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Saint-Étienne du Thélin

La chapelle et les deux églises

Une chapelle dédiée à saint Étienne est fondée en 1620 au Thélin, sur la paroisse de Plélan-le-Grand. La frairie du Thélin devient une paroisse en 1849. La chapelle est alors remplacée par une première église de style néogothique, inaugurée en 1853, qui tombe bientôt en ruine. Une seconde église de style néoroman, œuvre de l’architecte Arthur Regnault, lui succède à partir de 1901.

La chapelle de 1620

Le Thélin était une frairie dépendant de Plélan-le Grand, paroisse du doyenné de Beignon, diocèse de Saint-Malo. Le territoire de la frairie, plus restreint que celui du fief du Thélin, comprenait les hameaux des Clardayes, de La Pirotière, du Breil au Coq, de Perqui, de L’isle Guihard, de la Haute Haye, et de la Basse Haye. Les habitants de ces hameaux, trop éloignés de l’église paroissiale de Plélan, se rendaient à la chapelle frairienne de Saint-Étienne du Thélin, édifiée à la Bégasserie.

L’ancienne chapelle de Saint-Étienne du Thélin est une construction de 1620, composée d’un simple rectangle et n’offrant aucun intérêt ; elle est maintenant sécularisée. À côté se trouve encore la fontaine dite de Saint-Étienne. En 1696 on y desservait trois fondations, dont fut pourvu Jacques Besnard : celle de Perqui ou de Jean Lefèvre, celle des Clardayes et celle de la Pirotière ou des Poiriers. En 1779, le chapelain du Thélin, Jean Allaire, jouissait seulement de deux fondations : celle de Jacques Besnard et celle d’Yvonne Poirier ; elles lui rapportaient 103.liv de rente 1

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 6, Rennes, Fougeray éditeur, 1896, Voir en ligne. pages 369

La chapelle, figurant au cadastre de 1823 (Section H3 de Léclardais. Parcelles 1051) était située cinquante mètres en contrebas d’une maison bâtie dans la 2e moitié du 19e siècle. Elle servait de presbytère au recteur du Thélin. La chapelle, sécularisée vers 1850, était utilisée comme remise. Tombée en ruine, elle est totalement rasée vers 1960. La cour de l’ancien presbytère 2 est entourée de grandes dalles de schiste pourpre taillées, de forme rectangulaire. Celles-ci recouvraient vraisemblablement le sol de la chapelle du 17e siècle. Deux vasques de granit conservées dans le jardin seraient les bénitiers de cet édifice.

La chapelle du Thélin sur le cadastre de 1823
La chapelle du Thélin sur le cadastre de 1823

Le cimetière

La présence d’un cimetière à proximité de la chapelle est attestée par un acte de sépulture daté de 1679.

Le 19ème Août 1679, a été enterré dans le cimetière de la Chapelle du Tellain (ou Tellaint), le corps de Pierre Guillou (ou Guitton), de la paroisse du Temple, évéché de Nantes, décédé en faisant le voyage de "Mr" Saint-Méen. L’enterrement fait par moy sousigné, en présence de Jan Coquaire, G... Guillonet, Georges Houssay, Jan Amiot qui ne signent.

Registre des sépultures du Thélin

Aucune trace ne subsiste de l’emplacement de ce cimetière. Il s’agit vraisemblablement de la parcelle 1632, attenante à la chapelle sur le cadastre de 1823. Un vieil if y subsiste encore.

Les chapelains du Thélin avant la Révolution

L’église de 1853

Au cours de la Révolution Française, le diocèse de Saint-Malo est dissous. En 1801, lors de la réorganisation des diocèses en Bretagne, la paroisse de Plélan, dont dépend la frairie du Thélin, est rattachée au diocèse de Rennes. Vers 1840, les habitants du Thélin sollicitent la création d’une paroisse. Détaché de la tutelle de Plélan, le Thélin est érigé en paroisse par ordonnance royale datée du 19 octobre 1847 3. Il faut toutefois attendre le 30 juillet 1849 pour que l’évêque du diocèse de Rennes, Mgr Saint-Marc, érige canoniquement la nouvelle paroisse.

