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832-924

Un monastère de refuge à Maxent

La commune de Maxent est née d’un monastère de refuge offert aux moines de Redon. Salomon, qui gouverne la Bretagne au 9e siècle, est allé au-delà de l’attente des moines en édifiant une abbaye à sa gloire et en détournant leurs prières à son profit. Au 12e siècle, et sans doute bien avant, Maxent n’est plus qu’une simple obédience tenue en fief par l’abbaye de Redon. Le prieuré et une grande partie de son territoire appartiennent aux moines jusqu’à la Révolution.

832 — Une abbaye carolingienne à Redon

Le monastère de Redon est fondé en 832, au confluent de l’Oust et de la Vilaine, à l’initiative de Conwoion, un clerc aristocrate originaire de Comblessac (Ille-et-Vilaine). Nominoé administre la Bretagne au nom de Louis le Pieux dont il est le délégué (missus) depuis un an. Il soutient la création de l’abbaye mais l’empereur refuse de reconnaître le monastère pendant qu’il doit faire face à la sédition de ses fils.

L’abbaye Saint-Sauveur de Redon. Cours de la Vilaine de Redon à Rennes en vue cavalière (1543)

Il est peu commun de connaître avec une telle précision le jour, le lieu et les circonstances de la fondation d’une abbaye. La première charte du cartulaire de Redon est exemplaire.

Que soit connu de tous ceux qui entendent comment Conwoion est venu auprès du tiern Ratvili, assis près d’une source au lieu-dit Le Faux, lui demandant la donation d’un domaine propre à assurer le service divin, ce qu’il fit ; c’est-à-dire qu’il lui donna le domaine appelé Redon, qu’il demandait, en aumône pour son âme et pour obtenir héritage dans le royaume de Dieu. Ce fut fait le cinquième jour de la férie, en présence et du consentement de son fils Catworet. Ensuite Conwoion s’installa dans ce domaine appelé Redon avec d’autres frères, au nombre de six, qui renonçaient au monde. Puis le dit Ratvili vint dans ce domaine pour visiter les frères qui y priaient Dieu et leur confirma le dit domaine comme aumône de sa part et de celle de l’empereur et pour l’héritage éternel... Ceci fut fait le 4e jour de la férie du mois de juin, dans la dix-neuvième année du règne impérial de Louis [5 juin 832].

CHÉDEVILLE, André, GUILLOTEL, Hubert et TANGUY, Bernard, Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, Rennes, Association des Amis des Archives Historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, 1998, 472 p. vol. 1, CR 1, f°1, p. 21

Un début difficile

Ratvili est un machtiern, un gouverneur laïc qui a juridiction dans sa paroisse sur le domaine public. À ce titre, il confirme la donation du domaine en aumône de la part de l’empereur carolingien alors que celui-ci ne s’est pas encore prononcé. Les deux visites de Conwoion auprès de Louis le Pieux, en 832, sont infructueuses, l’empereur n’accepte même pas de recevoir le moine à sa deuxième tentative. —  BRETT, Caroline, The Monks of Redon. Gesta Sanctorum Rotonensium and Vita Conuuoionis, The Boydell Press, 1989. —

Le moment de la fondation coïncida avec la crise du règne de Louis le Pieux pendant laquelle ses fils aînés se révoltèrent, soutenus par une fraction de la noblesse. […] Nominoé fut nommé comte de Vannes et missus imperatoris in Britannia en 831. En conséquence, les moines recherchèrent sa faveur mais sa loyauté envers l’empereur n’était pas encore assurée et c’est peut-être pour cela que Louis se refusa d’abord à reconnaître la fondation.

BRETT, Caroline, « Redon, abbaye carolingienne », in Histoire de Redon, de l’abbaye à la ville, Presses Universitaire de Rennes, 2015, p. 57-58.

La nouvelle communauté adopte rapidement la règle bénédictine et Conwoion devient son premier abbé. — Charte du 9 février 833, Cartulaire de Redon 7, f°4r-v. — Il fait aussitôt dédier l’église au saint Sauveur, et non à un saint breton comme il est d’usage en Armorique, signifiant que l’abbaye se tournait vers la Francie carolingienne. Louis le Pieux avait une dévotion particulière pour le Sauveur, il en a promu le culte pendant tout son règne. Le culte du Sauveur est ici clairement relié à la fonction impériale. —  LE MAITRE, Philippe, « Image du Christ, image de l’empereur. L’exemple du culte du Saint Sauveur sous Louis le Pieux », Revue d’histoire de l’Église de France, Vol. 68 / 181, 1982, p. 207-208. —

En juin 834, Nominoé met à profit sa première donation au monastère, le territoire de Ros sur la paroisse de Bains-sur-Oust, pour adresser à son roi un plaidoyer convaincant. Il rappelle à Louis son serment de fidélité, annonce que les moines suivent désormais la règle de saint Benoît imposée dans tout le royaume, et que sa donation aux moines vient en aumône pour qu’ils lui adressent leurs prières, particulièrement bienvenues en cette période. — CR 2. f°1r-v —

  •  Considérant les griefs et les tribulations que subit notre seigneur l’empereur Louis… (considerans querelam ac tribulationem quam habet domnus noster imperator Lodouicus) ;
  • par cette lettre de donation, je veux qu’il soit fait un don à perpétuité pour ces moines qui habitent et suivent la règle de saint Benoît dans le monastère qu’on appelle Redon… (per hanc epistolam donationis donatumque in perpetuum volo esse ad illos monachos habitantes et regulam sancti Benedicti tenentes, in monasterio quod vocatur Roton) ;
  • en aumône pour le seigneur empereur, afin que le Seigneur, par leurs prières, daigne lui venir en aide… (in elemosina domni imperatoris, ut eum Dominus, per orationes eorum, adjuvare dignetur).

Louis le Pieux se prononce finalement en faveur de l’abbaye, le 27 novembre 834 : ému (permoti) par les prières [de l’abbé] et en même temps éclairé par les sollicitations et l’intervention de notre fidèle Nominoé, il remet au monastère et aux moines la paroisse de Bains, où est construit le monastère, et le domaine de Langon. Ainsi libérés de l’indigence, les moines de Redon devront se consacrer sans cesse à des prières en faveur de l’empereur, de sa femme et de sa famille, et pour la paix et la stabilité (pax ac stabilitas) de tout l’empire dont Dieu lui a donné la charge. —  GUILLOTEL, Hubert, CHÉDEVILLE, André et TANGUY, Bernard, Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, Rennes, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, Vol. 2, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, 2002. 2 vol. [page 15 n°39] —
—  COURSON, Aurélien de, Cartulaire de l’abbaye de Redon en Bretagne [832-1124], Paris, Imprimerie impériale, 1863, Voir en ligne. Appendix n° VI, p. 356 —

Le monastère prospère rapidement, et comme toute abbaye digne de ce nom, doit détenir quelque relique de bonne réputation qui puisse intercéder pour eux auprès du Seigneur Jésus Christ. C’est ainsi qu’un petit commando de moines parvient à subtiliser à Angers le corps de l’évêque saint Apothème. Un peu plus tard, lors d’un séjour à Rome missionné par Nominoé, l’abbé Conwoion reçoit du pape le corps de saint Marcellin, pape et martyr, dans la décennie 840. —  BRETT, Caroline, The Monks of Redon. Gesta Sanctorum Rotonensium and Vita Conuuoionis, The Boydell Press, 1989. [pages 171-183] —

Le 3 août 850, l’abbaye reçoit de Charles le Chauve, successeur de Louis le Pieux, une concession d’immunité et l’assurance de sa protection sur un territoire comprenant les cinq vici 1 de Bains, Renac, Langon, Brain (La Chapelle-de-Brain) et Arzon, avec leurs églises, ainsi que la liberté de l’élection abbatiale. Pour l’abbaye, c’est l’assurance d’une autonomie financière, exemptée de tous droits du fisc, à l’abri de l’ingérance des évêques. — Chédeville, André et al., Cartulaire, op. cit., vol. 2, p. 16, n° 41 —
— Courson, Aurélien, Cartulaire, op. cit., Appendix XXVIII, p. 363-365. —

Sont ainsi posées les bases de la seigneurie redonnaise : l’abbé a le pouvoir d’y lever les tonlieux, les taxes sur les transactions et des redevances sur les hommes. 

BACHELIER, Julien, « Une ville abbatiale bretonne Redon du IXe au XIVe siècle », Histoire Urbaine, Vol. 1 / 48, 2017, p. 133-154. [page 147]

L’abbé Conwoion est parvenu à ses fins, mais l’embellie sera de courte durée, un mauvais vent souffle sur le monastère.

La menace Viking

En 854, sous le règne d’Erispoé, fils de Nominoé, les Scandinaves venant de la Loire entrent dans la Vilaine avec cent trois bateaux et se positionnent à trois kilomètres environ de l’abbaye, jusqu’alors épargnée par les raids normands.

Donc à cette époque les barbares montèrent dans leurs bateaux ; sortis du fleuve de Loire, ils naviguèrent sur la grande mer et entrèrent dans la rivière de Vilaine avec cent trois navires. Ils occupèrent la rive du fleuve et établirent des fortins jusqu’à deux milles du saint monastère de Redon 2.

CASSARD, Jean-Christophe, Les Bretons de Nominoë, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002, (« Histoire »). [page 64]

Répondant à la prière des moines, à en croire les Gestes des saints de Redon (GSR), les vents, la mer, la foudre se déchaînent contre les Vikings. Ceux-ci, prétendument frappés d’effroi, auraient fait appel à la miséricorde de Dieu et comblé les moines de richesses au lieu de piller le monastère. Le miracle qui sauva Redon dissimule sans doute le paiement d’une danegeld (tribut payé aux Danois). —  TONNERRE, Noël-Yves, Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale (Nantais et Vannetais) de la fin du VIIIe à la fin de XIIe siècle, Presses de l’Université d’Angers, 1994. [page 271] —

En 857, Salomon succède à Erispoé. Son gendre Pascweten tombe entre les mains des Normands. Les moines participent à sa libération en offrant un calice et une patène en or. En retour, Pascweten leur cède une saline et une villa en Guérande, le 8 juillet. — Cartulaire 26, f° 51v-52 —

Dès lors rien ne presse tant les moines que se mettre à distance des Normands. Dès 858, ils trouvent un lieu de refuge suffisamment éloigné de la Vilaine pour rester hors d’atteinte des hommes du nord. L’emplacement choisi est boisé (silva), près d’un cours d’eau (Carnum), desservi par une route (via).

