aller au contenu

1864-1948

Alanic, Mathilde

Mathilde Alanic (1864-1948) est une femme de lettres reconnue de la première moitié du 20e siècle. Elle est l’autrice de deux romans dont l’action se déroule en forêt de Paimpont, Les loups sur la lande et Étoiles dans la nuit, respectivement publiés en 1928 et 1932.

Éléments biographiques

Mathilde Alanic naît le 10 novembre 1864 à Angers (Maine-et-Loire). Son père Julien Louis Alanic, originaire de Laillé (Ille-et-Vilaine), est peintre en bâtiment et sa mère Mathilde Louise Verdun, brodeuse. —  NOUVELLES BRANCHES, « Mathilde Alanic - Femme de lettres », 2025, Voir en ligne. —

Après des études au lycée David d’Angers Mathilde Alanic entre à l’École supérieure des Lettres d’Angers où de 1881 à 1882, elle suit les cours de littérature et de psychologie professés par Henri Bergson (1859-1941). C’est sur ses conseils qu’elle propose plusieurs nouvelles à la Revue de l’Anjou, publiées, sous le pseudonyme de Miranda.

Quelques années plus tard, sous le pseudonyme de Miranda, elle publie "quelques fantaisies" dans L’Éventail, revue théâtrale angevine du poète et publiciste Gaston la Perrière. Finalement, elle adresse des nouvelles aux éditeurs parisiens. En 1897, c’est dans L’Illustration qu’est publiée la première nouvelle de Miranda, un conte de Noël, "La soutane de l’abbé Constantin", suivie de près par "Norbert Dys". Rassurée par ces succès, Miranda cède dès lors la place à Mathilde Alanic, qui paraît également dans d’autres revues de l’époque : Revue de l’Anjou, Le National illustré, La Petite Illustration, Les Annales politiques et littéraires, Le Musée des familles, Le Magasin pittoresque, Le Petit Journal, Le Petit Parisien, etc.

Recommandée à Ernest Flammarion par Lucien Marc, directeur de L’Illustration elle publie son premier roman chez l’éditeur parisien le 15 février 1900.

En 1903, elle remporte le prix Montyon de l’Académie française pour Ma Cousine Nicole. Ce personnage récurrent dans son œuvre, tour à tour mariée (1920), maman (1921), puis grand-mère (1929), l’accompagne jusqu’en 1939 avec Nicole et les temps nouveaux.

En peu d’années, elle devient une des grandes signatures du roman sentimental destiné aux jeunes filles et aux familles. Collaborant à diverses revues (les Veillées des chaumières, la Semaine de Suzette), membre de divers jurys littéraires (les Annales politiques et littéraires…) cumulant les prix et récompenses (Prix Jules Favre, Prix Sobrier-Arnould,…) [...].

NIGREMONT, Calixte, « Le panthéon de l’Anjou. Mathilde Alanic, celle qui faisait pleurer la France… », Ouest-France, Angers, 2021, Voir en ligne.
Mathilde Alanic
—  CLAUZEL, Raymond, « Les idées, les sentiments et la beauté des livres », Ève, Vol. 285, 1926, p. 11, Voir en ligne. —

Sur la quatrième de couverture de l’un de ses romans, Aime et tu renaîtras, Mathilde Alanic est présentée comme La rivale littéraire de Colette.

En une époque où le monde de la littérature succombait au charme Ô combien sulfureux de la Bourguignonne Colette, l’Angevine Mathilde Alanic, dans un registre plus sage [...] apportait sa patte aux lettres françaises.

Nigremont, Calixte (2021) op. cit.

Mathilde Alanic rencontre le succès en France, en Belgique et en Suisse. En Allemagne et en Angleterre, ses œuvres sont utilisées dans l’enseignement officiel pour les classes de français. Autrice reconnue de son vivant, elle reçoit quatre prix de l’Académie française entre 1903 et 1929, année où elle est promue chevalier de la Légion d’honneur. En 1936, elle devient membre de l’Académie féminine des lettres. —  NOUVELLES BRANCHES, « Mathilde Alanic - Femme de lettres », 2025, Voir en ligne. —

Mathilde Alanic meurt le 22 octobre 1948 à Angers.