La chapelle du Thélin est devenue trop petite pour une population en pleine expansion démographique. Le 8 juin 1851, un terrain voisin de la chapelle est acquis afin d’y construire une nouvelle église, elle aussi dédiée à saint Étienne.

Après l’érection du Thélin en paroisse, on construisit une église nouvelle, dédiée à Saint-Étienne, comme la précédente chapelle. C’est un édifice ajouré d’ouvertures ogivales, bien posé au milieu du bourg, sur une colline dominant le pays. La première pierre de cette église fut placée le 3 août 1851 et la construction achevée reçut la bénédiction solennelle de Mgr Saint-Marc le 22 avril 1853. Guillotin de Corson, abbé Amédée (1896). op. cit., page 370

La nouvelle église, édifiée dans le style néogothique, est située au dessus de l’ancienne chapelle, sur un aplomb rocheux. — Guillotin de Corson, abbé Amédée (1896). op. cit., page 370 —

Dès le 18 février 1860, un rapport de l’inspecteur des bâtiments communaux indique que l’église menace ruine. Dans l’intérêt de la sécurité publique, il faut la fermer provisoirement. La fabrique du Thélin manque de ressources. Elle sollicite l’aide de la commune de Plélan qui propose le 2 mai 1862 un projet d’étaiement de l’église du Thélin par l’architecte, M. Ramet. — A-M- Plélan-le-Grand 2M17 —

Les travaux réalisés par la commune permettent de maintenir l’exercice du culte durant 23 ans. Mais en août 1885, de nouveaux travaux sont indispensables. Le Conseil local des bâtiments civils de l’arrondissement de Montfort propose un devis détaillé des travaux à réaliser.

L’église de Thélin, commune de Plélan est en très mauvais état et la tour menace ruine.[...] Les travaux projetés étant indispensables pour tenir l’édifice debout, moins la tour, il y a lieu de prier Mr. le préfet de vouloir bien approuver le devis dressé par Mr. Laloy. A-M- Plélan-le-Grand 2M16

Finalement, la commune recule devant l’importance des travaux et choisit de démolir l’église en 1886.

L’action de l’abbé Joseph Levrel

L’abbé Joseph Levrel, nommé en 1870 recteur du Thélin, entreprend de faire édifier une nouvelle église. Il s’attèle à réunir les fonds nécessaires aux travaux et à l’acquisition de mobilier. Malgré tous ses efforts, l’abbé dispose de moyens financiers modestes qui le contraignent à un ameublement minimum, cependant non dépourvu d´intérêt.

Le calice et la patène en sont un bon exemple puisqu’ils ont été reçus par l’abbé au cours d’un pèlerinage à Rome, lors d’une quête pour l’église du Thélin 4.

L’abbé Levrel meurt en 1893 alors que la nouvelle église n’est que partiellement achevée. Sa dalle funéraire est adossée au mur du transept en souvenir de son action. Elle est en marbre veiné gris, et comporte cette inscription gravée et peinte en doré :

CI GIT / le corps de Vénérable et discret / Messire Joseph Marie LEVREL Recteur / du Thélin décédé le 18 janvier 1893 / à l’âge de 69 ans. / Après avoir été préparé par la souffrance / il est allé recevoir la récompense / (St Jacques) / il est mort laissant à ceux qui le connaissaient / un grand exemple de vertu et de foi / (Mach. II, VI) / Il a espéré dans la Miséricorde du / seigneur il ne sera pas confondu. / Il repose à l’ombre du sanctuaire / qu’il a élevé à la gloire du sacré coeur. / [calice et hostie] / Requiescat in pace.