Le choix d’un site suppose aussi une occupation humaine antérieure. — Bachelier, Julien (2017) op. cit. p. 137 —

Les moines s’appuient sur les hameaux alentours, les fermes et leurs tenanciers qui leur sont offerts en aumône. Ils vont rapidement obtenir des terres pour préparer leur installation.

858 – Les moines en quête d’un refuge

Une notation marginale dans le cartulaire (f°56) indique brontro silva sup charnun, c’est-à-dire Le bois de Brontro au-dessus du Canut. Il n’est pas précisé qu’il s’agit de Maxent en Plélan-le-Grand. Plélan désigne le bourg et l’ensemble de la paroisse primitive éponyme (Plebs Lan). Le repérage pourrait correspondre à l’emplacement du Bois de Maxent, bordé par le Canut, ouvert sur une champagne, jusqu’à l’actuelle entrée du bourg. Le toponyme « le Guilly » indique que l’autre versant du Canut était également boisé.

L’environnement du bourg de Maxent
Extrait carte IGN

Sur ce même folio 56, trois chartes témoignent de la volonté de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon de se constituer un territoire uni en zone forestière. Le 18 février 858 les moines acquièrent un premier tiers de Brontro, depuis le bois jusqu’au Canut (a silva usque carnum), — CR 38, f° 56v —, le 20 février, un deuxième tiers — CR 39, f° 56v —, le 22 avril, le sixième de Brontro (— CR 51, f° 56v — et dans le même temps le douzième de Brontro. Soit les 11/12e de cet ensemble continu.

Il y avait déjà à cet endroit un établissement monastique, y résidaient quelques anachorètes, solitaires plutôt que membres d’une communauté bien établie. —  GUIGON, Philippe et LE BOULANGER, Françoise, « Maxent médiéval (IXe-XIVe siècle) : l’ancienne église paroissiale et le manoir de Bernohen », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine, 2021, p. 67. [page 68] — La Bretagne connaissait un émiettement de petits monastères ou ermitages, Redon en absorbera quelques uns.

Comme le notifie la charte du 20 février — CR 39, f°56v —, Tanethic a vendu aux moines de Redon, en alleu et sans charges, un tiers de la part de Brontro depuis le bois jusqu’au Canut « sans cens, sans tribut à aucun homme sous le ciel, sinon aux moines isolés (solis monachis) qui servent Dieu ici dans le monastère. Tous les actes sont signés sur cette même terre.

862 – L’installation des moines en Plélan

La première attestation de l’installation des moines en Plélan date du 17 juin 862. — CR 85, f°69 — Salomon étant malade à Lispenfau (en Avessac, Loire-Atlantique ?), Pascweten au chevet de son beau-père offre aux moines, pour sa guérison, le domaine de Bene (Pennée, Maxent), au lieu-dit Ran Caruuan, avec ses deux tenanciers. Son aumône s’adresse aux moines de Saint-Sauveur en Plélan (Sancto Salvatori in Ploelan).

Dans une période comprise entre 858 et 867, une charte — CR 82, f°68v — atteste que le territoire de Brontro se situe bien à Maxent en Plélan puisqu’il est précisé que Sounin, Tanethic et Pascuuoret donnèrent, comme terre monastique perpétuelle, la totalité de leur part dans cette champagne nommée Brontro, qui est située près de Scriou où est maintenant le monastère Saint-Sauveur ainsi que les moines de Redon (Brontro qui est situs juxta Scriou nunc locum Sancti Salvatoris et monachorum rotonensium). 3

En effet, le 6 mars 863 — CR 78, f°67v- 68 —, Salomon, rétabli de sa maladie, offre Scriou en Plélan (Schiriou in Plebelann) aux moines de Redon, ainsi que les revenus des Randremes Lanleuthei et le tigran Lis-Jarnuuocon. L’acte est dressé dans l’aula de Liscolroet (Le Courrouet, en Mernel). À cette date, le princeps (prince) de Bretagne a finalement répondu aux demandes répétées de l’abbé Conwoion. Le nom maxent, écrit en rouge, a été ajouté ultérieurement dans la marge des folios 67 et 68.

Dès lors, aristocrates et propriétaires fonciers œuvrent au développement de l’abbaye Saint-Sauveur en lui assurant des biens et des revenus. Le 15 mars 863 — CR 79, f°68r —, le machtiern Deurhoiarn et son fils Jarnuuocon donnèrent, en Plélan, Penuuernet, Crankendic et le tigran Lis à Saint-Sauveur de Redon et les moines qui y servent Dieu, avec les manses et ceux qui y résident, les bois, les prés, les pâtures, les eaux et les eaux courantes, les biens meubles et immeubles, avec toutes leurs dépendances, totalement et intégralement. L’acte a été fait dans un lieu appelé Bessonn, non identifié.

Le surlendemain — CR 80, f°68r-v —, plusieurs possédants offrent aux moines de Redon, en aumône pour leur âme et celle de leurs parents, ce champ qui est situé près de Scriou, depuis le bois jusqu’à la rivière et de la rivière à la route (illum campum qui est situs juxta Scriou de silva usque ad rivum et a rivo ad viam), et ce même jour, un terrain valant deux sous d’argent, depuis la route qui conduit au bois et du bois jusqu’au point de franchissement de la rivière (a via quae ducit ad silvam et a silva usque ad portum4.

Progressivement, l’assise territoriale d’un établissement de refuge est constituée, permettant de quitter Redon, trop exposé aux incursions scandinaves. Dès avant le 13 juillet 866 des bâtiments conventuels existaient dans la paroisse de Plélan, à Maxent.

Chédeville, André, et al., Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, op. cit., vol. 1, p. 22

Le 13 juillet 866 — CR 49, f°59v-60 —, Salomon donne aux moines une virgada (villa, domaine agricole) qu’on appelle Raninslouuen, avec tous les biens de production, pendant la maladie de son épouse Wembrit. Et après que Wembrit fut morte, Salomon vint au monastère Saint-Sauveur en Plélan (ad monasterium Sancti Salvatoris in Plebelan) et y donna la villa qu’on appelle Cumbut et Ran Iarnetlam, ainsi que la villa Pirisac (Périsac), avec tous les biens des domaines. 

La charte est signée au monastère même, tous les domaines sont en Maxent ou alentour. Au 16e siècle, un moine a porté une annotation à l’encre jaune dans la marge : Je croy que cecy est Maczent qui est pres Plelan et fut depuix appellé Masent, pour ce que St Maxent y fut enterré. — Courson, Aurélien (1863), op. cit., p. 40 —.

La communauté religieuse s’est installée à Maxent, mais Redon n’a pas été déserté pour autant. Bien des actes s’y traitent encore.

Les possessions foncières de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon
—  BACHELIER, Julien, « Une ville abbatiale bretonne Redon du IXe au XIVe siècle », Histoire Urbaine, Vol. 1 / 48, 2017, p. 133-154.
[page 149] —

866 – Le monastère nourrit les ambitions du prince

Salomon est un homme de guerre, il conduit une armée puissante, son autorité est incontestée. Disposant maintenant du monastère redonnais à sa main, déjà riche et réputé, l’abbaye lui permet de majorer son prestige pour parfaire son image au-delà de la Bretagne. Le choix des mots et des formules dans les actes religieux révèle son ambition d’être pleinement reconnu comme roi de Bretagne par l’autorité carolingienne.

Le 12 août 866 — CR 52, f°60v-61 —, Salomon produit une charte introduite par un long préambule utilisant les formulaires types de Tours (Formulae Turonenses). Le texte commence par la formule habituelle La fin du monde est proche, avec une citation de Saint Luc (11-41) 5.

Comme le choix de la règle bénédictine pour encadrer les activités de la communauté, le recours à ces préambules utilisés pour dresser certaines des donations faites à Saint-Martin de Tours prouve que l’abbaye de Redon choisissait de vivre à l’exemple des grands sanctuaires de l’Empire carolingien.

Chédeville, André et al. (1998) op. cit. vol. 1, p. 17

En juin 834, Nominoé utilise les préambules de Tours pour acter l’adoption de la règle de saint Benoît, imposée dans l’empire. Les moines de Redon adressent désormais leurs prières à Louis le Pieux pour la stabilité de son royaume. — CR 2, f°1r-v — De même, Erispoé, qui n’a pas encore reçu les insignes de la royauté en 851, emprunte ce formulaire en succédant à son père. —  BRUNTERC’H, Jean-Pierre et TANGUY, Bernard, « Edition critique d’un acte d’Erispoé », in Hubert Guillotel, André Chédeville. Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, Rennes, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, Vol. 2, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, 2002. 2 vol. [page 33] —

Le 12 août 866, sous la plume des moines, Salomon reprend le préambule pour annoncer son aumône pour le repos de son épouse Wembrit dans le monastère Saint-Sauveur en Plélan (in monasterio Sancti Salvatoris in Plebelan).

