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1945

Prisonniers de guerre allemands en Brocéliande - I

Un camp de P.G.A. au château de Comper

Un camp de prisonniers de guerre allemands, le « Dépôt n°112 », est créé en 1945 dans le parc du château de Comper. De mai à décembre 1945, plusieurs milliers de prisonniers en transit y sont retenus avant d’être affectés à des commandos de travail ou auprès d’employeurs privés des communes du massif forestier de Paimpont.

La France a détenu, entre 1944 et 1948, plus de 900 000 prisonniers de guerre allemands répartis sur l’ensemble de son territoire. Ils ont été revendiqués auprès des armées anglo-saxonnes, détenus dans quelque 120 dépôts et plusieurs milliers de détachements de travail, employés dans toutes les branches d’activité dans un but précis et clairement énoncé : « Obtenir le maximum de travail au bénéfice de la France ».

THÉOFILAKIS, Fabien, « Les autorités françaises face aux prisonniers de guerre allemands SS (1944-1948) », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 3 / 223, 2006, Voir en ligne.

1945-1948 — Les prisonniers de guerre allemands en France

Une dizaine de millions d’Allemands ont été faits prisonniers pendant ou à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, environ 3,3 millions d’entre eux sont prisonniers de l’URSS et 7,6 au pouvoir des puissances occidentales. Jusqu’à mai 1945, ces derniers sont dans leur grande majorité sous contrôle de l’armée américaine.

L’armée américaine, totalement débordée, dut improviser dans l’urgence, libérant immédiatement sur place les civils récemment mobilisés (Volksturm) et entassant les prisonniers de guerre sur des terrains immenses, où ils étaient juste sommairement gardés, pas abrités, presque pas nourris et où la mortalité fut très importante. Juste après la fin des combats en Europe, les Américains, soucieux de clore au plus vite ce chapitre de la guerre, acceptèrent la demande du Gouvernement provisoire de la République française 1 de leur céder une très large part de leurs captifs .

ABZAC-EPEZY, Claude d’, « La france face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 233 / 1, 2009, p. 93-108, Voir en ligne.
Soldats allemands capturés par les américains en 1945
Soldats allemands capturés par les américains en 1945
Fédération des Associations Franco-Allemandes pour l’Europe

Entre juin et septembre 1945, l’administration américaine laisse place à l’administration française pour tous les camps situés en France métropolitaine. Mais la France, en proie à d’immenses difficultés économiques, se révèle dans l’incapacité de nourrir, d’habiller et d’héberger les centaines de milliers de P.G.A. cédés par les Américains. L’état sanitaire des camps est dans la grande majorité des cas déplorable. De juin à octobre 1945, le taux de mortalité des prisonniers atteint un pic avec un total de près de 17 773 décès officiellement recensés .

Pendant toute l’année 1945, et jusque vers mai 1946, les rations réelles ne dépassèrent guère 1000 à 1200 calories, ce qui entraîna une misère physiologique évoluant vers la cachexie 2 puis, dans de nombreux cas, vers la mort. Les prisonniers, après quelques mois de travaux pénibles, étaient en haillons. Beaucoup n’avaient plus ni sous-vêtements, ni chaussures.

LE POULICHET, Maxime et LOUVET, Jean-Paul, « Les camps de Prisonniers de guerre allemands en Bretagne (1944 à 1946) », 2015, Voir en ligne.

Le 29 septembre 1945, accusant les Français de violer les Conventions de Genève 3, les États-Unis décident de mettre fin à leurs transferts alors que seulement 740 000 des 1 300 000 prisonniers de guerre initialement prévus ont été cédés.

Le Gouvernement Provisoire Français, de son côté accusa les Américains de lui avoir confié des prisonniers mourant de faim. La commission interalliée des réparations et le comité international de la Croix-Rouge ayant constaté des négligences dans l’intendance française, les Américains exigèrent la rétrocession de prisonniers. Suite à ces nombreuses tensions et à une activité diplomatique intense, les cessions de prisonniers américains à la France reprirent en octobre accompagnées cette fois-ci du ravitaillement correspondant.

ABZAC-EPEZY, Claude d’, « La france face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 233 / 1, 2009, p. 93-108, Voir en ligne.