Mathilde Alanic et Brocéliande

Mathilde Alanic est l’autrice de deux romans localisés en forêt de Paimpont. Le premier - Les Loups sur la Lande - est un roman historique sur la chouannerie, le second - Étoiles dans la nuit - un roman sur la destinée contrariée d’une jeune artiste.

1928 — Les Loups sur la Lande

Catelin (diminutif de Catherine) et Joseph Le Goël, son mari, ont quitté Elven (Morbihan) pour une place de garde au service du châtelain de Comper. Nous sommes en 1794. Pris dans la tourmente révolutionnaire, le couple tente de survivre aux exactions des Chouans et des Républicains. À la mort du frère de Joseph, ils décident de quitter leur ferme de Concoret pour retourner dans les Landes de Lanvaux.

Publications

Les Loups sur la Lande est publié en feuilleton dans le journal Le Temps à partir du 26 octobre 1928.—  ALANIC, Mathilde, « Les Loups sur la Lande », Le Temps, 26 octobre, 1928, p. 1, Voir en ligne. —

Le roman parait la même année chez Flammarion. —  ALANIC, Mathilde, Les Loups sur la Lande, Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1928. —

Il est à nouveau publié dans la collection Nelson en 1934 1. —  ALANIC, Mathilde, Les Loups sur la Lande, 1928, Paris, Nelson éditeurs, 1934. —

Les Loups sur la Lande
—  ALANIC, Mathilde, Les Loups sur la Lande, 1928, Paris, Nelson éditeurs, 1934. —

La forêt de Paimpont dans le roman

Les sept premiers chapitres du roman sont localisés sur des communes ou des lieux-dits du massif forestier de Paimpont : Concoret, la Guette, Trécesson et Guer.

L’histoire débute à Concoret, dans la ferme de Joseph et Catelin Le Goël. En l’absence de son mari, parti aux obsèques de son frère, la jeune femme subit les avances de Mathurin Dunoux, de la garde républicaine de Gaillarde.

Ici, la forêt étouffante, hostile, prenant son nom de l’abbaye devenue hérétique d’où Notre-Dame s’était retirée, et desservie par deux ou trois moines sans foi, qui attiraient sûrement la malédiction de Dieu sur le voisinage, - la forêt, trouée de froids étangs, de ravins sauvages, peuplée de fées malfaisantes, de sangliers et de méchants lutins dont on sentait l’approche jusqu’en ce village de Concoret dont les gens étaient réputés sorciers, à cause d’un magicien puissant qui avait vécu là, autrefois : Éon de l’Étoile.

Alanic, Mathilde ( 1928) p. 6

Construisant sa narration à partir du Registre de l’abbé Guillottin, Mathilde Alanic évoque le passage des chouans de Joseph de Puisaye à Concoret.

Avant hier, grande émotion. Huit cents hommes ou plus étaient passés dans Concoret, des gens qui venaient de faire la guerre en Vendée, disait-on, conduits par un chef de belle mine qu’on appelait le comte Joseph. Ils ne commirent aucun excès, payèrent tout ce qu’ils consommèrent avec des assignats nouveaux, au nom du Roy, et se retirèrent sagement, en chantant les vêpres, après avoir abattu les arbres de la Liberté et saisi les fusils, amassés dans la sacristie.

Alanic, Mathilde ( 1928) p. 9

Contraint de quitter Concoret pour les Landes de Lanvaux, Joseph, Catelin et leur fils Guiaume entament leur trajet par le château du Rox, passent à la Saudraie et s’égarent dans le Val sans Retour au crépuscule.