La fin du monde est proche, les ruines se multiplient ; déjà d’indéniables présages se manifestent. C’est pourquoi, moi Salomon, au nom de Dieu, considérant le poids de mes péchés et me rappelant la bonté de Dieu, qui dit : « Donnez ce que vous avez en aumône et toutes choses pour vous deviendront pures », j’ai la ferme espérance et ne doute pas qu’en destinant une partie de mes biens aux demeures des saints ou à l’entretien des pauvres, cela me sera compté pour la béatitude éternelle. Moi, Salomon, assurément confiant en la bonté et la miséricorde si grandes du Seigneur, par cette lettre de donation, je veux qu’il soit fait un don à perpétuité dans le monastère Saint-Sauveur en Plélan où est enterré le corps de mon épouse Wembrit, et où l’abbé Conwoion et les moines de Redon honorant Dieu suivent la règle de saint Benoît ; voici ce que j’ai fait, je leur ai donné Macoer, qui est autrement appelé Valium Medon, situé dans le pays de Redon, dans la paroisse qu’on appelle Coms (Bourg-des-Comptes), dont un côté donne sur le fleuve appelé La Vilaine, et un autre côté sur la rivière qu’on appelle le Semnon, avec les manses et ceux qui y résident, les bois, les prés, les pâtures, les eaux et les eaux courantes, les biens meubles et immeubles, les terres cultes et incultes, le grain récolté ou à produire, ainsi je leur remets et leur transfère totalement et entièrement, en aumône pour mon âme et pour l’âme de Wembrit, afin que les moines de Redon puissent faire tout ce qu’ils voudront pour le bien du monastère.

CR 52, f°60v-6

Conwoion meurt le 5 janvier 868, il est inhumé dans l’église de Maxent près de Wembrit. — CR 241, f°118-120 — Fondateur de l’abbaye, abbé depuis 833 quand les moines ont adopté la règle bénédictine, il se démet de sa fonction un an avant sa mort et l’abbé Ritcand lui succède. — CR 96, f°72r-v —

Une notice caractérise l’activité lucrative que l’abbaye exerce sur son territoire d’influence. Il s’agit d’une concession en bénéfice conclue avec le connétable (préposé à la cavalerie) de Salomon à Bronsiwan. L’acte dressé le 18 juin 868 dans le monastère Saint-Sauveur en Plélan est commenté dans l’édition du Cartulaire de Redon.

Notice [en présence] de qui l’abbé Ritcand et ses moines ont donné en bénéfice à Winic, connétable de Salomon, aussi longtemps qu’ils le voudront, un petit domaine à Plélan dans le village de Bronsiwan, et le susdit Winic a donné aux moines deux fidéjusseurs, Catworet et Haelhowen [pour garantir] le cens du susdit domaine, c’est-à-dire deux deniers et quatre pains tous les ans et [pour garantir] sa fidélité. [...]

CR 223, f°111v-112

 

La notice est intéressante parce qu’elle annonce la mise en place de la féodalité qui transformera la société. À terme, lorsque les moines regagnent définitivement Redon, Maxent simple prieuré n’est plus qu’un fief soumis au droit féodal de l’abbaye mère.

Le prix de la terre est très variable, preuve que, plus que la loi de l’offre et de la demande, c’est celle de la nécessité qui règne. Nous assistons aussi à un phénomène plus complexe. D’un côté, les puissants cherchent à accroître leur clientèle en accordant à certains des biens sous forme de « bénéfice » ou de « précaire » ; ainsi, en 868, l’abbé Ritcand confie au connétable de Salomon un petit domaine à Plélan contre un cens annuel de deux deniers et de quatre pains et en échange de sa « fidélité ». D’un autre côté, cherchant protection, d’autres viennent confier leurs biens à l’abbé qui leur en laisse l’usufruit en échange de redevances. [...] Cette double évolution va conduire à la fois à la féodalité dans le premier cas et au renforcement de la seigneurie dans le second.

Chédeville, André et al. (1998) op. cit. vol. 1, p. 43

868 – Le roi dédicace son abbaye

La couronne et la pourpre

Lors de l’assemblée générale à Pîtres (Eure), en août 868, Salomon reçoit le titre de roi subordonné. Charles le Chauve lui offre la couronne et la pourpre en échange de la protection des frontières face aux Normands.

Le roi lui envoya d’abord son chambrier Engilramme, maître des ostiaires (huissiers) et conseiller aux affaires secrètes, avec une couronne d’or ornée de pierres précieuses et avec les ornements complets du cérémonial royal.

PEZÉ, Warren, LE JAN, Régine et BAYARD, Adrien, Annales de Saint-Bertin : La continuation des Annales du royaume des Francs (830-882), Paris, Les Belles Lettres, 2025, 380 p., (« La roue à livre »). [page 167] note 458

Quelques jours après, le 29 août 868 — CR 240, f°117v-118 —, Ritcand, nouvel abbé élu par les moines depuis le 24 février 867, fait reconnaître son élection par Salomon dans son aula de Campel, à 5 km au sud de Maxent. Salomon acte en se parant du titre de roi de Bretagne. La charte commence ainsi,  Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Salomon, par la grâce de Dieu, princeps de la province de Bretagne », et l’acte est signé du « seing de Salomon, roi de Bretagne (Signum Salomon, regis Britanniae).

Salomon reprend les termes d’Erispoé roi, quand son neveu négociait quasiment à égalité avec Charles le Chauve, dont il se disait volontiers le compère et fidèle peu avant son assassinat 6. Depuis Charlemagne, les souverains carolingiens se déclarent roi par la grâce de Dieu (gratia Dei), exerçant une autorité politique et spirituelle sur le peuple chrétien, cette dimension religieuse étant sacralisée par la dignité impériale. Salomon se calque sur le modèle carolingien 7.

Dans la grande dédicace de 869, Salomon fait jeu égal avec Charles le Chauve cité dans l’acte.

Le « très pieux roi des Francs, Charles » est en l’occurrence désigné comme étant le « compater » [le compère] de Salomon. Le Breton a promis, par un serment prêté en son nom par Pascweten, paix, fidélité, et aide militaire à Charles, mais il retient ici un mode de désignation qui lui convient davantage. Passant sous silence l’engagement contracté, il insiste sur la parenté spirituelle qu’il partage avec le prince franc, et s’affirme ainsi toujours plus comme son égal.

DEHOUX, Esther, « Une simple affaire de famille ? Usage et portée du mot « proles » dans la France de l’Ouest (IXe-XIIe siècle). », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Vol. 140, 2012, p. 241-266, Voir en ligne. [page 11]

Une nécropole dynastique

La dédicace du monastère de Maxent, le 17 avril 869 — CR 241 f°118v-120 —, jour de Pâques, parachève les ambitions du roi Salomon dans la lignée des laïcs constructeurs d’abbaye 8. Son monastère offert en aumône, assorti de précieux trésors, vaut aussi pour la rémission du régicide dont il porte la culpabilité. Il projetait d’ailleurs de se faire absoudre à Rome.

Vitrail de saint Salomon
Saint Salomon, roi, remet à l’abbé Conwoion l’acte de fondation de l’abbaye. Verrière de l’église de Maxent au-dessus de la tribune.
Henri Doranlo

La charte d’un seul tenant est présentée ici en deux parties. La première séquence reprend les termes du diplôme de Louis le Pieux reconnaissant en 834 la fondation monastique. Plaçant l’abbaye sous l’autorité du royaume, Louis impose aux moines de prier en faveur de l’empereur, de sa femme et de sa famille, et pour la paix et la stabilité de l’empire. Salomon demande aux moines, en contrepartie du monastère offert, de prier pour la prospérité présente et perpétuelle de notre descendance et pour la stabilité la plus paisible de tout notre royaume et de nos fidèles [...] et aussi, pour l’augmentation de la félicité et de la paix de toute la Bretagne.

En transférant le monastère de Redon à Maxent, il détourne à son profit la destination du diplôme de Louis. Mieux encore, ce qui ne devait être qu’un monastère de repli, temporaire, prend la forme d’une nécropole dynastique royale. Salomon demande à être enterré auprès de son épouse Wembrit dans cette église qu’il veut appeler monastère de Salomon.

Enfin, pour accroître sa lisibilité politique, il crée un lien fort entre l’abbaye et son royaume comme lieu de culte avec le transfert du corps de saint Maixent, contemporain de Clovis. Ses reliques rapportées de Francie sont empreintes d’une valeur historique comme l’évoque Grégoire de Tours : Si quelqu’un est curieux de s’en instruire, il les trouvera tous [ses miracles] en lisant le livre de la vie de ce saint Maixent (librum vitae illius sancti Maxentii legens). C’était la vingt-cinquième année de Clovis. — Histoire des Francs, Livre II, ch. 37. in HEINZELMANN, Martin, « Clovis dans le discours hagiographique du VIe au IXe siècle », Bibliothèque de l’école des Chartes, Vol. 154 / 1, 1996, p. 87-112, Voir en ligne. [page 97] —

L’abbaye carolingienne devient politiquement bretonne.

Le diplôme de Salomon (1ère partie)

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Salomon, par la grâce de Dieu, princeps de toute la Bretagne et d’une grande partie des Gaules, qu’il soit connu de tous les évêques et prêtres de Bretagne ainsi qu’à l’ensemble du clergé, comme aux comtes et aux ducs très nobles et à tous les très courageux soldats soumis à notre autorité, comment le vénérable abbé Ritcand avec quelques-uns de ses moines, mais soumettant néanmoins la requête de tous les autres moines, vint en notre présence dans mon monastère qui est en Plélan, là où j’avais auparavant mon palais.

À cause des ravages des Normands, l’abbé Conwoion, à la prière de ses moines, demandant un lieu de refuge pour lui et ses moines face aux Normands, venant vers nous et notre vénérable épouse Wembrit, nous sollicita non pas une seule fois, ni deux 9. Leur ayant donné notre assentiment, non seulement nous leur avons abandonné le palais susdit, mais nous avons aussi ordonné de construire au même endroit un monastère non ignoble provenant de notre domaine public, en l’honneur du saint Sauveur comme refuge aux moines susdits, pour l’héritage céleste et la rédemption de nos âmes et aussi pour la prospérité présente et perpétuelle de notre descendance et pour la stabilité la plus paisible de tout notre royaume et de nos fidèles ; et nous voulons aussi appeler ce lieu « monastère de Salomon », dans lequel gît enseveli le très vénérable abbé Conwoïon et où repose également notre vénérable épouse Guenwreth (Wembrit), inhumée avec honneur, et dans lequel moi aussi, si la très pieuse clémence de Dieu daigne me l’accorder, mon corps y sera enseveli, et je l’ai dédicacé avec l’assemblée des nobles de Bretagne, tant prêtres que laïcs. Et pour l’accroissement de la félicité et de la paix de toute la Bretagne, j’ai fait placer un très grand cadeau envoyé pour nous par Dieu, ce qui n’est jamais arrivé à notre peuple dans les temps passés, le très saint Maixent, affliction de l’Aquitaine, lumière, louange et honneur pour la Bretagne.