Face à la demande américaine de rétrocéder tous les prisonniers de guerre allemands le plus rapidement possible et en tout cas avant octobre 1947, le Gouvernement Provisoire Français est pris de court. Comment se passer des centaines de milliers de P.G.A. mis à contribution dans les différentes branches de l’économie française, main d’œuvre essentielle pour relever un pays détruit par cinq années de guerre et d’occupation.

Camp de prisonniers de guerre allemands en France
Camp de prisonniers de guerre allemands en France
NARA

Le 14 janvier 1947, Léon Blum, président du Conseil, répond aux exigences de son encombrant allié tout en ménageant ses intérêts économiques. La proposition, acceptée par les deux parties, est ratifiée le 11 mars 1947.

La libération des P.G.A., sera progressive et s’étalera jusqu’à la fin de l’année 1948. De plus, à partir de mars 1947, chaque prisonnier se verra offrir la possibilité de devenir un travailleur volontaire, ce que 100 000 P.G.A. acceptent. Dans le même temps, une main-d’œuvre nouvelle, principalement composée d’Italiens et d’Algériens est intégrée à l’économie française, afin d’assurer la transition. —  ABZAC-EPEZY, Claude d’, « La france face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 233 / 1, 2009, p. 93-108, Voir en ligne. —

1945 — La création des camps 11.01 et 11.02 de Rennes

Les P.G.A. d’Ille-et-Vilaine sont détenus dans les Camp US 11 et 12 de Rennes. Le 21 juin 1945, les deux camps et leurs prisonniers sont restitués aux autorités françaises et prennent respectivement les noms de dépôts de prisonniers de guerre 11.01 et 11.02 4.

  • Le Camp 11.01, situé Route de Lorient, sur l’emplacement de l’ancien dépôt de la Kriegsmarine, est actif jusqu’au 30 juin 1947.
Camp de prisonniers allemands 11.01
Camp de prisonniers allemands 11.01
Photo aérienne de 1947 montrant la localisation (hypothétique) du camp de prisonniers allemands 11.01 route de Lorient
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Camp de prisonniers allemands 11.01
Camp de prisonniers allemands 11.01
Localisation (hypothétique) sur Geoportail du camp de prisonniers allemands 11.01 (1944-1947)
Geoportail

L’emplacement de ce camp reste hypothétique faute de documents d’époque.

  • Le Camp 11.02, situé à Saint-Jacques-de-la-Lande, est séparé en deux parties par la voie ferrée Rennes-Redon, nommées Camp de la Marne et Camp de Verdun. Dernier camp en activité de Bretagne, il est dissous le 31 décembre 1948. —  WIKIRENNES, « Les prisonniers de guerre allemands dans la région rennaise », 2021, Voir en ligne. —
camps 11.02 Marne Verdun
camps 11.02 Marne Verdun
Photo aérienne de 1945 montrant les deux camps de prisonniers allemands 11.02
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camps 11.02 Marne Verdun
camps 11.02 Marne Verdun
Localisation sur Geoportail des camps de prisonniers allemands 11.02 (1945)
Geoportail

Ces deux camps situés dans la périphérie rennaise font partie de la dizaine de dépôts à grande capacité répartis sur le territoire français, destinés à accueillir de nouveaux contingents, à raison de 10.000 prisonniers par mois.

Ces dépôts à grande capacité sont destinés à devenir des dépôts de réception et de transit pour les 830 000 prisonniers qui, en avril 1946, seront cédés par les Américains ; en provenance des camps en France (330.000) et de la zone d’occupation U.S. en Allemagne (500.000).

HURAULT, Jean, « Les camps de Prisonniers de guerre allemands en Bretagne (1944 à 1946) », 2004, Voir en ligne.

À partir de juillet 1945, 61 000 des 278 000 P.G.A. remis aux autorités françaises par les Américains, rejoignent la 11e région militaire, centralisée à Rennes.