Ils trouvèrent des ruisseaux qu’ils franchirent sur des pierres glissantes, des collines aux crêtes rugueuses, fleuries d’églantines et de genêts sur les pentes. Et tout cela ne leur était pas nouveau. Ils avaient déjà passé ces gués, rencontré ces massifs d’aubépines et ces déchirures de rochers. La désolante idée qu’ils tournaient sur place s’insinuait en eux, minant leurs énergies. [...] La crainte de la fée Viviane, perverse et menteuse, reine de ces ravins, planait, plus pressante, avec les lourds papillons et les chauves-souris, qui s’éveillaient et volaient dans la grisaille du crépuscule.

Alanic, Mathilde ( 1928) p. 49-50

Hébergés à la Guette, ils repartent le lendemain vers le château de Trécesson avant de rejoindre Guer puis Malestroit.

Ils ne tardèrent guère à atteindre le manoir de Trécesson - dont l’hôtesse avait narré l’histoire, parmi les caquets de la précédente soirée. Heureusement que vous y passerez en plein jour, avait-elle dit, car à la brune vous entendriez les cris d’une ombre qui rôde autour des étangs - celle d’une jeune mariée qui fut enterrée vivante dans un coin du parc. Mon défunt homme a connu le braconnier qui, de sa cache, fut témoin du crime.

Alanic, Mathilde ( 1928) p. 56-57

Critiques

Le roman de Mathilde Alanic reçoit un accueil bienveillant de la part de Jacques des Gachons, critique littéraire du magazine Fémina qui en vante les vertus positives.

Mathilde Alanic nous offre son vingt-cinquième roman : “Les Loups sur la Lande”, livre à mettre entre toutes les mains et qui ira entre toutes. On n’est pas impunément la mère spirituelle des Nicole. Voici un livre qui pourrait bien être né spontanément, tandis que la romancière muée pour quelques soirs en historienne, parcourait avec Hoche son jeune héros, la Vendée en révolte. Encore un roman qui chante la terre et la paix. Il n’y en aura jamais trop.

GACHONS, Jacques des, « Ce qu’il faut avoir lu », Fémina, 1929, p. 32, Voir en ligne.

Dans son dernier ouvrage paru à titre posthume, Charles le Goffic (1863-1932) rappelle l’inspiration que Mathilde Alanic a trouvée dans le Registre de l’abbé Guillotin pour écrire la première partie de son roman.

Dans sa sincérité toute nue il est si éloquent, ce registre, que Mathilde Alanic ne pouvait mieux faire que d’en transporter certaines pages - ou du moins leur substance - dans les premiers chapitres de son beau roman historique, "les loups sur la lande", qui a précisément pour décor Concoret et la forêt de Paimpont.

LE GOFFIC, Charles et DUPOUY, Auguste, Brocéliande, La Renaissance du Livre, 1932, (« L’épopée de la Terre de France. »). [page 141]

1932 — Étoiles dans la nuit

Publications

En 1932, paraît Étoiles dans la nuit, roman dont la partie principale est localisée en forêt de Paimpont. —  ALANIC, Mathilde, Étoiles dans la nuit, Paris, Flammarion, 1932. —

Lydie Trémorel dont le bonheur s’effondre brutalement à la mort de ses parents, se retrouve seule aux prises avec les difficultés de la vie. Poursuivant son rêve de devenir une peintre célèbre, elle trouve à Paris un cercle de modestes amis parmi lesquels elle se sent heureuse. Mais, subitement devenue aveugle, elle voit s’envoler cette destinée qui promettait les plus beaux espoirs.

Étoiles dans la nuit
—  ALANIC, Mathilde, Étoiles dans la nuit, Paris, Flammarion, 1932. —

Le roman est à nouveau publié en feuilleton dans La Croix du Nord au cours de l’année 1934. —  ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 16 janvier, 1934, p. 9, Voir en ligne. —

La forêt de Paimpont dans le roman

Plusieurs localités de la forêt de Paimpont sont mises en scène dans Étoiles dans la nuit, en premier lieu Tréhorenteuc où Lydie Trémorel se rend en compagnie de ses amis.