Aussi en venant en ce monastère pour cause d’oraison au saint Sauveur et au vénérable Maixent, le 15 des calendes de mai, jour de la Résurrection de notre Sauveur, j’ai offert autant qu’il plut à notre jugement quelques présents de notre trésor pour le royaume de Dieu et la rédemption de notre âme et pour la stabilité de notre royaume avec moi, au saint Sauveur, à saint Maixent et aux susdits moines, à savoir : [...]

 
Salomon a puisé dans les fonds publics pour financer la construction du monastère. Il peut disposer de notre domaine public (ex nostro publico), un bien du fisc, comme bon lui semble en plus de ses ressources régulières sur les droits fiscaux, les taxes foncières et sur les activités commerciales directement dues au souverain. —  DAVIES, Wendy, Small worlds. The village community in Early Medieval Brittany, University of California Press, 1988. [pages 51-52] —
—  CHÉDEVILLE, André et GUILLOTEL, Hubert, La Bretagne des saints et des rois Ve-Xe siècle, Rennes, Editions Ouest-France, 1984. [pages 326-327] —

Dans la deuxième partie du diplôme, le roi énumère les ressources concédées au monastère. Les bois (silvis) et les forêts (forastis) sont différenciés.

En ce qui concerne la forêt, il faut distinguer la « foresta » et la « silva ». La première traduit surtout une notion juridique : il s’agit de terres publiques qui échappent au droit commun ; elles ne sont pas nécessairement boisées. Cette institution, développée par les Francs, n’est mentionnée que deux fois dans le cartulaire, dont l’une dans un acte solennel de Salomon.

Chédeville, André et al. (1998) op. cit. vol. 1, p. 35-36

 
L’installation des moines en Plélan s’est faite sur le domaine public. L’annonce de la translation de saint Maixent appelle un commentaire particulier.

Et pour l’accroissement de la félicité et de la paix de toute la Bretagne, j’ai fait placer le très saint Maixent, un très grand cadeau remis pour nous par Dieu, ce qui n’est jamais arrivé à notre peuple dans les temps passés (litt. qui n’a pas été entendu/inouï se produire pour notre peuple dans les temps passés (preteritis temporibus nostrae evenisse genti inauditum).

La déclaration de Salomon a été comprise autrement par Pierre Porcher : j’ai fait mettre et colloquer en ce lieu le très-saint Maxent, nous envoyé de Dieu les temps passés [Ve-VIe siècle], comme très-grand présent inouï advenu à notre nation de Bretagne. — Porcher, Pierre (1622) op. cit., p. 23 —

Pierre Porcher, La fondation et dotation de l’Eglise de Maxent
—  PORCHER, Pierre, La fondation et dotation de l’Eglise de Maxent, Diocese de S. Malo, du commencement dicte de S. Sauveur. Par Salomon III. Roy de Bretagne ; le dernier de 14 qui y ont regné avant les Ducs : Ce fut l’an de l’Incarnation de notre Seigneur 869. Par Messire Pierre Porcher, prêtre, prieur et recteur dudit Maxent : par luy traduite de Latin en François, avec l’explication d’icelle., Rennes, Jean Durand, 1662. —

La Vie de saint Conwoion reprend le même récit déclarant que l’abbé est enterré à côté du bienheureux abbé Maixent, du pays poitevin, qui était venu là autrefois fuyant les désagréments des faux frères de son monastère, et avait migré ici vers le Seigneur 10.

Il est intéressant de noter à ce propos qu’au XIe siècle l’auteur de la “Vita Conwoionis” tenta de trouver une meilleure et bien plus classique justification à la présence des reliques de saint Maixent à Plélan que le don de Salomon, ce qui reflète un certain malaise vis-à-vis de l’action de ce souverain : selon lui, le saint serait tout simplement venu finir ses jours à Plélan à l’issue de sa longue carrière.

MAZEL, Florian, « Entre mémoire carolingienne et réforme « grégorienne », Stratégies discursives, identité monastique et enjeux de pouvoir à Redon aux XIe et XIIe siècles », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 122 / 1, 2015, p. 15, Voir en ligne. [pages 37-38]

Le diplôme de Salomon (2ème partie)

À savoir : un calice en or très pur 11, d’un travail admirable, garni de 313 pierres, d’un poids de 10 livres et un sou et sa patène en or garnie de 145 pierres, d’un poids de 7 livres et demie ; le texte des Evangiles avec une châsse en or magnifiquement travaillée, d’un poids de 8 livres, garnie de 120 pierres ; une (grande) croix en or d’un très beau travail, ayant 23 livres et 370 pierres ; une châsse en ivoire des Indes admirablement sculptée et, ce qui est plus précieux que le reste, pleine de reliques très illustres de saints ; une précieuse chasuble, brodée d’or à l’extérieur, que mon compère, le très pieux roi des Francs Charles, me donna comme un cadeau de prix qu’elle est en réalité 12 ; un voile d’une grandeur remarquable pour recouvrir le corps du saint en personne et pour comble de miracle, cependant par la vertu de saint Maixent, envoyé en Bretagne avant lui par la providence divine, le même Evangéliaire de saint Adjuteur, dignement couvert d’ivoire de Paros et d’or ; un Sacramentaire du saint lui-même autrefois, et à présent relié pareillement en ivoire des Indes ; et aussi un autre livre, orné d’argent et d’or à l’intérieur comme à l’extérieur, contenant la Vie de ce même saint Maixent, composé en prose et en métrique, ainsi que la Vie de saint Léger martyr ; hormis les autres dons que j’avais déjà offerts, à savoir un autel paré d’or et d’argent, une croix en argent d’un côté et l’image du Sauveur de l’autre, entièrement couverte du meilleur or et de pierres, ainsi qu’une autre petite croix couverte d’or et de pierres, deux vêtements sacerdotaux et de la pourpre précieuse, et trois cloches d’une grandeur admirable.

En ce même jour, le susdit abbé Ritcand, se présentant avec ses moines, nous a supplié de juger digne d’accueillir sous notre protection et coutume royale tous les biens que nos prédécesseurs ont octroyé, Nominoé et Erispoé, bien entendu, également ce que j’ai moi-même donné, et ce que les autres personnes nobles et vertueuses ont donné ou auront donné chacun selon sa mesure au Saint-Sauveur et aux moines des susdits monastères servant Dieu suivant la règle de saint Benoît, de sorte que nous fussions assurément rendus participants des aumônes de toutes les personnes précitées, et [aussi] de leur remettre ce que notre droit de propriété de l’abbaye Saint Sauveur avait perçu de l’abbaye Saint-Sauveur tant de ces hommes, colons, serfs ou hommes libres demeurant sur leur terre, que des prairies, des bois, de l’eau et aussi des forêts, pour que nous leur pardonnions contre une récompense au centuple dans la vie éternelle. Avec l’accord de nos nobles, accueillant favorablement leur requête, nous les avons libérés en totalité et intégralement de tout ce dont leur abbaye était redevable à moi et à mes hommes tant pour la pâture des chevaux et [la nourriture] des chiens que pour les corvées de charroi et de tout autre dû, pour le règne de Dieu et pour la rédemption de mon âme, de celle de mes parents et de mes enfants, et pour la stabilité de tout le royaume de Bretagne. Ainsi, je leur transmets [ce qui relève] de mon pouvoir 13 et leur transfère [ce qui relève] de mon droit de propriété, afin que tout ce qui était perçu à notre profit puisse profiter entièrement aux frères sur leurs produits et taxes, dans la mesure où cela donne matière à ces mêmes moines pour implorer avec plus de joie et de dévotion la miséricorde du Seigneur pour notre salut et celui du peuple chrétien.

Et à partir de ce jour, nous interdisons à quiconque de les inquièter à ce sujet pour nos temps présents et futurs, et statuons aussi et ordonnons que toute affaire ou querelle qui n’aurait pas été ventilée contre eux du temps de l’abbé Conwoion, concernant soit les monastères, soit pour ou contre leurs hommes, ne puisse être jamais engagée, et défendons à quiconque de percevoir aucun péage, aucun cens ou autre redevance de leurs hommes exerçant leurs affaires, sur terre, sur mer, ou sur n’importe quelque fleuve, mais que tout profite aux interêts des moines susdits.
Ceci fut fait dans le pays appelé Trans silvam, dans la paroisse que nous appelons Laan, dans le susdit monastère qui est appelé monastère de Salomon, le 15 des calendes de mai, la première férie, la première lune, la deuxième Indiction, en l’an 869 de l’Incarnation de notre Seigneur. Salomon, princeps de toute la Bretagne, qui a fait cette donation et l’a voulu confirmer, témoin ; l’abbé Ritcand qui l’accepta, témoin ; Rivallon et Guigon, les fils du susdit Salomon, témoins ; Ratvili, évêque d’Alet, témoin ; Pascweten, témoin ; [...] 

Suit une liste d’une quarantaine de témoins choisis parmi les aristocrates et le clergé.

L’église abbatiale de Maxent

L’église édifiée par Salomon, a fait l’objet d’une campagne de fouilles sous la direction de Philippe Guigon.

