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Sites néodruidiques en forêt de Brocéliande

Des inventions du 19e siècle

Depuis le début du 19e siècle, de nombreux sites du massif forestier de Paimpont (mégalithes, fontaines, chapelles) ont été abusivement associés à une présence druidique.

Depuis le 19e siècle, de nombreux mégalithes de la forêt de Paimpont ont été assimilés à des « cimetières » ou à des tombes druidiques. Cette présence s’est étendue à d’autres sites, qualifiés d’écoles, temples ou hôpitaux. Le plus souvent inventées à l’époque romantique, ces assertions, dénuées de tout fondement, ont cependant été transmises jusqu’à nos jours par le néodruidisme, le tourisme et le courant « New Age » 1.

Tombes néodruidiques

  • Le Tombeau de « l’archidruide » Merlin

J.C. Damien Poignand, à l’origine de la théorie, aujourd’hui remise en cause, de la survivance du culte druidique en forêt de Paimpont, « invente » le Tombeau de Merlin en 1820. Il s’agit du premier monument mégalithique de la forêt de Brécilien à avoir été associé aux druides.—  POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne. —

Le Tombeau de Merlin (années trente)
  • Les cimetières druidiques

Dès 1825, le chanoine Mahé décrit le site néolithique de la Butte aux Tombes comme étant un cimetière antique, —  MAHÉ, chanoine Joseph, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Vannes, Galles aîné, 1825, Voir en ligne. op. cit., p .198 —.

En 1955, l’abbé Gillard en fait une nécropole druidique :

Toute cette terre a été ramassée au moyen de paniers et de civières pour recouvrir les cendres des morts que les druides brûlaient en cet endroit.
GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955. op. cit., p. 20

En 1896, Félix Bellamy mentionne des traditions locales faisant des mégalithes de la Prise de Comper un ancien cimetière druidique :

J’ai entendu dire à quelques personnes du pays que ces pierres seraient les vestiges d’un cimetière druidique. BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne. op. cit. p.720-721

  • Le « Tombeau des Druides »

Depuis 1896, le coffre mégalithique, situé au sud du Val sans Retour, est nommé « Tombeau des druides » ou « Maison de Viviane ». Il est aujourd’hui appelé « Hotié de Viviane ».

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L’Hotié de Viviane

Voici la description qu’en donne Félix Bellamy :

En rencontrant tout à coup à l’écart, au beau milieu du bois, ces grandes pierres debout et se faisant vis-à-vis, on s’arrête saisi d’étonnement et de respect. On croit avoir surpris une assemblée de vénérables druides enveloppés dans leurs robes qui dissimulent leurs bras pendants [...]Bellamy, Félix (1896). op. cit., vol. 1, p. 197

Les écoles druidiques

  • L’école druidique de Barenton et l’hôpital druidique de Folle-Pensée

Vers 1820, Poignand relie le rituel de la Fontaine de Barenton à une présence druidique, comme l’attestent ses notes manuscrites citées par Bellamy :

M. Poignand de Montfort, […] avait étudié avec soin cette contrée de Baranton. Dans ses notes manuscrites, il s’étonne, comme bien d’autres, qu’un tel lieu ait pu, par lui-même, devenir aussi célèbre. Essayant d’en découvrir la cause, il imagine que les druides avaient sur la colline une sorte d’observatoire, et que, de là, ils pouvaient prévoir les orages et en imposer au peuple en les attribuant à la vertu de la fontaine. BELLAMY, Félix, « La fontaine de Barenton (3) », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 23, 1868, p. 275-287, Voir en ligne. op. cit. p. 278

En 1836, Auguste Brizeux, se rend à Barenton pour y trouver la tombe de l’enchanteur Merlin. Il écrit :

Il y avait un temple druidique où est la fontaine de Ber-enn-dun ou du moins très voisin. CRENN, Louis, « Brizeux chargé de mission en Bretagne », Bulletin de la société Historique et Archéologique de Bretagne, Vol. 35, 1955, p. 105-121. op. cit., p.112

En 1837, Hersart de La Villemarqué développe ces assertions dans Visite au Tombeau de Merlin.—  HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Visite au Tombeau de Merlin », Revue de Paris, Vol. 40, 1837, p. 45-62, Voir en ligne. —