La lande se poursuit jusqu’à l’amas désordonné de masures sordides qui forment le village de Tréhorenteuc. Sous les chaumes rouillés qui encapuchonnent les murailles de pierres frustes, le jour entre seulement par d’étroites meurtrières, à peu près bloquées par des tas de fumier. Une imposante mare de purin décore le centre du hameau et, près de là s’élève, craintive, l’indigente petite église que précède un étroit cimetière.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 16 janvier, 1934, p. 9, Voir en ligne.

Accueilli par le recteur, le petit groupe de Lydie Trémorel se fait montrer l’église décrépite et la bannière de sainte Onenne.

Mais le modeste sanctuaire recèle une rareté archéologique et artistique dont Mlle Trémorel a gardé assez souvenance pour la désigner à l’attention de Pascale [...]. Il s’agit d’une bannière, pieux hommage de la duchesse Anne à sainte Onéna, la sœur de Judicaël, dont le tombeau s’abrite sous cette pauvre voûte. Et l’on relance le recteur dans le presbytère délabré qui crie misère par les crevasses de ses murs, les planches disjointes qui servent de clôture entre les piliers croulants, la cour encombrée de volailles piaillantes, misère qui s’atteste encore par la tenue minable de la servante décrépite et la soutane rousse et rapiécée du maître. Le recteur tire de son étui l’étendard précieusement ouvré, décoré des hermines de Bretagne, où sont représentés la Vierge, saint Eutrope et la candide Onéna. Un vol d’oies sauvages commémore le miracle qui sauva la vertu de la petite sainte, menacée par de cyniques barbares. Les oiseaux irrités se ruèrent sur les agresseurs, leur crevèrent les yeux, les mordirent si cruellement que les méchants se dispersèrent.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 16 janvier, 1934, p. 9, Voir en ligne.

Par la suite, elle laisse ses amis se rendre au Val sans Retour admirer le site depuis le banc du Touring Club.

Il serait impossible à Mlle Trémorel d’escalader la lande de Gautro qui tantôt caillouteuse, tantôt bondit d’obstacles en obstacles se hérisse encore de ronces et de pins naissants où s’empêtrent les meilleurs marcheurs. Néanmoins, Lydie insiste pour que tout son monde gravisse la côte ardue et gagne le belvédère naturel où le Touring érigea un banc. Là se découvre l’ensemble du Val magique hanté par les malicieux lutins et les fées taquines qui se plaisent à égarer, encore de nos jours, les téméraires se hasardant entre les falaises verdoyantes, sillonnées de perfides sentiers sous le couvert des mélèzes.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 16 janvier, 1934, p. 9, Voir en ligne.
En forêt - Le Val sans Retour - Sur le Sommet
Carte postale ancienne : 1- Paimpont - J. Sorel éditeur à Rennes.
Le banc du Touring Club de France.
Collection Encyclopédie de Brocéliande

Lydie Trémorel dit avoir goûté la saveur de la Bretagne forestière certaines vacances et ne l’avoir jamais oublié. Alors que le groupe d’amis décide de se rendre à Paimpont sur les traces des souvenirs de la jeune aveugle, ils hésitent entre l’hôtel des Forges et celui du bourg de Paimpont.

Des noms glissent de ses lèvres :
— Les ruines de Comper, le Pas-du-Houx. Tréhorenteuc, Les Forges...
— Les Forges ! interrompt Mlle Morgat, c’est là que je descends ! Des hêtres et des chênes splendides... un vaste étang... Veux-tu que j’écrive pour retenir des chambres ? Rien d’un palace, mais le grand calme...
— Je préférerais, ne vous en déplaise, l’endroit où nous conduisit mon père. Une amusante hôtellerie à la mode d’autrefois, dans la bourgade. Un étang qu’on pourrait dénommer lac, presque en face, avec une ancienne abbaye penchée vers l’eau et des lointains si mystérieux ! « Un vrai site des romans de Walter Scott », disait ma mère. La chapelle que nous visitâmes avec un prêtre érudit contient des trésors d’art, des vieux saints, des boiseries et, dans la sacristie, un Christ d’ivoire d’un merveilleux travail. C’est bizarre comme tous ces détails me restent présents à la mémoire ! Vous est-il égal, amie, que nous nous adressions plutôt à cette bonne auberge plaisante, animée, à la porte de laquelle on cherche les diligences d’antan et qui est d’ailleurs, un rendez-vous de chasseurs et de gourmets ?

