1630-1950
Le moulin du Châtenay
Le moulin du Châtenay et son étang appelé, sont attestés depuis 1630. Désaffecté au milieu du 20e siècle, il est restauré à partir de 1974 par l’Université de Rennes I afin d’accueillir les activités de l’Association des Amis du Moulin du Châtenay.
1630 — Première mention
En 1630 le duc de La Trémoille vend à Jacques Polluche de La Motte les fiefs de Beauvais en la paroisse de Paimpont. Le moulin du Châtenay et son étang sont attestés sur l’acte de vente.
Noble homme Jacques Polluche, sieur de La Motte, par contrat du 28 mars 1630, au rapport des dits Regnier et Guillemot, notaires, le lieu et la Maison vulgairement appelée la Contournise [?] en Beauvais située en la paroisse de Paimpont, plus six journaux en bois de haute futaie situés au derrière de la dite maison et un journal et demi au haut de la petite vallée du Gaubu ; plus l’amortissement de sept livres sept sols et six deniers dus par le dit sieur de La Motte ; plus un moulin appelé le moulin de Châtenay, situé en la dite paroisse, avec l’étang, droit de mouture et d’en faire un autre au-dessus du précédent ; plus 100 livres 12 sols de rentes qui étaient dues à la dite châtellenie de Brécilien par les hommes et vassaux d’icelle et les villages de Brehelo, La Touche Guérin, La Guette, des Rues Jehan, du Châtenay, du Gaubu, maisons et terres de Hucheloup, de Pinçais, du Gué au Moine, de L’Orgeril et de Pontblay [?] les dites rentes à raison de trois deniers le sillon selon l’usement de la dite forêt avec le droit de juridiction haute, moyenne et basse sur les hommes d’icelle. Le tout pour le prix de 8794 livres à charges de foi et hommage sans rachat.
1777-1797 — L’affermage du moulin
Les meuniers du Châtenay sont attestés depuis 1777.
1777 — Me Bouteillier
Le 4 mars 1777 le moulin du Châtenay est affermé pour 5 ans à Me Bouteillier
.
[Me. Bouteillier] et les preneurs avec leur caution s’engagent à verser dans trois ans la somme de 672 livres et un sol qu’ils doivent en raison de cette ferme. Ils rappellent le petit matériel reçu à leur entrée, dont un "demé mesure de Plormel" et "des pois de deux cents quatre livres, de deux pois de balance garnie de fer et de corde".
1782 — Mathurin Jalu et Marie Rouaud
Le 2 mai 1782 le moulin du Châtenay est affermé pour six ans par François Anibal de Farcy à Mathurin Jalu et Marie Rouaud.
Acte de ferme des moulins à eau et à vent de la seigneurie de Beauvais pour le temps et espace de six années commençant le 8 avril 1782 passé entre Messire Louis Ange François Anibal de Farcy de St. Laurent, conseiller au parlement de Bretagne et Dame Julienne Marie Roze Hervagault, son épouse, seigneur de Beauvais, Augan, Beaurpair et autres lieux, demeurant à présent dans leur château de Beaurpaire, paroisse d’Augan, d’une part, et Mathurin Jalu et Marie Rouaud, assistés et cautionnés par Joseph Rouaud et Marguerite Tardif, Mathurin Rouaud et Marie Besnard, tous du bourg de Tréhorenteuc, Gabriel Rolland et Anne Rouaud, à Beauvais, "avec les moutaux et etagers sujets à suivre les dix traits desdits moulins ten du dit vilage que de parties de celui du Cannée, pour lesdits preneurs en avoir les droits de moute au terme de la coutume, arrest et reglement", à charge de verser chaque année "six cent livres en quatre termes egaux, scavoir cent cinquante livre le huitiesmes jour du mois de juillet prochain et continuants de trois mois en trois mois... les preneurs ne pourons exiger ver les abitins [sic] du Cannée sujets des dits moulins que la mouture des grains qu’ils pouront y conduire, se reservant ledit seigneur et damme baileurs à ce faire payer par argent ou à leur profit les moutures de ceux qui ne suiveronts pas les dits moulins ; reconnaissent les dits preneurs que les dits moulins sont en bon et due etat de reparations...". Ce contrat est la suite de celui du 4 mars 1777 (Me. Bouteillier) [...] Les bailleurs signent, ainsi que les deux Joseph Ruellant et autres requis des preneurs.