Le camp 11.02 de PGA de Rennes
Le camp 11.02 de PGA de Rennes
—  LE POULICHET, Maxime et LOUVET, Jean-Paul, « Les camps de P.G.A de Rennes », 2018, Voir en ligne. —

Après avoir transité par les dépôts 11.01 et 11.02 de Rennes, ces P.G.A. sont répartis dans l’un des onze dépôts ordinaires situés dans les quatre départements bretons. Ils peuvent ensuite être affectés à des commandos de travail afin d’être utilisés au redressement de l’économie française. —  MÉMOIRE DE GUERRE, « Les dépôts de P.G. de l’Axe en mains françaises », 2021, Voir en ligne. —

Les camps américains et les dépôts français dans la XIe région militaire
Les camps américains et les dépôts français dans la XIe région militaire
—  JESSE, Fritz, Les prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Rencontres et expériences entre capture, captivité et vie parmi les français, 1944-1948., Mémoire de maitrise d’Histoire, Université Rennes II de Haute-Bretagne, 2004, 265 p., Voir en ligne. —

Le « Dépôt n°112 » de Comper

En 1945, le château de Comper en Concoret (Morbihan) est transformé en camp de prisonniers de guerre allemands. Dans un premier temps, il ne contient que quelques centaines de prisonniers sous surveillance de l’armée française ; 300 P.G.A. en mai 1945.

À partir de l’été 1945, à la cession de dizaine de milliers de P.G.A. au gouvernement français par les Américains, il regroupe jusqu’à 4000 prisonniers. Il est alors mentionné dans les documents officiels sous le nom de « Dépôt n°112 ».

Château et étang de Comper
Château et étang de Comper
Carte postale n°237
Loïc

Son existence, comme celle de la grande majorité des camps de prisonniers de l’après-guerre, est peu documentée.

D’un coté, l’article 2 de la Convention de Genève de 1929 stipule que les prisonniers doivent être traités, en tout temps, avec humanité et être protégés notamment contre les actes de violence, les insultes et la curiosité publique.

Il n’est donc pas question de réaliser des clichés à des fins de propagande, comme pendant la Première Guerre mondiale lorsque des cartes postales mettaient en scène les P.G.A. Les photographies sont donc exceptionnelles et les articles dans la presse quasi inexistants.

BOURRIEN, Gilles, Pays de Brocéliande 1939-1945 : des femmes et des hommes dans la guerre, Dinan, Gilles Bourrien, 2021, 250 p. [page 206]

De l’autre, les conditions de détention des P.G.A. sont un sujet sensible entièrement sous contrôle de l’État.

Les informations concernant les prisonniers allemands en France sont minutieusement filtrées. Aucun journaliste n’a le droit de venir enquêter dans un dépôt, de prendre des photos ou d’interroger des prisonniers s’il n’a pas obtenu une autorisation des services du 5e bureau de la direction générale des prisonniers de l’Axe. On n’est donc pas surpris de retrouver, dans la plupart des articles de presse, les informations mises au point par cette direction. Ce bureau sélectionne également pour les reproduire toutes les lettres dans lesquelles les prisonniers émettent un jugement favorable sur la captivité en France. Il organise des reportages et des visites de dépôts destinés à des journalistes sélectionnés.

ABZAC-EPEZY, Claude d’, « La france face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 233 / 1, 2009, p. 93-108, Voir en ligne.

Les principales informations officielles mentionnant le camp de Comper proviennent d’un rapport du CICR - Comité International de la Croix-Rouge - autorisé par le Gouvernement Provisoire Français à visiter les camps de P.G.A. à partir d’avril 1945.

La visite du CICR

Le 20 septembre 1945, le « Dépôt n°112 » de Comper fait l’objet d’une visite du CICR par M. Bonnet. Les effectifs du camp sont alors de 4053 prisonniers dont 2817 placés dans des commandos de travail.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret
Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret
—  BOURRIEN, Gilles, Pays de Brocéliande 1939-1945 : des femmes et des hommes dans la guerre, Dinan, Gilles Bourrien, 2021, 250 p.
[page 208] —
Archives du CICR

Dans le contexte de l’année 1945, une attention particulière est portée sur les besoins vitaux des prisonniers. Cinq critères principaux sont évalués à chacune des visites du CICR : le logement, la nourriture, l’habillement, l’hygiène et l’équipement de l’infirmerie. Huit autres critères sont cependant pris en compte parmi lesquels la discipline, les divertissements, le culte et le travail.

Le logement

Bien que les autorités militaires aient été prévenues de la visite de la Croix Rouge, les conditions de logement sont précaires. 400 des 1161 prisonniers sont logés sans couverture, ni manteau. Les prisonniers dorment sur le plancher jonché de fougères.