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 10 septembre, 1934, p. 6, Voir en ligne.

À son arrivée à Paimpont, Lydie s’installe en compagnie de son amie Albertine Morgat à l’hôtel Allaire.

Laissant l’auto les devancer c’est à pied que les deux femmes gagnent les premières maisons de la bourgade. Autour de l’abbaye, jadis protectrice, restent dressées de sombres maisons à poutrelles sculptées dont les fenêtres s’ouvrent en dehors sous d’immenses toitures aux lucarnes étagées. Pour fermer les ruelles où s’élevèrent la psallette, le chapitre, un portail cintré, qui garde un bénitier à son pilastre, marque encore l’entrée où stationnaient mendiants et pèlerins avant de recevoir aumônes ou pieux secours. L’hôtel qui allonge, de l’autre côté de la route. ses terrasses ombragées, a succédé au primitif asile où les moines hospitalisaient leurs visiteurs. Ces récits de l’hôtelière, intelligente et vive, enchantent Lydie, tandis qu’Albertine, débarquée par le courrier avec les bagages s’irrite contre les défectuosités d’installation : Pas d’eau courante, ni ceci... ni cela... — Mais des lits confortables, une nourriture excellente, que te faut-il de plus ? remontre Mlle Trémorel. Tu nous feras prendre pour des parvenus si tu t’acharnes à récriminer !

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 11 septembre, 1934, p. 5, Voir en ligne.
Paimpont - L’hôtel Allaire et le Porche
Carte postale ancienne Gaby n°28
Collection Encyclopédie de Brocéliande

Alors qu’elle sollicite une visite de la sacristie de l’église abbatiale, la description du Christ en ivoire par le recteur de Paimpont lui redonne goût à la vie.

D’une armoire strictement fermée, le bras de saint Judicaël vient d’être retiré. Mais le reliquaire archaïque d’argent et de vermeil, qui porte l’initiale et la devise d’une duchesse de Bretagne, ne retient plus l’attention de l’artiste dès qu’apparait le fameux Christ d’ivoire...
— Merveille des merveilles !... Lydie, suivant le mouvement, de sa compagne, s’incline en avant, approche ses yeux sans lumière, comme si, de plus près, elle pouvait distinguer l’objet sacré. Averti par un signe de Mlle Morgat, le recteur s’attache à donner de la relique d’art et de foi une analyse minutieuse. Ces deux femmes, attentives et vénérantes, diffèrent trop des profanes qui s’introduisent ici, chaque jour, pour qu’il ne se complaise pas à détailler les mérites du pieux trésor.
— Le dernier souffle vient de s’exhaler et laisse distendue la bouche où s’aperçoivent la ligne des dents, le palais, la langue. Un œil est fermé, l’autre mi-clos et, en dépit du réalisme poignant qui traduit expressivement l’angoisse les spasmes suprêmes, la tension musculaire qui étire les membres et le thorax, l’artiste, ignoré et génial, qui travaillait l’ivoire avec la scrupuleuse recherche d’un Japonais a su conserver au visage une noblesse incomparable.
— Oui ! On dirait qu’une vision lui a révélé la beauté indicible de Jésus, observe Claude. Celui qui réalisa ce chef-d’œuvre fut plus qu’un génie : un inspiré à qui Dieu parla.
— Me serait-il permis de le toucher ? implore Lydie, avec une humilité qui attendrit le prêtre. Retenant la croix, il guide les doigts fins qui en effleurements respectueux, cherchent la divine figure et se posent sur la couronne d’épines. Un long soupir soulève la poitrine de la jeune fille, son visage se trouble d’une douleur poignante. Pliée presque en deux. Lydie appuie ses lèvres sur les pieds troués de la Sublime Victime, puis se redresse, les larmes sur les joues : — Merci !...

