penchant de la très haute butte de Guénégan que l’on trouva en 1820, les instruments dont parle M. Mahé (p. 420). C’est moi qui lui envoyai celui qu’il a eu (il est maintenant au musée de Vannes). MAROT, abbé Pierre et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Notes de l’abbé Marot », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1907, p. 275-302, Voir en ligne. page 297

Les mégalithes de Guer

Le chanoine Mahé évoque aussi la présence d’un « Peulvan » à la Voltaie :

On dit que cette commune possède plusieurs antiquités Gauloises. La seule que j’y connoisse est un Peulvan de douze pieds qui est voisin de la Voltaie.Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 167 (Voir en ligne)

Brocéliande chez le chanoine Mahé

Joseph Mahé est en 1825, avec Miorcec de Kerdanet, Jean-Côme-Damien Poignand et Blanchard de la Musse le seul auteur à localiser la forêt de Brocéliande en forêt de Paimpont.

Comparez la description de cette effrayante forêt avec celle que les vieux, romanciers font de la forêt de Brocéliande, aujourd’hui de Paimpont, et vous serez surpris de leur conformité. Dans l’une et l’autre forêt couloit une fontaine, dans l’une et l’autre on entendoit la nuit des gémissements et des mugissements affreux ; tous les arbres paroissoient en feu, sans se consumer ; on y découvroit des fantômes lugubres et épouvantables. (4e Chant de la table ronde.)Mahé, Joseph (1825) op. cit., p. 233 (Voir en ligne)

L’antiquaire vannetais fait référence au quatrième chant de la Table Ronde de Creuzé de Lesser, qui pourtant penche pour une localisation de Brocéliande en forêt de Lorges. Le chanoine Mahé a en effet lu l’ouvrage de Poignand qui situe le « Tombeau de Merlin » en forêt de Paimpont. Ses commentaires sur Éon de l’Étoile nous en apportent la preuve :

Quelqu’un a même avancé que ce brouillon vouloit renouveler la religion des Druides, en preuve de quoi on pourroit citer son application à la magie, son séjour dans une forêt, ses assemblées nocturnes et son affection pour la fontaine de Baranton. Mais cette opinion ne trouve dans ces faits qu’un bien foible appui ; aucun témoignage historique ne la confirme […] Mahé Joseph (1825). op. cit., p. 427 (Voir en ligne)

L’abbé Mahé connaissait donc les théories de Poignand sur la survivance du druidisme en forêt de Brécilien, ainsi que la localisation du « Val sans Retour » par Blanchard de la Musse en forêt de Paimpont. Ce dernier, qui admirait l’ouvrage du chanoine Mahé lui a dédié plusieurs poèmes :

A M. L’ABBÉ MAHÉ,

CHANOINE DE VANNES.

Abbé , j’abjure mon erreur ,
Je viens de lire ton ouvrage,
Qui nous révèle à chaque page
L’écrivain et l’observateur.

Ah ! c’est ainsi qu’à la mémoire
On transmet d’anciens monumens ;
C’est ainsi que, pour tous les tems,
On devrait explorer l’histoire.

BLANCHARD DE LA MUSSE.

BLANCHARD DE LA MUSSE, François-Gabriel-Ursin, « A M. l’abbé Mahé », Le Lycée Armoricain, Vol. 7, 1826, p. 417, Voir en ligne. page 417

Blanchard de la Musse et l’abbé Mahé ont échangé une correspondance. Dans une lettre du 18 février 1826, expédiée de Montfort-sur-Meu, Blanchard de la Musse écrit à l’abbé pour lui dire en quelle estime il tient son ouvrage :

Je vous dirais de plus, monsieur, pour vous tranquilliser qu’un archéologue émérite, juge à Montfort, M. Poignand, avec qui je suis très lié, a demandé de suite votre ouvrage à Rennes, après avoir lu le compte qu’en a rendu M Athénas ; et M. Poignand est sobre d’éloge ; cet ami désirerait que les stances que je vous ai adressées, fussent placées en tête des exemplaires qui sont encore à la disposition chez vos libraires ...

