1946-1974
Beauvais, un village isolé
Un village de Paimpont dans l’après-guerre
La clairière de Beauvais est située à l’ouest du massif forestier de Paimpont. Jusqu’à la fin des années 1950, le village est isolé du bourg et des autres clairières de la commune.
La clairière de Beauvais
La clairière de Beauvais est située à l’ouest du massif de Paimpont. Elle est accessible par la côte de Beauvais à l’est, la côte de Saint-Amant à l’ouest, la côte de Folle Pensée au nord.
La clairière est traversée par le GR37.
- D’est en ouest, elle s’étire sur quatre kilomètres, de Hucheloup à la Touche Guérin, en passant par le Gué Pérou et les Rues Gaspais.
- Du nord-ouest au sud-est, elle s’étend sur quatre kilomètres, de Doucette à Lorgeril, en passant par le Chat Troussé et la Boutique du Sousingué.
Le relief
La clairière de Beauvais se différencie par son relief des autres clairières de la commune de Paimpont.
La « côte de Beauvais » est due à une faille géologique toujours active qui traverse le massif forestier de Paimpont. Elle s’étend de Quessoy (Côtes-d’Armor) à Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique).
Le relief de la clairière de Beauvais dessine le paysage à des hauteurs variées. Le point culminant d’Ille-et-Vilaine, situé entre le carrefour de Lambrun et le carrefour du Rox, s’élève à 258 mètres.
Doucette, avec ses 233 mètres, est le lieu habité le plus élevé d’Ille-et-Vilaine. Le bourg de Paimpont atteint à peine la hauteur de 160 mètres.
Un chemin de grande communication
Dès 1817 et tout au long du 19e et du 20e siècle, une des préoccupations des différents conseils municipaux est l’entretien et le développement des voiries communales.
Lettre du conseil municipal au préfet du 21 octobre 1832
Le CM demande au préfet le classement en chemin de grande communication le chemin venant du Morbihan par Campénéac et Trécesson... La commune de Paimpont peut être citée pour avoir fait des sacrifices même au-dessus de ses forces pour embellir et rendre viables ses chemins.
Au milieu des années 1920, le conseil municipal œuvre encore à l’aménagement de la route traversant Beauvais.
Lettre du conseil municipal au préfet du milieu des années 1920 [...] en fait le chemin de grande communication n°40 remplace la route nationale n°24, puisque la route nationale n°24 est mise à la disposition de l’autorité militaire pendant une grande partie de l’année pour le service exclusif du camp de Cœtquidan, que la circulation automobile est devenue très intense sur le chemin 40, principalement l’été, dans la traversée du village de Beauvais qui comporte 367 habitants, qu’il en résulte une gêne et un danger continuels pour les cultivateurs de ce village. Il émet le vœu que l’autorité supérieure s’occupe de faire élargir le chemin 40 surtout dans la traversée du village de Beauvais, soit une longueur de trois kilomètres environ.
En 1925, les travaux du chemin de grande communication n°40 sont réalisés avec un nouveau procédé, le macadam 1.
La rénovation des routes secondaires
Les travaux de rénovation des routes secondaires donnant notamment accès aux lieudits de la Touche Guérin, de l’Orgeril et des Pinçais, sont réalisés à partir de 1952.
Tous ces bouleversements provoquent parfois quelques altercations entre les habitants et les ouvriers du chantier, notamment lors de la construction de la piste de la Touche Guérin vers Trébotu, à proximité de l’ancien village de Bréhelo et du moulin des Quatre Vents.
Mais, voyant leur parcelle coupée en deux, Marie-Thérèse Hamelin et Yvonne Morand refusent que le bulldozer passe sur leurs terrains respectifs. Elles se positionnent les bras croisés, chacune sur leur parcelle, devant les engins de chantier et le bulldozer a été obligé de faire deux virages au lieu d’aller tout droit.
Nande Colin croyait que la route nouvelle allait passer devant chez elle au Gué Pérou. Elle s’est mise en travers de la route et à demandé à l’ingénieur, “pourquoi ça passe par là, pourquoi qu’elle passe pas tout droit ?”
Finalement, la route est passée tout droit.
Les grands travaux
À la fin des années 1950, le village de Beauvais est encore isolé du bourg de Paimpont et des autres villages. Le relief et le manque d’infrastructures rendent difficile les échanges, les déplacements et les transports.
L’arrivée de l’électricité en 1954 2, et la route nouvelle en 1963 3, atténuent cet isolement.
A partir de 1963, un nouveau tracé est réalisé et un nouveau matériau est utilisé, le bitume.
L’entraide
Les habitants développent, souvent par nécessité, un esprit de coopération, de partage, d’entraide et de solidarité.