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 13 septembre, 1934, p. 6, Voir en ligne.
Le christ de Paimpont - Ivoire du 17e siècle
Carte postale ancienne numéroté 48.
Collection Encyclopdie de Brocéliande

Critiques

Étoiles dans la nuit est favorablement accueilli par la critique.

[...] les "Étoiles dans la nuit" appartiennent [...] à la classe des œuvres fortes. C’est un peu le même thème que le chef-d’œuvre de Kipling. La lumière qui s’éteint ; du reste Mlle Alanic a le bon goût de citer ce livre qui a pu être le début de son inspiration, mais qui ne lui enlève rien de son originalité, car Lydie Tremorel, tombée dans la nuit de la cécité, retrouve la lumière mystique au pied de l’admirable crucifix de l’Abbaye de Paimpont. Ce Christ, sculpté dans l’ivoire par un moine du 18e siècle, est une merveille, et le passage où il est décrit est une page d’anthologie.

SOURIAU, Maurice, « Les meilleurs livres - Romans », Revivre, 1932, p. 15-16, Voir en ligne.

Auguste Dupouy (1872-1967), continuateur du Brocéliande de Charles le Goffic, insiste sur la différence de perception de la forêt de Paimpont entre Les Loups sur la Lande et Étoiles dans la nuit.

Le Goffic n’a pu connaitre le dernier roman du même auteur, "Étoiles dans la nuit", tout récemment paru, dont l’action se développe en partie aux mêmes lieux. Notons, à l’appui des chapitres III et IV du présent livre, que Mlle Alanic, avec beaucoup de goût et un sens juste des réalités, a elle même omis, dans "Les Loups sur la Lande", roman rural autant qu’historique, les fables arthuriennes et le prétendu folklore forestier qui s’y rattache. Je ne crois pas qu’on y trouve même le nom de Brocéliande. Au contraire, ce nom est en toutes lettres dans son nouveau roman, plus romanesque et mondain. Connaissant bien la forêt et ses habitants, elle y fait juste la même discrimination que Le Goffic.

LE GOFFIC, Charles et DUPOUY, Auguste, Brocéliande, La Renaissance du Livre, 1932, (« L’épopée de la Terre de France. »). [page 141]

Bibliographie

LE GOFFIC, Charles et DUPOUY, Auguste, Brocéliande, La Renaissance du Livre, 1932, (« L’épopée de la Terre de France. »).

NIGREMONT, Calixte, « Le panthéon de l’Anjou. Mathilde Alanic, celle qui faisait pleurer la France… », Ouest-France, Angers, 2021, Voir en ligne.

NOUVELLESUZETTE, « Mathilde Alanic », 2009, Voir en ligne.

NOUVELLES BRANCHES, « Mathilde Alanic - Femme de lettres », 2025, Voir en ligne.

SOURIAU, Maurice, « Les meilleurs livres - Romans », Revivre, 1932, p. 15-16, Voir en ligne.

Oeuvre de Mathilde Alanic

ALANIC, Mathilde, Les Loups sur la Lande, Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1928.

ALANIC, Mathilde, Les Loups sur la Lande, 1928, Paris, Nelson éditeurs, 1934.

ALANIC, Mathilde, Étoiles dans la nuit, Paris, Flammarion, 1932.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 16 janvier, 1934, p. 9, Voir en ligne.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 10 septembre, 1934, p. 6, Voir en ligne.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 11 septembre, 1934, p. 5, Voir en ligne.

ALANIC, Mathilde, « Étoiles dans la nuit par Mathilde Alanic », La Croix du Nord, 13 septembre, 1934, p. 6, Voir en ligne.


↑ 1 • La collection Nelson est une série d’ouvrages de littérature classique créée à Paris en 1910 par la société d’édition britannique Thomas Nelson & Sons.

La collection qui propose des ouvrages reliés en format poche à des prix très bas accueille plusieurs centaines de volumes, jusqu’à la fin des années 1930, avant de ralentir son rythme de parution et de s’éteindre en 1964.