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1819-1881

Du Laurens de la Barre Ernest

Un collecteur de contes en forêt de Paimpont

Ernest du Laurens de la Barre est un écrivain finistérien qui fait partie de la première génération de collecteurs bretons du 19e siècle, après Émile Souvestre et Théodore Hersart de la Villemarqué. Entre 1857 et 1881, il publie une quarantaine de contes, dont six sont situés en forêt de Paimpont.

Éléments biographiques

La jeunesse

Ernest du Laurens de la Barre nait à Quimperlé (Finistère) le 8 août 1819. Il est le fils d’Alexandre du Laurens de la Barre 1 et de Marie Guegot de Traoulen 2.

Il suit des études au collège de Quimperlé, puis au Lycée de Rennes. Il passe ses vacances au manoir de Coat ar Roc’h (Bois de la Roche) dans la propriété de son grand-père paternel à Commana (Finistère) 3 et commence à collecter des contes aux veillées de la ferme du manoir. Il étudie le droit à Rennes à partir de 1838.

Il épouse Élisa Sidonie Ply le 28 octobre 1846 4. Le jeune couple habite alors à Nozay (Loire-Atlantique). De cette union naissent deux enfants : Ernest-Marie-André, né le 1er novembre 1848 et Félix-Alexandre-Jean-Marie, né en 1852.

La même année, il publie son premier livre, une histoire de Bretagne.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Histoire élémentaire et abrégée de la Bretagne, Nantes, Petitpas, libraire éditeur, 1852, Voir en ligne. — Son second ouvrage, paru en 1854, est également une étude historique.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Histoire de Châteaubriant et de ses Barons, Chateaubriant, Chez R. Chevalier, 1854, Voir en ligne. —

Les années vannetaises

En 1854, Laurens de la Barre quitte Nozay et s’établit à Vannes où il exerce la profession de receveur de l’enregistrement puis celle de notaire. Il fait édifier l’élégante Villa Saint-Guen au nord de la ville en 1862. Il quitte cette fonction en 1863.

C’est durant cette période, la plus prolifique de sa vie, qu’il fait paraitre son premier recueil de contes populaires. —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Veillées de l’Armor, récits populaires de Bretons, Vannes, Caudéran, 1857. — Il publie des contes dans Le Messager de la semaine et fait paraitre son second recueil en 1863.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Sous le chaume, Vannes, Caudéran, 1863. —

De ces années vannetaises datent aussi une Excursion à Saint-Gildas de Rhuys, publication vendue au profit des pauvres, ainsi qu’un recueil d’itinéraires bretons.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Itinéraire pittoresque de Vannes à Quiberon, suivi d’un voyage dans les Montagnes d’Arhez, et de Penmarch à la pointe du Raz, Nantes, Imprimerie de Vincent Forest et d’Émile Grimaud, 1864, Voir en ligne. —

En 1864, pendant une longue convalescence, il met en vers les chapitres de l’Imitation de Jésus Christ 5 qui l’avaient le plus touché.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, L’Imitation et la vie de Jésus-Christ, fragments poétiques, tirés de l’Imitation, Paris, A. Bray, 1864, Voir en ligne. —

C’est durant cette période qu’il collabore au Journal de Rennes et à la Revue de Bretagne et de Vendée. En 1870, il publie un second guide de voyage.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Itinéraire pittoresque de Vannes à Sainte-Anne-d’Auray, à Carnac, à Quiberon, dans la baie du Morbihan et sur les côtes du Finistère, Vannes, A. Caudéran, 1870. —

Le manoir de Coat ar Roc’h à Commana

En 1873, à la fin des études de ses enfants, il quitte Vannes et se retire au manoir familial de Coat ar Roc’h à Commana, au pied des Monts d’Arrée. Il le fait restaurer et s’y installe définitivement en 1874. Il obtient sa nomination comme juge de paix du canton de Sizun en novembre de la même année. En 1879, il refuse une mutation dans la Loire Inférieure. Cette sanction à caractère politique l’oblige à démissionner. La même année, il publie son troisième recueil de contes. —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Fantômes bretons, Paris, C. Dillet, 1879, Voir en ligne. —

Souffrant d’une grave maladie, il est donné pour mort dans les journaux au printemps 1880. Il met fin à cette rumeur en se rendant au Congrès de Redon de l’Association Bretonne, au cours duquel il reçoit un hommage appuyé. Il fait paraitre son dernier recueil de contes en 1881 —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Nouveaux fantômes bretons, Paris, C. Dillet, 1881. —. Sa santé se dégrade à nouveau, il décède au manoir de Coat ar Roc’h le 18 décembre de la même année. Il est inhumé derrière le chevet de l’église de Commana.