Les maçonneries – du moins ce qu’il en reste – de cette église fouillée quasiment in extenso en 1990-1991 (les limites de l’exploration ont été imposées par la proximité des habitations et de l’église actuelle) utilisent des blocs de grès armoricain, sans traces de débitage, soigneusement épannelés ; l’épaisseur des murs atteint deux pieds (c. 0,70 m), celle de leurs fondations trois. L’édifice est constitué d’une nef encadrée de deux bas-côtés, d’un transept peu saillant et d’un chœur entouré par un déambulatoire desservant deux absidioles et une chapelle axiale. Sa longueur totale avoisine une quarantaine de mètres et sa largeur maximale, celle du transept, une vingtaine de mètres.

GUIGON, Philippe et LE BOULANGER, Françoise, « Maxent médiéval (IXe-XIVe siècle) : l’ancienne église paroissiale et le manoir de Bernohen », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine, 2021, p. 67. [pages 70-71]
Phasage des époques de constructions de l’ancienne église de Maxent
Document reproduit avec l’accord de Philippe Guigon et André Corre (CERAPAR). —  GUIGON, Philippe et LE BOULANGER, Françoise, « Maxent médiéval (IXe-XIVe siècle) : l’ancienne église paroissiale et le manoir de Bernohen », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine, 2021, p. 67.
[page 72] —

L’église présente un déambulatoire autour du chœur comme il s’en trouve dans l’architecture religieuse carolingienne du milieu du 9e siècle parmi les édifices d’une autre importance. Les pèlerins attirés par les reliques d’un saint renommé pouvaient déambuler sans gêner l’office. Philippe Guigon note que ce déambulatoire était encore en fonction dans les années vingt du XVIIe siècle, d’après le manuscrit de Dom Noël Georges, successeur de Pierre Porcher. —  GEORGES, Noël, « Manuscrit inédit ; 1630-1640 », Jacques Guillemot, Maxent, 1630. f°439v —

La porte de derriere le grand Autel.

Des en bastissant l’eglise on laissa une petite porte derriere le grand autel afin que le peuple eust moyen de voir par la le Sepulchre des Saincts, & s’en aller d’un costé comme on y venoit de l’aultre, & que chacun y peut commodement approcher sans faire irreverence au tres Sainct Sacrement. Ce fut aussi pour aller dire la messe & faire ses prieres dans la chappelle de misericorde qui est tout vis a vis, qui estoit un oratoire ancien de grande devotion pour les fideles.

GEORGES, Noël, « Manuscrit inédit ; 1630-1640 », Jacques Guillemot, Maxent, 1630.
Manuscrit de Dom Noël Georges
Archives départementales d’I. & V. (1J 912, 0425) —  GEORGES, Noël, « Manuscrit inédit ; 1630-1640 », Jacques Guillemot, Maxent, 1630. —

L’abbaye de Salomon désormais détentrice de ses propres reliques, le roi pensait assurer sa pérennité conscient que le refuge des moines en Plélan ne serait que temporaire. Redon n’a jamais été laissé à l’abandon, des actes y ont été dressés en même temps qu’à Maxent.

(Pour Salomon), il s’agissait vraisemblablement d’une nouvelle fondation, concurrente de Redon qu’il estimait sans doute trop liée à ses prédécesseurs Nominoé et Érispoé et aux empereurs carolingiens Louis le Pieux et Charles le Chauve.

MAZEL, Florian, « Entre mémoire carolingienne et réforme « grégorienne », Stratégies discursives, identité monastique et enjeux de pouvoir à Redon aux XIe et XIIe siècles », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 122 / 1, 2015, p. 15, Voir en ligne. [page 9]
Ancienne église prise avant destruction vers 1890
Archives paroissiales de Maxent

874 – Le royaume vole en éclats

La mise à mort de Salomon

En 874, une coalition d’opposants se forme autour des principaux aristocrates apparentés : Pascweten, le gendre de Salomon, Guigon, le fils de Rivelen, frère de Salomon, comte de Cornouaille et du Vannetais, et Gurwant, le gendre d’Erispoé. En dépit de leurs divergences, ils se sont abouchés contre le roi. La recommandation de son fils Guigon (homonyme du fils de Rivelen) auprès de Charles le Chauve a sans doute été déterminante.

L’année précédente, les Normands occupaient Angers et dévastaient la région. Charles les surprit en assiégant la cité, pendant que Salomon se tenait de l’autre côté de la Mayenne avec son armée. Profitant de la présence du roi, Salomon lui envoya son fils, Guigon, avec les premiers des Bretons ; son fils se recommanda à Charles et lui jura fidélité devant ses fidèles. — Pezé, Warren et al. (2025) op. cit. p. 194 et note 218 infra sur la recommandation. —

L’évènement n’est pas anodin, la recommandation (commendatio, du verbe confier) est un acte par lequel un homme se recommande à plus puissant que lui en entrant dans sa clientèle en échange de sa protection. Le rituel consiste à mettre ses mains dans celles du seigneur. La recommandation de doit pas être confondue avec la vassalité, même si les vassaux se recommandent à leur seigneur et lui jurent fidélité 14.

Cette déclaration publique pour s’assurer la protection de Charles le Chauve devant les grands de Bretagne suggère que Salomon avait des raisons de craindre sa parentèle. Il excluait de facto son neveu Guigon qui pouvait prétendre à sa succession. En outre, ses réformes institutionnelles perturbaient les équilibres sur la distribution des comtés, telle la concession du Poher à un certain Judicaël 15, traditionnellement annexé au comté de Cornouaille.

Des messagers peu fiables annonçaient tantôt la maladie, tantôt la mort de Salomon, duc des Bretons, jusqu’à ce qu’un rapport détaillé informât Charles, à Compiègne, des circonstances de sa mort. Il avait été pourchassé par les premiers des Bretons, Pascweten, Gurwant et Guigon, fils de Rivelen, et par certains de ses hommes francs, qu’il avait opprimés. Son fils Guigon avait été capturé et mis sous bonne garde, mais Salomon parvint à s’enfuir vers le Poher et pénétra dans un petit monastère. Cherchant à rerouver la liberté, il fut trompé par les siens qui lui disaient qu’aucun Breton n’avait le droit de lui faire du mal, mais il fut livré à des Francs [les Franci homines sont des Francs fidèles à Salomon], entre autres Fulcoald [aristocrate franc, mêlé aux affaires de Bretagne], qui l’aveuglèrent et on le retrouva mort le lendemain. C’était un juste retour des choses pour lui, car, il avait tué son seigneur Erispoé dans l’église où il s’était réfugié et sur l’autel où il invoquait le Seigneur.

Pezé, Warren et al. (2025) op. cit., p. 196 et note 578

L’aveuglement était une pratique pour empêcher un prétendant de prendre les rênes du pouvoir. En 873, Carloman, un fils du roi Charles le Chauve de sa première épouse Ermentrude, venait d’être déposé de tous ses grades ecclésiastiques. En conséquence il se considéra libre de sa tonsure pour prétendre au titre de roi. Sa sédition valait condamnation à mort, mais pour lui laisser l’occasion et le temps de faire pénitence sans pour autant lui laisser la possibilité de commettre les fautes les plus graves dont il avait le projet, ils décidèrent de commuer la sentence et, par acclamation de toutes les personnes présentes, ils lui firent crever les yeux. Il en survécut et se réfugia chez son oncle Louis le Germanique. Salomon n’eut pas cette chance, pas plus que son fils Guigon. — Pezé, Warren et al. (2025) op. cit., p. 192 —

L’archevêque Hincmar de Reims qui supervise les annales ne précise ni le lieu, ni la date du crime. Ce monastère du Poher serait celui de La Martyre (Léon - Finistère) selon une tradition nullement documentée. Par contre, la date de sa mort est répertoriée dans l’obituaire de Saint-Aubin d’Angers dont il avait été l’abbé laïc. Le 4 des calendes de juillet – 28 juin – Salomon roi des Bretons fut tué par les siens, en l’année 874 — Chédeville, André et Guillotel, Hubert (1984) op. cit., p. 70 —

La guerre civile

Le royaume unifié par Salomon, élargi dans ses frontières après dix-sept ans de règne, vole en éclats. Quinze années de luttes intestines s’ensuivent pour la conquête du pouvoir, avant qu’Alain, le frère de Pascweten, n’impose son autorité en 890.

Une charte datée du 1er août 875 — CR 243, f°120v-121 —, atteste que les conjurés commençaient à s’entendre sur le partage de la Bretagne dès la mort de Salomon en 874.

Cette charte indique et conserve comment Salomon, roi de Bretagne, a donné la moitié de la paroisse de Pléchâtel qui est située sur la rivière de la Vilaine dans le pays de Rennes, à Saint-Sauveur et Saint-Maixent (Sancto Salvatori Sanctoque Maxencio), pour son âme et pour la rémission de ses péchés, […] et ceci fut fait en cette année et en ce temps où Pascweten et Gurwant combattaient, et poursuivaient Salomon qu’ils mirent à mort ; après quoi ils se saisirent de son royaume et se le partagèrent 16.

Chédeville, André et al. (1998) op. cit. vol. 1, p. 28

Dans ce partage, l’autre moitié de Pléchâtel qui manquait encore aux moines tomba dans la part de Gurwant qui vint au monastère de Saint-Sauveur, situé en Plélan, où repose le corps de Salomon (ad monasterium Sancti Salvatoris, situm in Plebe Lan ubi et Salomon supradictus jacet corpore) et donna sa part à Saint-Sauveur et Saint-Maixent et aux moines qui y servaient Dieu. Cette charte confirme que le corps de Salomon a bien été rapatrié à Maxent.