1797 — Jean Launay et Anne Briand
Le 27 mars 1797, le moulin est affermé pour six ans à Jean Launay et sa femme Anne Briand.
Après les bannies faites au Gué, comme régisseur de la terre de Beauvais possédée par les enfants mineurs Farcy Saint Laurent, le Citoyen Mathurin Leluet, juge de paix du canton de Campénéac, le bail pour six années du moulin à eau (avec la maison en-dessous et le pré en-dessous de la maison et en partie en labeur) et du moulin à vent de Beauvais est donné à Jean Launay et Anne Briand, seuls enchérisseurs avec une enchère de 500 livres par an. Il signe.
Le 2 septembre de la même année a lieu le procès verbal du moulin à la requête de Jean Launay et d’Anne Briand, en présence de François Jouanno, meunier à Mauron, et de Jean Huguet, charpentier du Fil en Campénéac.
"[...] visite faitte des deux meulles, celle de dessus neuves et celle de dessous veille et presque usée... lesdits experts nous ont fait voir et avons vu que la cotiere du coté de la roue est crevée en dehors et en dedans, et etansonnée ; qu’il est necessaire quelle soit relevée à neuf avant d’y placer une roue... visite faitte de la fenaitre ouvrant à deux vanteaux avec trois grilles en fer, veille mais en etat de servir. Visite faitte du lambris en triasses de bourdaine, en etat et passable. Visite faitte du plancher superieur, en bon etat, lesdits experts nous ont fait voir et avons vu qu’il n’y a point de plancher sur l’ecurie... que le pignon au midy a quitté le faitre et menace de tomber, qu’il est urgent de la faire ramener... du petit jardin au midy de laditte maison, vieux et caduques, qu’il est necessaire de les reparer... du tallu ou vieux mur du pré au dessous du moulin garny d’epines vives...
1802 — Julien Forêt
Le 16 septembre 1802, le moulin est affermé par Jean Baptiste Lagrée et Perrine Foulon à Julien Forêt.
Jean Baptiste Lagrée et Perrine Foulon afferme « au petit renable » (fourniture des fuseaux, alçons, tourrillons, toilles et verrons) pour six années commençant le 22 germinal prochain et pour 500 francs par an en deux termes, à Julien Forêt, demeurant au bourg de Paimpont, « deux moulins, l’un à eau et l’autre à vent, une maison joignant le moulin à eau et un pré au dessous ledit moulin dont partie en labour ». « ... fera les reparations des petits ponts situés sous le moulin à eau ; curera tous les ans sous la roue ; s’oblige de ne prendre la mouture qu’au vingtieme sur le grain des bailleurs ; il leur donnera chaque année douze oies et douzes cannes » estimées quinze francs pour les droits, Joseph Pierre, meunier au bourg, se portant caution du preneur. Ils signent.
Le 12 avril 1803, Julien Forêt, demeurant au bourg, requiert la rédaction d’un procès-verbal pour l’affermage de ses deux moulins, l’un à eau et l’autre à vent, vulgairement appellés les Moulins de Beauvais, à condition de faire les reparations connues sous la denomination de petit renable et de rendre le tout à la sortie tel qu’il le trouvera à son entrée », avec Louis Hervo et François Jouanno (Concoret) comme experts.
La porte d’entrée du moulin est vieille, mais elle peut encore servir ; elle est garnie d’une serrure de fer et de sa clef, le levier de levée avec chevil et coin. Les deux jumelles, les palles et poutre qui supportent le trepan sont en bon etat. Les trepans supportans les meules, les quatre pièces d’etringues de la meule de dessous sont en bon etat. Les quatre pièces de cuvage sont vieilles, mais elles peuvent encore servir. La courveture des meules composée de neuf pièces est bonne. La tremée supportée par deux sommiers, un neuf et un vieux, accompagnée du traquet et d’une bonne courroie, est en etat de servir ainsi que l’augé. La meule de dessous est presque usée, mais celle de dessus est neuve et bien en etat de servir, excepté qu’elle n’est pas comblée en platre. Le marbre avec sa charge garni de ses tourrillons et frettes, le rouet et la roue normande [dormante ?] sont neufs. La fusée est neuve. La croix, fer, la chaudiere et le tasset sont en bon etat ainsi que le plumat ? qui supporte le tour du marbre. Le tour à lever la meule avec sa filloche est en bon etat, mais le cable est de nulle valeur. Le coffre à blaterie est vieux, mais en etat de servir. Le plancher avoisinnant la porte donnant sur la chaussée est bon, mais il manque deux degrés à l’escalier. Cette porte est sans serrure et très vieille. Les platteaux des balances sans balancier sont garnis de vieilles cordes, de onze poids de fonte marqués. La couverture en ardoise est en bon etat de reparations locatives.