—  SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE L’HISTOIRE DE BRETAGNE, « Nécrologie de du Laurens de la Barre », Bulletin de la Société des bibliophiles bretons et de l’histoire de Bretagne, Vol. 5, 1882, p. 44-46, Voir en ligne. ——  OHEIX, Robert, « Biographies bretonnes : M. Ernest du Laurens de la Barre », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 52, 1882, p. 120-132, Voir en ligne. —

L’œuvre contée

Ernest du Laurens de la Barre est l’auteur d’une œuvre abondante et variée. Il a laissé des essais historiques, de nombreux poèmes couronnés par des prix 6, des articles sur les traditions de Bretagne 7, et des réflexions philosophiques et religieuses.

Cependant, seule son œuvre de collecteur, par ailleurs appréciée de ses contemporains 8, a survécu au temps :

L’œuvre de du Laurens n’est pas à dédaigner, en somme ; elle comprend une quarantaine de récits vraiment traditionnels, et qui malgré une forme un peu prolixe, un style parfois vulgaire, et un parti pris de moralité, constituent un faisceau d’une réelle importance. OUDIN, Adrien, « La Basse Bretagne conteuse et légendaire », La Revue Britannique, Vol. 6, 1891, p. 347-371, Voir en ligne. page 354

L’œuvre contée de Laurens de la Barre tient en quatre recueils publiés entre 1857 et 1881. Son style est influencé par deux auteurs, Émile Souvestre et Hersart de la Villemarqué à qui il dédicace son premier recueil. Les reproches qui lui sont faits par la nouvelle génération de folkloristes sont les mêmes que ceux adressés à ses deux illustres prédécesseurs : ne pas citer les conteurs auprès desquels il a collecté et surtout travestir et orner, réécrire jusqu’à déformer les contes traditionnels.

[...] puis j’arrive aux conteurs plus fantaisistes en tête desquels il faut placer notre regretté confrère du Laurens de la Barre, avec ses Derniers Fantômes Bretons. Le fonds de ces récits est authentique, mais la forme n’est plus le contexte strictement populaire : l’auteur supprime et ajoute à son gré. Cela est charmant, cela est plein de couleur locale ; mais ce n’est plus le document humain réclamé par la nouvelle école scientifique : je n’ai pas dit par le public. KERVILER, René, « Revue du mouvement historique et littéraire en Bretagne, depuis 1880 », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 25, 1882, p. 113-168, Voir en ligne. page 149

Les contes situés en forêt de Paimpont

Ernest du Laurens de La Barre a principalement collecté des contes de Basse-Bretagne en breton. Il a aussi publié quelques contes du pays gallo parmi lesquels six sont situés sur des communes morbihannaises du massif forestier de Paimpont : Tréhorenteuc, Saint-Léry, Concoret et Mauron.

En préambule d’un de ces contes, du Laurens de la Barre précise les particularités des conteurs locaux :

Parmi les marvailhers 9 du Morbihan, ceux du canton de Mauron, dans l’arrondissement de Ploërmel, sont peut-être les plus originaux. On en jugera du reste par les traditions que nous avons recueillies dans ces parages, où les sorciers de Koncored et de Tréhoranteuk jouent souvent le premier rôle et remplissent le fond des récits. Dans cette partie du Morbihan, l’idiome breton fait place à un mauvais langage breton-gallo qui établit une nouvelle différence entre les récits de ces contrées et ceux des pays bretonnants. DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Sous le chaume, Vannes, Caudéran, 1863.