Il était possible de se faire inhumer dans l’église de Maxent ou ses annexes. Ainsi Deurhoiarn échange un homme de son domaine, Aethuric Freoc, comme clerc au service des moines contre une sépulture dans l’église et sa femme en fait autant. Deurhoiarn et sa femme Roiantken se rendirent à Saint-Maixent, et demandèrent aux moines de leur montrer où reposera leur corps après leur mort ; et l’abbé Liosic, avec ses moines, leur montra l’emplacement dans le vestibule de Saint-Maixent (in vestibulo Sancti Maccentii) 17. — CR 236, f°116r-v —

La charte date de juin 875, pendant que Pascweten et Gurwant exerçent temporairement le pouvoir ensemble en Bretagne (regnante Pascuueten et Uuorhuuant Brittanniam). Les deux comparses ne parviennent pas à s’entendre sur le partage de la Bretagne comprise entre Rennes et Vannes, anciennement en zone francque. La Bretagne entre alors dans quinze années de guerre civile. Pascweten s’empare du Vannetais au détriment de Guigon, fils de Rivelen, qui a probablement perdu la vie à ce moment.

Comme tous deux voulaient se partager le royaume, sans être d’accord sur les modalités, étant donné que le plus grand nombre était en faveur des partisans de Pascweten, une guerre à outrance éclate du chef des uns et des autres. […] Contre toute attente, Gurwant, “porté sur litière”, emporte la rencontre entre les deux armées dans la campagne avoisinant la ville de Rennes, mais frappé par la maladie, il meurt à l’issue de la bataille, dans le courant de l’année 876. Dans les jours suivants, Pascweten meurt à son tour.

Après ces deux morts successives, Judicaël, né de la fille du roi Erispoé, et Alain, frère du susdit Pascweten se partagèrent la Bretagne [en juin 878] ; entre eux d’ailleurs il y eut beaucoup de contestations et de guerres. Mais Judicaël ayant perdu la vie dans un combat mené contre les Normands avec plus de fougue que de prudence, toute la Bretagne tomba sous le pouvoir d’Alain, qui jusqu’ici la gouverne avec vigueur.

Chédeville, André et Guillotel, Hubert (1984) op. cit., p. 354

Alain, dit le Grand, finit par s’imposer en 890. Un acte du cartulaire de Redon lui reconnaît le 25 octobre 913, peu après sa mort, la dignité royale (rex Alanus). — CR 276, f° 132v — Il est le troisième et dernier roi de Bretagne.

924 – La restitution de saint Maixent

Une notice pittoresque raconte les pérégrinations des moines rapportant la relique de saint Maixent jusqu’à son abbaye d’origine. C’est un long voyage qui s’achève en juin 924. La date de départ depuis Maxent n’est pas indiquée mais présumée dans les années 918-920. Le document est l’un des derniers du cartulaire de la première période, avant dix années de silence sur la vie du monastère de Redon. — CR 283, f°134v-135v —

Au nom de la sainte et indivise Trinité, […] que soit connu de tous les chrétiens craignant Dieu, tant clercs que laïcs nobles, comment le prêtre Tutgual vint à nous du Poitou en Bretagne sur le conseil et le consentement du seigneur Aimeric, vicomte, [et avoué de l’abbaye de Saint-Maixent] 18 au sujet du corps de saint Maixent, et parla avec notre doyen nommé Moroc pour que nous le transportions chez lui, nous promettant de la part d’Aimeric de nombreux bénéfices, et nous l’avons cru. Consentant, nous l’avons transporté avec très grande peine jusqu’au fleuve de la Loire. Ensuite, comme nous établissions un campement à cet endroit, nous avons appris que les païens dévastaient la région de Poitiers.

Ne pouvant ni revenir en arrière, ni ramener la relique du saint chez lui à l’abbaye de Saint-Maixent (Deux-Sèvres), les moines s’orientent à l’est en longeant la Loire jusqu’à l’église de Candé-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), acquise pour soixante sous avec tout son territoire, de quoi y séjourner un certain temps. Derechef sous la menace des Normands, les moines décident d’emporter le corps dans le pays d’Auxerre à l’invitation de Richard, duc de Bourgogne, qui leur offre sa protection. Richard, l’évêque et les grands de toute la région voulurent donner, de bon gré et par dévotion au saint homme, de nombreux bénéfices, fiscs et domaines (beneficia et fiscos et predia). Formule convenue pour dire que Richard aurait aimé s’accaparer les reliques du saint.

Afin de rester fidèles à leur engagement, les moines conviennent d’envoyer en délégation deux des leurs à Poitiers, le doyen Meset et le prêtre Joseph, avec Tutgual, pour négocier avec le vicomte Aimeric, avoué de l’abbaye de Saint-Maixent et son frère, l’abbé Adémar.

Les moines ne détaillent pas cette première rencontre à Poitiers sous l’égide du vicomte Aimeric. De retour en Auxerrois, ils forment deux groupes. Une partie d’entre eux rentre en Bretagne après avoir prélevé le maxillaire du saint dont Redon conserve la relique. Les autres assurent le transfert du saint en Poitou, avec sa Vita et son missel. Leur accord avec l’abbaye de Saint-Maixent est ratifié par une convention sous l’autorité du comte de Poitiers Èbles Manzer. Les moines reçoivent un petit domaine pour s’installer sur place et assurer la garde des reliques de saint Maixent à perpétuité.

Aimeric et notre abbé [Adémar devient leur abbé à la signature de la convention] nous ont promis, avec des félicitations, cent boisseaux de pain et de vin cette année présente et un moulin avec sa charte, et de la part d’Aimeric, une terre culte et inculte à partager équitablement ; et que nous serions les gardiens de son corps à perpétuité, sous l’autorité et la protection du comte Èbles.

Le 20 juin 924, le comte Èbles fait confirmer sous serment la convention à l’église de la Sainte-Vierge-Marie, dans l’enclos canonial de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Les moines sont invités à prendre l’habit du monastère dont Adémar, frère du vicomte Aimeric, est l’abbé. La notice ne consigne ni le nom de Plélan, ni celui de Redon.

Hubert Guillotel évoque une communauté de Redon désemparée à en juger par son mutisme. De fait, ce que les moines de Plélan ont concédé avec le retour de saint Maixent ne trouve aucune contrepartie sérieuse à la hauteur du préjudice subi. Les bénéfices promis par Aimeric n’ont été qu’un écran de fumée (et nous l’avons cru), instrumenté avec la complicité de son frère, l’abbé poitevin de Saint-Maixent, pour retrouver leurs anciennes reliques dans leur nouvelle abbaye. — Chédeville, André et Guillotel, Hubert (1984) op. cit., p. 385 —

La translation furtive du saint

Une question reste sujette à débat. Comment les reliques de Maixent sont-elles arrivées en Bretagne ? Durant le séjour des moines chez le duc de Bourgogne, ils ont discuté entre eux au sujet du corps du bienheureux Maixent, éminent confesseur de la foi, et comment et de quelle manière nous l’avons eu, et ils l’ont examiné avec soin partout 19.

Les moines de Saint-Sauveur semblent bien reconnaître à mi-mot la translation furtive que Salomon a fait placer dans son abbaye 20, mais le sujet n’est pas consensuel.

Les reliques de saint Maixent [inhumé vers 515] étaient encore à l’abbaye Saint-Maixent en 848. Entre 853 et 865-866, en raison de la menace normande, elles furent emportées par les moines poitevins jusqu’à Ebreuil (Allier), en Bourbonnais.

MAZEL, Florian, « Entre mémoire carolingienne et réforme « grégorienne », Stratégies discursives, identité monastique et enjeux de pouvoir à Redon aux XIe et XIIe siècles », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 122 / 1, 2015, p. 15, Voir en ligne. [page 37]

Selon Guy de Poerck, les moines installés à Ebreuil avaient envisagé de revenir en Poitou avec le corps de saint Maixent et une portion des reliques de saint Léger.

Il n’est pas sûr qu’ils arrivèrent jamais à Saint-Maixent. C’est un fait que les reliques de Maixent se trouvent dès avant le 17 avril 869 en Bretagne, en possession du duc Salomon.

POERCK, Guy de, « Le ms. Clermont-Ferrand 240 (anc. 189), les scriptoria d’Auvergne et les origines spirituelles de la Vie française de saint Léger », Scriptorium, Vol. 18 / 1, 1964, p. 11-33, Voir en ligne. [page 20]

L’hypothèse selon laquelle ces moines partis d’Ebreuil auraient, faute de mieux, confié aux moines de Redon les reliques de Maixent, a fait son chemin. En 869, les moines de Saint-Maixent ont emporté à Plélan-le-Grand le corps du saint et le livre de sa vie, déclarent - sans commentaire mais ce n’est pas le sujet de leur travail - les auteurs de La fabrique des saint poitevins. —  CARPENTIER, Elisabeth, KUMAOKA, Soline et PON, Georges, « La fabrique des saint poitevins, (VIe-XIe siècle : Hilaire et Maixent) », Revue historique du Centre-Ouest, XIV, 2016. [page 98] —

Luc Bourgeois et Jean-François Boyer s’appuient sur une lecture de la Vie de saint Conwoion pour étayer l’assertion : Chassée par les raids scandinaves, une partie de la communauté des moines de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) fuit son abbaye entre juillet 866 et le début de l’année 868 pour se réfugier à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine), lieu de repli des Bénédictins de Saint-Sauveur de Redon. Les fugitifs sont accompagnés des reliques de Maixent et d’au moins une partie de leur bibliothèque. —  BOURGEOIS, Luc et BOYER, Jean-François, « Les palais carolingiens d’Aquitaine : genèse, implantation et destin », Demeurer, défendre et paraître : orientations récentes de l’archéologie des fortifications et des résidences aristocratiques médiévales entre Loire et Pyrénées, XLVII, Association de Publications Chauvinoises, 2014, p. 67-118, Voir en ligne. [page 80] —

Les auteurs précisent en note : L’arrivée des Poitevins semble alors récente : lorsque Salomon fait enterrer son épouse à Plélan le 13 juillet 866, il n’est pas fait mention des reliques de Maixent (CR, n° 49) ; en revanche, le fondateur de l’abbaye, Conwoion, est enterré sur les lieux vers janvier 868 “à côté de l’abbé Maixent, venant de la terre du Poitou” (Vita sancti Conwoionis, §12, p. 244-245).