Cette proposition n’a jamais vu le jour.


Bibliographie

ATHÉNAS, Pierre-Louis, « Essai sur les antiquités du Morbihan par M. J. Mahé », Le Lycée Armoricain, Vol. 7, 1826, Voir en ligne.

BLANCHARD DE LA MUSSE, François-Gabriel-Ursin, « A M. l’abbé Mahé », Le Lycée Armoricain, Vol. 7, 1826, p. 417, Voir en ligne.

CLOSMADEUC, Gustave Thomas de, « La Vénus de Quinipily », Annales de Bretagne, Vol. 22, 1906, p. 371-392, Voir en ligne.
GOURHAN, Joseph, « L’abbé Joseph Mahé, premier érudit morbihannais », in Chroniqueurs et historiens de la Bretagne du Moyen Âge au milieu du XXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p. 125-142.

GUYOT-JOMARD, Alexandre, « L’abbé Mahé », Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vol. 34, 1891, p. 54-73, Voir en ligne.

GUYOT-JOMARD, Alexandre, « Notice sur la vie et l’ouvrage de M. l’abbé Mahé », Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vol. 3, 1862, p. 51-54, Voir en ligne.

GUYOT-JOMARD, Alexandre, « L’abbé Mahé (suite) », Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vol. 35, 1892, p. 15-29, Voir en ligne.

MAHÉ, chanoine Joseph, « Lettre à M. de Fréminville sur son ouvrage intitulé Antiquité de la Bretagne », Le Lycée Armoricain, Vol. 10, 1827, p. 378-391, Voir en ligne.

MAHÉ, chanoine Joseph, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Vannes, Galles aîné, 1825, Voir en ligne.

MAROT, abbé Pierre et HÉLIGON, abbé Joseph Judicaël, « Notes de l’abbé Marot », Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1907, p. 275-302, Voir en ligne.


↑ 1 • Le jansénisme est un mouvement religieux, puis politique, qui se développe aux 17e et 18e siècles, principalement en France, en réaction à certaines évolutions de l’Église catholique, et à l’absolutisme royal.

↑ 2 • L’abbé Gabriel Deshayes, né le 4 décembre 1767 à Beignon et décédé le 28 décembre 1841 à Saint-Laurent-sur-Sèvres (Vendée) est un prêtre français connu pour son engagement dans l’enseignement, en particulier auprès des sourds. Il est considéré comme le second fondateur des frères de Saint-Gabriel. Il est le fondateur, avec Michelle Guillaume, de la Congrégation des Sœurs de l’Instruction Chrétienne, appelées également Sœurs de Saint-Gildas-des-Bois.

↑ 3 • Cette attitude lui vaut d’être pris à partie dans le Lycée Armoricain en 1826 à propos de la Vénus de Quinipilly qu’il avait commentée sans jamais l’avoir vue. L’année suivante. il est à nouveau au cœur d’une polémique avec M. de Fréminville.—  MAHÉ, chanoine Joseph, « Lettre à M. de Fréminville sur son ouvrage intitulé Antiquité de la Bretagne », Le Lycée Armoricain, Vol. 10, 1827, p. 378-391, Voir en ligne. pages 378-391 —

↑ 4 • Achate est l’ami et écuyer d’Énée dans l’Énéide de Virgile. Fidèle compagnon dans ces périlleux voyages de son chef, il est devenu le symbole de l’ami fidèle.

↑ 5 • Peulven ou peulvan (littéralement, « pieu de pierre ») est le terme populaire utilisé en breton au 19e siècle pour désigner un menhir

↑ 6 • De 1797 à 1805, l’abbé Mahé a en effet été le précepteur des enfants Degrée du Loû

↑ 7 • Cist-Vean est le terme sous lequel le chanoine désigne un coffre mégalithique.