Les travaux importants, comme les battages se faisaient en commun avec les autres fermes. Une année, la batterie commençait au lieu-dit Saint Jean, puis à la Touche Guérin et ensuite à la Guette. L’année suivante elle commençait à la Guette, puis à la Touche Guérin pour finir à Saint Jean. Une autre batterie se faisait aux lieux-dits les Pinçais et au Gaubu.
Les foins et parfois les labours se font en commun avec les chevaux ou les vaches attelés.
Lorsque le cochon est abattu, des morceaux de viande, de boudin, de pâté ou de saucisse sont offerts aux voisins.
Lorsque le froment est coupé, on rassemble les gerbes entre elles à terre, on les appelle des javelots et quand on les mets debout par javelots de 12, ça faisait une quintelle.
Dès l’âge de sept ou huit ans, on allait garder les vaches sur les landes. L’été, les plus grands emmenaient les bêtes boire au Val sans Retour et l’hiver à Sainte Apolline ou à Mouille-Croute.
A douze ans, j’allais faire le bûcheron en forêt avec mon père. Les enfants des autres villages faisaient la même chose.
Lorsqu’on revenait de dessus le Camp [de Coëtquidan] avec nos bêtes, on passait par la vallée de l’Aff et à un endroit il y a un rocher surplombant la vallée. Parfois, perché sur le rocher, un chevreuil nous regardait passer. Depuis on appelle ce rocher, le rocher au chevreuil.
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Les fêtes
Après 1945, la population de Beauvais dans sa grande majorité est jeune. Cette jeunesse veut s’amuser et faire la fête.
Les jeunes du Gaubu et d’autres hameaux emmenaient et allaient garder leurs vaches sur le camp militaire de Coëtquidan. A peu près tous les deux jours, le matin un joueur d’accordéon animait un bal improvisé où les jeunes dansaient tout en gardant les vaches sur la lande. Parfois les troupeaux se mélangeaient, là c’était une autre paire de manches.
Mais l’après midi, on se retrouvait avec nos bêtes à l’étang du Châtenay pour les faire boire et le bal recommençait sur la digue où il y avait un ponton, une petite baraque en bois.
Les bals étaient souvent animés par Joseph Duval et Michel Perrin
Les enfants aussi se préparent pour la fête de l’école.
Au mois d’août, la fête du village se déroule à l’école de Beauvais, avec le bal le soir. Les gens dansent dans la cour. Il y a aussi le défilé du char de la Reine. Le char est tiré par le tracteur de Manuel Chotard, un Zétor, de fabrication Soviétique (Tchécoslovaquie).
Dans la remorque décorée avec des fleurs, il y a les prétendantes à être désignées Reine de Beauvais pour une année.
Cette année 1952, la Reine de Beauvais a été Emilienne Morand, les demoiselles d’honneur, Thérèse Rouaut et Henriette Tiénot.
Les courses à vélo
La course du canard à la nage
Il y avait aussi la course à vélo. Le départ était donné sur le Fouissay, direction les Rues Gaspais, Fontaine Léron, Haute Forêt et retour sur le Fouissay. Des points de contrôle étaient positionnés le long du parcours pour vérifier le passage des coureurs. Les contrôleurs étaient appelés les chandelles.
A l’arrivée, les cyclistes plongeaient dans l’étang du Châtenay pour la nage au canard. Il s’agissait de plonger dans l’étang et d’attraper les pattes d’un canard vivant posé sur l’eau.
André Baudas, sportif et très bon nageur comme son père, Auguste, gagnait souvent l’épreuve.
Le cyclo cross
Le départ du cyclo cross débutait sur le Fouissay, puis vers la Station Biologique actuelle, la Cadetterie, direction les Pinçais, longeait les jardins des Rublots, traversait le Clos Macé, ressortait sur l’ancienne route de Beauvais, passait au pied de la carrière, prenait le champ de la Bouillotte, remontait par le champ d’André Baudas jusqu’au Châtenay, retour sur le Fouissay.
L’arrivée se faisait au moulin du Châtenay.
Il fallait deux tours obligatoires et je faisais un plongeon dans l’étang. J’étais bon nageur.
La course à vélo sur route
Les premières courses à vélo ont débuté à partir de l’année 1946.
Le départ se faisait au Châtenay. Il y en avait une de Beauvais à Campénéac, avec des vélos sans dérailleurs à l’époque.
L’autre course partait aussi du Châtenay jusqu’à Paimpont. Il fallait faire le tour du monument aux morts avec un pointage au passage et revenir à Beauvais. On faisait deux allers - retours. Certains plongeaient dans l’étang en arrivant.