La nourriture

Jusqu’ici la ration 1 était distribuée, représentant 1300 à 1400 calories. Les livraisons sont faites à l’homme de confiance qui les contrôle. Aucune peine collective sur la nourriture n’a été infligée jusqu’ici. Le menu le jour de la visite était le suivant. Matin : café, midi : pommes de terre et choux, soir : pommes de terre, carottes et nouilles. Depuis le jour de notre visite, le Commandant a décidé de donner la ration 2 à tous les camps pour essayer de remonter les affaiblis, afin de pouvoir les renvoyer le plus rapidement possible au travail.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

L’habillement

Les vêtements sont en mauvais état, particulièrement les souliers. Il manque beaucoup de denrées et de caleçons. Un magasin d’habillement contient quelques pièces d’équipement qui sont distribuées à ceux qui partent dans des commandos. L’atelier de cordonnier et de tailleur est muni d’un outillage si réduit que le travail qu’il peut faire est extrêmement limité.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

L’hygiène

Quant à l’hygiène, elle est qualifiée de mauvaise notamment en raison de la présence de vermine.

La vermine sévit. Un four à épouiller, actuellement en réparation, serait le seul moyen à disposition pour lutter contre elle. Aucune possibilité de prendre des bains ou des douches. Pour le moment, l’eau ne parvient pas au camp, mais nous avons vu les canalisations d’arrivée qui seront terminées dans quelques jours. Les prisonniers se lavent dans les récipients très divers qu’ils peuvent trouver. L’eau leur est apportée dans des citernes allemandes.[...] Pour le moment, il n’y a aucune chaudière dans le camp. Le commandant en a commandé deux qui doivent arriver incessamment et qui seront suffisantes pour faire bouillir le linge des prisonniers.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

L’équipement de l’infirmerie

L’infirmerie comprend 75 lits et seulement 30 matelas, elle abrite 30 malades atteints de dysenterie grave et d’œdèmes graves. En tout, elle soigne plus de 50 malades graves. 67 prisonniers ont été envoyés sur les hôpitaux de Broons et de Rennes.

La discipline

La discipline est bonne en général. Nous avons visité le local d’arrêts constitué par une baraque en bois suffisamment bien installée pour qu’elle soit salubre. 10 détenus s’y trouvaient, dont 3 pour vol, les autres étant des nazis convaincus qui devaient être évacués sur le camp spécial de Rennes. La subsistance normale est distribuée aux détenus qui peuvent se promener deux heures par jour. Ils étaient au courant de la raison pour laquelle ils étaient punis et de la durée de leur peine.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

Les divertissements

Ce dépôt est extrêmement pauvre en livres et en jeux.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

Le culte

Un prisonnier pasteur célèbre le culte chaque dimanche. Les catholiques bénéficient des secours du curé français qui vient dire la messe au camp.

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

Le travail

1500 prisonniers sont employés à des travaux divers au camp « inter-armes » de Coëtquidan, 300 à l’agriculture, 600 au génie-rural, 600 au forestage. Les prisonniers travaillent comme des ouvriers civils de la région, et bénéficient tous de 24 heures de repos par semaine. Les versements d’indemnités de travail sont faits régulièrement et les prisonniers sont crédités de 10 frs [par jour travaillé].

Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret

Conclusion du CICR

L’homme de confiance se déclare très satisfait du traitement réservé à ses camarades par le Commandant du camp, ses officiers et la garde. Aucun incident n’est à signaler. La nourriture depuis quelques semaines déjà s’améliore continuellement et lorsque l’eau sera amenée au camp, la situation sera assez favorable. [...] Ce camp est bien dirigé, et tous les efforts sont faits pour que la vie y soit tolérable, mais à part la question de l’eau, les conditions de vie réservées aux prisonniers sont bonnes.

Conclusion du Rapport du CICR du 20 septembre 1945 sur le dépôt n°112 de Comper en Concoret
Bilan des rapports de visite du CICR dans les camps de P.G.A. bretons
Bilan des rapports de visite du CICR dans les camps de P.G.A. bretons
—  JESSE, Fritz, Les prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Rencontres et expériences entre capture, captivité et vie parmi les français, 1944-1948., Mémoire de maitrise d’Histoire, Université Rennes II de Haute-Bretagne, 2004, 265 p., Voir en ligne. —

La fermeture du Dépôt n°112

Malgré les « conclusions positives » du rapport du CICR, la situation sanitaire du Camp de Comper s’aggrave à partir du mois d’août 1945. Du 16 août au 1er novembre 1945, 24 P.G.A. y décèdent.

