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Tourisme en Brocéliande

Dès la fin du 19e siècle, un tourisme naissant s’appuie sur les écrits des érudits locaux pour faire découvrir au visiteur les sites et les légendes de la forêt de Paimpont/Brocéliande.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le tourisme en Brocéliande reste une pratique réservée à une élite intellectuelle. Il ne connaît une véritable expansion populaire qu’à partir de 1945.

La réussite de l’abbé Gillard au « Val sans retour » et à Tréhorenteuc sert d’assise à une politique qui se base sur la notoriété du nom « Brocéliande » pour favoriser un développement économique de la région.

Au début des années 1990, l’apparition de nouvelles entités administratives, le Pays Touristique de Brocéliande en 1985 et le Pays de Brocéliande, contribuent au développement touristique.

Durant les trente premières années du 19e siècle, des notables érudits, notamment Poignand, Blanchard de la Musse, Baron du Taya, redécouvrent ou inventent une topographie arthurienne en forêt de Paimpont. La Fontaine de Barenton, le Tombeau de Merlin, le Val sans Retour attirent dès lors de prestigieux visiteurs, Brizeux, La Villemarqué, ou encore Félix Bellamy qui apparaît en 1896 comme le dernier et non le moindre de ces grands voyageurs de Brocéliande. Dès la fin du 19e siècle, un tourisme naissant s’appuie sur les écrits de ces érudits pour faire découvrir au visiteur les sites et les légendes qui leur sont associées.

Un premier guide touristique de la forêt de Paimpont en 1868

Dès les années 1860, les premiers guides touristiques apparaissent en France, à la suite de l’extension des voies ferrées. Le guide national Joanne de 1867 propose une courte notice sur la forêt de Brocéliande —  JOANNE, Adolphe Laurent, Bretagne, avec 10 cartes et 7 plans., Paris, L. Hachette, 1867, (« Collection des guides-Joanne. Itinéraire général de la France »), Voir en ligne. —. Le premier guide centré spécifiquement sur Paimpont paraît en 1868.—  DU BOIS DE PACÉ, Brocéliande en deux journées, Guide du touriste à la forêt de Paimpont, Rennes, Typographie Alphonse Leroy fils, 1868. —

Son auteur, du Bois de Pacé, ne cherche plus à nommer et organiser un territoire nouveau, mais à en faire découvrir le charme et le pittoresque.

On l’aimera en la parcourant, la vieille forêt, avec ses étangs limpides, sur lesquels s’étend le soir une brume transparente ; avec sa ceinture de landes solitaires, roses sous les feux du couchant, étincelante de perles au lever d’un beau jour ; tout cet ensemble enfin duquel se dégage un sentiment indéfinissable d’isolement et de liberté, une rêverie douce qui calme l’âme qui lui fait oublier pour un instant les rudes préoccupations du présent, les déceptions du passé, les inquiétudes de l’avenir. du Bois de Pacé (1868). op. cit., p. 7

La nouvelle « topographie légendaire » devient le but d’excursions touristiques qui n’empêchent pas l’auteur du guide de mettre en garde le touriste sur son ancienneté : Nous professons assurément, tout le premier, un certain scepticisme à l’endroit de Merlin et de son tombeau. — du Bois de Pacé (1868). op. cit., p. 26 —

Le guide Delalande de 1919

L’espace touristique se réorganise avec l’apparition de nouveaux moyens de locomotion : automobiles et vélos. Le guide Delalande présente la forêt touristique à partir de points de vue et de panoramas. Le paysage devient le but de la fréquentation, sans toutefois abolir l’intérêt légendaire. Delalande, qui s’appuie sur l’œuvre de Félix Bellamy pour décrire les sites légendaires, demeure lui aussi sceptique quant au prétendu Tombeau de Merlin ou à la « Fontaine de Jouvence » dans laquelle il voit une tradition semble-t-il assez récente. —  DELALANDE, Honoré, Guide du Touriste dans la Forêt de Paimpont. Itinéraires cyclistes, circuits automobiles, Rééd. 1926, Rennes, L. Bahon-Rault, 1919. [page 27] —

Si ces auteurs doutent des traditions attribuées à certains sites, leurs guides touristiques contribuent cependant à ancrer cette toponymie en forêt de Paimpont.

L’action de l’abbé Gillard pour le développement touristique

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le tourisme en Brocéliande reste une pratique réservée à une élite intellectuelle. Il ne connaît une véritable expansion populaire qu’à partir de 1945.

Grâce à l’action de l’abbé Gillard, de Tréhorenteuc, le Val sans retour va devenir le site le plus fréquenté. Son église, véritable « musée de la Table ronde », devient un lieu de passage obligé en Brocéliande. L’abbé se sert du tourisme naissant pour amener le visiteur à découvrir un courant spirituel, conjuguant tradition chrétienne et légendaire arthurien. Gillard est un précurseur, il organise des événements de promotion touristique, allant de la fête folklorique à la cérémonie druidique du Val sans retour de 1951.