Les gagnants étaient souvent Henri Hamon, André Baudas ou René Desnos.
La Baraque
La construction
Au début des années 1950, au village de Beauvais, il n’y a pas de lieu pour se rassembler. Comme il est compliqué de se déplacer et de se rendre aux fêtes dans les autres villages ou communes alentour, quelques habitants décident de construire une salle des fêtes, appelée la Baraque.
Les trois fondateurs étaient, Henri Brignères, Auguste Baudas et Antoine Lemée. Un président d’honneur fut désigné, Mathurin Morand.
Pour construire la baraque, il fallait du bois. On allait faire des coupes de sapin en forêt. Il fallait le débarder avec les chevaux et on emmenait les troncs, en charrette, jusqu’à la fenderie des forges et les troncs étaient sciés en planches à la scierie Gernigon. On retournait quelques semaines plus tard chercher les planches et on commençait le travail.
Les fêtes
Quand la baraque a été construite, on a organisé des fêtes. Il y avait beaucoup d’animations.
- une planche en bois avec un rond noir au centre valant vingt cinq points,
- le palet à ressort avec deux planches l’une sur l’autre, avec des ressorts à sommier entre les deux,
- le palet traditionnel à cinq mètres cinquante du bord de la planche,
- les jeux de quilles,
- un concours de pêche à la ligne,
- le tir à la carabine, pas des carabines à plombs, mais des vrais carabines,
- Le chamboule-tout, un empilement de vieilles boîtes de conserve vides qu’il fallait dégommer avec des balles de chiffon,
- les courses en sacs, dans des sacs à patates,
- La course à la grenouille. Chaque participant place une grenouille dans une brouette. En courant, si la grenouille saute de la brouette, le participant doit s’arrêter, rattraper sa grenouille, la remettre dans la brouette et repartir.
Il y avait tout ça avec galettes saucisses, vin rouge et cidre.
Le soir le bal était animé, à tour de rôle, par Auguste Pongérard, Michel Perrin, un gars de Tréhorenteuc surnommé Saccaro, Hubert Perrin ou Etienne Rouaut.
Guy Bontempelli anime quelques bals avec Hubert Perrin. Les bals ont lieu surtout le dimanche soir en juillet et août. Lorsque les jeunes, partis chercher du travail à Paris, reviennent au village pendant leurs vacances.
Quand j’animais les bals, je jouais de l’accordéon diatonique et de temps en temps, quand il était en vacances chez Marceline à Hucheloup, Guy Bontempelli venait à la Baraque avec sa guitare et on faisait un bon duo. Parfois il jouait avec mon accordéon.
En fin de soirée, les costauds torse nu s’accrochaient aux poutres de la Baraque. Ils faisaient des tractions avec les bras pour impressionner les filles. Alors forcément ça énervait les gars.
Dans les échauffourées l’un disait à l’autre « Attends tu vas avoir à faire à un légionnaire » et pan dans l’œil et il repartait avec un œil au beurre noir.
Depuis 1965, année du début des travaux de construction de la Station Biologique de Paimpont (en arrière-plan sur la photo ci-dessous), jusqu’en 1974, le comité des fêtes a pour président, Gilbert Moinerais, de la Cadetterie. Il est aussi animateur, organisateur et quelques fois, conciliateur, en fin de soirée.
Le bal à Campénéac
Les gars de Beauvais allaient parfois au bal à Campénéac en vélo, pour danser avec les filles. Mais cela ne plaisait pas aux gars de Campénéac et sur le chemin du retour en pleine nuit, par la route de Trécesson.
Les gars de Campénéac tendaient des embuscades. Au moment où ceux de Beauvais mettaient pied à terre dans la côte de Saint Amant, à proximité de la fontaine Sainte Apolline, ils sortaient des fourrés. Là, quelques coups de poings s’échangeaient vigoureusement et fermement.
Le lendemain, certains se retrouvaient à travailler ensemble et se serraient la main sans rancune, jusqu’à la fois suivante.
La fin de la Baraque
Un fil d’alimentation électrique relie la baraque à un poteau électrique. Un jour de travaux sur le Fouissay, un conducteur de tractopelle s’engage sous le fil avec son engin. Malheureusement, le bras articulé de l’engin accroche le fil. Le conducteur ne s’aperçoit de rien.
Il continue son chemin et entraine la baraque dans sa chute inéluctable, vers une mort certaine.
En 1974, avec la fin de la baraque, une page de l’histoire de la clairière de Beauvais se tourne. Tout un pan de la vie sociale disparait.
Toutefois, à partir de 1979, les habitants de Beauvais retrouvent l’esprit de la fête avec l’association des Amis du Moulin du Châtenay.