Les actes de décès de la commune de Concoret, où se trouvait le dépôt 112 de Comper présentent deux militaires allemands morts au mois de mai. Les autres 26 décès s’étalent sur la période de mi-août au 1er novembre avec 4 à 6 cas par quinzaine.

JESSE, Fritz, Les prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Rencontres et expériences entre capture, captivité et vie parmi les français, 1944-1948., Mémoire de maitrise d’Histoire, Université Rennes II de Haute-Bretagne, 2004, 265 p., Voir en ligne. op. cit. p. 82
Nombre de décès de militaire allemands enregistrés à la Mairie de Concoret (Dépot 112 de Comper)
Nombre de décès de militaire allemands enregistrés à la Mairie de Concoret (Dépot 112 de Comper)
—  JESSE, Fritz, Les prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Rencontres et expériences entre capture, captivité et vie parmi les français, 1944-1948., Mémoire de maitrise d’Histoire, Université Rennes II de Haute-Bretagne, 2004, 265 p., Voir en ligne. —

Cette forte augmentation de la mortalité à Comper trouve son explication dans la dégradation de l’état sanitaire des camps rennais à partir de la fin juin 1945.

Tout au long du mois de juillet, les décès avaient lieu quotidiennement, à raison d’un à cinq morts. Le nombre montait à partir du milieu du mois, après le 1er août il croissait rapidement à six puis huit par jour et dépassait les seize le 18 pour monter jusqu’à vingt-deux le 23.

Des P.G.A. malades sont envoyés de Rennes vers les camps de transit bretons à partir de début août afin de répartir la charge des soins.

Dans les camps en dehors de Rennes, la phase où les prisonniers commençaient à mourir est décalée par rapport à la situation à Rennes. C’est à partir de mi-août, que les problèmes de sous-alimentation et de santé commençaient à causer des morts ici. On peut supposer qu’il s’agit là d’une répercussion de la répartition des prisonniers au même moment que celle de la charge des soins.

L’âge des P.G.A. décédés à Comper est globalement similaire à celui des autres camps bretons.

Les hommes nés entre les années 80 du XIXe siècle et avant 1905, représentaient 17 % des soldats enrôlés dans la Wehrmacht entre 1939 et 1945, mais presque 62 % des décès enregistrés au cimetière de l’Est à Rennes. En incluant les hommes nés jusqu’à 1910, on arrive au taux de 79 % de décès par rapport à une part de 35,5 % de soldats dans la Wehrmacht. Ce phénomène est confirmé par les décédés inhumés à Concoret où 18 sur 26 sont nés avant 1907.

Nombre de décès au camp de Comper par classes d'âge
Nombre de décès au camp de Comper par classes d’âge
—  JESSE, Fritz, Les prisonniers de guerre allemands en Bretagne. Rencontres et expériences entre capture, captivité et vie parmi les français, 1944-1948., Mémoire de maitrise d’Histoire, Université Rennes II de Haute-Bretagne, 2004, 265 p., Voir en ligne. —

Cette explication de l’augmentation soudaine de mortalité à Comper à partir d’août 1945 est confirmée par le témoignage du médecin allemand du dépôt n°112.

D’après le médecin allemand du dépôt de Comper, la situation était bonne jusqu’à fin juillet 1945. Mais ensuite arrivaient des « soldats, ayant essuyé la catastrophe de faim à Rennes », si bien qu’il y avait un nombre « important de décès. »

SHAT, 7 U 2569, rapport du médecin [nom illisible] du 6 juin 1948 in Fritz, Jesse (2004) op. cit. p. 78

Lors de la visite de mars 1946 du CICR, le « Dépôt n°112 » n’est plus mentionné. À sa place est fait mention d’un nouveau dépôt ordinaire, le « Détachement de Coëtquidan », installé sur les infrastructures du camp militaire éponyme, plus à même de permettre l’internement de milliers de prisonniers que le château de Comper. —  MORSIER, Dr de et COURVOISIER, M., « Compte-rendu de la visite du CICR du camp de prisonniers de guerre allemands de Coëtquidan (Morbihan) du 28 juillet 1946 », 2005, Voir en ligne. —

Camp de prisonniers de guerre de Coëtquidan en 1946
Camp de prisonniers de guerre de Coëtquidan en 1946
—  LE POULICHET, Maxime et LOUVET, Jean-Paul, « Le camp de prisonniers allemands de Coetquidan en 1946-1947 », 2005, Voir en ligne. —

Trois témoignages sur le « Dépôt 112 » de Comper

Trois témoignages - d’un gardien et de deux P.G.A. - confirment les conditions de détention au château de Comper.