Le dévouement de l’abbé Levrel pour l’édification de l’église a inspiré aux thélandais une histoire collectée par Adolphe Orain. —  ORAIN, Adolphe, « Petites légendes de l’Ille-et-Vilaine (suite) », Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, Vol. 24, 1900, p. 221-227, Voir en ligne. pages 225 —

L’église d’Arthur Regnault : 1892

Le remaniement de l’édifice est confié à l’architecte Arthur Regnault 5. La nouvelle église fait partie des programmes modestes construits en style néoroman, style moins onéreux que le néogothique et qui s’impose à partir du milieu du 19e siècle. Mais l’intérieur de l’église Saint-Étienne témoigne de la liberté prise par Arthur Regnault à l’égard du purisme architectural puisque la nef est couverte de voûtes d’ogives sexpartites bombées, citation gothique du domaine Plantagnêt qu’il avait déjà expérimenté à l’église de Saint-Énogat de Dinard. Cette nouvelle église, également dédiée à saint Étienne, est érigée entre 1890 et 1892 pour la nef et en 1901 pour le clocher-porche. Le plan est proche du plan centré. Il comporte une nef composée d’une seule travée surmontée d’une fausse voûte d’ogive et un chœur en cul de four et chevet arrondi.—  ANDRIEUX, Jean-Yves, Arthur Regnault, architecte (1839-1932) : La quintessence de l’art sacré, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011. [page 52] —

Saint-Étienne du Thélin

Les retables latéraux du 17e siècle

Arthur Regnault est coutumier de l’intégration de bribes de maitres autels conservés dans les autels latéraux 6. C’est à Saint-Étienne du Thélin qu’il pousse le plus loin cette logique. Les retables latéraux sont montés avec les ailes du maitre-autel en bois, réalisé en 1684 par Louis Bassot et René Duchesnay, provenant de l’église de Plélan-le-Grand.— Andrieux, Jean-Yves (2011). op. cit., page 72 —

Le maitre-autel

Le maître-autel, en bois, abrite un groupe sculpté en plâtre, de 1862, représentant la Mise au tombeau. Cet œuvre est signée Banctel.

Sur le retable, les statues de saint Étienne, patron de la paroisse, et saint Augustin encadrent celle du Sacré-Cœur.

Les vitraux

Les deux vitraux du chœur sont signés G.CLS. Lavergne. Cette dédicace est la marque de George Lavergne, fils de Claudius Lavergne (1815-1887). Ce dernier, peintre formé par Ingres, qui fut également peintre-verrier et inspecteur des monuments historiques pour Prosper Mérimée, a créé un atelier de peinture sur verre au 74 rue d’Assas à Paris d’où sortirent de nombreux vitraux. À sa mort, cet atelier est repris par ses deux fils Georges Claudius et Noël.

  • Le vitrail nord représente l’apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque 7. Il s’agit d’un don de l’abbé de Servon-sur-Vilaine Guillaume Saillard.
  • Le vitrail sud représente l’apparition de Notre-Dame de Lourdes à Bernadette Soubirous. Il s’agit d’un don des paroissiens du Thélin.

L’église comprend deux autres verrières de moindre intérêt, données par les paroissiens et par le clergé.

Les statues

L’église du Thélin comprend de nombreuses statues du 19e et 20e siècles. Parmi celles-ci, quatre revêtent un intérêt particulier.

  • Les statues de saint Étienne.
    L’église du Thélin abritait une statue de saint Étienne du 17e siècle aujourd’hui retirée. Cette statue, datée de la même époque que celle de Saint-Étienne de Guer appartenait vraisemblablement au mobilier de la chapelle du 17e siècle.
    Une seconde statue de saint Étienne, en terre cuite polychrome, de facture plus récente est encore visible aujourd’hui dans l’église.
  • L’Immaculée Conception.
    L’église comprend deux statues de l’Immaculée Conception
    La première est une statuette en plâtre datée du dernier quart du 19e siècle, œuvre du sculpteur Pierracini.
    La seconde est une statue en terre cuite polychrome d’une assez belle facture, située dans le retable latéral sud.
  • Sainte Reine 8. L’iconographie de cette statue en bois polychrome la rapproche de celle de sainte Rose de Viterbe ou de sainte Élisabeth de Hongrie.