La Vie de saint Conwoion, écrite au 11e siècle, relate en effet que Conwoion est enterré à côté du bienheureux abbé Maixent, du pays poitevin (ex Pictauensi territorio). Or, à la mort de l’abbé, en 868, il n’est pas fait état des reliques de saint Maixent. Salomon se félicite de présenter aux moines le saint poitevin en 869, lors de sa grande dédicace.

La Vie de saint Conwoion est écrite après la béatification de l’abbé. La présence de saint Maixent auprès de Conwoion valorise le fondateur de l’abbaye. La Vita Conwoionis rapproche encore les deux saints en reprenant la légende selon laquelle Maixent était venu là autrefois fuyant les désagréments des faux frères de son monastère, et qui avait migré ici vers le Seigneur. L’évocation du Maixent poitevin fait écho à la fuite de l’Adjuteur/Maixent languedocien au 6e siècle.

Certains commencèrent à le [Adjuteur] porter aux nues par des louanges excessives, tandis que, dit-on, d’autres, enflammés d’envie, regardaient d’un œil jaloux ses actions bienfaisantes. Quant à lui, détestant plus encore les louanges du peuple que la critique et le dénigrement des envieux, il s’éloigna, dit-on, de son propre pays pour ne pas être attaqué par des ennemis ni loué contre sa volonté par des concitoyens.

Carpentier, Elisabeth et al. (2015) op. cit. p. 126-127

Au nombre des trésors offerts par Salomon à son abbaye, il y a la Vita de ce même saint Maixent, composée en prose et en métrique, ainsi que la Vita de saint Léger martyr. Ces vitae ont disparu.

Les tombeaux des deux saints sont réunis dans la crypte de Saint-Maixent-l’École (Deux-Sèvres). Ce n’est qu’en 942 qu’une notice de l’abbaye Saint-Maixent signale que le corps du saint éponyme y repose (ad basilicam sancti Maxentii ubi ipse corpore quiescit). Son tombeau dans la crypte de l’abbatiale date de 1059 avec une épitaphe en rouge au nom de « Maixent/Adjuteur » (Maxentivs Adivtor).

Tombeau de saint Maixent, surélevé derrière l’autel Saint Léger-Saint-Maixent (Crypte de l’abbatiale de Saint-Maixent-l’École)
Henri Doranlo

L’obédience Saint-Sauveur de Plélan

Salomon n’a pas obtenu de léguer son nom au monastère comme souhaité. L’abbaye porte soit le double vocable Saint-Sauveur et Saint-Maixent, comme l’autel majeur (altare Sancti Salvatoris et Sancti Maxentii), soit le patronage de l’un ou l’autre. Une charte de 1144 nomme simplement l’église qu’on appelle Plélan (in abbatia que vocatur Plelan), dans laquelle Salomon eut un temps un culte dans sa chapelle (qui capelle Salominis regis21. — CR 389, f°r du folio précédent le folio 1  —

Malgré le silence documentaire, les moines n’ont pas déserté le monastère de Redon avec le retour des Normands après la mort d’Alain le Grand.

La comparaison des actes du IXe siècle avec ceux des XIe-XIIe siècles d’une part, avec les bulles de confirmation pontificales d’autre part, montre par ailleurs qu’ils ont été capables de conserver l’essentiel des domaines acquis entre 832 et les années 880, en particulier ceux qui se concentraient aux alentours de l’abbaye. Ces deux constats plaident en faveur d’une présence continue des moines sur le site même de Redon tout au long du Xe siècle.

MAZEL, Florian, « L’abbaye de Redon aux XIe-XIIe siècles, entre mémoire carolingienne et réforme grégorienne », in Histoire de Redon, de l’abbaye à la ville, 2015. [page 104]

Au cours du 11e siècle, l’abbaye n’est plus structurée autour des paroisses (plebes) comme à ses débuts. Redon est une seigneurie qui s’alimente maintenant sur un réseau de prieurés (cellae ou obedientiae). Une bulle du pape Eugène III (24 juin 1147) confirme ses possessions en Bretagne. À cette date, le monastère de Maxent n’est plus qu’une dépendance de l’abbaye redonnaise, obédience Saint-Sauveur de Plélan (Obedientia Sancti Salvatoris de Plebelan). —  RAMACKERS, Johannes, « Papsturkunden in Frankreich. Neue Folge. 5. Touraine, Anjou, Maine und Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Vol. 63 / 1, 1956, p. 357-359. —

L’ancien monastère est également cité comme prieuré à Maxent (Macent) vers 1330 22. Selon Anne Lunven, le prieuré donne naissance à la paroisse de Maxent avant le XIVe siècle. —  LUNVEN, Anne, Du diocèse à la paroisse. Evêchés de Rennes, Dol et Alet/Saint-Malo (Ve-XIIIe siècle), Presses Universitaires de Rennes, 2014, Voir en ligne. [page 81] —

"Obedientia Sancti Salvatoris de Plebelan". Bulle d’Eugène III
—  MAZEL, Florian, « L’abbaye de Redon aux XIe-XIIe siècles, entre mémoire carolingienne et réforme grégorienne », in Histoire de Redon, de l’abbaye à la ville, 2015.
[page 104] —

Les deux doigts qui bénissent

Son maxillaire est prélevé avant la translation du corps de Maixent à Poitiers. Ce maxillaire rapporté en Bretagne par les moines restés en Bourgogne se retrouve dans l’inventaire des reliques détenues par l’abbaye de Redon : St. Maixent martyr (les Redonnais ont maintenu intact le corps qu’ils avaient reçu entier à Plélan), ils (en) conservent très soigneusement le maxillaire. 23 

Dom Noël Georges mentionne dans son manuscrit que les moines se sont réservés un fragment des ossements du corps de saint Maixent avant de s’en séparer. — f°140r — En outre, il tient pour compte que l’ermite avait résidé à Maxent jusqu’à sa mort.

Les injures des temps et calamités des guerres, nous avaient, hélas, privés du bonheur que nous pouvions voir en Maxent dans notre église deux doigts de la vraie et naturelle main du bienheureux Saint Maxent, qui pour nous bénir nous avaient été laissés couverts d’argent et chèrement conservés en une casse de cuivre dans le Sacraire de Maxent. Nos pères en temps de sécheresse les portaient dévotement en procession, et les exposaient à la vue de tout le peuple aux fêtes solennelles, qui donnait un grand contentement au cœur des bons Chrétiens, de voir d’un côté la vraie Croix de Jesus Christ et de l’autre les doigts de la main de leur Patron. [...] Mais depuis cent ans ou environ, misère sur misère, au lieu où jadis avait residé ce Saint ermite, puis retiré de nous, figure de notre mal, puis y avait été mis son corps, et nous ne savons où il est maintenant, nous avons en la fin perdu ces precieuses reliques.

GEORGES, Noël, « Manuscrit inédit ; 1630-1640 », Jacques Guillemot, Maxent, 1630. op. cit., f°464r

Le sacraire est élevé d’un étage pour loger la châsse des reliques. Soigneusement travaillé, même soustrait des deux doigts, il remémore la présence de saint Maixent qui a donné son nom à la commune. Pierre Porcher, prêtre, prieur et recteur, prédécesseur de Dom Noël Georges, a décrit fièrement ce sacraire, en pierre de Kersanton comme la plupart des grands calvaires bretons.

Le sacraire du 16e de l’église de Maxent avant démontage
Patrimoine mobilier Palissy, ref. APMH0149233

De telle matière aussi ou de tuffeau est fait et richement taillé, élabouré et historié de très belles images le Sacraire ou Tabernacle ancien de ladite Eglise de Maxent, qui est bien le plus beau ancien Sacraire que j’ai pu voir en Eglise des champs, ni même de beaucoup de bonnes villes : je m’en rapporte au jugement de ceux qui y prendront garde et y verront de près.

Porcher, Pierre (1622) op. cit. p. 54-55

La feuillée de châtaignier

Pendant des générations, les paroissiens de Maxent se rendaient solennellement chaque année, le jour de la Trinité, en procession jusqu’à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, à la fête principale du monastère. Ils venaient ainsi rendre hommage à leurs seigneurs ecclésiastiques et apporter leur dû annuel, la paroisse étant un fief de Redon à Maxent.

C’est aussi pour y faire profession, aveu et reconnaissance comme humbles sujets à notre Seigneur Saint Sauveur, de ce qu’il nous a baillé : l’église de Maxent, qui était son monastere, les bois, terres et maisons, que nous y possédons héritiers de nos prédecesseurs, qui les premiers d’an en an, et de père en fils ont fait ce devoir de dévotion.

GEORGES, Noël, « Manuscrit inédit ; 1630-1640 », Jacques Guillemot, Maxent, 1630. op. cit. f°136 r-v

Aux abords de Redon, après plus de sept grandes lieues [un peu plus de 40 km], les Maxentais avaient coutume de cueillir un rameau de châtaignier par lequel ils s’identifiaient dans la cohue des pèlerins : À laquelle procession nous avons droit accoutumé de porter pour enseigne chacun son rameau de feuillée de châtaignier, prise de toute coutume par les Trésoriers dudit Maxent, en un certain bois dépendant de ladite Abbaye près Redon. — Porcher, Pierre (1622) op. cit. p. 67-68 —

Noël Georges écrit sur un ton presque familier : nous allons humblement tous ensemble de grand matin, de la rue de Galesne [Galerne] chantant les hymnes du Saint Esprit par sur les douves, et passant doucement la porte nous entrons en joie dans la ville, et nous logeons tous en corps chez notre maître et Seigneur. — (f°137 r-v) —

Les pèlerins se retrouvent au milieu d’une foule innombrable jusqu’à l’abbaye. Devant l’autel Saint-Etienne on expose une “tour de reliques” sur une table près de la balustrade, mais du côté de l’Evangile pour ne pas gêner les messes et communions. —  LAIGUE, René de, « Redon. Les anciens édifices religieux », in Histoire de Redon, de l’abbaye à la ville, Vol. 1, 1946, Redon, Association pour la Protection du Patrimoine Historique Redonnais, 2004. [page 68] —

Toutes les reliques du monastère sont exposées, dont celles que les moines de Saint-Sauveur ont repris à l’église de Maxent. Outre le bras du pape saint Léon III offert en 868 au roi Salomon par son successeur Adrien II et les reliques de saint Salomon lui-même, il semble aussi que c’est quelque relique de la tête de Saint Maxent [le maxillaire] qui s’y voit aux mêmes jours. — f°140 r —

La fontaine Saint-Maxent

En son temps, saint Maixent aurait fait jaillir une source ici-même. La fontaine Saint-Maxent, qui rappelle l’église d’Arthur Régnault (1839-1932), a été édifiée, limite 19-20e siècle, sur l’ancienne fontaine.