Deux contes populaires dont l’action se situe à Concoret, L’homme emborné et Le pêcheur de Koncored où l’étang de Komper paraissent dès 1857 dans Veillées de l’Armor. Ce recueil de contes comprend aussi Les Korrigans de Tréhoranteuk ou la semaine des nains, une transposition d’un conte d’Émile Souvestre au Val sans Retour.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Veillées de l’Armor, récits populaires de Bretons, Vannes, Caudéran, 1857. —

Son second recueil de contes, Sous le chaume paru en 1863, comprend Les pierres maudites de Tréhorenteuc.—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Sous le chaume, Vannes, Caudéran, 1863. —

La fée de Brocéliande est un conte paru en 1864 dans la Revue de Bretagne et de Vendée, —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « La fée de Brocéliande : légende bretonne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 16, 1864, p. 285-294, Voir en ligne. — Le conte intitulé La Fontaine de Barenton est publié dans cette même revue en 1877—  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « La fontaine de Barenton, légende bretonne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 41, 1877, p. 32-39, Voir en ligne. —


Bibliographie

CALVEZ, Marcel, « Druides, fées et chevaliers dans la forêt de Brocéliande. De l’invention de la topographie légendaire de la forêt de Paimpont à ses recompositions contemporaines », Saint-Dié-des-Vosges, 2010, Voir en ligne.

KERJEAN, Louis de, « Chronique », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 2, 1857, p. 304-319, Voir en ligne.

KERVILER, René, « Revue du mouvement historique et littéraire en Bretagne, depuis 1880 », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 25, 1882, p. 113-168, Voir en ligne.

OHEIX, Robert, « Biographies bretonnes : M. Ernest du Laurens de la Barre », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 52, 1882, p. 120-132, Voir en ligne.

OUDIN, Adrien, « La Basse Bretagne conteuse et légendaire », La Revue Britannique, Vol. 6, 1891, p. 347-371, Voir en ligne.

SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE L’HISTOIRE DE BRETAGNE, « Nécrologie de du Laurens de la Barre », Bulletin de la Société des bibliophiles bretons et de l’histoire de Bretagne, Vol. 5, 1882, p. 44-46, Voir en ligne.

SOUVESTRE, Émile, Le foyer breton : contes et traditions populaires, Vol. 2, 1853, Bruxelles, Kiessling et Cie, 1844, Voir en ligne.

Œuvres

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Histoire élémentaire et abrégée de la Bretagne, Nantes, Petitpas, libraire éditeur, 1852, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Traits détachés de l’histoire de Bretagne (suite de l’"Histoire élémentaire"), Nantes, impr. de Charpentier, 1852.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Histoire de Châteaubriant et de ses Barons, Chateaubriant, Chez R. Chevalier, 1854, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Veillées de l’Armor, récits populaires de Bretons, Vannes, Caudéran, 1857.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Sous le chaume, Vannes, Caudéran, 1863.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « La fée de Brocéliande : légende bretonne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 16, 1864, p. 285-294, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Itinéraire pittoresque de Vannes à Quiberon, suivi d’un voyage dans les Montagnes d’Arhez, et de Penmarch à la pointe du Raz, Nantes, Imprimerie de Vincent Forest et d’Émile Grimaud, 1864, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, L’Imitation et la vie de Jésus-Christ, fragments poétiques, tirés de l’Imitation, Paris, A. Bray, 1864, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Itinéraire pittoresque de Vannes à Sainte-Anne-d’Auray, à Carnac, à Quiberon, dans la baie du Morbihan et sur les côtes du Finistère, Vannes, A. Caudéran, 1870.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Thèse pour la licence. Jus romanum : De Compensationibus.. - Droit français : De la Compensation.., Académie de Rennes. Faculté de droit., 1872.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « L’homme emborné », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 40, 1876, p. 285-294, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « La fontaine de Barenton, légende bretonne », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 41, 1877, p. 32-39, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « Étude sur les danses bretonnes : danses et musiques », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 21, 1878, p. 271, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « Contes et conteurs bretons », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 22, 1879, p. 103-111, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Fantômes bretons, Paris, C. Dillet, 1879, Voir en ligne.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Nouveaux fantômes bretons, Paris, C. Dillet, 1881.

DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Où courons-nous ? méditations sur le temps actuel, Paris, C. Dillet, 1881.


↑ 1 • Alexandre-Marie-François du Laurens de la Barre est né le 21 octobre 1783 à Landévennec. Il a été contrôleur puis lieutenant des douanes à Lorient (Morbihan)

↑ 2 • Marie-Anne-Louise (dite Nancy) Guegot de Traoulen est née le 23 avril 1791 à Champtocé-sur-Loire (Maine-et-Loire). Sa famille paternelle est originaire du manoir du Cosquer en Plougonven (Finistère)

↑ 3 • Antoine-Marie-François-Jacques du Laurens de la Barre, né le 11 septembre 1756 à Locmaria an Hent (actuellement commune de Saint-Yvi), ancien sénéchal de Concarneau, a exercé comme juge de paix à Sizun. Il décède au manoir de Coat ar Roc’h en Commana le 22 décembre 1824

↑ 4 • Élisa Sidonie, née le 16 octobre 1821 à Clermont (Oise), décède le 12 octobre 1905

↑ 5 • L’Imitation de Jésus-Christ (en latin De imitatione Christi) est une œuvre anonyme de piété chrétienne, écrite en latin à la fin du XIVe siècle ou au début du XVe siècle. On estime habituellement que son auteur est Thomas a Kempis.

↑ 6 • Il remporte un prix de poésie en 1869 à Rennes pour un sonnet intitulé A la mer. En 1872, l’Académie des Jeux Floraux distingue une élégie intitulée Après la guerre et en 1873 l’ode A Vélléda ainsi qu’une ballade, Le chauffeur à la locomotive.—  OHEIX, Robert, « Biographies bretonnes : M. Ernest du Laurens de la Barre », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 52, 1882, p. 120-132, Voir en ligne. page 125 —

↑ 7 • Il a notamment publié plusieurs articles dans le Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne :

  • —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « Étude sur les danses bretonnes : danses et musiques », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 21, 1878, p. 271, Voir en ligne. —
  • —  DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, « Contes et conteurs bretons », Bulletin Archéologique de l’Association Bretonne, Vol. 22, 1879, p. 103-111, Voir en ligne. —

↑ 8 • Son ami Hersart de la Villemarqué, soulignant ses talents de conteur lors des assemblées de l’Association Bretonne, le surnommait la petite flûte de nos congrès.

↑ 9 • Laurens de la Barre distingue deux types de conteurs, le disréveller et le marvailher, dont il détaille les caractéristiques dans la préface de son premier recueil de contes populaires en 1857 :

Or, le Disréveller n’existe pas dans le pays de Vannes ; la naïveté de son récit, rempli de bonne foi et de crédulité, a disparu pour faire place » à la verve railleuse du Marvailher, qui raconte d’un air trop peu convaincu pour entraîner après lui la conviction de ceux qui l’écoutent. Le Marvailher, en effet, débite gaîment, selon son inspiration, une histoire presque toujours défigurée par des peintures fantastiques, à laquelle il n’accorde lui-même aucune croyance. Son récit s’inspire quelquefois des idées religieuses, mais alors la religion y est toujours traitée un peu légèrement. —Le Disréveller, au contraire, prépare, au moyen d’un exorde et par la forme de son récit sérieux et solennel, la morale qui le » terminera et l’enseignement qui en doit sortir. Ce conteur a la prétention de moraliser : le Marvailher ne songe qu’à distraire les autres en s’amusant lui-même. DU LAURENS DE LA BARRE, Ernest, Veillées de l’Armor, récits populaires de Bretons, Vannes, Caudéran, 1857.

Cette catégorisation des conteurs bretons a été à l’origine d’une querelle dont un article de Louis de Kerjean, daté de l’année de parution des Veillées de l’Armor, se fait l’écho.—  KERJEAN, Louis de, « Chronique », Revue de Bretagne et de Vendée, Vol. 2, 1857, p. 304-319, Voir en ligne. —