Il rédige des plaquettes, dessine des cartes et des circuits qui resteront la base du futur développement du tourisme en Brocéliande.

Les politiques d’aménagement du territoire à partir de 1960

Les années soixante marquent l’émergence de politiques d’aménagement du territoire —  CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984. —

Le département du Morbihan choisit alors le canton de Mauron pour initier un développement touristique à l’intérieur des terres. La réussite de l’abbé Gillard au Val sans retour et à Tréhorenteuc sert d’assise à une politique qui se fonde sur la notoriété du nom « Brocéliande » pour favoriser un développement économique de la région.

Contrairement aux premiers guides, ceux de l’après-guerre n’informent pas les visiteurs du caractère récent de l’implantation de certains sites légendaires en forêt de Paimpont. Le discours convaincant de l’abbé Gillard a certainement entraîné le délaissement des œuvres du passé au prix de l’oubli des connaissances historiques.

Créé à la fin des années cinquante à l’initiative de Louis Déron, ancien maire de Beignon, le Syndicat d’Initiative et Groupement Touristique Intercommunal de Brocéliande (SIGTIB) réunit à l’origine Beignon, Paimpont et Plélan, puis incorpore des communes limitrophes au massif forestier. Son président, le général du Chélas, maire de Paimpont, est alors propriétaire du château du Pas du Houx. Le syndicat est notamment à l’origine d’un guide touristique, de la « fête des druides » organisée en 1964 ou encore de la création du club nautique de Paimpont…

Succédant au SIGTIB, l’Association touristique des Pays de la Table ronde voit le jour en 1963. Elle comprend cinq cantons du Morbihan ainsi que les communes de Paimpont et de La Gacilly. Elle vise à mettre en valeur leur patrimoine et à établir des circuits historiques. L’année 1968 marque la création d’un syndicat d’initiative et d’équipements touristiques sur le canton de Mauron. On retrouve l’implication de l’abbé Gillard dans ces deux organismes.

Une structuration politique du tourisme sur le massif de Brocéliande

En 1972, quatre cantons d’Ille-et-Vilaine constituent l’Office de Tourisme de Brocéliande (OTB) qui a pour but d’organiser leur politique d’aménagement. Sur le massif de Brocéliande, elle consiste principalement à répertorier et à mettre en valeur les différents sites historiques, légendaires et naturels de la forêt. En 1979, l’OTB fait paraître le Guide touristique et culturel de Brocéliande, dans lequel est présenté un « circuit découverte » de 66 km au départ de Plélan. Une approche nouvelle enrichit la visite d’une dimension culturelle, liée aux traditions populaires, à laquelle s’ajoutent des contributions d’auteurs universitaires.

En septembre 1979, naît l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour, nouvel acteur du développement touristique. Cette création s’inscrit dans un plan de réorganisation du tourisme à l’échelle du département, qui vise à développer l’intérieur du Morbihan. Le site du Val sans Retour est alors choisi avec celui de la Chapelle Saint-Jean pour être revalorisés. Le propriétaire de la chapelle s’opposant à l’achat des lieux, c’est vers le Val sans Retour que vont se concentrer les efforts de l’association. Elle rassemble les différents partenaires des aménagements touristiques précédents, communes des cantons de Mauron et Plélan, conseillers généraux, OTB, Association de la Table Ronde et Station Biologique de Paimpont (Université de Rennes 1).

Le Carrefour de Trécélien, créé en 1993 et actif jusqu’en 1997, est une fédération d’une dizaine d’organismes et associations à vocation touristique et culturelle du massif de Brocéliande, qui a cherché à structurer et à organiser le potentiel touristique. Cette fédération est à l’origine de la création d’événements tels que « Brocéliande côté nuit » ou « Contes et nuits de Brocéliande ».

L’apparition de nouvelles entités administratives, le Pays Touristique de Brocéliande en 1985 et le Pays de Brocéliande au début des années 1990, a contribué au développement touristique. Le Pays de l’Oust à Brocéliande et le Pays de Brocéliande ont mené chacun de leur côté et à partir de leurs offices respectifs des plans de développement touristique, aggravant la bipolarisation du massif suivant les limites départementales.


Bibliographie

CALVEZ, Marcel, Usages productifs, usages touristiques et aménagement d’un territoire, le Val sans retour (1820-1984), Thèse pour le Doctorat de Troisième Cycle en Sociologie, Université de Paris X-Nanterre, 1984.

DELALANDE, Honoré, Guide du Touriste dans la Forêt de Paimpont. Itinéraires cyclistes, circuits automobiles, Rééd. 1926, Rennes, L. Bahon-Rault, 1919.

DU BOIS DE PACÉ, Brocéliande en deux journées, Guide du touriste à la forêt de Paimpont, Rennes, Typographie Alphonse Leroy fils, 1868.

JOANNE, Adolphe Laurent, Bretagne, avec 10 cartes et 7 plans., Paris, L. Hachette, 1867, (« Collection des guides-Joanne. Itinéraire général de la France »), Voir en ligne.