Pierre Porcher témoigne avoir vu plusieurs fois, lors de trop grandes sécheresses, des processions venir à la fontaine pour impétrer de l’eau, selon la tradition de leurs pères et prédécesseurs, et obtenir par l’intercession de monsieur saint Maxent, de l’eau et pluie en abondance, contre toute apparence de la disposition de l’air et du temps, et contre tous jugements et opinions humaines, et même la teneur des Almanachs. — Porcher, Pierre (1622) op. cit. p. 50-60 —

Durant l’exceptionnelle sécheresse de l’été 1976, des habitants ont fait procession jusqu’à la fontaine pour obtenir la pluie tant espérée.

Un cantique a été écrit à cette fin : Saint Maxent, de votre puissance, Nous espérons la pluie dans ces malheureux jours. Quand il n’y a pas lieu de réclamer la pluie, lors de la fête patronale du 26 juin, le cantique est chanté dans une autre version : Saint Maxent, de votre puissance, Nous espérons l’appui dans ces malheureux jours. La procession à la fontaine s’est maintenue jusqu’en 2018.

Procession à la fontaine Saint-Maxent pour la bénédiction de sa nouvelle statue
Juin 2009
Henri Doranlo

La fête patronale n’est plus une fête communale et les paroissiens, moins nombreux qu’à la génération précédente, sont peut-être les derniers à connaître les paroles du cantique. Il en ressort une histoire bien documentée, avec en arrière-plan la présence, ou l’absence en filigrane, du saint dont la commune porte le nom. L’ancien sacraire, remonté dans la nouvelle église, en porte témoignage.

Ancien sacraire remonté dans l’église de Maxent
Guy Larcher@2025

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↑ 1 • Le centre des paroisses est parfois appelé vicus. Ce mot a eu un sens précis, désignant un groupement d’hommes libres qui n’étaient pas tous voués à des activités rurales. —  GUILLOTEL, Hubert, CHÉDEVILLE, André et TANGUY, Bernard, Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, Rennes, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, Vol. 1, Association des amis des archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, 1998. 2 vol. [page 35] —

↑ 2 • Voir aussi —  BRETT, Caroline, The Monks of Redon. Gesta Sanctorum Rotonensium and Vita Conuuoionis, The Boydell Press, 1989. [pages 215-217] —

↑ 3 • Le nom commun locus, lieu, a pris très tôt le sens religieux de lieu consacré pour désigner le monastère. —  TONNERRE, Noël-Yves, Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale (Nantais et Vannetais) de la fin du VIIIe à la fin de XIIe siècle, Presses de l’Université d’Angers, 1994. [page 427] —

↑ 4 • Portum est un point de franchissement sur le Canut.

↑ 5 • La formule sera reprise dans une trentaine d’actes par les moines. —  TONNERRE, Noël-Yves, « Le cartulaire de Redon », Landévennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Age, Association Landévennec 485-1985, sans date. [page 120] —

↑ 6 • Sur l’assassinat d’Erispoé par Salomon à Talensac (Ille-et-Vilaine). —  CHÉDEVILLE, André et GUILLOTEL, Hubert, La Bretagne des saints et des rois Ve-Xe siècle, Rennes, Editions Ouest-France, 1984. [pages 292-294] —

↑ 7 • Erispoé n’a utilisé qu’une fois la formule gratia Dei : Erispoé, par la grâce de Dieu, princeps de la province de Bretagne — Chédeville, André et al. (2002) op. cit. vol. 2, n°48, f°22v, p. 17 —

↑ 8 • Parmi d’autres, Guillaume de Gellone en 804.

↑ 9 • Edina Bozoky, traduit non semel nec bis locum refugii : (Conwoion) sollicita ce lieu pour refuge contre les Normands non pas une seule fois mais deux. —  BOZOKY, Edina, La politique des reliques de Constantin à Saint Louis, Paris, Beauchesne, 2006, 316 p. [page 61] —

La traduction paraît plus satisfaisante mais on attendrait la lecture non semel sed bis locum refugii. E.g., non semel nec bis sed multociens : non pas une fois, ni deux, mais plusieurs fois. —  GIRAUD, Cédric, RENAULT, Jean-Baptiste et TOCK, Benoit-Michel, « Acte n°4791 in Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France », Telma, 2012, Voir en ligne. —

Voir aussi Pierre Porcher, prieur et recteur de Maxent, premier traducteur du diplôme de Salomon : Mais à cause de la guerre et ravage des Normans, l’Abbé Convoyon avec la prière de ses Moines, nous demandant non une seule fois, ni deux, un lieu de refuge, pour soi et ses Moines.—  PORCHER, Pierre, La fondation et dotation de l’Eglise de Maxent, Diocese de S. Malo, du commencement dicte de S. Sauveur. Par Salomon III. Roy de Bretagne ; le dernier de 14 qui y ont regné avant les Ducs : Ce fut l’an de l’Incarnation de notre Seigneur 869. Par Messire Pierre Porcher, prêtre, prieur et recteur dudit Maxent : par luy traduite de Latin en François, avec l’explication d’icelle., Rennes, Jean Durand, 1662. [pages 21-22] —

↑ 10 • Dans la Vie de saint Conwoion on peut lire [...] abbatem Maxentium, qui olim molestias falsorum sui monasterii fratrum fugiens illuc uenerat, ibique ad Dominum migrauerat.—  BRETT, Caroline, The Monks of Redon. Gesta Sanctorum Rotonensium and Vita Conuuoionis, The Boydell Press, 1989. [page 245] —

Les deux Vies connues de Maixent, réécrites à la fin du 11e siècle, près de six cents ans après sa mort, le disent né à Agde (Hérault) sous le nom d’Adjuteur (Celui qui aide). Victime de sa popularité oppressante, autant que du dénigrement des envieux, il abandonne son pays natal et prend le nom de Maixent à Poitiers dans une abbaye dont il devient l’abbé, à Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Adjuteur et Maixent pourraient être deux bienheureux fondus en un seul personnage : Un saint qui se dédouble, un passé invérifiable, un premier abbé subitement révélé, une vie réduite aux miracles classiques de la littérature hagiographique. —  CARPENTIER, Elisabeth, KUMAOKA, Soline et PON, Georges, « La fabrique des saint poitevins, (VIe-XIe siècle : Hilaire et Maixent) », Revue historique du Centre-Ouest, XIV, 2016. [pages 109 ; 127] —

↑ 11 • [...] calicem aureum ex auro obrizo, litt. un calice en or d’Ophir (Obrizum). Dénomination biblique pour qualifier l’or le plus fin qui soit. Ex. — Isaïe, 13, 12 —.

↑ 12 • Traduction de ce passage, — Chédeville, André et al. (1998) op. cit. vol. 1, p. 28 — L’adjectif grande (magnam) a été omis.

↑ 13 • Pouvoir : faculté d’être indépendant, exempté de tout impôt et droits.

↑ 14 • La pratique carolingienne de la recommandation évolue en hommage vassalique au 11e siècle.

↑ 15 •  Judicaël en qui nous croyons reconnaître un petit-fils d’Erispoé —  CHÉDEVILLE, André et GUILLOTEL, Hubert, La Bretagne des saints et des rois Ve-Xe siècle, Rennes, Editions Ouest-France, 1984. [page 321] —

↑ 16 • L’acte est suspect concernant la plèbe de Pléchâtel (Plebis Castel) attribuée aux moines de Redon, qui à l’époque relevait du Nantais, sur la vie gauche du Semnon. Ceci n’affecte pas l’intérêt du document.

↑ 17 • Le mot vestibule pourrait désigner l’entrée de la basilique dans une fonction funéraire. — Guigon, Philippe, (2021) op. cit. p. 70 —

↑ 18 • Une notice du cartulaire de Saint-Maixent (avril 925) présente Aimeric comme avoué de l’abbaye : Aimericus vicecomes et advocatus sancti Maxenti.

↑ 19 • Conloquti sunt inter se de corpore beati viri Maxentii confessoris eximii, et quomodo vel qualiter eum habuimus et racionabiliter scrutati sunt per omnia. — CR 283 —

↑ 20 • Selon philippe Guigon, Un pieux larcin comme il s’en rencontre tant d’autres durant le haut Moyen Âge ne semble pas à écarter. — Guigon, Philippe (2021) op. cit. p. 69 —

↑ 21 • L’acte CR 389, f°r du folio précédent le f°1 mentionne le village de Lantu à Maxent (in villa que dicitur Lantur).

↑ 22 • Un compte du diocèse de Saint-Malo ne mentionne que le prior de Macent —  GUIGON, Philippe et LE BOULANGER, Françoise, « Maxent médiéval (IXe-XIVe siècle) : l’ancienne église paroissiale et le manoir de Bernohen », Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique d’Ille-et-Vilaine, 2021, p. 67. —

↑ 23 • S. Maxentii martyris (cujus integrum corpus Rotonenses apud Plebelan recepti servarunt) maxillas tenent diligentissime. — Courson, Aurélien de (1863) op. cit. Ecclesia II, p. 420 —