Témoignage de Horst Einhoff, ancien P.G.A.

Horst Einhoff est fait prisonnier par les Américains le 17 avril 1945 à Chansleben (Allemagne). Il est transporté en camion au camp de Bad Kreuznach le 30 avril 1945. Il est ensuite transféré en camion puis en train pour la France. Il arrive à Rennes dans la deuxième quinzaine de juin puis demande à intégrer un commando de travail afin de bénéficier de conditions de détention moins dures. Il est alors transféré au camp de Comper par lequel il transite quelque temps.

Un groupe important de prisonniers a été composé et nous pensions que nous serions répartis dans différentes fermes, mais ça ne s’est pas passé comme nous l’espérions. Nous avons été regroupés à l’intérieur des murs du château de Comper à Concoret. Derrière le mur des écuries, on pouvait voir les F.F.I. qui occupaient les postes de garde avec des fusils Mauser récupérés aux Allemands. Dans la journée, il n’y avait pratiquement rien à manger. Nous étions fin août, début septembre. Il y avait de grands arbres dans lesquels on allait dénicher des oisillons. Il fallait bien manger. Il y avait encore des camarades à qui l’on n’avait pas encore tout pris. Ainsi par exemple, l’un d’entre nous avait pu conserver ses gants de motocycliste. Parlant français, je suis allé demander par-dessus le mur à l’un des gardiens s’il voulait bien les échanger contre deux pains. Rendez-vous fut pris le lendemain pour cet échange. Le règlement ne permettant pas aux F.F.I. d’entrer à l’intérieur des murs, le lendemain j’ai mis une pierre dans l’un des gants que j’ai lancé par-dessus le mur, et j’ai reçu un pain en échange. Le deuxième gant a été lancé de la même manière en échange d’un autre pain quelques jours après.

EINHOFF, Horst, « Témoignage de Horst Einhoff, ancien P.G.A. rennais », 2005, Voir en ligne.

Horst Einhoff est par la suite transféré au camp de prisonniers de Coëtquidan, nouvellement créé.

Puis nous sommes partis à pied à Coëtquidan. Il faisait très chaud. Les Nord-Africains qui nous accompagnaient n’étaient pas tendres avec nous. À l’arrivée, on a été hébergé dans des baraques en demi-cercle en tôle (installées par l’armée anglaise en 1940.) C’était le début de Coëtquidan. Là aussi, la nourriture faisait défaut.

Camp de prisonniers de guerre de Coëtquidan en 1946
Camp de prisonniers de guerre de Coëtquidan en 1946
—  LE POULICHET, Maxime et LOUVET, Jean-Paul, « Le camp de prisonniers allemands de Coetquidan en 1946-1947 », 2005, Voir en ligne. —

Témoignage de Klaus Friedrich, ancien P.G.A.

Klaus Friedrich, interné à Comper en 1945, rejoint lui aussi le camp de Coëtquidan à sa création début 1946.

J’ai été fait prisonnier le 2 février 1945, à côté de Heimbach dans l’Eifel par les troupes U.S. J’ai été employé à des travaux en Belgique et en Hollande avant d’être transféré avec des camarades dans des wagons à marchandises découverts à Rennes. J’ai été dirigé sur Comper dans le Morbihan puis interné dans le camp de Coëtquidan. Nous étions logés dans des baraquements équipés de lits superposés. J’ai fait partie des commandos de travail qui construisaient et entretenaient les
routes dans le camp. J’ai travaillé parfois au mess des officiers et celui des sous-officiers. Nous n’avions aucun contact avec les civils. Il n’y avait pas d’activités culturelles dans le camp. La nourriture : café le matin, de la soupe à l’eau le midi (de maigres restes de légumes), le soir du pain, environ 300 grammes.

FRIEDRICH, Klaus, « Témoignage de Klaus Friedrich, ancien P.G.A. rennais », 2005, Voir en ligne.

Parcours du P.G.A. Friedrich Schaefers

Friedrich Schaefers est capturé dans la « poche de Lorient » en mai 1945. Il arrive à Comper le 20 mai et y reste jusqu’à la fermeture du « Dépôt n°112 » à la fin de l’année 1945.