1816 — L’affaire Julien Forêt
Julien Forêt, meunier au Châtenay est trouvé mort le 29 avril 1816 dans l’étang, à proximité de la chaussée. L’autopsie indique qu’il est mort par submersion sans aucune trace de violence. — TIGIER, Hervé, « Affaire Julien Forêt : Avril 1816 - Décembre 1816 », in Paimpont en 1820, les Paimpontais de Beauvais ,Folle-Pensée, Le Perthuis Neanti, Paimpont, auto-édition, 2022, (« Les terroirs de Paimpont »), p. 777-792, Voir en ligne. —
Le tribunal de Montfort requiert contre Jacques Ruellan de Paimpont prévenu d’assassinat contre le meunier. Trente-et-un témoins sont interrogés entre avril et novembre 1816.
L’audience de la Cour d’assises du mardi 3 décembre 1816 conclut à l’innocence des prévenus.
Nous déclarons Jean Baptiste Houssay, Mathurin Chevalier, Jean Marie Joubinaux, Pierre Daugan acquités de l’accusation portée contre eux ; ordonnons qu’ils soient sur le champ mis en liberté, si pour autre cause, ils ne sont détenus.
Le 25 octobre 1816, est réalisé l’inventaire des meubles de la communauté de feue Julien Forêt et d’Anne Ruellan, prisés par Mathurin Ruellan (signant), choisi par Louis Forêt, subrogé-tuteur des enfants dont elle est tutrice, 273,45 francs ; elle "debitrice de deux [cent] cinquante francs aux proprietaires des moulins de Beauvais.
— 4E 10701 in Tigier Hervé (Beauvais 2022) op. cit. p. 120 —
1820 — Pierre Launay et Anne Ruellan
Le 27 mars 1820, le moulin est affermé à Pierre Launay et Anne Ruellan.
Bail des moulins de Beauvais, "fait et passé au chateau de Beauvais" : Monsieur Léonard Drouet de Mongermon, à son château des Gravelles, Saint Méen, Mr. Joachim Juliot du Plessix, à Saint Onen, louent pour Monsieur Joseph de Boishamon, leur copropriétaire, pendant six années et pour 400 francs par an, versés à deux termes, à Pierre Launay et Anne Ruellan : "les deux moulins à eau et à vent... une maison au joignant dudit moulin à eau et un pré au dessous, dont une partie en labour, tout quoi lesdits preneurs ont dit bien connaitre par en avoir joui suivant bail" du 20 mars 1810, enregistré à Ploërmel ... fourniront et feront placer, à leurs frais... les meules et tous les matériaux nécessaires à leurs mouvements, à l’exception du bois..." ; hypothéquant les Massonneries, 48,60 ares dans la Tenue de bas, le pré Neuf, 72,90 ares .
Le 18 avril 1820, a lieu le procès-verbal du moulin en présence du fermier et des bailleurs présents le 27 mars, fait par Joseph Piedevache, meunier au moulin du Tort à Plumaugat, et Julien Lefort, meunier au moulin de Rohuan en Campénéac.
1° La porte d’entrée, roullant sur bourdonnier et gond en bois, formée de planches jointes à rénures et languettes, garnie de clef et serrure en fer, est de nulle valeur. La façon d’une neuve a été estimée une somme de quatre francs.
2° la corde de filoche, son rouet et ustenciles : 30 francs.
3° le cable à lever la meule : 6 francs.
4° le marbre, avec toute sa charge : 150 francs.
5° les deux jumelles, le parlier et les deux broies : 12 francs.