En 1896, Félix Bellamy évoque l’éventuelle présence druidique près de Barenton avec plus de circonspection :

Quelques personnes ont cru que le nom de Folle-Pensée dériverait des deux mots celtiques : Foll, qui veut dire aliéné, et du verbe Pansi, soigner, guérir. Et elles en ont déduit que les Druides avaient en ce lieu un hospice pour le traitement des maladies mentales, et qu’on employait à cette fin diverses médications, parmi lesquelles l’usage de l’eau de Barenton n’était point négligé.Bellamy, Félix (1896). op. cit., vol. 1, p. 179

Dans les années 1950, l’abbé Gillard développe les idées de Brizeux, de La Villemarqué et de Bellamy sur la fontaine et l’hôpital :

C’est un fait reconnu qu’il y avait autrefois une école druidique à Barenton. Elle avait son siège auprès de la fontaine, dans un château déjà vieux au 12e siècle [...] Les druides dirigent eux-mêmes l’asile. Et là, la médication ordinaire et peut-être la seule, c’est l’eau de Barenton. On en fait boire abondamment, et tous les jours, on ne manque pas d’en renouveler la réserve.Gillard, Abbé (1955). op. cit., p 8

En 1843, Baron du Taya interprète l’origine du Thélin en Plélan à partir du mot breton Telen, signifiant la harpe. —  BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Le Thélin, recherches rétrospectives, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1841.2 —

Le Marquis de Bellevue déduira de cette étymologie que le Thélin était une école druidique où les élèves apprenaient à jouer de la harpe.

[...] pour fuir la tyrannie romaine, les druides avaient du se réfugier dans les halliers de Brocéliande, où ils avaient leurs écoles à Barenton et au Thélin [...]

BELLEVÜE, Xavier de, Paimpont, la forêt druidique, la forêt enchantée et les romans de la table ronde, Rennes, Simon, 1903. [pages 22-23]

La « pierre du sacrifice » du « Pas de la Chèvre »

En 1896, une pierre du « Pas de la Chèvre », près de Concoret, a été appelée « pierre du sacrifice » :

Or, d’après les traditions qui m’ont été racontées au lieu même, le chef des Druides, debout sur le rocher, annonçait au peuple rassemblé dans le Val, les terribles volontés d’Hésus et du dieu Belen, auquel était consacrée la colline de Belenton, située à petite distance. Une longue pierre plate de schiste rouge, appuyée d’une extrémité contre une saillie au flanc du rocher, et supportée de l’autre par une pierre debout comme un pilier, formait une table appelée la Pierre du Sacrifice. Bellamy, Félix (1896). op. cit., vol. 1, p. 254

Cette prétendue tradition est emprunte de néodruidisme. Félix Bellamy mentionne d’une part que l’habitant du lieu, Jean-Pierre Jobard connait les vieilles traditions de la contrée et d’autre part que cette tradition lui a été rapportée au lieu même. L’ermite de Concoret pourrait donc bien en être à l’origine, ou du moins l’avoir nourrie, donnant à Bellamy ce qu’il était venu chercher au « Pas de la Chèvre » !

La fontaine druidique de Jouvence

Située à proximité du Tombeau de Merlin, la Fontaine de Jouvence a été assimilée dans les année 1820 par Poignand à un lieu de culte druidique. En 1896, Félix Bellamy reprend les notes manuscrites de l’antiquaire à l’imagination fertile :

Les Druides avaient aux solstices et aux équinoxes une fête principale. A la fête du solstice d’été, on faisait le recensement de tous les enfants nés dans l’année. A cet effet, ils étaient apportés au lieu de la fête qui se tenait au voisinage du tombeau (dolmen) de quelque personnage célèbre, près de certaines fontaines, afin que les enfants pussent être lavés ; et comme la cérémonie avait lieu la nuit, on allumait des feux pour qu’ils n’eussent pas à souffrir de la fraîcheur ; d’où l’origine des feux de la Saint-Jean. Puis l’enfant, son sexe ayant été reconnu, était inscrit sur le marith ou registre. Ces fontaines se nommaient en celtique Jaouanc, qui veut dire jeunesse, d’où nous avons fait Jouvence. Or, les enfants qui n’avaient pu être présentés au recensement de l’année, étaient rapportés l’année suivante, et inscrits comme nés dans cette année : de sorte qu’ils se trouvaient rajeunis d’un an sur le marith. De là, la fable de la fontaine de Jouvence qui rajeunit. Une de ces fontaines est située près des Landelles en Saint-Malon, et dont nous nous occupons ici.Bellamy, Félix (1896). op. cit., vol. 2, p. 686-687