Parcours du PGA Friedrich Schaefers
Parcours du PGA Friedrich Schaefers
—  BOURRIEN, Gilles, Pays de Brocéliande 1939-1945 : des femmes et des hommes dans la guerre, Dinan, Gilles Bourrien, 2021, 250 p.
[page 213] —

Témoignage de Melaine Alexandre gardien du camp de Comper

Melaine Alexandre, originaire de Nouvoitou (Ille-et-Vilaine) est gardien au camp de P.G.A. de Comper. Le 25 mai 1945, il écrit une carte postale à son beau-frère Marcel Levilain.

Carte postale postée du Camp de P.G.A. de Comper le 25-5-45 (recto)
Carte postale postée du Camp de P.G.A. de Comper le 25-5-45 (recto)
Carte postale postée du Camp de P.G.A. de Comper le 25-5-45 (verso)
Carte postale postée du Camp de P.G.A. de Comper le 25-5-45 (verso)

Le 15 juin 2013, Melaine Alexandre est interviewé par son neveu Yves Levilain sur ses souvenirs de gardien au camp de Comper. —  LEVILAIN, Yves et ALEXANDRE, Melaine, « Souvenirs de Melaine C. gardien du camp du P.G.A. de Comper en 1945 », Nouvoitou, 2013. —

Interview de Melaine C., gardien du camp de P.G.A. de Comper en 1945
—  LEVILAIN, Yves et ALEXANDRE, Melaine, « Souvenirs de Melaine C. gardien du camp du P.G.A. de Comper en 1945 », Nouvoitou, 2013. —

Selon Melaine Alexandre, militaire affecté à la garde des P.G.A. de Comper en 1945, les prisonniers au nombre de 300 sont logés dans une vingtaine de baraques. Comper est un camp de triage dans lequel ils restent deux à trois semaines avant d’êtres affectés à des commandos de travail. Ils sont gardés par une cinquantaine de militaires fraichement rappelés sous les ordres.

Commandos de travail en Brocéliande

Après avoir transité par le dépôt 112 de Comper en Concoret puis par celui de Coëtquidan, les P.G.A. sont affectés à des commandos de travail dans les communes environnantes, de Concoret, Paimpont, Iffendic, etc. La grande majorité d’entre-eux est alors employée à la construction de routes et de chemins vicinaux sous l’autorité des municipalités.


Bibliographie

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↑ 1 • Le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) est le nom donné au régime politique et aux institutions correspondantes qui, succédant le 3 juin 1944 au Comité français de libération nationale (CFLN), ont dirigé pendant deux ans l’ensemble du territoire de la France métropolitaine et de son empire jusqu’au 27 octobre 1946, date de l’entrée en vigueur de la Quatrième République.

↑ 2 • « Cachexie » : (du grec : « mauvais état »), désigne une perte de masse musculaire squelettique et un affaiblissement profond de l’organisme (perte de poids, fatigue) lié à une dénutrition importante.

↑ 3 • Le délégué américain à la commission interalliée des réparations, Edwin A. Pauley considérait que le travail forcé devait être réservé aux criminels de guerre et aux nazis, et que l’emploi des prisonniers ne devait pas être considéré comme une réparation en nature. Le Comité international de la Croix-Rouge lance dès le mois d’août 1945 plusieurs appels en faveur d’un rapatriement massif des soldats de l’Axe, car, selon l’esprit des Conventions de Genève de 1929, le maintien en captivité est exclusivement justifié par le souci d’empêcher que les soldats ne reprennent les armes, les libérations doivent donc intervenir dès la fin effective des hostilités et non au moment de la signature de la paix. Lors de l’adoption des nouvelles Conventions de Genève de 1949, des modifications importantes sont apportées afin d’éviter qu’une situation semblable ne se reproduise : l’article 118 de la Convention de 1949 pose désormais comme principe que « les prisonniers de guerre seront rapatriés sans délai après la fin des hostilités actives » . —  ABZAC-EPEZY, Claude d’, « La france face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands », Guerres mondiales et conflits contemporains, Vol. 233 / 1, 2009, p. 93-108, Voir en ligne. —

↑ 4 • L’organisation française des dépôts de prisonniers est calquée sur l’ancienne carte des régions militaires. L’indicatif du dépôt de prisonniers est composé du numéro de région militaire (de 1 à 21) et du numéro de dépôt.