6° les deux poutres qui supportent les meules : 15 francs.
7° les trépans qui supportent les meules : 12 francs.
8° la couverture des meules avec les sommiers, l’augette et la trémée : 12 francs.
9° les cuvages : 6 francs.
10° les quatre pièces d’enchevreture : 5 francs.
11° les deux meules : 150 francs.
12° le grand fer, la croix et la chaudière : 40 francs.
13° la fusée avec ses deux cercles : 6
14° Il a été reconnu que la blutoire appartenait au meunier.
15° une maie à farine : 3 francs.
16° une huge : 100 francs.
17° l’escalier montant à la chaussée : 25 francs.
18° Il a été reconnu que la balancier, en bois, avec sa ferrure, appartenait au fermier.
19° les deux plateaux des balances, en bois, et les cordages sont de nulle valeur.
20° d’anciens poids en fonte pesant deux cent six livres : 5,15 francs.
21° la porte donnant sur la chaussée, roullant sur bourdonnier et gond en bois, formée de planches à bois de bout, jointes à rénure et languettes, avec deux barres chevillées : 4 francs.
585,15 francs.
1821-1823 — Pierre Launay
Au recensement de 1821, Pierre Launay est mentionné en tant que meunier au Châtenay.
Sur le cadastre de 1823, Louis de Farcy est propriétaire du moulin et de l’étang du Châtenay.
1938 — François et Armand Rialet
En 1938, François et Armand Rialet cessent l’exploitation du Moulin de la Vallée dans le Val sans Retour pour s’installer au moulin du Châtenay en Beauvais. A cette occasion, ils transfèrent la meule du moulin de la Vallée à celui du Châtenay. — ANONYME, « Rappel historique : il était une fois.. un moulin dans la vallée », Bulletin de l’Association de Sauvegarde du Val sans Retour et de Brocéliande, 2015, (« Avril 2015 »), Voir en ligne. —
Cartes postales anciennes du moulin et de l’étang du Châtenay
Une dizaine de cartes postales du moulin et de l’étang du Châtenay, également appelé étang de Beauvais, ont été publiées au début du 20e siècle par l’éditeur rennais Edmond Mary-Rousselière (1874-1929) et son successeur Alexandre Pierre Lamiré (1890-1955) 1.
Cartes n°269, 297, 299
Cartes n°4671 à 4675
Autres cartes postales
D’autres éditeurs ont publié des cartes postales du moulin du Châtenay et de son étang.
1979 — La fondation de l’association des Amis du Moulin du Châtenay
Dès 1957, l’Université de Rennes prend contact avec la commune de Paimpont, en vue de l’implantation d’un laboratoire sur le site de « Beauvais », à 45 km à l’ouest de Rennes. La vente est conclue le 28 février 1959, pour une superficie de 5,77 ha.
Le moulin et l’étang du Châtenay, inclus dans cette vente deviennent alors propriété du Rectorat de Rennes. Néanmoins, c’est l’Université de Rennes 1 2 qui, depuis 1972, a la charge de son entretien 3. À partir de 1974, le moulin est restauré à l’initiative de Paul Tréhen, directeur de la Station Biologique de Paimpont et de Pierre Constant.
À partir de 1977, la Station Biologique de Paimpont envisage la création d’un centre de médiation scientifique attenant à la Station. L’ancien moulin du Châtenay, situé en contrebas de celle-ci est choisi pour l’accueillir.
En 1978, Paul Tréhen et Pierre Constant appellent à la création d’une structure qui pourrait prendre en charge la diffusion locale de la culture scientifique. Cette démarche aboutit à la naissance de l’association des Amis du Moulin du Châtenay qui s’intitule également Centre Régional d’Initiation et d’Information à l’Écologie (CRIIE).
L’association des Amis du Moulin du Châtenay est fondée en septembre 1979 4 . Son but est de constituer un lien entre la Station Biologique et les habitants de la région, afin que les recherches scientifiques menées puissent permettre la renaissance, le maintien et le développement de l’activité culturelle de la région, le tout en harmonie avec son milieu naturel.
— AMIS DU MOULIN DU CHÂTENAY, « Statuts de l’association des Amis du Moulin du Châtenay », 1979, Voir en ligne. —