La Fontaine de Jouvence en 1966

Félix Bellamy reprend les thèses de Poignand avec une certaine distance. Poignand mêle un thème mythologique - Jouvence - à un rituel druidique et à des glissements étymologiques. Ces inventions sont coutumières de l’antiquaire montfortais, qui en avait déjà usé pour inventer le Tombeau de Merlin.

Ne serait-ce pas cet érudit antiquaire qui aurait semé dans le pays le premier germe de ce conte de la fontaine de Jouvence ? Ne serait-ce pas à lui qu’il faudrait faire remonter l’origine de cette tradition qui applique à l’humble source du village de la Landelle, le nom de la nymphe Juventa, le nom célèbre de la fontaine de Jouvence ; et cela dans le but de donner une origine druidique à la chapelle Saint-Jouan, dont, à tort ou à raison, il fait dériver le nom du mot Jaouanc.Bellamy Félix (1896). op. cit., vol. 2, p. 690

L’origine druidique de l’’abbaye Notre-Dame de Paimpont

En 1907, l’abbé Gervy écrit que l’abbaye de Paimpont a été fondée sur un lieu de culte druidique :

Il [Judicaël] bâtit sur le bord du lac, nous apprend un ancien parchemin, à l’endroit où la tradition porte qu’il y avait un dolmen ou un autel druidique, un sanctuaire qu’il dédia à la Mère de Dieu, sous le nom de Notre-Dame de Paimpont. GERVY, abbé Louis, « Un grand pèlerinage et un charmant pays (1) », Revue de Bretagne, Vol. 37, 1907, p. 344-370, Voir en ligne. op. cit. p.356


Bibliographie

BARON DU TAYA, Aymé-Marie-Rodolphe, Le Thélin, recherches rétrospectives, Rennes, Imprimerie de Vatar, 1841.

BELLAMY, Félix, « La fontaine de Barenton (3) », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 23, 1868, p. 275-287, Voir en ligne.

BELLAMY, Félix, La forêt de Bréchéliant, la fontaine de Berenton, quelques lieux d’alentour, les principaux personnages qui s’y rapportent, Vol. 2, Rennes, J. Plihon & L. Hervé, 1896, Voir en ligne.

CRENN, Louis, « Brizeux chargé de mission en Bretagne », Bulletin de la société Historique et Archéologique de Bretagne, Vol. 35, 1955, p. 105-121.

GERVY, abbé Louis, « Un grand pèlerinage et un charmant pays (1) », Revue de Bretagne, Vol. 37, 1907, p. 344-370, Voir en ligne.

GILLARD, abbé Henri, Curiosités et légendes de la forêt de Paimpont, Les éditions du Ploërmelais., 1955.

HERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Théodore, « Visite au Tombeau de Merlin », Revue de Paris, Vol. 40, 1837, p. 45-62, Voir en ligne.

MAHÉ, chanoine Joseph, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Vannes, Galles aîné, 1825, Voir en ligne.

POIGNAND, Jean Côme Damien, Antiquités historiques et monumentales de Montfort à Corseul par Dinan et au retour par Jugon, Rennes, Duchesne, 1820, Voir en ligne.


↑ 1 • Le New Age (ou nouvel-âge) est un courant spirituel occidental des 20e et 21e siècles, caractérisé par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité. Défini par certains sociologues comme un « bricolage » syncrétique de pratiques et de croyances, ce courant sert de catégorie pour un ensemble hétéroclite d’auteurs indépendants et de mouvements dont la vocation commune est de transformer les individus par l’éveil spirituel et par voie de conséquence changer l’humanité. Ce mouvement est répandu aux États-Unis, dans les pays anglo-saxons et européens.

↑ 2 • 29 p. Tiré à quelques exemplaires et non mis en vente.