Cette statue en plâtre polychrome du dernier quart du 19e siècle est de facture artisanale.

La statuaire de l’église comprend aussi sept statues de moindre intérêt.

  • Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus
    Le modèle de cette statue sur culot de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a été créé, en 1922, par Louis Richomme, dit frère Marie-Bernard, trappiste et sculpteur à l´abbaye de Soligny-la-Trappe ; il porte le cachet de l´Office central de Lisieux (OST). La statue a été achetée chez Pierre Rouillard, statuaire et marchand à Angers.
  • Saint Antoine de Padoue.
    Cette statue en plâtre sur culot représentant saint Antoine de Padoue et l’Enfant est datée du premier quart du 20e siècle. Il s’agit d’un type assez courant dans cette partie du département.

Le nouveau mobilier

La nouvelle église est dotée d’un nouveau mobilier

Les recteurs du Thélin

À partir de 1849, un recteur est en charge de la nouvelle paroisse du Thélin. Il loge au presbytère, maison bourgeoise construite au milieu du 19e siècle à une centaine de mètres de l’église.

  • François Ducorps (1849-1858) 9.
  • Esprit Choux (1858-1872)
  • Joseph Levrel (1872- 1893)

Bibliographie

ANDRIEUX, Jean-Yves, Arthur Regnault, architecte (1839-1932) : La quintessence de l’art sacré, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 6, Rennes, Fougeray éditeur, 1896, Voir en ligne.

GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Les confesseurs de la foi pendant la grande révolution sur le territoire de l’Archidiocèse de Rennes, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, 1900.

COLLECTIF, Cahiers de doléances en Brocéliande, Paimpont, Association des Amis du Moulin du Chatenay, 1989.

ORAIN, Adolphe, « Petites légendes de l’Ille-et-Vilaine (suite) », Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, Vol. 24, 1900, p. 221-227, Voir en ligne.


↑ 1 • Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine 1V, 29

↑ 2 • devenue propriété privée appartenant au diocèse de Rennes

↑ 3 • Selon Guillotin de Corson, c’est l’installation du Camp du Thélin qui, à partir de 1843, permit de faire connaitre à l’autorité royale la volonté de fonder une paroisse au Thélin. —  GUILLOTIN DE CORSON, abbé Amédée, Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, Vol. 6, Rennes, Fougeray éditeur, 1896, Voir en ligne. pages 369 —

↑ 4 • Il ont été fabriqués par l’orfèvre lyonnais Louis Guillat, actif à partir de 1877-78

↑ 5 • Arthur Regnault, né le 7 juillet 1839 à Bain-de-Bretagne, mort 28 mars 1932, est un architecte qui a construit, agrandi et transformé ou réparé plus de 150 édifices publics ou privés, principalement en Ille-et-Vilaine et dans les départements voisins. Il est surtout connu pour ses édifices religieux, des églises d’inspiration orientale comme l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Rennes ou encore les églises de Saint-Senoux et de Corps-Nuds aux clochers à bulbes néo-byzantins très atypiques dans le paysage breton.

↑ 6 • Voir les églises de Saint-Erblon, Saint-Senoux ou Médréac

↑ 7 • Marguerite-Marie Alacoque (Verosvres, 22 juillet 1647 - Paray-le-Monial, 17 octobre 1690) est une mystique de l’ordre de la Visitation inspiratrice du culte au Sacré-Cœur et reconnue sainte par l’Église catholique.

↑ 8 • Sainte Reine, Régine ou Réjane, transposition française de son nom d’origine Regina est une sainte martyre de l’Église catholique romaine, née à Autun (France) en 236, fêtée le 7 septembre.

↑ 9 • François Ducorps est né à Saint-Malo. Il est vicaire de Billé du 4 janvier 1848 au 1er août 1849, puis recteur de la nouvelle paroisse du Thélin jusqu’en 1858.